‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 24 sur 64 · DE L'ASSISTANCE MUTUELLE ENTBE CULTIVATEURS · texte numérisé non relu

DE L'ASSISTANCE MUTUELLE ENTBE CULTIVATEURS

ques-unes du moins, il y a de Tenlente, de Tunion, de la solidarité ; on ne vit pas uniquement pour soi, on vit un peu pour les autres; on s*assure contre les accidents, contre les maladies. Certains corps d*état ont leur caisse de secours et personne n'y trouve à redire, attendu que dans l'assistance mutuelle, il n'y a d'inconvénient pour personne. Les règlements sont là; le pouvoir les connaît; il a son droit de contrôle, il ne permet pas qu'on prenne à droite ou à gauche. Tant que l'homme travaille, il apporte sa cotisation de chaque mois à la bourse commune. Un malheur vient-il ensuite l'accabler, lui rompre les bras, les secours ne se font pas attendre. Chez nous, ce n'est plus cela : un cultivateur tombe, il n'y a ni main ni bourse pour le relever. Il existe bien çà et là, de loin en loin, des confréries de vignerons, des sociétés de cultivateurs, mais elles sont bien rares et bien ignorées ; ce sont quelques grains de sable au milieu des dunes, quelques gouttes d'eau au milieu de la mer. D'aucunes pourtant fonctionnent à merveille et rendent de grands services. Aussi, serait-il à désirer qu'il en existât partout ; nous verrions disparaître promptement les pf hicipales causes de malaise.

Notre profession n'est pas précisément couverte de roses ; si nous avons des joies, nous avons aussi de terribles maux à endurer. Tantôt, ce sont d'effroyables averses qui font déborder les torrents et entraînent des champs tout entiers, récoltes et terres; tantôt, c'est la grêle qui moissonne à sa manière nos riches épis; demain, peut-être, ce sera quelque mortalité.

En présence de ces calamités qui nous surprennent de temps à autre, et qui, dans cinq minutes, nous enlèvent nos espérances et nos projets de la veille, nous sentons à peine un frémissement et croyons avoir assez fait lorsque, pauvres égoïstes, nous avons accordé aux victimes une tiède parole de compassion. Eh ! que leur importe notre stérile. pitié à ces gens qui ont perdu peut-être leur dernière ressource, etsemé leur dernier écu dans ces champs moissonnés en pure perte

par un caprice du ciel ! Nous les plaignons aujourd'hui ; mais ils savent que nous les oublierons demain, et cette pensée ne saurait qu'ajouter à leur amertume. Si nous vivions un peu moins pour nous-mêmes et un peu plus pour nos semblables, nous trouverions dans le sentiment de la solidarité humaine un remède à ces malheurs individuels qui, une année, frappent les uns, et qui, Tannée d'après, pourraient bien ne pas épargner les autres. Si, à défaut de générosité d'âme, notre raison était mieux éclairée, nous nous dirions : Faisons à autrui ce que nous voudrions qu'il nous fût fait ; deux ou quatre, OU" dix, ou vingt des nôtres, sont dans la misère, mais ne sommes-nous pas, d'autre part, des milliers de cultivateurs quelle fléau a ménagés, et que peut-être il maltraitera un jour à venir? Eh bien, sortons chacun de notre bourse quelques centimes, détachons chacun une gerbe de notre riche récolte, un grain de nos épis les plus lourds, et allons relever nos blessés. En serions-nous plus pauvres ou moins riches au bout de l'année? Eh ! mon Dieu non. Malheureusement, la maladie du siècle nous tient; notre patrie c'est notre maison; au delà des murs, c'est le pays étranger; d^ l'autre côté du seuil, ce qui se passe ne nous regarde plus. Il n'existe point de rapports sympathiques ; on ne connaît que les rapports commerciaux entre gens qui ne s'aiment point, qui échangent plus de mensonges que de vérités, et qui s'estiment heureux ou habiles quand ils se sont trompés réciproquement. S'il en était autrement, s'il y avait entre nous quelques Hens de solidarité, nous serions forts contre les colères du ciel. Chaque année, proportionnellement à l'étendue de nos cultures, nous nous imposerions un léger sacrifice; nous créerions une caisse de secours contre la grêle, par exemple, ou contre la mortalité du bétail, et nous n'aurions plus à déplorer les ruines particulières.

Quand une maladie frappe un de nos vignerons de la Bourgogne ou un travailleur de nos villes, les sociétés d'assistance mutuelle, auxquelles l'un et l'autre appartiennent, leur vien-

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