‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 26 sur 64 · PRÉJUGÉS ET ABUS A COMBATTRE · texte numérisé non relu

PRÉJUGÉS ET ABUS A COMBATTRE

Si nous appelons l'instruction de tous nos vœux, c*est que nous voyons en elle notre unique planche de salut. Le monde agricole est plein d'idées fausses qu'it faut chasser devant soi, connue on chasse les déblais des places sur lesquelles on veut rebâtir à neuf. C'est pour cela que nous invitons les sociétés d'agriculture à nous seconder dans la mesure de leurs forces. Leurs chefs aiment à faire des discours; qu'ils en fassent donc, mais en ayant soin de bien choisir leurs sujets. Pourquoi ne font-ils pas la guerre aux friches communales, par exemple?

Nous ne reconnaissons à personne le droit de condamner la terre à la stérilité, sous prétexte de transmettre fidèlement aux générations futures ce que les générations éteintes nous ont transmis, comme si l'héritage d'une multitude de zéros pouvait constituer un patrimoine respectable. Que penseriezvous d'un individu qui dirait à ses enfants : « Vmci des pots de vieux louis, des pots de vieux écus, bouchés, ficelés, cachetés ; vous hériterez des uns et des autres jusqu'au dernier, mais sous cette réserve expresse que vous ne romprez point le cachet, et que vous les transmettrez à vos descendants dans l'état où vous les aurez reçus de moi? » Vous partiriez d'un gros éclat de rire. Eh bien ! la plupart de nos communes ne sont pas plus raisonnables que ne le serait l'individu en question. Leurs friches ne sont, en définitive, que des pots de vieux louis, dont on respecte le cachet de génération en génération ; elles se croient riches parce qu'elles ont la garde du dépôt ; elles ressemblent à ces conducteurs de diligences qui transportent des centaines de mille francs de ce point-ci à ce point-là, sans autre perspective qu'un pourboire de cin-

quante centimes à destination. Les friches communales sont, sinon toujours, au moins fort souvent, des fortunes qui dorment, des trésors enfouis, c'est-à-dire, en réalité, des nonvaleurs. Or, forcer la mise en culture, c'est forcer la mise en valeur et accroître la richesse publique. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous cherchons noise aux communaux, et vous vous rappelez peut-être qu'un jour nous proposions une aggravation d'impôts sur ces terres paresseuses, en même temps que le dégrèvement des terres productives.

11 y a de beaux discours aussi à faire sur les mauvais traitements que Ton inflige aux animaux.

Nous, avons, dans les villes aussi bien que dans les campagnes, des gens qui passent leur vie à malmener les animaux, sans le moins du monde s'imaginer qu'ils commettent ainsi journellement de très-mauvaises actions. A leurs yeux, la peau du cheval a été créée pour le fouet, le cuir du bœuf pour l'aiguillon, le mouton pour exercer la dent du ckien et celui-ci, à son tour, pour essuyer la mauvaise humeur du maître et lui lécher la main après cela. Chez ces gens-là, un côté de l'intelligence ne fonctionne pas, un côté du sens moral est engourdi. Ils ne voient pas, dans la bête, Têtre qui sent, souffre ou se réjouit à l'occasion ; lêtre qui se souvient d'une caresse et se révolte sous une brutalité ; l'être qui sait aimer et haïr selon qu'on se conduit bien ou mal à son égard.

La plupart de nos conducteurs de chevaux agissent sans discernement, frappent sans mesure des bêtes chargées à l'excès et les frappent même sans nécessité, par désœuvrement, par distraction, pour s'exercer la main. C'est triste et odieux tout à la fois. — La raison n'y pouvant rien, la loi est intervenue, en France, et nous nous en félicitons, mais nous nous féliciterions [bien autrement si l'homme arrivait à comprendre ses devoirs, et si, pour l'honneur de notre espèce, la conscience de nos actes rendait cette loi inutile.

La mission que s'est imposée la Société protectrice des ani-

Page 1