‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 33 sur 64 · L'ART DE GOUVERNER LA 8ÉVE · texte numérisé non relu

L'ART DE GOUVERNER LA 8ÉVE

Un cultivateur qui ne s*inquièle point de la circulation de la sève dans les végétaux n'est pas plus à sa place au milieu des champs que ne le serait à la sienne un mécanicien de locomotive qui ne connaîtrait rien des propriétés de la vapeur. On va nous répondre, il est vrai, que l'ignorance des lois physiologiques est trés-pardonnable chez le cultivateur, puisque les savants ne sont pas même d'accord entre eux sur la marche de la sève. En effet, ils se partagent en deux camps : les uns admettent la sève descendante, les autres ne l'admettent pas; mais que nous importent les différences de leurs théories, si, pour nous, elles répondent aux observations de la pratique et aboutissent, en définitive, aux mêmes résultats? Or c'est précisément ce qui arrive. L'une et l'autre nous satisfont également, et si nous adoptons celle de la sève descendante, c'est parce qu'elle est plus répandue, non pour une autre raison. .

Nous disons donc : les racines prennent de l'engrais liquide qui devient sève, et cette sève monte par le corps du végétal, par l'aubier surtout, s'arrête un moment dans les parties élevées, se modifie, s'épaissit, descend des sommités vers les racines en déposant sur sou passage une nouvelle couche d'aubier. Elle est le sang, elle est la vie des plantes ; c'est la sc\e qui fait le bois et la feuille, c'est elle qui fait les fruits :

le bois et la feuille, quand elle circule abondante et fougueuse; les fruits, quand sa circulation se ralentit, soit naturellement, soit par suite des obstacles qu'on lui oppose. Sachant cela, on comprend tout de suite que Tart de gouverner la sé^e est d'une haute importance pour le cultivateur. Selon qu'on la gouvernera bien ou mal , elle donnera des résultats bons ou mauvais . La taille des arbres, le greCTage, la culture des légumes, la grande culture même lui sont subordonnés. N'avons-nous pas des massacreurs d'arbres qui finissent par tuer les sujets les plus robustes sans jamais en rien obtenir, tandis que les jardiniers habiles les mettent et les entretiennent l(mgtemps à fruit? IN'avons-nous pas des maraîchers qui font pour ainsi dire ce qu'ils veulent de leurs légumes, tandis que d'autres ne réussissent que par hasard et ne savent répondre de rien? Pourquoi cela? Parce que les uns ont appris à se rendre maîtres de la sève, tandis que les autres ne savent point la conduire*

Çà et là, dans des livres spéciaux, on nous parle bien de la sève, on nous donne à son endroit de bonnes indications, mais on ne s'attache pas assez à ces petits détails pratiques qui constituent l'habileté du cultivateur et qui échappent aux regardfs des savants. Or ce sont précisément ces petits détails qui nous intéressent le plus et qui feront le principal objet de ce chapitre.

Commençons par les arbres. Quand nous avons affaire à des sujets trop vigoureux, qui donnent tout en bois et rien en fruits, nous nous disons nécessairement qu'il y a excès de santé chez eux, et qu'il convient d'agir à leur endroit conune à l'endroit des hôtes stériles, autrement dit de leur faire une saignée et de les mettre à la diète. Tout arbre, toute plante» tout animal qui s'affaiblit ou souffre ne demande qu'à se reproduire. Alors donc nous maltraitons nos arbres stèrileSi nous les faisons souffrir de diverses manières. Ceu»-ci letlf retranchent des racines et coupent ainsi quelques-uns des canaux qui reçoivent et distribuent la sève ; ceux-là enfoncent des clous dans le tronc ; d'autres donnent des coups de

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