‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 34 sur 64 · L'ART D£ GOUVERNER U SÈVE · texte numérisé non relu

L'ART D£ GOUVERNER U SÈVE

vrille, de même que le médecin domie des coups de lancette. Voilà pour les moyens violents.^ Les cultivateurs de la npuvelle école, s'il est permis de s'exprimer ainsi, ont recours à des procédés moins énergiques dans la forme, mais tout aussi sûrs en définitive. Pour mettre un arbre à fruit, ils se bornent à courber les branches, à serrer les rameaux contre le mur, en les palissant, à pincer leurs extrémités. Tout ceci est parfaitement connu, mais il nous semble qu*on ne se rend pas exactement compte de ces petites opérations, qu'on ne les comprend pas. En voici l'explication en deux mots : — Quand vous courbez une branche, vous étranglez quelque peu les vaisseaux séveux au point de courbure, en même temps que vous éloignez cette branche de la direction verticale qui est favorable à l'ascension de la sève. Donc ce liciuide nourricier ne circule plus aussi librement ; donc il y a soufirance, donc il y a besoin de reproduction, c'est-à-dire de fructification. Quand vous serrez un rameau contre l'espalier, vous foulez nécessairement le jeune aubier, et étranglez aussi les canaux delà sève, et de là les mêmes effets. Quand vous pjncezl'extrémité des bourgeons, vous coupez également le passage aux sucs nourriciers et déterminez un malaise dans l'arbre ; quand, enfin, vous éborgnez ce qu'on appelle un bouton à bois, vous le convertissez souvent en bourgeon à fruit, parce que la séve^ tourmentée, refoulée, n'ayant plus la force de faire du bois et des feuilles, ne conserve plus que celle de former les finiits nécessaires à la multiplication de l'espèce. Et de même qu'en le privant de sève vous pouvez convertir un bourgeon à bois en bourgeon à fleur, puisque la fleur n'est en quelque sorte que la feuille arrangée et colorée d'une autre manière, vous pouvez aussi, en fournissant beaucoup de sève à. des bourgeons à fleur, les développer en bois et en feuilles. En voulezvous une preuve? Taillez court un sujet chargé de dards, et vous verrez la plupart de ces dards se changer en rameaux au lieu de se changer en lambourdes.

Quand vous pratiquez la taille courte, c'est-à-dire quand

VOUS enlevez beaucoup de bois, les racines de Tarbre continuent d'apporter la sève à peu près comme si elles avaient à nourrir encore les parties retranchées. Cette sève ne pouvant s'utiliser entièrement, puisqu'on a diminué le nombre des bouches qui en vivaient, il s'ensuit qu'elle déborde à droite et à gauche pour former du nouveau bois, ou qu'elle pourrit sous l'écorce, faute d'issues. C'est à quoi ne songent pas les trois quarts des^ens qui.se mêlent de la taille. Us coupent, ils èbranchent à l'aventure, et puis au petit bonheur. Mais à qui la faute? A ceux qui ne se donnent pas la peine de vulgariser les notions les plus élémentaires de l'arboriculture. IHtes donc à nos ébrancheurs : « La quantité d'eau, jointe à l'engrais, fait la quantité de sève. Nous en avons par conséquent plus dans les terrains frais que dans les terrains secs, plus dans les récoltes que l'on arrose que dans celles non arrosées, plus sous un climat brumeux que sous un climat sec, plus dans un arbre greffé sur franc et à racines gourmandes que dans un arbre greffé sur cognassier et à racines sobres ; ceci bien entendu, il est clair que nous devons modifier nos pratiques de taille selon la nature des sujets et les climats. S'il n'y a pas d'inconvénients à tailler un peu court les arbres ou les plantes qui n'ont guère de vigueur, il y a de gros inconvénients à procéder de la même manière avec les arbres ou les plantes d'jme vigueur très-grande. S'il est facile de barrer un ruisseau où l'eau coule doucement, de se rendre maître de cette eau, de l'éparpiller en rigoles ou en filets, il est, en revanche, difficile de dom*pter un torrent,

Vous n'aurez pas de fruits avec une sève fougueuse, et ce n'est pas avec une taille courte que vous empêcherez la fougue de cette sève. Vous la ferez déborder, voilà tout. Dans le cas particulier, tenez-vous-en à une taille longue et attachezvous surtout à modérer la circulation, en écartant les branches et les lanieaux de la verticale, en les courbant, en , èburgiiuiil quelques bourgeons. Il y aura gène, il y aura souf-

Page 1