L'ART DE GOUVERNER U SÈVE
firance ; la sève ralentira sa marche, et la fructification se fera. C'est cette observation qui a donné Tidée de Tincilsion annulaire, opération qui consiste à enlever des anneaux d'écorce à la base des branches pour les obliger à se mettre à fruit. En enlevant ces anneaux, on fait souffrir le sujet d'abord, et puis on empêche la sève descendante de circuler. Elle n'en forme que plus vite le bois et les fruits, mais à ce jeu on escompte laidement la vie des arbres, et Ton altère la qualité des produits.
Ce que nous venons de dire des arbres s'applique nécessairement aux fleurs, aux légumes, aux plantes de la grande culture. Vous Tallez voir : La petite pervenche, que vous connaissez au moins de nom, ne se met pas facilement à graines. Tournefort voulut un jour l'y forcer, et y réussit, en plaçant un pied de cette plante dans un pot où ses racines étaient trop à l'étroit. Philippe Miller, en Angleterre, usa, dans le même cas, d'un autre moyen, du pincement modéré des feuilles de la base et obtint un résultat satisfaisant.
En ce qui concerne le potager, nous devons compter journellement avec la sève. Nos choux ont-ils trop de force et leurs feuiUes semblent-elles plus disposées à s'écarter qu'a se ramasser en pomme, nous fendons leurs tiges d'outre en outre, et souvent deux ou trois fois durant le cours de la végétation, comme il nous est arrivé de le faire en Ardenne avec des choux-pain, qui se décoiffaient constamment au lieu de pommer, tant leur sève était fougueuse, et avec des choux rouges de Frise de trois ou quatre pieds de hauteur.
Est-ce que la suppression des sommités de nos fèves et de nos pois n'a pas aussi pour but de ralentir la circulation de la sève et de donner du développement et de la précocité aux gousses ? Oui ; mais c'est à la condition que le pincement de ces fèves et de ces pois sera raisonné, car si on venait à le pratiquer à tort et à travers, on n'obtiendrait pas le résultat espéré. On nous dit : Pincez les pois au-dessus de la stît'onde fleur ; c'ci^t bien, mais on ne dit rien de plus, eu ^urlo
que certains jardiniers et bon nombre d'amateurs attendent souvent que le pois ait quatre étages de fleurs pour en supprimer deux. En s'y prenant ainsi, ils pincent, en effet, audessus de la deuxième fleur ; seulement, ils opèrent trop tard et font, sans le savoir, une taille très-courte, qui pousse la sève à former brusquement des rameaux et des feuilles. S'ils supprimaient, au contraire, une faible portion de la tige, dès qu'elle dépasse le second étage de boutons, la sève disponible ne serait pas considérable, n'aurait pas la force d'émettre des fanes vigoureuses et se répartirait sur les fleurs du voisinage. Ainsi donc, règle générale, la suppression des sommités de plantes ne profite bien à la fructification qu'à la condition d'être très-modérée ; quand vous supprimez trop, vous poussez à la production des feuilles, c'est le pendant de la taille courte sur les arbres très-sèveux. Il ne suffit pas de pincer, il faut encore pincer à propos.
Dans la taille des courges, nous avons ordinairement la main malheureuse, toujours faute de raisonner. Nous devrions tailler au-dessus du premier fruit formé, taudis que nous en laissons former plusieurs, afin de choisir. Si le hasard veut que le plus beau dans le nombre soit le plus rapproché du pied, nous nous voyons forcé de supprimer un long bout de rameau, c'est-à-dire de pratiquer la taille courte. Nous voulons uu très-gros fruit, et nous opérons pour faire des rameaux et des feuilles ! Nous aimons mieux le procédé qui consiste à froisser les rameaux de courge un peu au-dessus du fruit et à enterrer cette partie froissée. De cette manière il n'y a pas de suppression complète des vaisseaux séveux ; il n'y a qu'un ralentissement dans la circulation.
En nouant les fanes de l'oignon et de l'ail, est-ce que nous ne gouvernons pas la sève? est-ce que nous ne l'obligeons pas à modérer sa marche ?
Est-ce qu'en tordant les porte- graines de bettes et d'ai*roche-belle-dame, nous n'aidons pas à la maturation de la semence, qui se prolongerait souvent trop tard si nous laissions