L'ART DE GOUVERNER LA SÉYE
aller la sève à sa fantaisie? Est-ce qu'en serrant ces mêmes porte*graines à deux ou trois places différentes contre les tuteurs, de façon à étrangler un peu les canaux des sucs nourriciers, nous n'atteindrions pas le même résultat qu'avec la torsion des sommités?
E&irce qu'en couchant en terre les racines destinées à faire des semenceaux, nous ne forçons pas leurs tiges à décrire une courbe, à ouvrir un angle qui ralentit la circulation de la sève et favorise la fructification ?
Est-ce que nous n'aurions pas intérêt à diminuer autant que possible la hauteur de nos rames de haricots, afin d'obliger Ifô tiges à retomber, à se courber, et à donner par conséquent des gousses plus précoces et probablement aussi plus nombreuses?
Quand les têtes de choux-fleurs ont la grosseur du poing, nous rompons à demi l^s feuilles qui les entourent, et les couchons sur les têtes en question; puis, au fur et à mesure qu'elles se développent, nous rompons le dessus des autres feuilles, tant et si bi^i que toutes y passent et que les pommes de choux se trouvent cachées parfaitement. Par cela même qu'elles sont à l'abri de la lumière du jour, elles se maintiennent blanches et tendres. Les jardiniers le savent, mais ils n'ont pas l'air de savoir que le cassement des feuilles tempère l'impétuosité de la sève et en rejette une bonne partie disponible dans les pommes de choux, qui se développent par conséquent mieux que dans les circonstances ordinaires. Le cassement équivaut à une taille longue sur les arbres. Si, au lieu de casser, nous supprimions entièrement ces feuilles, nous aurions l'équivalent de la taille courte et un résultat tout opposé ; les tiges monteraient et les pommes s'ouvriraient pour monter aussi. Ne savons-nous pas qu'à Jersey, par exemple, où les choux fourragers atteignent une taille très-élevée, on les amène à cette taille en faisant journellement la récolte des feuilles à partir de la base ?
Si les cultivateurs avaient un aperçu de l'art de gouverner
la sève, ils se garderaient bien de couper les fanes de pommes de terre à demi, ou même entièrement, pour préserver les tubercules de la maladie ou pour les faire grossir. Quand on les coupe à demi, la sève développe une multitude de petits rameaux, au préjudice des tubercules; quand on les coupe entièrement, elles ne poussent plus de rameaux, mais elles perdent une prodigieuse quantité de sève, qui mouille le sol et marque la place de chaque touffe. Les tubercules ne paraissent pas en profiter ; seulement, il en pousse beaucoup du volume d'une noisette. Nous avons fait sur les pommes de terre ce double essai de taille courte, et Dieu nous garde de la conseiller aux autres ; nous l'avons fait, sans rien espérer de bon, uniquement pour avoir le cœur net de tous les radotages qui se débitent en agriculture. La raison condamnait ces essais ; les résultats les ont également condamnés. Nous admettons le pincement des tiges detpommes de terre, quand les boutons se montrent, parce que c'est un moyen d'imposer un temps d'arrêt à la sève, sans la violenter sensiblement, et de déterminer la formation des tubercules, qui ne commence qu'après le complet développement des fanes. Hais nous plaçons l'arcûre bien au-dessus du pincement. Quel est notre but? c'est de développer des rameaux souterrains ou tubercules. Eh bien, en courbant les tiges au-dessus de terre, nous gênons la marche de la sève et sommes sûrs qu'une partie de cette sève s'emploiera à produire les bourgeons souterrains. Nous courbons donc nos tiges et maintenons la courbure en plaçant dessus une motte de terre. Voulez-vous de la précocité? employez ce moyen. C'est comme si l'on vous disait: Voulez-vous qu'un bourgeon se développe vite et sûrement? courbez le rameau un peu au-dessus de ce bourgeon, afin d'y arrêter la sève. C'est précisément là ce qu'on feit pour établir le deuxième cordon d'une treille à Thomery. L'arcûre du rameau principal au-dessus d'une bourre de belle apparence développe cette l^ourre et constitue ainsi le second cordon.
Rien que d'après ce qui précède, vous pouvez vous pénétrer de l'importance du sujet qui nous occupe, sujet que nous indiquons seulement et qui, tôt om tard, nous n'en doutons pas, fournira matière à quelque livre spécial. L'art de gouverner la sève n'intéresse pas seulement Tarboriculteur, le jardinier; il intéresse au même dégrèves hommes de la grande culture, car enfin ils ont affaire à la sève toutes les fois qu'ils fauchent des récoltes trop vigoureuses, qu'ils coupent les feuilles supérieures des froments trop forts, qu'ils font brouter les jeunes prairies pour les forcer à taller, qu'ils roulent les céréales pour suspendre un peu leur végétation, qu'ils éciment le maïs, les féveroles et qu'ils pincent le tabac. Or, dans ces diverses circonstances, faute de raisonner les opérations, on peut commettre de grosses maladresses.
ni
Si VOUS le permettez, nous allons voir à l'œuvre nos tourmenteurs de végétaux et apprécier rapidement le mérite de leurs opérations. La grande culture pourrait certainement nous offrir là-dessus des modèles intéressants, mais nous aimons mieux les demander à l'arboriculture. Ils seront plus fortement caractérisés, et puis, du moment oQ il s'agit tout bonnement pour nous de signaler des abus icotanûs au nom de la physiologie, il importe peu que nous empniAtîoiis^ nos faits à une branche quelconque de la culture plùtdt q»a telle autre branche. Ce qui est vrai pour l'arbre sera vrai pour le l)rin d'herbe, la céréale, la racine ou le légume. La
nature n'a pas besoin de plusieurs lois pour régir une même fonction.
On nous assure que Tant de cultiver les espèces fruitières est en progrès. Si Ton veut dire par là que certaines bonnes méthodes se propagent, se vulgarisent, c'est, en effet, l'exacte vérité ; mais si, par progrés Ton entend le perfectionnement de ces anciennes bonnes méthodes, on nous permettra d'en douter. Si nous nous distinguons en quelque chose, c'est plutôt dans l'art de détériorer que dans l'art d'améliorer. On se bat les flancs pour inventer des formes et des méthodes nouvelles, et l'on n'arrive à rien qui vaille. Décidément, on a peut-être eu raison de rééditer La Quintinye ; ses leçons, ainsi que celles de Roger Schabol et de la Bretonnerie, peuvent nous rappeler au respect des lois physiologiques, dont personne ne semble plus se soucier.
L'impatience domine la raison ; on se hâte de vivre et de jouir, comme si le monde courait vers sa fin ; on ne demande plus aux arbres ni branches ni feuilles, on veut de la fleuret du fruit tout de suite, la seconde année qui suit la plantation. Nos pères attendaient volontiers dix ou quinze ans ; nos amateurs de ce temps-ci n'accordent pas même quatre ans au poirier. Nous sommes dans Tâge d'or des pépiniéristes brocanteurs. Pourvu que ces éleveurs d'arbres fruitiers n'appliquent point leur talent à l'élève du bétail ! En moins d'un demi-siècle, ils seraient capables de réduire la race du Cotentin aux proportions d'un veau de six semaines.
Le couchage des branches des arbres fruitiers est évidemment favorable à la fructification, comme la verse l'est aux céréales, mais c'est à la condition de ne pas dépasser certaines limites. Le talent de l'arboriculteur consiste à ralentir la marche de la sève sur certaines parties de l'arbre,* tandis qu'il l'appelle sur d'autres points en y ménageant des branches verticales. Il suffit pour ne pas se tromper grossièrement, de copier la nature sur nos pommiers de plein vent. Pendant que les branches de la base se courbent parfois sous une telle charge
de fruits qu'on est obligé de les soutenir ayec de fortes fourches, les branches supérieures appellent la sève dans le sens de la verticale. Mais cette charge de fruits ne se présente pas tous les ans.
Grav. 18. — Rameau courbé.
Dans quelques contrées, si la midn de Thomme se chargeait de faire le travail de la nature et dlncliner les branches de pommiers par des moyens artificiels, on provoquerait certainement la fructification, mais aussi on obtiendrait du même coup les chancres. Nous invoquons là dessus le témoignage des amateurs qui ont cultivé ou qui cultivent le pommier en cordons horizontaux, et le témoignage des cultivateurs de TArdenne belge.
Quelles sont donc les causes qui produisent les chancres sur les arbres en général, et sur les poiriers et les pommiers principalement ?
Les auteurs du Bon Jardinier n'en parlent pas. Bosc nous dit qu'on ne peut en deviner la cause ; seulement, il constate que dans un sol humide les arbres y sont plus sujets qu'ailleurs ; le^Lieur les attribue à la piqûre d'un insecte ; Louis Noisette s'en prend tantôt à un sol de mauvaise qualité, tantôt aux blessures faites aux arbres ; M. Hardy admet cette dernière explication, et aussi le défaut de vigueur des arbres comme une cause déterminante ; enfi^n H. Dubreuil écrivait en 1851 f « La cause des chancres n'est pas encore bien con-
nue. On les voit souvent apparaître à la suite de la grêle et des contusions en général. Un coup de soleil peut aussi les déterminer. » ,
On n'en savait ni plus ni moins en 1852. A cette époque, un propriétaire de Saint-Hubert (Belgique) nous demanda le moyen de guérir les pommiers chancreuK ; nous lui répondîmes que nous n'avions aucun remède à son service, mais que nous nous proposions d'étudier avec soin Taflection dont il avait tant à se plaindre. Pour nous faciliter cette étude, il mit à notre disposition deux jeunes arbres malades, que nous transportân[ies d'une prairie humide dans la partie la plus sèche de notre jardin. Les chancres furent nettoyés au vif avec la serpette, et il se forma- du bois nouveau qui, en deux ans, recouvrit les plaies.
A partir de ce moment, la cause du chancre était trouvée, et nous l'indiquâmes en 1853, dans le Dictionnaire (ï agriculture pratique^ publié en Belgique. Nos observations furent continuées et complétées sans interruption pendant quatre ou cinq ans, et, en 1858, alors que les raisons du chancre étaient toujours ignorées des physiologistes et des praticiens, nous écrivions ces lignes dans un petit livre intitulé : Les arbres fruitiers: — « Nous attribuons cette maladie à un arrêt de sève, qui, n'ayant point d'issue, fermente sous Técorce et désorganise les tissus. Ce qui nous porte à lui donner cette cause, c'est que le chancre se produit presque toujours dans le voisinage d'une forte amputation, lorsqu'il ne s'y trouve point de rameaux assez vigoureux pour fournir un passage à la sève. C'est qu'en outre, les plein-vents sont peu sujets au chancre, tandis que les jeunes arbres taillés court ont beaucoup à en souffrir; c'est qu'enfin des arbres chancreux, provenant d'un sol humide, se guérissent assez ordinairement lorsqu'on les transporte dans un terrain sec ou assaini. »
On ne tourmente pas seulement les végétaux en arquant leurs branches, on les tourmente aussi par le pincement qui pourrait bien être le pire des procédés. On l'a beaucoup pré-
LES TOURMEiNTEURS DE VÉGÉTAUX.
conisé ; voici ce que nous en pensons et ce que nous en avons dit un jour à Hontreuil aux élèves de H. Alexis Lepére :
Gnv. 19. — Rameau' pincé.
Les parties aériennes d'un arbre : tige, branches et rameaux ont en terre leurs parties correspondantes : pivot, racines principales et racines d'ordre inférieur. Si vous supprimez le pivot d'un arbre en le transplantant, vous empêchez le développement de la tige; si vous supprimez la tige d'un arbre pour en faire un vase, un gobelet, vous empêchez également le pivot de se développer souterrainement. Disposez un pécher, un poirier ou tout autre arbre en forme d'éventail contre un mur ou bien encore en contre-espdlier ; autrement dit, ne permettez pas à ces arbres de pousser des branches
en avant ou en arrière, et vous verrez que les racines prendront la direction de votre charpente ; taillez en éventail des arbres de promenade, des tilleuls, par exemple, après les avoir laissé pousser librement pendant un certain nombre d'années, et vous verrez que toutes les racines correspondant aux branches amputées finiront par mourir, tandis que les racines de côté continueront à se bien porter.
Partant de cette observation, il est évident que chaque fois que nous enlevons avec les ongles, ou avec la serpette, un bourgeon (œil), ou un bout de rameau herbacé, nous enlevons du même coup aux racines principales la faculté d*en émettre de petites, et que, plus notre suppression (pincement) est considérable et souvent répétée, plus nous empêchons les racines auxiliaires de se produire ; plus par conséquent, nous restreignons le nombre des bouches et nuisons aux fonctions alimentaires. Voilà pourquoi les ariîres soumis à un pincement abusif, comme, on le conseille trop souvent, sont trèspauvres en racines, vivent mal, jaunissent et meurent vite, après avoir donné de bonne heure beaucoup de fruits petits et de médiocre qualité.
Quand, au contraire, au lieu de pincer à outrance, on laisse bon nombre de rameaux se développer librement, les racines correspondantes se développent en même temps, et après la taille des rameaux, les racines en question fonctionnent au profit des bourgeons appelés à les remplacer. 11 est clair que si Ton se rendait bien compte des effets produits par un pincement exagéré, on y regarderait à deux fois avant de Tériger en système.
Nous nentendons pas, on le pense bien, donner le conseil de laisser les arbres aller à leur guise, mais nous tenons à ce ;qu'on connaisse bien les effets des opérations auxquelles on les soumet. Quand on les connaîtra, on se tiendra dans des limites raisonnables et Ton nous épargnera toutes sortes d'excentricités regrettables.
On ne se contente pas de courber et de pincer les végétaux
LES TOURMËNTEURS DE VÉGÉTAUX. i^
pour en précipiter et en augmenter la fructification, on a recoursencore, sur quelques variétés vigoureuses, à une opération qui porte le nom de cassement. Ce mot définit bien la chose. Le cassement relève toujours de ce principe, à savoir que si la feuillaison est en raison directe de Tétat de santé des plantes, la floraison est par cela même en raison directe de leur affaiblissement. C'est pour les affaiblir que nous courbons les branches, que nous les gênons avec des ligatures contre un mur ou un tuteur ; c'est pour affaiblir nos plantes que nous pinçons les jeunes pousses ; c'est encore dans le même but* que nous pratiquons le cassement de quelques rameaux vers le déclin de la végétation, en juillet ou août. Un rameau à moitié cassé souffre plus qu'un rameau taillé, uniquement parce qu'il y a déchirure des tissus et que les déchirures se guérissent moins bien que les plaies nettes. Or, un rameau qui souffre conmiunique sa douleur, son malaise à toutes les parties de Tarbre ou de la plante. Quand nous nous meurtrissons un doigt de la main, tout le corps s'en ressent , il en est de même avec les végétaux. Par le cassement, nous troublons la circulation de la sève. Si nous le pratiquions de bonne heure, quand la végétation est dans sa pleine force, la sève fougueusement arrêtée dans sa marche, ne manquerait pas de développer, au-dessous de la partie rompue et à l'aisselle des feuilles, des rameaux anticipés ; mais conmie nous pratiquons l'opération tardivement, la sève n'a plus la force de préparer des bourgeons à bois ; elle ne prépare que des bourgeons à fleurs.
Faire fleurir est synonyme de faire souffrir. C'est encore pour cela que les semeurs d'arbres fruitiers, pressés de connaître leurs gains, déplantent et replantent tous les ans ces gains pour en hâter la mise à fruit. C'est pour cela que pour avoir de belles fleurs de reine-marguerites, on rapique le plant jusqu'à trois et quatre fois.
Si les figuiers d'Argenteuil donnent assez ordinairement de fortes récoltes, c'est parce qu'on les martyrise de toutes
les façons. On ne se contente pas de les ébourgeonner, on les fagote à Tenti'ée de l'hiver, on les couche en terre et il est rare qu'on ne déchire pas ou qu'on ne rompe pas quelques branches. Dans le cas particulier, l'arbre est courbé, rompu, déchiré, plus ou moins mutilé, par ce qu'on veut le soustraire aux gelées intenses. Si l'on s'avisait de le laisser végéter librement et de l'empailler tout simplement, sa fructification ne serait pas ce qu'elle est.
Le résultat des procédés de violence est si bien établi dans la pratique qu'on a osé proposer dans ces derniers temps,, de frapper nosarbres fruitiers à coups de bâton, afin de les mettre mieux et plus vite en plein rapport. Evidemment, des arbres que Ton bétonnerait donneraient beaucoup de fleurs et par conséquent peu de bois, mais en toutes choses, il y a des limites qu'on ne saurait dépasser impunément. Si l'on multipliait les fleurs à l'extrême, à force de tourmenter la sève et d'en troubler la circulation, ces fleurs feraient mauvaise fin. Les fruits ne noueraient pas, ou, s'ils nouaient, ils ne trouveraient pas assez de liquide séveux pour se nourrir, el vous les verriez jaunir et tomber à peine formés. Nous le savons si bien qu'en vue d'éviter cet inconvénient, nous ne manquons pas de supprimer un certain nombre de fleurs à ceux de nos arbres taillés qui s'en chargent trop. Ainsi, quand nous avons affaire à des poiriers ou à des pommiers, nous avons la sage précaution d'enlever avec les ongles toutes les fleurs qui occupent le milieu du bouquet et de ne réserver que celles de la circonférence. Ces dernières s'ouvrent d'abord et reçoivent plus facilement la sève que les secondes.
Puisque nous avons parlé du bàlônnage des arbres, nous devons nécessairement, au point de vue de la physiologie végétale, dire un mot du gaulage des fruits et de ses conséquences. Cette opération a sa place bien marquée parmi les j[)rocédés des tourmenteurs.
Gauler les finiits, c'est les abattre en temps opportun au moyen d'une |KTchc longue et souple, qui porte le nom de
gaule. G est ainsi qu'il est d'usage de faire la récolte des noix, des pommes à cidre et des poires à poiré. Avant que les agents forestiers y eussent mis ordre, on gaulait également les hêtres, au moment de récolter les faînes. Cette opération est expéditive sans doute, mais brutale et sauvage, et Ton s'est demandé bien des fois si la cueillette à la main ne devait pas être préférée à Tabatage en question. C'est encore une. . chose douteuse. /
Le gaulage des fruits martyrise les arbres. Ce ne sont pas seulement les fruits qui se détachent sous les coups de perche, ce sont encore les feuilles et les petits rameaux : les branches sont meurtries, les écorces déchirées, les jeunes bourgeons rompus. Quand on observe les débHs de toutes sortes qui jonchent le dessous d'un noyer fraîchement gaulé, il semble que la vie de l'arbre maltraité de la sorte soit très-sérieusement compromise. On pourrait concevoir de l'inquiétude à moins. Pour que les noyers, les pommiers, les poiriers résistent comme ils font, il faut qu'ils soient prodigieusement robustes; des arbres délicats périraient.
A la rigueur, on pourrait cueillir les poires et les pommes à cidre, au heu de les faire tomber à coups de gaule, mais, avec les noix, c'est différent. On ne saurait ni secouer les branches, comme pour la récolte des prunes, ni enlever les fruits à la main, ni attendre que leur chute ait lieu naturellement, car ce serait s'imposer une servitude d'allées et venues pendant une quinzaine de jours environ, et donner trop large prise au maraudage. Bon gré, mal gré, donc, il faut gauler : nécessité fait loi. Seulement, il devrait y avoir, avec le gaulage, des accommodements. Plutôt que de frapper à tort et à travers, en dessus, en dessous et de côté, on ferait bien, à notre avis, de consacrer un peu plus de temps à l'opération, de porter moins de coups inutiles, de n'attaquer que les extrémités. On va nous répondre que les noix, dans leurs coques, sont de la couleur des feuilles, qu'elles se confondent avec elles, qu'elles échappent par conséquent à
146 aUSERIES SUR L'ÀGRIOJLTURfi ET L'HORTICULTURE.
l'œil, et que, ne sachant où les saisir, on est bien forcé de procéder à l'aventure. L'observation est juste et s'applique aux arbres élevés, mais elle ne justifieras l'abus de la gaule. Vous voyez des individus frapper à tours de bras cinq ou six fois de suite à la même place, alors même que plus rien ne tombe. C'est une destruction inutile de rameaux. Voyez-les encore gauler de jeunes noyers de dix ou quinze ans ; ils frappent partout et n'épargnent pas plus le cœur des arbres que la circonférence, quand il leur serait facile d'y découvrir la plupart des noix et de les abattre sans massacrer les branches et les rameaux. L'habitude d'agir ainsi est si fort enracinée et date de si loin, que nos réflexions à ce sujet vont paraître ridicules, puériles, à moitié folles. Nous le savons, mais nous ne nous arrêterons pas pour si peu. Les propriétaires de noyers, nous le savons aussi, n'ont jamais songé à conseiller les ménagements que nous recommandons ; ils se croient désintéressés dans la question, et peu leur importe que les gauleurs qui travaillent à Tun des bouts du village soient entendus à l'autre bout. De mémoire d'homme et d'aïeul, il en a toujours été de môme ; à genoux donc devant la tradition!
Dans les contrées où la culture des arbres à cidre est trésrépandue, on ne ménage pas plus les pommiers et les poiriers qu'autre part les noyers. C'est toujours la force de l'usage qui l'emporte sur le gros bon sens, force telle, que les gens de l'endroit sont ordinairement les derniers à découvrir et à signaler l'absurdité ou les défauts des pratiques locales au milieu desquelles ils n'ont cessé de vivre. Cependant il s'est rencontré, de loin en loin, dans la Picardie, la Normandie et la Bretagne, des amateurs qui ont essayé de substituer la cueillette au gaulage pour la récolte des fruits à cidre ; mais l'essai n'a pas été suivi des résultats qu'ils en attendaient. Us avaient compté sur des produits plus abondants que ceux des voisins, et ils en ont obtenu de moins considérables; Les faits de plusieurs années étaient là; il n'y avait
LÈS tOURMÈNTEURvS DE VÉGÉTAtJX. Ii7
point à lutter contre eux, à ce qu'on assure, et ils ont dû, les uns et les autres, revenir à rancienne méthode, puisque les avantages étaient pour elle.
Au premier abord, la chose semUe inexplicable; mais les perstmnes qui possèdent quelques notions de physiologie et s'entendent un peu à la culture des arbres fruitiers, se Texpliquent très-bien. Toute plante, tout arbre qui souffre cherche à se mettre à fruit et donne plus qu'une plante et un arbre vigoureux, abandonnés à eux-mêmes. Est-ce que nous ne passons pas notre vie à martyriser nos arbres d'espaliers et nos arbres nains en vue d'augmenter et de hâter la production? Est-ce que la taille, le greffage, la courbure des branches, le palissage des rameaux, l'incision annulaire, le pincement, ne sont pas des actes de torture, de violence à l'endroit des arbres en question? Est-ce que, sans ces moyens, nous obtiendrions ce que nous obtenons ? Évidemment non. Après cela, il est facile de comprendre que les arbres gaulés rendent plus en fruits que les autres, puisqu'ils ont plus souffert, et que la souffrance porte à la multiplication de l'espèce. A ce propos, permettez-nous de vous rappeler un vieux dicton de notre Bourgogne : Vignes grêlées^ vignes fumées. Et, en effet, les souches et les sarments meurtris par les grêlons donnent ordinairement une bonne récolte l'année d'après.
Reste à savoiy maintenant si ce que Ton gagne d*un côté, on ne le perd pas de l'autre. Les arbres maltraités par le gaulage fructifient mieux et plus vite que les arbres non maltraités, c'est concevable; mais durent-ils aussi longtemps? Nous ne le pensons pas. A grand produit, courte existence : les petits chassent les mères; c'est dans l'ordre des choses. Il y a donc lieu de croire que les vergers où l'on pratique le gaulage demandent à être renouvelés plus souvent que si on ne l'y pratiquait pas. Reste à savoir aussi, quant aux noyers, si le gaulage abusif ne contribue pas à déterminer et à développer la pourriture du cœur, si com*
mune parmi les arbres de cette espèce, surtout dans la variété à coquille mince. C*est une simple question que nous posons.
Les lignes qui précédent ne changeront rien aux coutumes consacrées par le temps, mais elles pourront donner à réfléchir et amener des modifications utiles dans Tabatage. On continuera, comme par le passé, de gauler les noix, de gauler les pommes et les poires, parce que la nécessité, d'une part, et l'intérêt du moment, d'autre part, le commandent ; mais par cela même qu'on se rendra bien compte de l'opération, qu'on en connaîtra les désavantages, on ne se laissera peutêtre plus aller à des excès inutiles ou désastreux ; on ne gaulera peut-être plus uniquement pour se donner le plaisir de gauler ; on déploiera peut-être moins de force brutale où quelquefois une toute petite secousse suffirait ; on s'arrêtera peut-être à la pensée que le gaulage immodéré doit être funeste aux jeunes arbres, surtout à ceux qui n'ont pas encore atteint beaucoup de développement, et, au lieu de les mutiler inconsidérément, on leur accordera peut-être certains égards, certains ménagements. Nous n'attendons que cela, rien de plus.
Il y a longtemps que le gaulage des faînes a été interdit dans nos forêts. Bien loin de blâmer cette mesure, nous l'approuvons sans réserve. Le gaulage ne pouvait que réduire la durée de l'existence des hêtres; on a donc bien fait de s'y opposer. ' ^
Nous n*en avons pas fini avec les procédés de mutilation ; il nous reste encore quelques observations à faire relativement à la suppression des feuilles et des fleurs des végétaux, c'est-à-dire à l'effeuillemenl et à l'efilorement.
Nous commençons par présenter nos excuses à TAcadémie. Quand il lui plaira de nous donner les mots dont nous avons besoin si souvent en agriculture et en horticulture pour rendre brièvement et nettement notre pensée, nous ne prendrons plus la peine d'en inventer sans sa permission. Puis-
LES TOURMENTEtBS DE VÉGÉTAUX. 149
que par effeuillement on entend la suppression des feuilles, par efflorement on peut entendre la suppression des fleurs.
Ces deux opérations, auxquelles on a fréquemment recours, sont mal comprises ou plutôt ne le sont pas du tout par la très-grande majorité des cultivateurs; voilà pourquoi des explications nous semblent nécessaires.
L'effeuillement affaiblit la plante, compromet sa santé et abrège la durée de sa \ie ; Tefflorement la fortifie au contraire, rétablit plus ou moins sa santé compromise et prolonge la durée de sa vie. Dans les deux cas, les preuves abondent, les faits sont là, mais à force de les voir, on ne les distingue plus, et très-peu de personnes §'y arrêtent. Nous appelons donc sur eux l'attention de nos lecteurs.
Les feuilles, a-t-on dit, sont les poumons des plantes. Quand même la comparaison serait un peu forcée, elle a du vrai néanmoins, et nous la maintenons. Il est évident que les plantes ou les arbres qui se portent bien ont un riche feuillage. Lorsque nous dégarnissons d'une partie de ses feuilles une branche qui va trop vite et prend trop d'embonpoint, elle s'arrête en quelque sorte pour panser ses plaies ; lorsque nous dépouillons le mûrier de ses feuilles pour en nourrir nos vers à soie, nous faisons souffrir l'arbre et l'empêchons de viyre aussi longtemps que les mûriers qui gardent leur feuillage. Si nous songions un peu à tout ceci, nous nous garderions bien, soit de faire pâturer les céréales d'automne par les cochons, en mars ou en avril, comme cela se pratique sur certains points, sous prétexte de ralentir la pousse et d'empêcher la verse, soit d'effeuiller les betteraves et les choux avant leur complet développement, comme cela se pratique presque partout. Une céréale broutée perd de sa force, souffre plus ou moins, et ne saurait, à notre avis, donner d'aussi beaux épis et d'aussi beaux grains qu'une céréale non broutée. Une betterave effeuillée par nos ménagères ne donne jamais de racine comparable en volume et peut-être en qualité à la racine d'une betterave qui n'a point
subi reffeuillement; on perd donc d'un côté, au double et au triple, ce que Ton s'imagine gagner de Tautre. Une bette à cardes effeuillée à diverses reprises pour les besoins de la cuisine ne traverse pas Thiver en place comme la bette non effeuillée. L'oseille fauchée au couteau, c'est-à-dire entièrement, ne dure pas aussi longtemps que l'oseille doi^ on ne supprime à la main, et de loin en loin, que partie des feuilles. Les choux soumis à Teffeuillement ne fournissent pas des pommes aussi volumineuses que les choux laissés intacts.
Nous condamnons donc l'effeuillement parce qu'il fatigue et affaiblit. Cependant, par cette raison môme, il peut nous » rendre exceptionnellement des services, et il convient d'en profiter. Ainsi, par exemple, pour ce qui concerne la culture potagère et particulièrement le chou de Bruxelles et le poireau, il est hors de doute que Teffeuillement a son utilité.
Dans le premier cas, nous avons douté longtemps, faute d'avoir assez réfléchi ; aujourd'hui, nous ne doutons plus, parce que nous croyons comprendre. Nous nous demandions, en voyant les jardiniers rompre les longues feuilles de la tige du chou de Bruxelles, pourquoi ils prenaient cette peine, du moment que les feuilles en question jaunissent et tombent d'elles-mêmes aussitôt que les rosçttes sont formées. A présent, nous nous expliquons l'utilité de la chose. Par le cassement, on affaiblit le chou, et le jet qui se développe prend moins de volume et se maintient plus ferme. Les praticiens avaient et ont raison, sans savoir pourquoi.
En ce qui regarde l'effeuillement du poireau et les bons effets qui en résultent, nous avons encore de la peine à nous en rendre compte. C'est une plante qui ne ressemble point à toutes les autres et qu'il ne convient pas d'envisager de la même manière. Si nous avons bonne mémoire, son bulbe se compose d'écaillés qui se développent pour former la tige mangeable et se prolongent en feuilles.
La suppression d'une grande partie de ces feuilles maintient
LES TOURMENTEimS DE VÉGÉTAUX. 151
ia séve vers leur base, qui en profite et prend de l'épaisseur. Chez la plupart des autres plantes, une pareille suppression aurait pour effet de développer de jeunes bourgeons ou de nouvelles feuilles. Avec le poireau, ce n'est pas à craindre. 11 n'en reste pas moins vrai que reffeuillement de ce légume affaiblit la plante en même temps qu'elle donne du volume au pied, et que des poireaux effeuillés sont sujets à pourrir en hiver.
Malgré les ravages organiques occasionnés par l'effeuillement, les cultivateurs ne reculent guère devant cette opération; mais dès qu'il s'agit de toucher aux fleurs des plantes ou des arbres, c'est une autre affaire ; c'est presque l'arche sainte, et avant d'y toucher ils hésitent. Ils croient que la suppression d'une fleur a plus d'inconvénients que la suppression d une feuille. Erreur, et grosse erreur dont il importe de les dégager bien vite. L'efflorement fortifie au lieu d'affaiblir. Détruire une fleur, c'est pour ainsi dire créer une feuille.
Nos chicorées-endives font-elles mine de monter, nous coupons les tiges florales pour sauver la récolte ; nos épinards se mettent-ils en boutons, nous supprimons tout de suite ces boutons pour entretenir la production de la feuille ; les crambés, que nous étiolons deux et trois fois de suite, se couvriraient de fleurs et périraient pour la plupart dans l'année si nous ne rendions de la vigueur aux feuilles en supprimant les boutons au fur et à mesure qu'ils se montrent. Lorsque nous voulons conserver une plante annuelle pendant plusieurs années, nous l'empêchons de grainer et mieux de fleurir. Le trèfle rouge qui graine ne repousse pas l'année d'après, tandis que le trèfle rouge que l'on fauche en fleurs repousse très-bien.
Si, des champs, nous passons au jardin, nous voyons nos ménagères entretenir des giroflées-quarantaines et des résédas pendant longtemps, rien qu'en les empêchant de fleurir ou de porter graines la première année.
Ces observations deyraient nous donner de la hardiesse et nous prouver que nous aurions toujours intérêt à supprimer les fleurs sur nos arbres trop jeunes ou maladifs, et que nous aurions également intérêt à dégarnir sans crainte aucune ceux de nos arbres plus ou moins vigoureux, quand la floraison est trop riche.
FL0IUI80N8 ET FEUILLAISONS INTEMPeniVEt OU HORS SAISONS
Les floraisons intempestives ne sont pas rares, à la suite des printemps ou des étés secs, auxquels succèdent quelques journées de pluies abondantes. Elles sont un indice de souffrance.
H. Félix Ghauvelot a écrit de Besançon à la Revue horticole pour l'entretenir de la floraison intempestive des poiriers. Voici, en substance, de quelle manière il se Texplique. Il constate d'abord que, du 15 avril au 5 mai 1865, tout s'est bien passé; que, du 5 mai au 8 juin, la sécheresse prolongée ei les ravages des chenilles ont déterminé un arrêt de sève; puis il ajoute qu'il a plu le 8 juin, que la sève s'est remise en marche, et que les bourgeons, au lieu de donner du bois, ont donné de la fleur.
tt Serait-ce, se demande-t-il, une anticipation sur la récolte prochaine? d et il répond : «J'aime à penser que non, puisqu'un bon nombre de productions qui ont fleuri auraient, dans l'hypothéslB de la marche régulière de la sève, produit des bourgeons à bois au lieu de boutons à fleurs. N'occasionnera-t-elle du moins aucun dommage à la floraison de 1864 ? Je ne le suppose pas, attendu qu'indépendamment des pro-
ductîons fruitières créées par la végétation actuelle, on voit les bourses sur lesquelles a eu lieu la floraison actuelle, dont je vous ai entretenus, grossir et se mettre à fruits. De sorte que, au lieu d'être diminuée, ma récolte prochaine pourrait bien être plus abondante. »
A ce propos, on nous permettra de prendre date, attendu que personne ne la prendrait pour nous, et de rappeler que, dans la Feuille du cultivateur du 27 octobre 1859, nous avons consacré quelques colonnes à la question trés-intéressante des floraisons intempestives. Nous combattions alors une opinion émise à ce sujet par H. de Schœnenfeld, dans une notice lue à la Société botanique de France, et nous disions :
« Pour que la végétation se fasse, il faut nécessairement de la chaleur et de Teau, chargée de nourriture. Au printemps, ces deux conditions existent, et nos arbres vivent et se développent à Taise. En hiver, il y a assoupissement de la sève, faute de chaleur; en été, le même effet se produit souvent faute d'eau. Dans ce dernier cas, une grande évaporation se fait au préjudice des feuilles, des écorces, et même de l'aubier, qui se racornissent plus ou moins, selon que la sécheresse dure plus ou moins longtemps.
a Vers la fin de Tété, les pluies, les rosées nous apportent d'ordinaire une production de sève, et la circulation se rétablit. Quand alors nous avons affaire à des arbres vigoureux, la sève qui afflue brusquement, qui se trouve gênée par le rétrécissement des canaux, par le retrait des écorces serrant Taubier comme une ligature, et empêchant le cambium de circuler, cherche à se créer des issues nouvelles, gonfle les bourgeons des extrémités, et les développe sous forme de rameaux anticipés ou faux rameaux.
« Quand, au contraire, nous avons affaire à des arbres sans vigueur, mal constitués, et que la prise de* sève n'est pas assez forte pour développer et nourrir des rameaux feuillus, les bourgeons impuissants se gonflent, et donnent çà et là des rameaux à fleurs ou dards et lambourdes. »
En somme, nous soutenions et soutenons encore qu'un arbre qui refleurit à diverses reprises est un arbre malade, un arbre qui, presque toujours, a subi des privations de sève dans le courant de Tété. Et, comme M. Decaisne rappelait que certaines espèces ou variétés sont toujours remontantes, quelles que soient les conditions extérieures, et seulement en vertu d'une idiosyncrasie particulière, nous prenions la liberté de faire observer que les espèces ou variétés remontantes sont moins robustes que les autres. Et, en effet, pour s'en convaincre, il suffit de mettre en parallèle le fraisier des quatre saisons et le fraisier des bois, le framboisier des bois et le framboisier remontant, les rosiers [remontants et le rosier à cent feuilles. Chez les uns, la sève très-fougueuse forme de la feuille ou du bois, tandis que chez les autres, et quelles que soient les influences atmosphériques, elle ne peut former que de la fleur, à cause de la persistance de leur état maladif.
Pour ce qui est des espérances de M. Chauvelot dans la récolte de d864, nous ne pouvons ni les caresser ni les combattre. Avec un printemps doux et humide, et à l'aide d'incisions longitudinales sur les tiges et les branches de ces arbres, on serait en droit de compter sur une bonne récolte; avec un printemps sec et un aubier étranglé par Técorce, la floraison pourrait être abondante, mais les rameaux feuillus destinés à appeler la sève manqueraient nécessairement, et les fruits ne noueraient pas. Pour éviter cet inconvénient, le mieux sera d'inciser l'écorce au départ de la végétation, et d'arroser les pieds d'arbres en cas de sécheresse, une ou deux fois par semaine, sur un paillis de cinq à six centimètres d'épaisseur.
Si la floraison intempestive est un signe d'affaiblissement, la feuillaison intempestive indique une reprise de vigueur. Ainsi, il n'est pas rare, toujours à la suite d'étés trop secs, de voir des betteraves ou des carottes aussi bien que des arbres fruitiers, dont la végétation avait été suspendue, re-
FLORAISOFS ET FEUILLAISONS INTEMPESTIVES. 155
prendre vie sous Finihience de rhumiditè, et faire de la feuille ou du bois au moment où Ton ne s'y attendait plus.
Nous tenons aussi pour intempestive toute végétation herbacée ou ligneuse qui, sans avoir été interrompue, se poursuit plus longtemps qu'il ne convient à nos intérêts.
En 1856, un cultivateur du Mans, M. Dugrip, nous signalait un fait étrange au premier abord, mais dont Texplication devient facile pour peu qu'on y réfléchisse. 11 nous disait que la pomme de terre Chardon, dont il s'était constitué le propagateur, aurait toutes les peines du monde à atteindre sa maturité complète, et qu'il avait dû suspendre l'arrachage, sur certains points, dans le courant d'octobre, parce que des tubercules venus tardivement ne lui présentaient pas assez de garanties de conservation. Eh bien, sous un climat bien autrement rude que sous celui du département de la Sarthe, les pommes de terre Chardon, provenant de la semence de M. Dugrip ou d'un de ses dépôts, ce qui revient au même, furent plantées fort tard au printemps et récoltées en pleine maturité et dans un état de développement complet, pendant la première quinzaine de septembre. 11 y a mieux, nous pûmes en offrir des tubercules d'une belle grosseur au concours de Verviers, c'est-à-dire vers la fin de juillet. 11 nous avait suffi, pour cela, de couder les tiges et de butter sur le coude, afin de ralentir la circulation de la sève et d'avancer la pousse des rameaux souterrains. 11 suit donc de là qu'une plante réputée très-tardive sous le climat de la Sarthe, dans une contrée éminemment fertile, cesse d'être tardive sous le climat le plus rude de l'Ardenne belge et y réussit merveilleusement.
L'explication de cette anomalie apparente est toute simple. En France, la végétation fut surprise de bonne heure par une forte sécheresse, et il y eut temps d'arrêt prolongé dans la pousse. La plante ne mourait pas précisément, mais elle ne vivait pas précisément non plus. La végétation active ne reprit qu'avec les pluies; mais alors il devenait impossible de
Isa CAUSERIES SUR L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE.
ressaisir les heures perdues; les tiges aériennes, ipn retard, devaient nécessairement recommencer, pour ainsi dire, leur existence, et il fallait que le développement de ces tiges continuât jusqu'à la floraison pour que les pousses commençassent à se produire sous terre; et comme la floraison de la pomme de terre Chardon se renouvelle et dure encore six semaines, il est évident que les tubercules de la touffe se sont produits, non en même temps, mais à plusieurs semaines aussi les uns des autres. Les premiers venus ont pu se développer à souhait, tandis que les derniers venus ont eu beaucoup à souffrir de cette végétation tardive et pouvaient, en effet, ne point présenter toutes les garanties de conservation désirables. En Belgique, au contraire, nous n'eûmes pas à subir de sécheresse prolongée, en sorte que le sol conserva la quantité d*eau nécessaire à la dissolution des sels, c'est-àdire à la formation de la sève. Les tiges se développèrent régulièrement et atteignirent leur hauteur ordinaire à une époque convenable. La floraison se fit, il est vrai, comme au Mans, à diverses reprises; les tubercules, par conséquent, durent se former aussi à diverses reprises, mais les uns et les autres eurent de la marge devant eux, de façon que les derniers purent, avant Tarrachage, atteindre à peu près le volume des premiers.
Ce que nous remarquons sur la pomme de terre, nous le remarquons également sur les arbres. Ainsi, dans les terrains secs, il n'est pas rare de voir une seconde pousse se produire vers la fin de l'été, lorsque le printemps a été trèssec et que des pluies abondantes sont tombées en juin ou juillet. Cette seconde végétation a plusieurs inconvénients : 1 ** les jeunes pousses absorbent la sève au détriment des fruits formés, et les arbres se fatiguent à produire des fleurs qui ne sont bonnes à rien; 2<* les jeunes rameaux, développés ainsi après terme, n'ont pas le temps de prendre la consistance ligneuse, ou de s'aoûter, comme disent les jardiniers, et il suit de là que les froids de l'hiver les désorganisent
promptement, et qu'au lieu d'avoir au printemps suivant des rameaux robustes, nous n'avons que des rameaux chagrinés et noircis. En somme, il se passe avec les arbres ce qui se passe avec les poinmes de terre : les rameaux des uns ne sont pas mûrs; les tubercules ou rameaux souterrains des autres ne sont pas mûrs non plus.
Avec les arbres, il est jfacile de prévenir l'inconvénient. S'ils sont en espalier, on étend à leur pied, sur toute la platebande, un paillis assez épais qui entretient la fraîcheur dans le sol et résiste suffisamment aux sécheresses même prolongées. S'ils sont autre part, on établit au pied de chacun d'eux un lit de fumier d'un mètre ou d'un demi-mètre carré,*selon le développement des arbres, et, par ce procédé, l'on est à peu près sûr d'entretenir une végétation régulière et d'empêcher les pousses intempestives. Hais, avec les légumes, nous rencontrons des difficultés qui, n'existent pas avec les arbres. Nous pourrions fort bien, sans doute, appliquer les fumures pailleuses en couverture, comme cela se fait d'ailleurs dans les jardins secs de Paris , mais, outre que ces fumures sont disgracieuses et choquent l'œil, elles sont gênantes encore en ce qu'elles nous contrarient pour l'exécution du binage. Tant qu'il ne s'agit que de choux, salades, carottes, céleris, panais, etc., il nous suffit d'arroser plusieurs fois par jour en temps de sécheresse pour éviter les temps d'arrêt dans la végétation, ou bien encore il nous suffit de consacrer à ces cultures des terrains très-riches en humus ou terreau, qui maintiennent toujours la fraîcheur nécessaire aux plantes, alors même que l'atmosphère serait au sec prolongé. Avec les pommes de terre, surtout avec celles que l'on plante dans un sol sec et léger, qui est leur sol de prédilection, nous n'avons plus la ressource de l'arrosoir, à moins cependant que nous n'adoptions la méthode du Palatinat, qui consiste à verser de l'engrais liquide à chaque pied de pomme de terre et à butter tout aussitôt, afin de conserver la fraîcheur. Ce serait peut-être ici le cas de rappeler encore
cette méthode luxembourgeoise qui repose sur l'emploi de la mousse dans la culture des pommes de terre. Cette mousse, baignée d*abord dans Teau de furaier, puis appliquée sur les pommes de terre au moment de la plantation, peut, nous le croyons, leur ménager une réserve d'humidité pour les heures difficiles et assurer ainsi leur pousse régulière et soutenue. Si nous ne conseillons pas remploi des fumiers pailleux en couverture, c'est parce que les binages fréquents nous paraissent de toute nécessité, lorsqu'on tient à avoir de nombreux et beaux tubercules, et que cette couverture d'engrais gênerait nécessairement le cultivateur dans ses opérations.
Sous le climat de la Belgique, s'il est rare que l'on ait à se plaindre des arrêts de végétation, en revanche, on s'y plaint souvent de ce que cette végétation s'arrête trop tard. Par cela même que les pluies sopt abondantes et fréquentes, la sève abonde aussi, et les végétaux prennent parfois des dimensions inconnues aux cultivateurs des climats tempérés. Or, aussi longtemps que la végétation continue, la production et la maturité des graines sont retardées, et c'est pour cela qu'il y est si difficile d'obtenir la semence de la plupart de nos légumes; c'est pour cela qu'on ne réussit pas souvent, dans l'Ardenne, à récolter, par exemple, delà graine de poireau ou de betterave qui soit mûre à point. Dans ce cas particulier, lorsque nous avons à nous plaindre d'une végétation qui se poursuit au préjudice de la maturation des graines, nous pouvons et devons l'arrêter. Le moyen est facile, et le voici :
Il y a exubérance de sève, et c'est précisément pour cette raison que les végétaux se développent outre mesure. Voulons-nous ralentir ou empêcher ce développement? ralentissons ou empêchons la circulation de la sève. Il nous suffit, à cet effet, de courber les rameaux des plantes, d'en supprimer les extrémités, ou bien encore d'ébranler quelque peu les racines de ces mêmes plantes. Ainsi, c'est en rompant ou courbant les porte-graines de betterave, ou en supprimant
r extrémité des tiges du maïs, que nous forçons les épis à grossir et à mûrir; c'est enfin en déracinant quelque peu les choui pommés que nous modérons le mouvement de la sève et empêchons les pommes de ces choux de crever.
En France, il est rare que l'on soit obligé d'avoir recours à de pareils moyens, si ce n'est dans les contrées qui se rapprochent du Nord; mais en Belgique, ces procédés sont de rigueur dans bien des cas. Par compensation, il est rare aussi qu'en Belgique l'on ait à redouter les arrêts de végétation, parce que les sécheresses extrêmes n'y sont pas fréquentes.
En somme, chaque pays a ses avantages et ses inconvénients. Nous avons en France l'inconvénient des arrêts de végétation, et aussi l'avantage des maturations précoces; ailleurs on a les avantages d'une végétation soutenue, mais les inconvénients d'une maturité tardive dans la plupart des cas.
lies faits de végétation intempestive sont très-désagréables et très-nuisibles. Les arboriculteurs les redoutent, et vous les entendez se plaindre de la pousse des rameaux anticipés. Les cultivateurs et les fabricants de sucre n'aiment pas à voir la végétation des betteraves s'arrêter en été et reprendre à l'arrière-saison, parce que les produits sont pauvres en matière sucrée. Les cultivateurs redoutent aussi les arrêts et les reprises de sève dans la pomme de terre. Le tissu des tubercules, durci par la chaleur, ne pouvant plus se prêter à la circulation d'une sève abondante, les yeux ou bourgeons se développent par anticipation, comme sur les arbres ; les tubercules poussent en terre ; les premiers venus ne grossissent plus, n'acquièrent pas de qualité ; ceux de seconde pousse, les rejets ont de la peine à mûrir, ne peuvent être arrachés que trèstardivement, n'ont qu'une valeur médiocre pour la table et laissent beaucoup à désirer comme plants. En définitive, on se trouve dans la nécessité de choisir, pour la plantation de l'année suivante, entre des tubercules racornis trop tôt p^r la sécheresse et chargés de faux bourgeons, et des tubercules tardifs, sans faux bourgeons, mais incomplètement aoûtés.
On ne doit pas être surpris non plus, en pareil cas, de voir les tubercules poursuivre leur végétation en cave et se couvrir d'avortons du volume d'une noisette ou d'une noix.
Enfin, ainsi que nous l'avons vu précédemment, il est à craindre, à la suite de longues sécheresses suivies de pluies abondantes, que les pommes de choux viennent à crever. C'est pour empêcher cela qu'on ébranle leurs racines pour empêcher une prise de sève trop forte qui déchirerait les feuilles durcies, obstruées et sans élasticité.
C'est ici le moment de reproduire le compte rendu d'un entretien horticole qui eut lieu en 1856, à Harchin (province de Liège), et où furent soulevées plusieurs questions qui intéressent la physiologie. Voici ce compte rendu, tel qu'on le publia dans la Feuille du cultivateur :
(( Tous les mois, les membres de la Société horticole de Harchin se réunissent en famille et s'occupent de toutes sortes de bonnes choses qui les intéressent, de plantes cultivées ou de plantes à cultiver. C'est ici renseignement mutuel dans toute la rigueur du mot; on s'interroge, et chacun indique ses succès et ses revers. 11 n'y a plus de secrets pour personne ; le plus heureux ne fait point mystère de ses procédés, il les donne aujourd'hui, on lui en rendra d'autres demain. Voilà un des grands et des beaux résultats de l'association bien comprise et bien dirigée.
« La dernière réunion a eu lieu le jeudi 20 août, entre sept et huit heures du soir. Le jour et l'heure ne permettaient pas de compter sur un grand nombre d'auditeurs, et cependant chacun a pris son courage à deux mains, et de près \x)mme de loin il y a eu dévouement.' La salle était pleine et le public attentif. L'ordre du jour avait été oublié ; on a dû nécessairement en improviser un, selon les circonstances et les préoccupations du moment, et vous allez voir que les choses improvisées ont souvent plus de mérite que celles qui ne le sont pas.
f Parmi les spectateurs, se trouvait une des vieilles con-
naissances de la société, le rédacteur de la Feuille du ctiltivaleur y venu là prescpie par hasard, non plus à titre de professeur, mais tout simplement à litre de visiteur, n'ayant d'autre prétention que de dire son mot dans la discussion quand on l'y inviterait et que l'estimable président voudrait bien lui accorder la parole.
« Le président en question, M. Eugène Godin-Gillard, a ouvert la séance par la question que voici : — Dans l'arrosage des végétaux qui pomment, tels que choux, laitues, etc., estil convenable de mouiller la plante ou d'arroser le pied seulement?
« Les jardiniers présents ne se prononçant point, un avis a été demandé à M. Joigneaux qui a répondu : — Selon moi, l'arrosage des plantes pommées ne doit être pratiqué qu'au pied de ces plantes. Toutes les fois qu'il nous arrive, par mégarde plutôt que par intention, d'arroser des tètes de choux ou de laitues, en temps de sécheresse, nous provoquons la pourriture. C'est un fait que nous constatons.
i Un membre de la Société fait observer que l'eau des pluies n'épargne pas plus les tètes de choux (grav. 20) et de laitues que l'eau d'un arrosoir, sans que, cependant, la pourriture s'ensuive. — M. Joigneaux trouve la remarque fort juste, mais il ne se charge pas d'en donner sur l'heure une explication satisfaisante. Les conditions, pense-t-il, ne sont plus les mêmes. Quand on arrose avec la pomme de l'arrosoir, c'est en temps de forte chaleur presque toujours, en sorte que l'humidité jointe à cette chaleur est propre à déterminer une prompte fermentation dans la plante. Peut-être n'en est-il pas de même en temps de pluie, par un ciel couvert et une température refroidie. Ce qu'il y a de certain, toutefois, c'est que si l'eau de pluie ne provoque pas une pourriture aussi rapide que l'eau de l'arrosoir, elle la provoque néanmoins, et c'est pour cela précisément que les ^rdiniers recommandent avec raison de coucher les pieds de choux pommés dans une direction opposée aux pluies dominantes.
« Les hommes de pratique présents à la séance se lamentent sur Tétat de leurs choux qui ne peuvent pas se développer et quî'crèvent d'une manière déplorable. M. Joigneaux répond
que ce qui se passe dans le ressott de la commune de Marchin se passe partout, et il explique le flKt en disant qu'il y a racornissement des feuilles par la sécheresse, qu'elles sont à Tètat de parchemin, qu'elles manquent^ d'élasticité et que
FLOIUISONS ET FEUILLAISONS UmnMfiSTlVES. 163
plutôt que de se développer à rarmée de la sève, les tètes éclatent nécessairemeat.
« Après réflexioB, et le lendemain de la séance, M. Joigneaux s'est flamande, en visitant le potager de H. le comte de Robiaao, s'il n*y aurait pas moyen de prévenir ou d'arrêter l'éclat des tètes de choux en les encapuchonnant avec de la paille durant le jour et les découvrant pendant la nuit pour les faire profiter de Tinfluence bienfaisante de la rosée. Le jardinier a paru frappé de cette idée et disposé à mettre le procédé à exécution.
« Le lendemain, en visitant le potager de M. Godin-Gillard, à Huy, H. Joigneaux a été appuyé dans sa manière devoir par le jardinier de la maison à qui, précisément, il faisait la recommandation d'encapuchonner ses plus belles têtes de choux rouges le matin, après la rosée et jusqu'au soir. — Dans mon pays, mondeur, a répondu le jardinier, nous avons l'habitude, en temps de forte sécheresse, d'arracher une large feuille de la base et d'en couvrir la tète de la plante. — Et l'on s'en trouve bien? — Parfaitement. — Ainsi, a répUqué le rédacteur de la Feuille du cultivateur, il y a avantage à couvrir, à ombrager, et que ce soit au moyen d'un capuchon de paille ou d'une large feuille de la plante même, peu m'importe.
c Mais revenons à l'entretien de la Société horticole.
a La seconde question posée et agitée était celle-ci : — Dans un temps de sécheresse, vaut-il mieux ne pas arroser du tout que d'arroser une ou deux fois seulement et de s'en tenir là?
a Parmi les membres de la Société, on paraît croire qu'il vaut mieux ne pas arroser que d'interrompre trop tôt l'opération. On prie M. Joigneaux de donner son opinion sur ce point, et il répond : — Je suis de l'avis des hommes de pratique. L'observation faite ici a été faite aussi dans le cœur de l'Ardenne. Je crois (fue l'eau donnée de loin en loin aux légumes ramollit les tissus, lance la végétation, développe des feuilles et des bourgeons tendres, et que ces feuilles et ces
bourgeons «souffrent beaucoup de la sécheresse quand on cesse les arrosages brusquement. 11 vaut mieux que le légume vive lentement et régulièrement, que de vivre d'une vie fougueuse, qui sera interrompue dune manière inopportune et faute d*eau. Si cette eau vous manque habituellement, fumez fort avec du fumier d'élable pour entretenir dans le sol une fraîcheur constante, tassez énergiquement pour empêcher ce fumier de s'user trop vite, et, au moment des grandes chaleurs, buttez les pieds des plantes pour les soustraire à Faction desséchante du soleil, pour empêcher les vaisseaux séveux de se rétrécir, de se racornir. C'est un moyen qui m'a réussi avec les choux et que je vous conseille de ne pas négliger. Cette année même, j'ai couvert de terre mes pommes de choux-raves et n'ai qu'à m'en louer. Les tissus se sont conservés tendres et frais ; les pommes en question ont pris un développement prodigieux, tandis qne celles non buttées ont éclaté.
« Un membre de la Société a soumis ensuite à M. Joigneaux la troisième question que voici : — Faut-il repiquer profondément? — Il a répondu : — Vous savez, messieurs, qu'un arbre transplanté ne doit pas descendre en terre plus bas que dans la pépinière. La nature, en ceci, nous a donné ses mesures ; ne cherchons pas à faire autrement qu'elle, et, soit qu'il s'agisse d'un arbre, soit qu'il s'agisse d'un légume, procédons à sa manière. J'en sais qui repiquent leurs plants de choux, par exemple, jusqu'aux premières feuilles, quand même les tiges auraient un pied de long : c'est comme s'ils enterraient de jeunes arbres jusqu'aux branches. Mauvais système. Toutes les fois, que vous placerez les racines de votre légume plus bas que dans la pépinière, vous les éloignerez des influences atmosphériques et les gênerez sans raison.
c — Faut-il, demande-t-on à H. Joigneaux, couper les feuilles ou les fanes des plantes que l'on repique? — Oui et non, répond-il : oui, si vous supprimez d'abord toutes les racines ou
D£ LA MISÈRE ET DU BIËN-ËTRE CHEZ LES VÉGÉTAUX. Id5
partie des racines ; non, si vous ne touchez pas à ces racines. Un pépiniériste qui déplante très-bien ses arbres, qui ne mutile point ses racines, vous livrera toujours ces arbres sans toucher aux branches ; mais quand il arrache au lieu de déplanter et qu'il retranche partie des racines, il ne manque jamais de retrancher en même temps partie des branches. Faites pour les légumes ce qu'il fait pour les arbres. Vous supprimez, par exemple, les racines du poireau avant de le repiquer ; ayez soin aussi de supprimer une partie des feuilles du plant ; vous transplantez un autre légume avec toutes ses racines, ne touchez pas à ses feuilles. En voici la raison : — les racines sont chargées de nourrir la plante ; donc en les diminuant, vous diminuez la prise de nourriture et vous devez restreindre le nombre des convives, c'est-à dire les branches ou les feuilles. Quand, au contraire, les racines restent intactes et peuvent subvenir aux besoins de toutes les feuilles, il n'est pas nécessaire de toucher à celles-ci. »