DE LA MISÈRE ET OU BIEN-ÊTRE CHEZ LES VÉGÉTAUX
Les individus qui sont bien nourris, bien logés, bien vêtus, qui ont, en un mot, leurs aises, vivent plus longtemps et supportent mieux les rigueurs accidentelles de l'existence que les pauvres diables, harcelés par la misère et en lutte permanente avec les privations de toutes sortes. La chose est prouvée et n'a pas besoin de l'être deux fois. Eh bien, il en est de même chez les végétaux. La mauvaise graine produit des êtres chétifs, et il y en a plus de ceux-là que d'autres, parce que la mauvaise graine est plus commune que la bonne.
i66 CAUSERIES StJR L^AGRlCULTURE ET L'flORTICULtURÈ.
Supposez que ces êtres chétifs soient entourés d'attentions, de petits soins, ils se fortifieront et parcourront assez bien les diverses phases de la végétation ; mais aussi supposez jqu'au lieu de recevoir ces petits soins, ils aient à pâtir de Tinsuffisance de la nourriture, du manque de profondeur du sol, des rigueurs du temps, d'une trop grande sécheresse ou d'une trop grande humidité, et presque aussitôt les maladies se déclarent, les insectes les attaquent ou bien le développement se ralentit et s'arrête avant l'heure.
Telle plante qui devait durer six mois, par exemple, n'en dure que cinq en vivant misérablement, parce que la nourriture ne répond pas aux besoins, parce que la sécheresse est trop forte et paralyse Faction des racines qui n'ont pas un terrain profond où elles puissent s'étendre librement. Telle autre, à qui la nature a donné deux ans de vie, n'a pas même la force de se soutenir une année, et vous la voyez s'emporter en tige, se mettre à fleurs et produire une semence mai^e, défectueuse sous tous les rapports, sans avenir, et que d'aucuns cependant recueillent pour la multiplication de l'espèce, sous prétexte qu'il ne fout rien perdre. Telle autre plante qui a payé de mine d'abord, s'en va et fond sans que l'on sache pourquoi.
Si nous passons de la misère au bien-être, si la graine est bonne et la nourriture bonne, nos végétaux prennent un air de santé, se développent à merveille, supportent bravement les injures du temps, résistent à des assauts de température inattendus, et deviennent des exemples de longévité qui ne font pas toujours le compte des cultivateurs. Ainsi, un arbre bien portant, très-vigoureux ne fructifie que tardivement, reste longtemps jeune et longtemps dans sa force.
Pour ceux qui plantent et veulent jouir de bonne heure, la santé d'un tel aAre n'est pas agréable, mais pour ceux qui héritent du planteur, c*est une véritable bonne fortune, une source durable de produits le plus ordinairement beaux et de qualité supérieure* Les plantes vivaces, nées robustes, élevées
DE LA MISÈRE ET DU BIEN-ÊTRE CHEZ LES VÉcéTAUX, 16)
dans le bien-être, se développent mieux et durent plus aussi que les autres. C'est à considérer quant aux fourrages ; ci c*est pour cela que nous nous élevons contre la méthode d'étouffement, à laquelle on assujettit les luzernes, sainfoins, et trèfles toutes les fois qu'on les sème dans une céréale.
Que sous des climats chauds et sur des terrains secs cette méthode soit de rigueur, afin d'abriter les jeunes fourrages contre les hâles ou les premières chaleurs du printemps, nous l'admettons; mais qu'on l'applique indistinctement partout, c'est ce que nous admettons moins facilement. Dans les contrées brumeuses, pluvieuses, riches m courants d'eau souterrains, et n'ayant rien à craindre du soleil de printemps, il est clair qu'un fourrage artificiel, semé seul, croîtra mieux, deviendra plus robuste, fournira plus de coupes, plus de foin à chaque coupe et durera plus de temps que le même fourrage artificiel étouffé et affamé par une céréale d'automne ou de mars. L'une aura eu le bien-être, l'autre la misère.
S'agit-il de plantes annuelles, autrement dit de plantes vivant, mourant, et se reproduisant dans l'espace d'une année? Nous avons encore et toujours un avantage marqué à leur donner leurs aises. En ne les serrant pas trop, en les nourrissant bien, nous obtenons de plus beaux produits que par la méthode opposée. Voilà pourquoi nous conseillons pour les céréales les semis clairs ou en lignes qui, sous les climats convenables, nous assurent constamment une végétation luxuriante et une semence de choix.
Mais par cela même qu'il y a bien-être, nous avons vu que la vie des plantes se prolonge plus ou moins, que la maturité devient tardive et qu'il ^n résulte des inconvénients dans certains cas, c'est-à-dire sous les climats un peu rudes. Dans les Ardennes, dans le Morvan, par exemple, et ailleurs encore, les cultivateurs ne trouveraient pas toujours leur compte à allonger la vie des céréales. Ils aiment donc mieux récolter de la graine médiocre, mûrissante point, que de la graine de choix mûrissant trop tard, et c'est pour cela qu'ils repoussent
les semis en lignes. Hais qu'est-ce que cela prouve, après tout, sinon une culture mal entendue ? • v
En principe, et quoi que Ton puisse dire, il faut bien reconnailre qu'une plante qui n'arrive pas à maturité, uniquement parce qu'elle ne manque de rien, est une plante dépaysée, une plante qui n'est point à sa véritable place, qui ne se reproduit pas fidèlement de semence et qui dégénère plus ou moins vite. Une récolte n'a de raison d'être dans telle ou telle contrée qu'autant qu'elle peut y mener une vie pleine, une vie longue et heureuse, sans préjudice pour la qualité de la semence.
Quand on nous dit : — Si nous faisions des semis de froment clairs, le grain ne serait jamais mûr à l'époque habituelle de la moisson, surtout dans les terres riches et grassement fumées ; nous répondons : — Vous n'êtes pas dans le pays du froment, vous êtes dans le pays des fourrages ; faites peu de grains et beaucoup de viande ; avec l'argent que vous donnera le boucher, vous payerez la bonne farine que vous achèterez autre part.
En résumé, nous devons le bien-être à toutes les plantes que nous cultivons, parce que le bien-être assure leur force et accroît la durée de leur vie. C'est à nous de choisir celles qui peuvent nous donner de bons résultats dans ces conditions de force et de longévité, et de ne plus empiéter sur les privilèges de tel ou tel climat.
EFFETS DES TERRAINS POREUX SOR LES RAaNES. 109
EFFEtS DES TERRAINS POREUX StJR LES RACINES DES VÉSéTAUX
H. Decaisne a constaté un fait sur lequel on ne saurait trop appeler Tattentiou des cultivateurs en général : c'est que, dans les terrains maigres et pauvres, les principales racines des végétaux se couvrent de poils absorbants et de radicelles nombreuses, dont l'ensemble forme ce qu'on nomme le c/<evelu. On nous permettra de nous arrêter à cette particularité, d'ailleurs bien connue, et d'essayer d'en donner l'explication. Il n'est peut-être pas absolument juste d'en chercher la cause exclusive dans la maigreur et la pauvreté des terrains ; on aurait le même résultat dans un sol fort riche, mais en même temps très-poreux, si Ton ne prenait pas la peine de le consolider, de raffermir énergiquement avec le rouleau ou avec les pieds, tandis qu'on ne l'aurait pas dans un sol consistant et frais, où les fumures feraient défaut depuis longtemps, et que l'on pourrait, à cause de cela, quahfîer de pauvre et de maigre.
Ceci nous porte à croire que l'émission des poils absorbants et du chevelu est due surtout à un excès de porosité, et à Tabsence d'une quantité suffisante d'eau. Le fait est que nous avons toutes les peines du monde à l'empêcher dans notre jardin, que nous n j réussirions point en le bourrant de terreau, et qu'il nous faut recourir aux tassements énergiques d'abord, puis à de très-fréquents arrosages.
Selon nous, voici ce qui se passe dans les terrains très-poreux, alors même qu'ils ont reçu de copieuses fumures. L'air y pénètre trop aisément, dessèche trop vite la couche arable, et frappe l'engrais d'inertie en le privant de l'eau dont il a besoin pour se dissoudre. En outre, l'air provoque à l'excès l'évaporation de l'eau de végétation des racines principales,
170 CÀÙSÈFOËS SUR L'ÀGRICOLTURË ET L*HORtîCDLltIRÊ.
condamne celles-ci à Tinaction, les durcit, les rend ligneuses, et amène Tobstruction des vaisseaux par où circule la sève. C'est alors que la nature produit en abondance des radicelles auxiliaires, ou plutôt des radicelles de remplacement, qui se mettent en quête des vivres dans toutes les directions. Aussi, vous remarquerez toujours que si les racines principales, dépourvues de chevelu, sont tendres parce qu'elles fonctionnent bien, celles qui s'en recouvrent comme de perruques sont très-coriaces, parce qu'elles fonctionnent mal. C'est donc une erreur de croire que plus les arbres ont de chevelu, mieux ils valent pour la transplantation. L'abondance du chevelu est, au contraire, un signe de souffrance, l'indice d'une végétation tourmentée, le cachet d'une mauvaise pépinière. Or, tenez pour certain, comme nous l'avons dit précédemment, que les êtres végétaux aussi bien que les êtres animaux qui ont pâti dans leur enfance ne sont pas de nature à autoriser de brillantes espérances.
11 suit de ce qui précède que, dans les diverses branchés de l'agriculture et de l'horticulture, il importe essentiellement de prévenir l'émission des poils absorbants et du chevelu des racines ; que cette émission est surtout fréquente dans les terres légères ou poreuses, même bien fumées, et que là tous nos efforts doivent tendre à entretenir la fraîcheur et à ralentir l'évaporation. Autrement, soit qu'il s'agisse d'arbres, soit qu'il s'agisse de racines fourragères, industrielles ou potagères, nous n'obtiendrons que de mauvais résultats. Dans ces terres légères, nous devons songer tout d'abord à un défoncement très*profond, et par suite à des fumures très-copieuses.
Ces premières conditions remplies, nous destinerons autant que possible à ces terres poreuses les végétaux à racines pivotantes, afin de les soustraire de notre mieux à l'action desséchante de l'atmosphère. Nous préférerons, par exemple, le poirier au pommier, la luzerne au trèfle, le panais de Jersey au panais rond de MetZj la carotte d'Altringham ou d'Achi-
court à la carotte courte de Hollande ou à celle des Vosges, la betterave de Silésie à la betterave-globe, le navet du Palatinat (grav. 22) au navet-globe (grav. 21).
Ce n'est pas tout : si nous avons à planter dans ces mômes terres des arbres provenant d'une pépinière à sol consistant, nous nous arrangerons de manière à enterrer les racines un peu plus bas que dans la pépinière, à fouler fortement le sol, à le mouiller pour faciliter la reprise, et à le couvrir de mousse, ou mieux de litière, pour retarder Tévaporation. Si nous avons à semer des graines de la grande culture, nous prendrons la peine de tasser le sol ayec de forts rouleaux, en vue de diminuer la porosité et d*y maintenir, par compression, la fraîcheur nécessaire à la germination de la semence.
Ce serait le cas aussi de recouvrir le semis avec l'engrais de ferme, autrement dit de fumer en couverture. Si, enfin, nous nous proposons de semer des graines potagères, nous tasserons vigoureusement notre terre légère avec les pieds, nous la marcherons, comme Ton dit en terme du métier, puis nous répandrons la graine, nous la recouvrirons avec du terreau, et ne lui marchanderons point les mouillures. En résumé, les tassements les plus énergiques avant ou après le semis, mais plutôt avant, et de l'eau à discrétion, voilà les seuls bons moyens de maintenir en parfait état les racines principales des plantes dans les terres poreuses, et d'empêcher la production toujours regrettable des poils absorbants et du chevelu. C'est parce qu'on néglige l'emploi de ces procédés, parce qu'on ne prend pas toujours la peine de prévenir Tévaporation de l'eau contenue dans la couche arable, que les racines principales de nos plantes se trouvent réduites à l'inaction, que le malaise s'ensuit, que nos arbres fruitiers se couvrent de mousse dans leur jeunesse et fleurissent trop tôt, que nos racines bisannuelles de la grande et de la petite culture fourchent si souvent, se chargent de perruques, filent et se mettent à fleur dés la première année, c'est-à-dire avant l'époque fixée par la nature. D'autres raisons sans doute peu-
Grav. 2i. — Navct-glnbe.
vent déterminer aussi ces fâcheuses conséquences, mais celles que nous venons de signaler n'y contribuent pas moins, et suffisent seules à les amener.
Grav. ffî. — Navet du Palatinat.
Tout à rheure, nous disions que les plantes à longues racines conviennent mieux aux terrains poreux que les plantes à racines courtes. Cependant nous ne devons pas nous dissi-
muler que des observateurs superficiels pourraient nous d>jecter que dans certaines contrées à terrains poreux et maigres on remarque le contraire, que dans les sols schisteux de l'Ardenne, par exemple, les racines qui atteignent le moins de profondeur sont celles qui réussissent le mieux, tandis que dans nos sols sablonneux des environs de Paris, elles réussissent le moins. D'où vient, cette contradiction? Nous allons vous rapprendre.
Dans les schistes de l'Ardenne, il est rare que la sécheresse soit à craindre, et c'est à ce point qu'on y dit proverbialement : — Jamais sécheresse n amena cherté. Le climat est humide et l'engrais n'y est pas prodigué. On comprendra donc, après cela, que les racines courtes y soient à leur place, pour deux raisons : i" parce qu'elles trouvent dans la couche arable superficielle et dans l'air une fraîcheur constante qu'elles ne trouveraient pas dans les terres sableuses des environs de Paris; 2** parce que les racines courtes occasionnent une moindre dépense d'engrais que les racines longues, et qu'à ce titre elles conviennent mieux à des cultivateurs de terrains poreux qui fument peu qu'à des cultivateurs de terrains poreux qui fument copieusement. Sur nos sables d'Asniéres et de Colombes, même quand on a pris la précaution de les masquer avec de l'engrais en couverture, il arrive fréquemment, en temps de forte sécheresse, que les fanes des plantes, tout à fait privées d'eau, se flétrissent et se couchent, et cet effet se produit d'autant plus vite que les racines sont plus superficielles. Or, jamais ce fait ne s'est présenté et ne se présentera dans l'Ardenne belge, avec laquelle nous venons d'établir un parallèle. La différence, quant aux résultats, s'explique par la différence entre les climats et ne renverse point notre théorie. On comprend qu'ici nous devions rechercher les racines longues afin de les éloigner le plus possible des influences desséchantes, et que la question d'engrais ne nous embarrasse pas, puisque nous en avons à discrétion et à des prix trés-abordables. Si
les Ârdennais pouvaient fumer comme nous fumons, les végétaux à racines longues leur donneraient certainement de riches produits.
Tout à rheure, nous avons avancé que les racines courtes dépensent moins d'engrais que les racines longues. Expliquons-nous là-dessus. On pourrait supposer que, dans notre pensée, les racines longues sont plus gourmandes que les racines courtes, tandis que nous posons, au contraire, en fait qu'à poids égaux j les racines longues ne consomment pas plus d* engrais que les racines courtes. Que se passe-t-il donc?
Les écrits qui traitent de l'agriculture ont plus de valeur par les faits qu'ils consignent que par les explications qu'ils en donnent. Le côté scientifique des choses est notre côté faible, il ne faut point se le dissimuler. Quantité d'erreurs d'appréciation font librement leur chemin parmi nous, parce qu'elles proviennent d'une source respectable. Au lieu de les examiner de prés, de les discuter, on les a copiées, recopiées et propagées de telle sorte, qu'il devient difficile de les détruire aujourd'hui. Il en coûte de contester le mérite d'une assertion, du moment qu'elle est admise par un grand nombre d'auteurs, comme si les auteurs en question avaient tous qualité pour en deviser. Ainsi il suffit que des célébrités affirment que les plantes-racines sont par elles-mêmes très-épuisantes, pour que les copistes le répètent et que le public n'en doute plus. Cependant, la chose nous paraît contestable et nous prenons la liberté de la contester. Nous sommes tenté de croire qu'en ceci. Ton confond un effet mécanique avec un effet physiologique. Quand on nous dit : Les betteraves, la chicorée à racines, le panais, la carotte, le navet sont très avides d'engrais et en consomment des proportions considérables, nous répondons d'abord qu'il y a des distinctions à établir. En effet, si les betteraves longues et profondément enterrées, comme celles de Silésie, semblent user le sol et exigent des champs d'une grande richesse, il n'en est pas moins vrai qu'à poids égal, la betterave jaune des Barres et
mieux encore la globe jaune se contentent de peu. Si la chicorée à racines, cultivée pour Tindustrie, est réellement très épuisante en apparence, il n'en est pas moins vrai, en retour, que semée dru pour servir de fourrage, cette même chicorée réussit et se maintient bien sur des terrains d'assez médiocre qualité. Si le panais long de Jersey a la réputation de beaucoup manger, le panais rond ou de Metz a la réputation d'ôtre assez sobre. Si les carottes longues et entièrement enterrées passent aussi pour être très-gourmandes, les carottes longues hors de terre et les carottes courtes ne sont point dans le même cas. Si, enfin, les navets longs fatiguent le sol» les navets ronds, courts et les variétés qui se développent audessus de terre ne le fatiguent pas, à beaucoup près, d'une façon aussi marquée.
Or, en conscience, les exceptions sont si nombreuses, qu'elles ne sauraient confirmer la règle ; elles la détruisent plutôt. Que se passe-t-il donc dans la culture des plantes-racines? se livrent-elles à la consommation extraordinaire qu'on leur attribue?
Selon nous, elles prennent moins de vivres qu'on ne le croit généralement, beaucoup moins, mais elles font descendre les sels solubles de la surface vers les couches profondes ; elles opèrent le drainage à la manière hollandaise, de haut en bas. Plus la racine est grosse et allongée souterrainement, plus la prise d'engrais Hquide est considérable en temps de pluie et plus cet engrais s'éloigne de la couche arable; moins, au contraire, la racine s'enfonce en terre, moins l'engrais descend. Yoilà pourquoi la betterave jaune globe, la disette, la betterave plate de Bassano, la carotte blanche à collet vert, la carotte courte de Hollande, la carotte blanche des Vosges, la chicorée fourragère, dont les racines ne se développent pas en profondeur; voilà pourquoi aussi le panais court, le navet blanc rond, le navet rose ou blanc plat, le rutabaga appauvrissent moins la couche arable, sont moins exigeants quant au terrain que la betterave à sucre, la carotte rouge
des Flandres, la carotte d'Altringham, la chicorée à café, le panais long, le navet de Jersey ou le navet du Palatinat.
Du moment où la terre est ouverte, Tengrais passe, et plus Touverture est large et profonde, plus la perte est sensible. Que cette terre soit ouverte avec une charrue, une boche, un fossé, un puits perdu, avec un pieu ou avec une racine, peu nous importe ; il y a passage, et nous nous bornons à constater le fait. Tout le monde s'accorde à reconnaître qu'un terrain défoncé à un mètre, avale plus de fumier qu'un terrain défoncé à un demi-mètre ; tout cultivateur sait qu'un labourage profond demande plus d'engrais qu'un labourage superficiel, parce que la terre est plus ouverte dans le premier cas que dans le second. Or, n'est-elle pas également plus ouverte par une racine qui s'allonge de 30 à 40 centimètres souterrainement que par une racine enfoncée à 10 ou 12 centimètres seulement?
Vous allez nous répondre que cette explication ne remet pas un centime dans la poche des cultivateurs et ne ramène pas au-dessus du champ Tengrais descendu au fond. C'est juste, mais n'eût-elle que le mérite d'éclairer un point obscur, on aurait mauvaise grâce à s'en plaindre. De cette explication, d'ailleurs, il résulte :
1® Que les plantes-racines se développant beaucoup en terre ne conviennent bien qu'aux sols riches et consistants ou abondamment fumés ;
2® Que les racines d'un développement moyen s'accommodent d'un sol de qualité et de consistance ordinaires ;
3® Que les racines dont le développement se fait à la surface du terrain ou hors terre doivent être recherchées pour les sols lég^rs, de défriche récente, ou pour les sols légers qui n'ont pas reçu de fumures copieuses ;
4* Qu'un champ qui a porté des racines longues est plus desséché que celui qui a porté des racines courtes;
5" Que les racines longues diminuent, par l'effet du draî-
178 CAUSEUIES SUU L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE.
nage qu'elles opèrent, la ténacité des terrains argileux ou marneux et rendent le labourage profond plus facile ;
6° Que les terres drainées profondément par n'importe quel procédé doivent dépenser plus d*engrais que les terres non drainées ou drainées superficiellement.
Toutes choses bonnes à savoir et à retenir.
DE L'AMéLIORATION DC8 PLANTES SAUVAGES PAR LA CULTURE
Les procédés de culture ont certainement ijne très-grande influence sur les plantes sauvages. Ils les altèrent, an point de vue du botaniste, ils les améliorent au point de vue du cultivateur. Cependant, un homme d*un très-grand mérite, M. Decaisne, n'admet pas que M. Vilmorin ait pu transformer la carotte blanche sauvage en carotte jaune ou rouge cultivée. « Pendant quatre années, écrivait M. Decaisne à un journal anglais, je me suis placé identiquement dans les conditions indiquées par H. Vilmorin, e^ je n'ai rieu observé du tout. Les carottes sauvages sont encore aujourd*hui les carottes des champs.
« Je ne puis m'empêcher de croire que, lorsque M. Vilmorin les a vues changer de couleur, passer au jaune, au rouge, au pourpre, ces modifications provenaient d'hybridations accidentelles. Des insectes peuvent avoir transporté le pollen des carottes cultivées sur les carottes sauvages, et avoir produit tous ces états interniédiaires. »
Il semble résulter des essais de H. Decaisne que ses carottes sauvages ne se sont pas modifiées sensiblement par la culture. Nous avons été plus heureux que lui dans les nôtres. Les expériences de M, Vilmorin, consignées dans le Bon Jar-
dinier, nous ayant intéressé vivement, nous primes le parti de les renouveler en Belgique. Nous n'eûmes pas de peine à nous procurer de la graine de carotte sauvage que nous semâmes, à Tentrée de l'hiver, sur une planche de notre po-
tager.
Au printemps, la levée fut très-satisfaisante ; le semis fut éclairci à propos, c'est-à-dire aussitôt qu'il y eut possibilité de saisir les jeunes plantes. Quand elles eurent pris un certain développement, et qu'il devint facile de faire un choix parmi les pieds, tous ceux d'une couleur pâle, au feuillage très-étalé et de l'aspect le plus sauvage, furent sacrifiés ; ceux, au contraire, dont les feuilles d'un vert assez foncé montraient quelque tendance à se redresser, comme celles de nos carottes cultivées, furent soigneusement consei*vés. La seconde année, au moment du départ de la végétation, les racines furent arrachées.
Toutes étaient plus ou moins fourchueSy pour nous servir d'un mot du niétier ; toutes aussi présentaient une couleur carnée ou plutôt rougeâlre dans le voisinage du collet. Les moins irrégulières furent replantées à titre de porte-graines. La semence récoltée vers le mois d'octobre, sur les ombelles principales, non sur celles des rameaux, nous donna une deuxième génération, parmi laquelle nous fîmes un triage sévère. Les sujets qui conservaient trop de caractères sauvages furent supprimés, et nous ne gardâmes que ceux dont le feuillage, vif et redressé, se rapprochait de plus en plus des variétés cultivées» Ils nous donnèrent un certain nombre de racines régulières qui nous servirent de semenceaux. La graine prise sur les ombelles principales, comme précédemment, nous donna à la troisième génération des racines d'une belle venue, d'un volume considérable, et ressemblant par la forme, la couleur et la grosseur, tantôt à la carotte blanche à collet vert, tantôt à la cdfotte de Breteidl ou à celle des Vosges. Il ne restait plus trace de couleur rouge ou rosée sur aucune d'elles.
Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis de pousser plus loin cet essaie Quoi qui] en soit, il nous semble qu'en présence de pareils résultats, il faut bien reconnaître à la carotte sauvage la faculté de se modifier promptement et de s'améliorer au point de vue de Thorticulture, puisque toutes les carottes champêtres, dans leur jeunesse, peuvent être utilisées pour les besoins de la cuisine, tandis qu'il n*en est pas ainsi de la plante à Tétat spontané. Nous n'avons obtenu, il est vrai, ni racines jaunes, ni racines rouges ; cependant la couleur du type a disparu : de rougeâtre qu'il était, il est devenu blanc dans les parties enterrées et vert dans les parties découvertes, et rien ne prouve que la modification ne pourrait pas se poursuivre, et que la couleur blanche des racines n'a pas une propension naturelle à passer au jaune clair d'abord, puis au jaune foncé, puis au rouge. Les praticiens ont pu remarquer que si la carotte d'Achicourt, qui est d'un beau jaune, ne donne jamais de racines blanches, la carotte des Vosges, qui est blanche, donne parfois en retour des racines jaunâtres, dont on a fait la variété de Saalfeld.
Que l'hybridation, par l'intermédiaire des insectes, soit possible, personne ne le conteste ; mais toujours est-il que, dans le cas qui nous occupe, elle se présente bien rarement. Nous avons cultivé durant de longues années, et côte à côte, des porte-graines de toutes les variétés de carottes, sans avoir observé de changements de couleurs et de formes dus à l'hybridation. Nous n'ayons pas vu la variété d'Altringham devenir blanche tout à coup, ni la blanche à collet vert devenir rouge. Nous sommes tenté de croire qu'au moyen des semis successifs, on y arriverait pour celle-ci, tandis qu'il ne faudrait pas y compter par le croisement.
* Nos carottes améliorées se trouvaient au nombre de trois exemplaires seulement dans la planche du potager la plus rapprochée de la maison d'habitation. Nous dûmes faire construire un hangar à quelques mètres de cette planche, et malgré les précautions qui furent prises, on ne les respecta pas jusqu'à la fin des travaux.
Les expériences de M. Vilmorin sont â reprendre, et pour notre compte, nous nous sommes approvisionné de graine sauvage dans ce but. M. Decaisne, qui réunit aux qualités du savant l'avantage des connaissances pratiques, ne se laissera pas rebuter, nous Tespérons, par une première série d'essais qui, peut-être, n'ont pas été conduits toujours et rigoureusement par lui-même dans tous leurs détails. En pareille circonstance, il n y a point à procéder par délégation, car le moindre oubli, le moindre écart peut tout compromettre. Cinq années pleiftes ne conduisent qu à la troisième génération ; ce n'est point assez pour se prononcer définitivement.
Nous croyons que l'amélioration des plantes est d'autant plus facile que nous cherchons à l'obtenir sur des terrains et dans des climats off les plantes à améliorer croissent spontanément. Elle doit l'être d'autant moins que nous les sortons ^ de leurs conditions d'existence originelle. Pour bien comprendre les besoins d'une plante, il faudrait autant que possible connaître son lieu d'origine.
Nous savons tous que la culture est aux végétaux ce que l'éducation est aux hommes, qu'elle les modifie et les transforme pour ainsi dire à la longue ; mais cette transformation, en apparence si complète parfois, ne l'est point en réalité. Nous avons eu beau tourmenter la nature, forcer ses ressorts, l'assouplir pour mieux la défigurer, l'hpbituer à nos caprices, elle n'a pas abdiqué tout à fait. Chaque fois que l'occasion s'en présente, elle le prouve. Il en est de nos végétaux apprivoisés comme des animaux en cage, qui se couchent à la voix du maître et mangent dans sa main; il est bon d'avoir l'œil des- ^is et de ne pas leur ouvrir la porte au large, autrement il y a gros à parier qu'ils nous joueraient de mauvais tours. La nature, quoique l'on fasse, reprend ses droits petit à petit ou d'un bond, selon les cas. Il n'est plante remaniée par les efforts de l'homme qui n'essaye de lui échapper ; il n'est bête, si domestiquée qu'on la suppose, qui ne puisse redevenir sauvage et n'éprouve une sorte de satisfaction plus ou moins vive
i9i CAUSERIES SUR L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE.
dès qu*on lui rappelle son origine. Vous auriez fait manger du pain à plusieurs générations de chevaux, que ceux de la dernière génération mangeraient encore de Therbe avec délices, et ne s'en trouyeraient pas mal ; vous nourririez un chien avec des côtelettes en papillottes, qu'il ne dédaignerait pas pour cela les ordures de la rue et les débris crus d'équarrissage. Le sang parle, comme disent les gens, et il parie bien des langues.
Et notez, s'il vous plaît, que ce qui est vrai pour les bêtes l'est également pour les plantes. La sève parle aussi ; et sans que Ton s'en doute, les appétits naturels se trahissent de temj^ en temps, l'origine des races cherche à se dégager de la nuit des âges. Ainsi, par exemple, quand parmi nos végétaux cultivés, soit au jardin, soit aux champs, nous en rencontrons que le sel réjouit et fortifie^ pas n'est besoin d'être sorcier pour deviner que ceux-là sont originaires des bords' de la mer et que leur souche pousse encore quelque part dans les dunes. Hélez quelques poignées de sel de cuisine aux engrais de vos asperges, de vos crambés (grav. 23), de toutes vos espèces et variétés de choux, et vous reconnaîtrez bien vite, à la satisfaction qu'ils en éprouveront, que ces légumes ont eu pour berceau les bords de la mer. La culture, qui les a modifiés la plupart au point de les rendre souvent méconnaissables, n'a pu cependant étouffer complètement les instincts de la nature ; elle n'a réussi qu'à les endormir. Nous avons beau les élever sur des terrains et sous des climats qui ne sont ni leurs terrains ni leurs climats d'origine, ils n'oublient pas tout à fait le ber* ceau. Les nègres vivent bien en Europe, mais il n'en est pas moins vrai qu'ils vivraient mienx sur les côtes de Guinée et qu'ils n'ont pas emporté la patrie tout entière sous la plante de leurs pieds. On peut en dire autant des végétaux cultivés; ils n'ont pas non plus emporté la patrie tout entière sous Tenveloppe de leurs graines. Le souvenir de Y habitat ne se perd pas plus que le souvenir du clocher. Nous transporterions en Chine nos pauvres petits pet-sai, dans lesCordillières
AMÉLIORATION DES PUiNTES SAUVAGES.
Grav. 23. — Cramlié.
nos pommes de terre maladives, que, loin d'en souffrir, ils en profiteraient à vue d'oeil.
Il serait grandement à désirer que Ton retrouvât à l'état spontané la souche de nos végétaux les plus précieux et que Ton connût parfaitement la composition des terrains d'origine. Quand on nous dit : « Ceci vient de l'Amérique du Sud ; cela vient de l'Asie ou de la Turquie d'Europe, » nous ne sommes qu'à demi renseignés ; nous n'avons qu'une idée du climat. C'est quelque chose sans doute, mais ce n'est point assez. Nous voudrions surtout connaître le sol, savoir quels sont ses éléments, savoir, par conséquent, la nature de l'alimentation normale des végétaux qui s'y trouvent, afin de pouvoir au besoin Timiter chez nous. L'analyse chimique des terres en plein état de culture n'a qu'une médiocre in^ortance à nos yeux, parce que la couche arable et le sous-sol sont imprégnés des engrais de la ferme. Il n'en serait pas de même de l'analyse chimique d'un sol vierge; celle-ci prouverait quelque chose et nous apprendrait à connaître les besoins réels des plantes spontanées. Elle nous dirait à sa manière : — Voici la table et les plats qui conviennent au type sauvage de telle ou telle espèce ; ils conviendront bien certainement aux végétaux de cette sorte, quelles que soient les modifications apportées chez eux par les expédients du cultivateur. C'est pour se conformer à ce principe que les jardiniers donnent du sel à l'asperge et au crambé, parce que les dunes où l'asperge sauvage et le crambé sauvage se trouvent, contiennent cet aliment ; c'est pour la même raison que nous donnons à nos fraisiers et à nos arbres du compost de feuilles pourries, parce que le fraisier des bois, le poirier et le pommier des bois, vivent de feuilles décomposées et se portent à merveille. Si les origines nous étaient connues, nous pourrions étendre davantage les appHcations de la science à la pratique, et, sans aupun doute, nous y gagnerions sous tous les rapports.
De ce qui précède, il résulte que, dans la plupart des cas, les plantes sauvages et libres ne mangent pas, comme l'on
AMÉLIORATION DES PLANTES SAUVAGES. i85
dft, à tous les râteliers. Elles choisissent leur auberge et ne se mettent à table qu'autant que les plats leur conviennent. Les animaux qui pâturent en liberté font de même et choisissent aussi. Mais avec les plantes cultivées et les bétes à l'écurie, les choses se passent un peu différemment. Les unes comme les autres sont bien forcées de vivre de ce qu'on leur donne et de ne pas trop faire les difficiles. Néanmoins, elles choisissent encore, ou plutôt elles ont des préférences marquées. Voici, par exemple, une eau chargée de différents sels : cette eau arrive aux petites racines des végétaux ; elle y entre telle quelle ; tout passe, le bon et le mauvais. Futile et l'inutile ; toutefois, il est à remarquer que les substances diverses qui composent la nourriture Uqurde ne pénètrent pas en quantités égales. Les plantes en prennent plus des unes que des autres, phis de celles qui leur conviennent que de celles qui ne leur conviennent pas. Comment cela se fait-il? On l'ignore ; mais c'est un résultat connu, et il suffit, pour se convaincre de cette vérité, de faire l'analyse de plantes différentes, venues dans le même terrain et nourries du même engrais. Tenez donc la chose pour certaine. Il s'agit, à présent, d'en tirer les conséquences : Il est essentiel que le cultivateur connaisse tout d'abord la composition des plantes qu'il cultive et celle des engrais qu'il emploie ; s'il ne sait point ce que ces plantes recherchent de préférence, comment les nourrira-t-il? s'il ne sait point ce que renferment ces engrais, comment fera-t-il son choix et les appliquera-t-il? Il donnera peut-être au froment ce qui convient à la pomme de terrien à la pomme de terre ce qui convient au froment. Ce n'est pas tout. Dans la grande culture, il n'est point d'usage de fumer toutes les récoltes ; après une récolte fumée, on en demande une seconde à la terre que cette fois l'on ne fume pas. Il importe donc fort, dans ce cas, de ne point semer en deuxième récolte une plante qui aurait les mêmes goûts que la première, attendu qu'il pourrait se faire qu'il ne restât plus rien ou à peu près rien de ses
vivres de prédilection. Ainsi^ par exemple, si nous avons semé d'abord une plante trés-avide de potasse, nous devons choisir, pour semer ensuite à la même place, une plante qui ne tienne pas à cette potasse; autrement, nous aurons de mauvais résultats.
D'après ce qui précède, on explique aussi pc^nrquoi les mélanges de graines donnent des produits plus abondants que les graines d*une même sorte, semées séparément. Par cela même qu'il y a des appétits différents à satisfaire, tous-lfô éléments de Tengrais composé trouvent leur emploi ; rien n'est perdu, rien ne reste dans la terre, mais aussi, dans cette conjoncture, et toujours par la même raison, il est évident que toutes les provisions sont absorbées par cette récolte variée et qu'il y aurait folie à en demander une seconde au sol sans le fumer.
De ce qui précède, il résulte encore que les personnes ne connaissant ni la composition des végétaux, ni celle des engrais, sont très-sujettes à se tromper dans Tapplioation des engrais artificiels et élémentaires, et qu'elles réussissent d'autant mieux que les fumiers sont plus ricfaes en aliments de toutes sortes. Ainsi, ces aliments sont très-variés danales fumiers de ferme ; il y a là-dedans un peu de tout, de ceci et de cela, de façon que les végétaux, quels qu'ils soient, y trouvent à peu près sûrement de quoi satisfaire leurs goûts particuliers. Avec les composts qui contiennent de la terre, du fumier, des mauvaises herbes, des cendres, de Turine, des eaux de savon, des eaux de lessive, des viandes gâtées, tout ce que Ton jette, tout ce que l'on perd si souvent, il y a chance encore de réussir mieux qu'avec les fumiers. Et, en effet, quoi que vous semiez, avec ces composts pour nourriture, il est certain que votre plante y trouvera ses aliments favoris ; et il est certain aussi que les mélanges y trouveraient à plus forte raison leur compte. Or, en ce point, la pratique est merveilleusement d'accord avec la théorie. Rien de tel que nos fumiers, disent les paysans ; rien de tel que nos composts,
disent aussi ceux qui ont le bon esprit d'en faire d'excellents, Avecles engrais simples ou élémentaires, autrement dit, avec une table sur laquelle il n'y a guère de plats, la réussite n'est pas toujours sûre. Il peut arriver que les récoltes ne trouvent point là les choses de leur goût, qu'elles ne se nourrissent qu'à contre-cœur, en quelque sorte en rechignant. Et alors les récriminations pleuvent comme grêle; on s'en prend aux engrais, on les accuse de ne rien valoir, on qualifie les marchands de fripons. Sans doute, il y a des engrais qui ne valent rien et des marchands qui ne valent pas davantage ; mais notez que les récriminations peuvent tomber sur les bons tout aussi bien que sur les mauvais, et que, partant, vous |)ourrez commettre de grosses injustices. Admettons que nous vous vendions la fine fleur du guàno ou quelque chose de meilleur encore : si vous l'appliquez de travers, au rebours du sens commun ; si vous le faîtes manger à des plantes qui n'y tiennent pas, qui ne s'en soucient pas, vous obtiendrez nécessairement des produits médiocres ou chétifs ; après quoi, vous nous accuserez de vous avoir livré de la marchandise suspecte, de l'engrais falsifié, tandis que tous les torts seront de votre côté.
Souvénez-vous donc bien de ceci : — Les végétaux prennent indistinctement tous les engrais que vous leur offrez ; mais si, parmi ces engrais, il ne se rencontre pas des substances qui soient tout à fait de leur-goût, ils ne profitent pas, ils ne donnent pas de beaux résultats. Il importe donc que vous vous arrangiez de façon à les satisfaire, que vous les interrogiex sur leurs besoins parliculîersj et que vous ne leur serviez pas à manger le contraire de ce qui convient à leur développement.