COMMENT ON RECONNAIT LES PLANTES QUI SOUFFRENT
aurez toujours une végétation luxuriante ; mais cette végétation ne prouvera jamais la force, la santé et la qualité.
L'herbe qui pousse au bord d'une source est moins robuste, moins corsée, moins savoureuse que celle des parties moins humides.
La pomme de terre des terrains frais et riches produit des fanes de toute beauté, mais ces tiges vertes aussi bien que ses tubercules, qui sont des tiges souterraines, ne sont pas aussi solides que celles des terrains secs. Aussi la maladie se déclare dans le premier cas plutôt que dans le second.
Vous connaissez, au moins de nom, la morelle noire, qui est la brède des colonies. Vous savez peut-être que sa terre de prédilection est le calcaire ou mieux une alluvion marneuse, puisqu'elle y croît spontanément. Eh bien ! nousTavons cultivée, à titre de légume, dans le schiste où elle n*est pas à son aise, et nous y avons obtenu des sujets doubles et triples en développement de ceux que nous avions vus jusque-là. Était-ce un signe de santé? Pas le moins du monde; c'était un signe de maladie.
On ne prendra pas non plus pour un signe de santé, ainsi que nous Tavons constaté déjà, le développement extraordinaire des tomates dans TÂrdenne belge, puisque c'est une plante du Midi, et que, chaque année, malgré leur apparence superbe, les fruits verts devenaient malades exactement comme les tubercules de pomme de terre, de la même affection, et que les feuilles, d'abord si belles, se frisaient, se recoquillaient, toujours comme celles de la pomme de terre affectée.
On ne dira pas que Tavoine se porte mieux dans certaines contrées du Nord où elle mûrit au mois de septembre que dans, la Brie où elle mûrit deux mois plus tôt ; cependant Tavoine de ces contrées du Nord a les feuilles aussi larges que celles de nos meille^irs froments, et les tiges de la hauteur d'un homme.
On ne dira pas enfin que dans le Mecklembourg, les pê-
ehers sont plus heureux que dans le midi de la France, et pourtant là-bas, les branches prennent un déyeloppement qu'on ne soupçonne pas chez nous.
Nous pourrions multiplier nos citations à Tinfini; nous n'avons que Tembarras du choix, mais celles qui précédent suffisent à démontrer que l'apparence ne prouve pas la santé.
Le malaise des plantes ne s'accuse pas toijgours par un état pléthorique ; il s'accuse le plus ordinairement par un aspect de maigreur, par une végétation languissante. Tantôt les plantes annuelles ont l'air de rentrer en terre, de fondre^ comme disent les cultivateurs, ou bien, elles se développent avec tant de difficulté qu'elles ont à peine la force de nourrir de mauvaises graines ; tantôt les plantes bisannuelles, incapables de parcourir entièrement les phases d'une existence normale, se mettent à fleur dés la première année et donnent des semences chétives, impropres à la reproduction, tantôt enfin, les végétaux vivaces donnent une floraison exagérée au détriment des parties vertes, ligneuses ou her-
Les panachures des feuilles et des fleurs sont évidemment aussi des indices de malaise.
Nous n'avons pas à définir la pauachure : tout le monde sait ce que l'on entend par plante, fleur ou feuille panachée ou bigarrée ; tout le monde a vu de ces arbres à feuilles plus ou moins décolorées, plus ou moins déteintes, qui figurent dans les jardins d'agrément et se détachent agréablement sur le fond vert des autres. On les trouve très-beaux parce qu'ils ne sont pas communs ; on les trouverait peut-être fort laids s'ils formaient à eux seuls des massifs isolés. Ce sont simplement des arbres malades, des arbres qui ont les pâles couleurs et qui vivent avec cela. Le mal commence par des taches jaunâtres ou blanchâtres vers le milieu de la feuille et dans le voisinage des nervures principales ; puis il gagne les bords et fait la frange, La panachure est alors complète,
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Tant qu'elle se borne à des taches dair-semées, on peut rétablir la santé des sujets avee «me nourriture confprtaUe, e'est* à*dire avec un riche engrais ; mais dès qu'dle fait là frange au bord delà feuille, il n'y a plus moyen d'en triompher. Quoi que vous fassiez, dans ce cas, la panachure persistera jusqu'à la mort de Tarbre^ et eette mort anîvera toujours plus tdt que si Farbre eût conservé ses feuilles vertes. Les sigeta panachés sont incontestablement moins robustes que les autres.
S*il y a des espèces qui prennent facilement la panachure, comme le frêne, Tèrable, le houx, etc., il y en a qui ne la prennent jamais, et c'est le plus grand nombre. Longtemps on a cru que les arbres et les arbrisseaux pouvaient seuls être atteints de panachures; aujourd'hui, nous savons que les phmtes herbacées sont sujettes à la même maladie. Ainsi nous avons le glèchomè ou lierre terrestre panachët le lamier pourpre panaché, etc.
La panachure est une maladie héréditaire, elle se transmet fmr la greffe ; on assure même qu'on peut la communiquer à un sdon parfaitement sain, rien qu'en insérant à la base de ce scion, dans Touverture pratiquée sur le sujet, un bourgeon rudimentaire détaché d'un arbre panaché. Nous rapportons Tassertion, mais nous n'en garantissons pas Te^^dctitude.
La cause principale de la panachure est attribuée à Tappauvrissement du sol. Pourquoi ne l'admettrionarnous point? Il est démontré qu'ave<j de Tengraîs on peut arrêter l'affection à son début, et il est à remarquer, en outre, que oertai*nes plantes vivaces qu'on laisse de longues années ï la même place, sans jamais les fumer, ont une forte tendance à se bigarrer. Nous dterons dans le nombre le muflier. Cette imnée, par exemple, il vous donnera des fleurs d'une seule couleur dans un terrain fort maigre ; mais abandonnez-le en quelque sorte à lui-même, privei-lQ absolument d'engrais, et au bout de quelques années, il ne vous donnera plus que des fleurs panachées. Rétablirait-on la couleur primitive en fumant la plante? C'est ce que nous ne saurions dire«
in CAUSERIES SUR L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE.
Le malaise des plantes occasionne, nous le croyons, des affections regrettables et ne nous parait pas étranger aux ravages des insectes. C'est ce qu'il s'agit d'examiner de près.
En 4856, le comice deSoissons mettait à l'étude plusieurs questions fort intéressantes, et, dans le nombre, celle-ci :
« Quelles sont les causes qui produisent l'ergot du seigle, et « quels moyens doit-on employer pour le préserver de cette x< carie, et aussi quelle est la méthode la plus efficace pour « extraire ce produit anormal du bon grain, quand il existe i en trop grande quantité dans la récolte de cette céréale ? »
Nous primes la liberté d'intervenir et de hasarder quelques observations :
Les uns, disions-nous, vous répondront que l'ergot provient de la piqûre d'un insecte, les autres, qu'il commence par un champignon. Et puis après? En serez-vous plus avancés au point de vue de Tagriculture pratique? Comment vous débarrassera-t-on de l'insecte? ou bien le champignon ne serait-il pas Feffet plutôt que la cause de la maladie? Si oui, quelle sera la cause du champignon? une altération du jeune grain de seigle. Et la cause de cette altération? Vous voyez bien que vous allez aboutir forcément à des chicanes de procureur, chicanes qui ne vous conduiront à rien.
En matière d'ergot, les observations faites par les cultivateurs ont plus de mérite à nos yeux que celles des hommes.de cabinet. Les voici en peu de mots : L'ergot, nous disent-ils, se développe principalement dans les années humides quand la plante souffre ; il est plus commun dans les seigles qui reviennent souvent à la même place que dans les autres ; enfin, quand on sème du seigle dans un taillis, après essartage, les grains tombés au sommet de la récolte germent et donnent. Tannée suivante, sans culture aucune, des épis très-sujets à ' Tergot.
Nous ne pouvons rien contre les saisons, mais nous pouvons très-bien ne pas ramener nos récoltes de seigle aussi