COMMENT ON RECONNAIT LES PLANTES QUI SOUFFRENT
souvent à la même place. En ce qui concerne Tobservation faite dans les taillis, nous nous demandons si l'ergot est produit ou par la succession immédiate du seigle au seigle, ou par un défaut absolu de culture qui permet aux mauvaises herbes de pousser en toute liberté et d'entretenir une humidité coçstaiite dans la récolte, ou bien enfin si les deux raisons agissent à la fois. Si nous admettons la double influence, — et pourquoi ne Fadmettrions-nous pas? — nous nous dirons : Puisque la seconde récolte de seigle est habituellement trés-maltraitée, il est présumable que cette céréale a tout à perdre à une succession rapide ; puisque le défaut de culture amène la végétation des mauvaises herbes, que les mauvaises herbes entretiennent l'humidité, et que l'humidité favorise la production de l'argot, il y a tout lieu de croire que les emblaves de seigle malpropres seront plus infestées que Içs emblaves sarclées avec soin. En résumé, ne ramenons pas le seigle aussi fréquemment à la même place, et ne négligeons pas les sarclages, si nous voulons prévenir autant que possible l'invasion de l'ergot. Quant aux moyens de nettoyer le seigle ergoté, nous ne connaissons que le vannage et le criblage. Le van n'est pas expéditif, mais il n'en, est pas moins précieux dans ce cas particulier. Par cela même que l'ergot est très-léger, il remonte vite et entièrement à la surface du grain vanné. Avec le crible ou le tarare, il est plus difficile de s'en défaire, parce que des grains d'ergot, brisés au battage par le fléau ou la machine, se trouvent réduits en fragments et ne se séparent plus du bon grain.
Quand ion s'écarte des lois naturelles de la production, on s'expose naturellement à toutes sortes d'inconvénients. 11 est permis d'avancer que les végétaux affaibhs par une culture vicieuse, ou par toute autre cause, peuvent nuire à certains êtres utiles qui en vivent, ou favoriser les ravages d'êtres nuisibles, insectes ou cryptogames, qui recherchent les plantes maladives, les tissus altérés. Dans le premier cas, nous rap^ pellerons une observation de Rozier à l'endroit du ver à soie.
194 CAUSERIES SUR L'AGMGULfURE ET L^ORTICULTimE.
qtti donne un ineiUeinr produit, et se porte œieux en se nourrissant des feuilles du mûrier saurage qu'en vivant des filles du mûrier greffé ; dans le second cas, nous prendrons à témoin les aphis, les larves d'élatèrides, Toîdium, et, certes, s'il était nécessaire de multiplier ks témoignages^ nous n'au« rions que rembarras du choix.
Quand vous voyei Torobanche dans les chanvres ou dans les trèfles, la cuscute dans une lusemière, le rhizoctone dans un champ de safran, les larves de taupin parmi les pommes de terre ou parmi les choux repiqués, d'autres petites larves dans les navets ou au cœur des poireaux, le misoxyle sur les pommiers, un autre insecte sur les b^teraves, etc., etc., c'est que les plantes souffrent ou de la disette, ou d'une nourriture qui Kie leur convient pas, ou des rigueurs des saisons, ou des mauvais traitements de la culture, ou enfin d'affections tantôt héréditaires, tantôt dues à remploâ de semences défectueuses.
Un jour, nous avons trouvé dans une publication agricole et horticole de Grenoble {le Sud-Est) des remarques très-intéressantes qui viennent à l'appui des nôtres :
« Les vergers de la Normandie, rapportait un de ses collaborateurs, sont plantés, de pommiers à cidre, lesquels, trèsprobablement, proviennent tous d'une môme espèce. Parmi les nombreuses variétés qui y sont cultivées, les unes sont constamment attaquées par le puceron lanigère, les autres jamais.
' ^ Ainsi, le bois du pommier de peau-de^vache est partout déformé par les tubérosités que provoque l'aiguillon de my* riades de ces insectes, tandis que le pommier de Marm^Bonfray, cultivé dans les mêmes lieux, est toujours préservé de leurs ravages. Cependant ces deux variétés de pommiers à cidre sont dans des conditions aussi semblables que possible, étant toutes deux dans un état de dépérissement très-avancé. Quelle différence existe-t-il entre les tissus et les sucs de ces deux arbres? On l'ignore entièrement, mais il y en a une que les pucerons apprécient fort bien. »