‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 45 sur 64 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

JETHRO TULL

Les végétaux qui vivent -à l'état sauvage prennent leur nourriture dans la terre et dans Tair. Quand ils ont parcouru les diverses phases de leur existence, ils meurent, se dessèchent, se décomposent où ils oïit vécu et rendent au sol ce qu'ils lui ont pris, plus une partie de ce qu'ils ont emprunté à l'atmosphère. On comprend qu'un terrain, rentrant dans ses déboursés exactement et recevant même des intérêts avec cela, aille toujours en s'améliorant. Les résultats d'ailleurs le prouvent. Mais avec les végétaux cultivés, les choses se passent autrement-. Le cultivateur récolte et prend à la plante ce que celle-ci a pris au sol et à l'atmosphère. Peut-il prendre toujours et ne rien restituer? Ce n'est point l'avis du grand nombre, mais c'était l'avis de Jethro TuU. ^

Les morts vont vite, si vite qu'on les perd de vue et qu'on les oublie au bout de quelques mois ou de quelques années. Parmi les cultivateurs de notre temps, vous n'en trouverex

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pas deux au mille qui aient entendu parler de Jethro TuH, un Anglais de Tautre siècle, un homme d'audace pourtant, qui, un beau jour, se crut assez fort pour mettre les vieilles méthodes en morceaux et révolutionner Tagriculture par une méthode nouvelle. Tull n'y allait pas de main morte ; il déclarait tout net et s'engageait à prouver que la terre suffisait aux plantes et que l'emploi des engrais était un abus ridicule. Pour lui, cette terre était le garde-manger de la nature; il y avait là-dedans des vivres de toutes les sortes, des plats pour tous les goûts ; il ne s'agissait plus que de découper les vivres, que de les diviser le mieux possible, de les mâcher pour ainsi dire et de les servir ensuite aux végétaux. Mettez en face d'un gigot de mouton un individu qui n'a pas les dents solides, puis retirez-lui la fourchette et le couteau, comment, après cela, sortira-t-il d'embarras, malgré son appétit ? Mettez une plante à racines délicates en face d'un morceau de terre argileuse compacte ; ne vous donnez pas la peiiie de lui diviser ce morceau, comment sortira t-elle aussi d'embarras, malgré son appétit? — Autre comparaison : Les pots de confitures chatouillent la gourmandise des enfants ; il n'y a qu'un moyen de les sauver, c'est de les cacher sur le dernier rayon de l'armoire et d'ôter les chaises. Les enfants n'y toucheront plus. Or, au dire de Tull, quand les plantes ne vivent pas bien dans les sols légers, c'est que les petites mottes sont trop séparées les unes des autres, que les racines passent à travers sans pouvoir les toucher convenablement. Pulvérisez c^s petites mottes au moyen de fréquents labours, mettez ainsi leur poussière à portée des racines, et celles-ci, pouvant les toucher et les saisir, s'en nourriront nécessairement.

La nouvelle méthode de Tull s'appliquait donc aussi bien aux terres compactes qu'aux terres légères, et consistait tout simplement à pratiquer des labours suivis et soignés. Avec cela, on pouvait se passer d'eau, de sels et de lumier. L'eau ne sert qu'à diviser, pensait-il ; les sels que l'on répand, à titre d'engrais, ne servent pas à autre chose non plus ; le

iOS GAtJSEftIES SUR L'Ai^RlCtJLTURE ET L'HORTICULTURE.

fumier enfin, pensait-U encore, n'est également qu'un agent de division ^i fermente et rompt les mettes par sa ferment tatiou. A quoi bon recourir à ces moyens^ puisque avec les outils de laï)our nous arrivons au même résultat ? A quoi bon surtout le fumier qui coûte fort ^cber, sent très-mauvais et altère plus ou moins la qualité de nos récoltes? Laissons toutes ces vieilles méthodes aut ignorants, aux routiniers, aux empoisonneurs du genre humain.

Tull avait de l'esprit et de l'aplomb, deux excellentes numtures sur lesquelles une idée fausse fait lestement son chemin, en attendant.que T^vepir lui cas«e le con. Tull avait même de la conviction, dans le principe; il croyait fermement d'abord à ce qu'il annonçait ; un peu plus tard, il est vrai, l'expérience dut lui prouver qu'il était dans l'erreur, maiè l'amour-propre ne lui permit pas de l'avouer, et U contintm de plus belle à prêcher la révolution agricole, H eot des partisans et fit du bruit, beaucoup de bruit, ntm parmi les hommes du métier, mais parmi les amateurs qui ne gagnent jamais d'ampoules à la besogne. On ne parla bientôt plus que delà culture à la TulL L'Anglais devint chef d'école et eut, un moment, pour disciples, de Châteauvieux, à Genève, et Duhamel-Dumonceau, à Denainvilliers. C'était un double triomphe. Parmi les agronomes, on criait : — A bas le fumier ! Hais les paysans riaient en dessous et répondaient à voix basse ; — Vive toujours le fumier ! — Les paysans avaient raison. Au bout de quelques années, de Châteauvieux et Duhamel reconnurent que la culture à la Tull n'était bonne qu'à appauvrir les sols riches et que la vigne seule pouvait s'en accommoder sans trop souffrir. La découverte n'était pas neuve sous ce rapport. Pkms connaissons des gens qui n'ont jamais entendu parler de Tull et qui ne fument pas plus leurs vignes que leurs vergers ; ce sont les feuilles pourries qui forment engrais, comme dans les forêts, et les choses vont ainsi de mémoire d'homme, clopin-clopant) comme elles peuvent aller.

JETURO TUtX. M

La nouv^le méthode ne valait rien et ne dura pas ; mais elle eut des conséquences heureuses, dont nous devons temr compte. Pour rendre ses labours parfaits, TuU dut nécessairement adopter la culture en lignes, se servir d mstruments perfectionnés, remplacer les sarclages à la main par des sarclages plus expéditifs. — • C'est à TuU, dit M. de Gasparin, qu'il faut rapporter le système perfectionné des cultures en lignes et des sarclages avec des instruments mus par des animaux. » Ainsi Tidée première des semoirs, des houes à cheval, des scarificateurs (grav. 24), des extirpateurs, appartient à TuU. Sans doute, on a depuis amélioré, simplifié ces instruments; mais si nous avons, à cette heure, la houe à cheval à couteaux; si nous avons la houe à cheval de RovUle; si nous avons Textîrpateur Dombasle, remercions-en TuU, qui a donné Tébauche de tous ces instruments, qui en a fait ressortir Timportance, qui, le premier, en a eu besoin pour démontrer les avantages de sa nouveUe méthode de culture.

Ce n'est pas tout : rappelons à ceux qui pourraient l'avoir oublié, que TuU imagina et pratiqua ie premier la castration des poissons pour favoriser Tengraissemeiït. En somme, vous reconnaîtrez que si TuU a marqué son passage en ce monde .par des excentricités, il Ta marqué aussi par des jalons que les coups de vent et le tonnerre n'enlèveront pas.

Le pasteur Samuel Smith, de Lois-Weedon, est le fervent disciple de TuU. Ainsi que son maître, lo/disciple qui fait du bruit à cette heure pose en principe que la terre est un garde-manger inépuisable, et qu'il s'y trouve de quoi nourrir copieusement et à perpétuité les plantes que l'homme lui confie.

Seulement, U pense, toujours avec le maître, que Textrème division des vivres est absolument nécessaire pour que les végétaux puissent se les assifiiUer. Partant de là, U donne aux labours une perfection que, dans l'état actuel des choses, nous sommes loin d'atteindre. Si nous sommes bien rensei-^ gué, le pasteur de Lois-Weedon approfondit chaque année.

m CAUSERIES SUR L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE, avant Tliiver, la couche arable par un labourage profond,

il' '

qui ramène à la surface un peu de terre neuve qui s'améliore au contact de l'air.

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A la sortie de Thiver, ses champs sont labourés de nouveau à la profondeur ordinaire, par tranches minces, puis il les divise à Taide d*un scarificateur d'abord, et ensuite à Taide d'une herse, que Ton promène dans tous les sens, jusqu'à ce que le sol soit ëmietté d'une façon irréprochable. 11 ne s'agit plus, après cela, que de partager le terrain en petites planches d'un mètre de largeur, de prendre un semoir de la même largeur et d'y répandre le froment sur trois rangées. A côté de chaque planche ensemencée, on en laisse une vide, c'est-à-dire en jachère, et ainsi de suite, de manière que la moitié du terrain nourrit la récolte, tandis que l'autre moitié se repose ou refait ses vivres pour la récolte suivante.

11 va sans dire que la jachère reçoit, dans le courant de Tannée, quatre ou cinq façons avec la charrue, l'extirpateur et la herse ; que la partie emblavée est sarclée avec soin au moyen de ratissoires, et qu'au moment des sécheresses, vers le mois de juin, on renverse avec la charrue, de chaque côté des planches occupées, una bande de terre meuble, prise sur les planches au repos. Voilà toute la nouvelle méthode. Elle consiste donc à diviser à T extrême les éléments terreux, à favoriser le mieux possible les influences atmosphériques, à utiliser prudemment un sous-sol qui ne sert à rien dans nos cultures superficielles, à ouvrir les voies aux racines, à restreindre le nombre des convives, afin de les mieux nourrir, et de leur assurer cçtte part de soleil et d'air que n'ont pas toujours nos récoltes semées à la volée; enfin, à empêcher, par des sarclages suivis, que les mauvaises herbes ne viennent disputer la nourriture aux bonnes. Or tout cultivateur, armé d'excellents outils, est en mesure, sur ces renseignemenls, d'appliquer chez lui le système du pasteur anglais.

Avec ce système, il n'est plus question de fumier ; les engrais deviennent un embarras, et ceux qui, dans leur candeur, avaient cru que tout s'enchaînait en ce monde, qu'il n'y avait rien d'inutile, que ce qui venait de la terre devait y

retourner sous une forme quelconque, en seront réduits à confesser leur erreur.

Nous ne contestons pas plus l'exactitude des faits rapportés en faveur de Samuel Smith qu'on ne contestait, au siède dernier, les faits à l'avantage de TuU. Nous reconnaissons qu'ils ont un côté séduisant, et que les plus habiles sont presque excusables de s'y laisser prendre, puisque Duhamel et LuUin de Qiftteauvieux, qui sont des autorités bien assises, s'y sont laissé prendre aussi ; mais nous voudrions que les leçons du passé ne fussent pas perdues, et que Ton se souvint de la désillusion de ces deux maîtres.

' Si la culture sans engrais était possible, elle serait générale aujourd'hui, après avoir été prêchée et épaulée comme elle le fut il y a une centaine d'années. De ce qu'un succès se maintient pendant treize, quinze ou vingt ans, il ne faut pas conclure trop vite qu'il se maintiendra indéfiniment. Dans la Virginie, et encore sur d'autres points de rAmérique, on a supposé pendant plus d'un demi-siècle, que l'engrais ne deviendrait jamais nécessaire aux cultivateurs, mais, aujourd'hui, on pense autrement, et l'on y est d'avis, comme nous, que rien ne vient de rien, et qu'en ce monde tout s'use plus ou moins vite, plus ou moins lentement. Il y a garde-manger et garde-manger : l'un bien fourni, l'autre mal approvisionné. Un individu de grand appétit vivra des semaines et des mois sans pâtir aux dépens de celui-ci, tandis qu'au bout de vingtquatre heures seulement, il tirerait la langue et maigrirait â côté de celui-là.

Or, il en est exactement de même pour ce qui regarde les terrains. Leur composition n'est pas identique ; nous en con* naissons de très-riches naturellement, et un peu plus loin de très-pauvres. Ici, nous voyons le froment faiblir quand on le ramène à la même place au bout de deux ans ; ailleurs, nous le voyons prospérer de longues années de suite; ici, une bonne terre, dans l'acception commune du mot, souffrirah très-promptement du manque d'engrais ; autre part, et nous

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en eonnai$$oii3, voufi trouverez des terrains d'une composition géologique assez heureuse pour subvenir largement à Talimentation des céréales, sans qu'il soit nécessaire, au moins quant à présent, de recourir aux engrais de la ferme ou du commerce. Mais combien de temps cela durera-t-il? Voilà la question.

De ce que les récoltes se soutiennent depuis une quinzaine d'aimées, et dignement, sur le domaine du pasleur Smith, isuit-il qu'il en serait ainsi partout dans d'autres tenrains et dans d'autres climats? Évidemment non. Supposons un instant qu'il y ait sous le soleil du Midi, et même dans le climat de Paris, un sol qui contienne rigoureusement et en égale quantité ce que contient le sol de Samuel Smith, que ce terrain soit travaillé avec toute l'attention voulue pour la réussite de la nouvelle méthode, la végétation du froment se comporlera-i-elle dans un cas comme dans l'autre?

Encore une fois : non; car, si les labourages fréquents sont avantageux avec Tatmosphôre brumeuse de la Grande-Bretagne, ils seraient certainement désavantageux avec une atmo- «pjière sèche et un solâl chaud qui précipiterait Tévaporation ei supprimerait l'humidité, c'est-à-dire le véhicule indispensable au transport des vivres dans le corps des plantes. En Angleterre, malgré les ameublissements multipliés, il reste toujours assez de fraîcheur au service des végétaux ; en France, au moins dans la plupart des*régions cultivées, les ameublissements multipliés, en l'absence de toute fumure, seraient funei^es en temps de sécheresse.

Nous ne coqdamnons pas, on le pense bien, les labourages fréquents et exécutés de main de maître ; nous savons parfaitement que la division complète du sol a des résultats excellents, qu'elle seconde le travail des agents atmosphériques, qu'elle facilite les réactions chimiques, qu'elle vient en aide é des combinaisons encore mystérieuses, plus ou moins; qu'elle rend assimilables des substances qui, d'abord, ne l'étaient point; en un mot, qu^elle contribue à l'amélioration de la fX)uche arable et par suite à la réussite des récoltes.

Seulement, nous sommes forcé de constater aussi que l'humidité s'en va très-vite d'une terre souvent remuée, et que, dans les contrées où l'irrigation n'est pas possible, où le climat ne répare pas les pertes, il faut bien compter sur les ftimiers de ferme et les engrais verts pour opérer la restitution. Nous sommes forcé aussi de constater que si l'ameublissement parfait crée beaucoup de nourriture assimilable, et augmente l'appétit des récoltes en favorisant la multiplication et le développement des racines, le sol doit dépenser plus en nourriture, et par conséquent en eau, qu'avec nos vieilles méthodes; et que fût-il riche à ne pas s'en faire une idée, on verra tôt ou tard la fin de ses richesses.

Si vous étiez plusieurs fois millionnaire, si vous puisiez dans la bourse aux millions sans jamais y remettre un petit écu, vous pourriez mener grand train pendant un quart de siècle ou plus et faire croire au public que vous ne vous appauvrissez point; mais, en fin de compte, votre existence splendide aurait un terme, et l'heure arriverait où il vous faudrait vendre les chevaux, congédier le personnel, remplacer les grands festins par les dîners à trente sous, et le chambertin par l'argenteuil. C'est là que nous attendons les récoltes du pasteur anglais; elles mangent leurs millions maintenant; nous verrons plus tard ce que sera leur ordinaire. Question de temps, pas autre chose.

Prenez-vous-y comme vous l'entendrez, vous ne ferez rien avec rien : quand le lapin est mangé, les plus malins ne prépareraient pas une deuxième gibelotte avec sa peau; quand il n'y aura plus de sels dans le domaine du pasteur, l'air ne lui en fabriquera pas, et la terre usée ne rendra plus trente hectolitres de froment à l'hectare. Notre agronome anglais n'est pas plus sorcier que vous et moi ; il mange son fonds en grand seigneur, en homme qui sait vivre, mais soyez sûr qu'il arri^ vera au bout de son rouleau. Son principal mérite, c'est de trouver chez lui des ressources que nous ne soupçonnons pas toujours chez nous, et de savoir faire argent de ses plus petits

morceaux, afin de paraître riche plus longtemps. Ses héritiers auront le sac de toile, et ne le rempliront pas de pièces d'or en soufflant dedans.

Voilà ce que nous pensons de Ja méthode de Tull ; bien avisé qui ne la suivra pas. c ême en Angleterre, et à plus forte raison en France. «

Il s'agirait cependant de s'entendfe une bonne fois pour toutes sur la valeur des' mots, car, . dans l'état d'enfance où se trouve encore la science agricole, nous avons tout à perdre à maintenir la confusion. Ainsi, par exemple, on nous parle à tout propos d'engrais et d'amendements comme de choses parfaitement distinctes ; mais, dès que nous cherchons à éta-. blir la différence et à savoir en qtioi elle consiste au juste, nous nous apercevons qu'il y a désaccord sur ce point entre les auteurs, aussi bien qu'entre les hommes de pratique. Ce qui est un engrais pour celui-ci est un amendement pour celui-là, et vice versa; c'est à ne plus s'y reconnaître, à ne plus s'y retrouver. Nous rencontrons idème des cultivateurs qui ne font aucune distinction entre ameïider et fumer, et ce sont, à notre avis, les plus raisonnables. Qu'est-ce qu'un amendement? Est-ce un moyen d'améliorer? est-ce une substance améliorante? On va nous répondre que c'est l'un et l'autre, pourvu que le moyen et la substance agissent mécaniquement. Ainsi, le labour, le drainage, le roulage des terres, qui sont trois moyens d'amélioration, sont par cela même trois amendements ; ainsi le sable, qui divise les argiles, et

«le CAUSERIES SUR l'AGRICBLTURE ET L'HORTICULTURE.

les argiles, qui donnaot de la oohsistaiiee au sable, sont des substances destinées à agir mécaniquement, et, à ce titre, des ameudements aussi. Mais nous nous demandons de quel droit, en vertu de quelle raison Ton classe dans la même catégorie la marne, la chaux, le plâtre, le noir animal, le feld- ^spath, les pyrites, le falun, les terres rapportées, et souvent même tous les engrais de nature minérale, comme, par exemple, la cendre de bois? Où est leur action exclusivement mécanique? Nous ne pouvons pas admettre que la chaux et les cendres agissent sur les terres fortes en les divisant, car nous en répandons si peu et si rarement, qu'elles ne sauraient rien diviser. Pour notre compte, nous aimons mieux croire que les prétendus amendements en question agissent surtout connue engrais. Est-ce que nous ne retrouvons pas de la chaux dans la cendre des végétaux qui proviennent des terrains calcaires ou simplement chaulés? Est-ce' que les propriétés purgatives des fourrages plâtrés et la difficulté de cuire les légumes également plâtrés, n'accusent pas la présence du gypse? Estce que la bonne marne n'agit pas en raison de la chaux qu'elle contient, le noir animal en raison du phosphate de chaux, le feldspath en raison du silicate de potasse, les pyrites en raison du soufre, les terres rapportées en raison des différents sels qu'elles contiennent, les cendres de bois en raison du carbonate de potasse? Est-ce que tous ces amendements ne sont pas, en définitive, des engrais bien caractérisés, des vivres propres aux végétaux? Alors, pourquoi ne pas les appeler par leur v^itable nom, pourquoi les déclasser? Ce qui nourrit les hommes et les bétes se nomme aliment, ce qui nourrit les plantes se nomme engrais. Prouvez-nous maintenant que les diverses substances dont il vient d'être parlé ne nourrissent pas directement les végétaux, et vous leur donnerez ensuite, si bon vous semble, le nom d'amendements; mais, comme vous ne le prouverez pas, permetteznous de les ranger et de les maintenir parmi les engrais, tantôt élémentaires et insuffisants, comnie la marne, la chaux,

le plâtre, les pyrites, etc., tantôt composés d*un certain nombre de substances nutritives, comme les boues de rues, la vase des étangs, les bonnes terres rapportées et les composts. Quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez, ce sont là des engrais et au même titre les uns que les autres, comme le pain sec du pauvre diable est un aliment au même titre que le ragoût, quoique moins varié.

On nous dit encore : La chaux, le plâtre, etc., sont des stimulants qui agissent sur les plantes à la manière du sel de cuisine, du poivre oii de la moutarde sur les individus. C'est une appréciation des plus hasardées et qu'on nous permettra de ne point prendre au sérieux. Toutes les fois que vous donnerez aux plantes une substance à leur goût, leur appétit s'i^uvrira de lui-même, .sans le secours d'un stimulant quelconque. Nous mangeons beaucoup plus de ce qui nous plaît et nous convient que de ce qui nous déplaît et ne nous convient pas. Or il paraît qu'il en est de même chez les plantes. Il suffit que la chaux, par exemple, soit du goût de certains végétaux, pour que leur développement se fasse avec plus de rapidité et que le vieil engrais ou humus s'use très-sensiblement en lui venant en aide.

Sans doute, les engrais qui nous occupent et que vous qualifiez d'amendements ne se bornent pas seulement à nourrir directement les plantes ; ils peuvent, en outre, remplir un rôle chimique, physique ou mécanique, mais ce n'est point une raison pour les débaptiser. Est-ce que tous les engrais ne sont pas dans le même cas? Est-ce que le fumier pailleux d'élable ou d'écurie ne soulève pas, ne divise pas, n'aère pas les sols argileux? Action mécanique. Est-ce que le fumier noir en couverture ne réchauffe pas le sol et ne hâte point la maturation des produits, uniquement parce que la couleur noire absorbe la chaleur atmosphérique? Action physique. Est-ce que les fumiers ne favorisent pas la dissolution de la chaux par l'acide carbonique? Est-ce qu'il ne se produit pas une double décomposition entre le carbonate d'amntoniaque

qui se dégage des fumiers et le plâtre? Action chimique. S'ensuit-il que les fumiers ne soient point des engrais? Pas le moins du monde. Vos amendements se composent-ils d une autre façon? Évidemment non. Alors, encore une fois, à quoi bon les mettre à part des engrais, leur consacrer toujours et partout un chapitre spécial? C'est une routine, rien de plus; les cultivateurs de profession, dans la plupart des localités, ont établi la distinction sur de simples apparences, et les écrivains l'ont maintenue, sans savoir pourquoi. Ceux pourtant qui ont pris la peine d'y réfléchir ont éprouvé à diverses reprises un embarras visible. Ils ont été forcés de reconnaître que les prétendus amendements agissent à la manière des autres engrais, et, pour se tirer d'affaire, dans certains cas, ils donnent à quelques-uns d'entre eux la dénomination fort longue d'amendements engrais. Les plus hardis et les plus convaincus ont fait des amendements une catégorie d'engrais dits minéraux^ dans laquelle ils ont dû, bon gré mal gré, faire entrer les cendres de bois et de tourbe, qui sont de provenance végétale, et semblent arriver là, juste à point, comme une protestation.

Et, en effet, c'en est une, car les engrais minéraux sont, en définitive, la base de tous les fumiers, et ce fait condamne la distinction que l'on cherche à établir. Otez du fumier dB ferme les sels de potasse, le phosphate de chaux, les chlorures, les sulfures, la silice, etc., tous les éléments minéraux, que restera-t-il de bien important? Otez du purin, ^de la matière fécale, tous les sels minéraux qu'ils renferment, que restera-t-il encore? Rien ou à peu près rien. Ainsi, nous ne comprenons pas que, pour sortir de la catégorie des amendements, on veuille à toute force entrer dans celle des engrais minéraux. Ce n'est sortir de la confusion que pour y rentrer par une autre porte. Appelons donc engrais purement et simplement ce qui est engrais, sans les diviser en engrais végétaux, animaux, mixtes et minéraux, divisions.peu scientifiques et très-embarrassantes, que nous

m LINFLUENCE REUTIYE DES ENGRAIS. S15

ne combattons pas d'aujourd'hui seulement, mais depuis de longues années. C'est parce que nous en comprenions les inconvénients, qu'en traitant des engrais, nous les avons divisés en engrais provenant des végétaux, provenant des animaux, des uns et des autres réunis, et enfin des minéraux. Cette manière de catégoriser n'a rien d'absolu et nous laisse nos coudées franches dans les appréciations relatives à chaque sorte d'engrais.

En 1856, le comice de Soissons mit à l'étude la question suivante :

« Quelle est l'influence relative des engrais sur les pro- « ductions diverses de l'agriculture, d'après la nature de ces « engrais et la qualité du sol dont ils sont destinés à seconder « et à activer la végétation, suivant le genre des plantes qui « lui sont confiées?»

Cette question n'est pas claire ; il faut nécessairement que nous y mettions du nôtre et cherchions à deviner. Il nous semble que l'on tenait à connaître l'influence de chaque sorte d'engrais, non-seulement sur le développement des diverses plantes, mais encore sur leur qualité, en tenant compte de la nature des sols pour l'application de l'engrais. Le problème ainsi posé, nous allons essayer de le résoudre.

Commençons par les fumiers de ferme :

En première ligne nous plaçons les fumiers de cheval, d'âne et de mulet. Par cela même qu'ils proviennent d'ani-

su CAUSERISS SUR L'jkORICULTIIRE KT L'HORTICULTURE.

maux consommant surtoiit d» la iu>urritnre sèche, grain ou foin, ils ne sont pas très-mouiliés et conviennent par conséquent plus que les autres aux terrains frais, tels que les ter* rains argileux. Et c'est parce qu'ils produisent de bons effets dans les champs froids, qu'ils ont la réputation d'être chauds. Nous ne pouvons pas admettre qu'ils réchauffent le sol par la fermentation ; leur principal avantage, c'est de ne pas introduire une grande quantité d'eau dans des terres qui n'en contiennent déjà que trop ; autant que possible, on les enfouit à l'état pailleux; au moment du labour qui précède les semailles, afin de soulever le sol, de l'aérer et de l'égoutter superficiellement. Ces engrais se décomposent très-vite, durent peu à cause de cela, favorisent surtout les plantes qui ont besoin d'un développement rapide, donnent surtout en feuilles et en pailles, et ne valent pas les engrais d'une décomposition lente, quand il s'agit d'obtenir, dans les céréales, la qualité du grain. Heureusement, dans la plupart de nos fermes on ne s'en aperçoit pas, parce qu'il est d'usage de mélanger les fumiers. Ceci, notez-le bien, en passant, ne prouve point que nous soyons partisan des mélanges pratiqués à tort et à travers*

En résumé, les fumiers de cheval, d*âne et de mulet, employés seuls, sont, avant tout, les engrais du jardinage, car, dans le potager, il est nécessaire de produire le plus de fanes possible dans le temps le plus court possible.

Ces fumiers, en raison même de leur énergie et de la végétation rapide des plantes qu'ils nourrissent^ communiquent à ces plantes une odeur caractéristique. H n'est personne, parmi vous, qui n'ait mangé des laitues et des radis de primeur, et remarqué l'odeur en question. Dans les cultures de plantes tardives, l'influence se fait moins sentir, mais elle se produit toutefois, quoique à un degré moindre, affaibli et souvent insaisissable. Il n'y a pas à nier ; tous les engrais, quels qu'ils soient, portent avec eux leur cachet spécial, plus ou moins accusé, plus ou moms masqué. Pourquoi voudriez-

m L'INFIUEMCE BEUTIVE OES ENGRAIS. SI5

VOUS que les fumiers de cheval, d'âne et de mulet éehap* passent à la loi eommune ?

Le fumier de mouton, comme le précédent, est un engrais sec, par conséquent chaud et propre aux sols froids. Il se dé^ compose vite aussi, et convient pour cette raison aux végé» taux de courte durée. Cependant, on remarquera qu'il renferme d§s mèi^es de laine qui durent plus longtemps que le reste de Teiigrais et lui communiquent des prppriétés particulières» en raison probablement du soufre et de Tazote contenus dans cette laine. Or, comme toutes les plantes de la famille des Crucifères prennent leur croissance complète dans un court espace de temps et affectionnent les matières azotées et soufrées, il est évident que le fumier de mouton doit faire merveiUe sur elles, et c'est ce qui arrive. Avec lui, vous aurez des choux, des choux^navets, rutabagas, navets, navettes, colzas, moutardes de toute beauté. Hais, en rèvandie^ défiez-vous du fumier de mouton pour les plantes délicates; ne remployez pas seul sur le fronmit ou dans les vignes fines. La pâte de froment obtenue ainsi lèverait mal, s'étendrait et se romprait au four, faute de ferment; le vm, de son côté» perdrait de sa délicatesse et serait sujet à passer à Vameff maladie bien connue en Bourgogne.

Ce que nous venons de dire du fumier de mouton s'applique au fumier de chèvre. Il n*y manque que les mèches de laine.

Le fumier de vache ou de l^uf est nécessairement trèsmouillé, puisqu'il provient de bétes soumises la plupart du temps au régime de rheri)e verte et des racines. A ee titre, il est précieux pour les terres sèches, quelle que soit leur nature: sable, craie, schiste ou granit. Il les mouille, il les rafraîchit ; donc, au dire des cultivateurs, e'est un fumier froid. Soit. Ciet engrais se décompose moins vite que les précédents ; il a donc plus de durée et cimvient mieux qu'eux aux végétaux qui occupent longtemps la terre. Quand le graip se forme, il est là, toujours là ; aussi, les céréales obtenue^ avec du fumier de vache, seigle, orge ou froment, donnent

un grain de meilleure qualité que les céréales nourries au fumier de mouton. Notez bien, en passant, que le fumier de vache passe pour être plus riche en potasse que les deux précédents, et vive la potasse quand il s'agit de la qualité des produits!

Nous vous disions tout à Theure que cet engrais convient surtout aux terrains secs. Or, comme les terrains secs sont ordinairement légers, meubles à Texcès, il faut bien se garder de leur appliquer le fumier de vache à Tétat pailleux, puisqu'il soulèverait un sol déjà trop soulevé et le rendrait impropre à la culture des racines qui semblent affectionner cette sorte d'engrais, telles que les betteraves, carottes et panais. On le laissera donc pourrir, sinon complètement, tout au moins à demi, avant de s'en servir. Entre tous les fumiers, celui-ci passe avec raison pour le mieux approprié aux végétaux délicats. Il ne communique pas de saveur désagréable aux produits, et peut, sans inconvénient, lorsqu'il est bien consumé, être utilisé même pour la fumure des vignes fines. Avec lui, vous n'aurez pas, dans un potager arrosé régulièrement, les légumes aussi avancés qu'avec les fumiers chauds, mais en revanche ils seront meilleurs.

Le fumier de porc est encore plus mouillé, plus aqueux, c'est-à-dire plus froid que le précédent. C'est tout naturel : telle nourriture, tel engrais. Où les porcs sont mal nourris, leur fumier est mis au rebut ; où les porcs, au contraire, reçoivent une riche nourriture, leur fumier est très-estimé. Ses propriétés sont celles du fumier de vache ou à peu près. Au dire de Bœnninghaussen, il^ convient à toutes les plantes, celles à cosses exceptées ; au dire des meilleurs cultivateurs, il convient notamment aux céréales des terrains secs, au chanvre, au lin et aux prairies naturelles. Dans les Flandres, on l'élend quelquefois à l'automne sur les jeunes trèfles ; puis, au printemps, on enlève sa paille au râteau. On fait le plus grand éloge de cette méthode.

Des fumiers au purin, il n'y a que l'épaisseur de la main.

Qui dit purin, dit jus de fumier et urine du bétail. C'est de la sève toute faite, une sève riche en sels de toutes sortes, qui arrive vite aux racines de^ plantes, monte vite et s*use de même. Avec du purin étendu de cinq à six fois son volume d'eau ordinaire, vous ferez galoper la végétation, vous aurçz de la tige et de la feuille à discrétion. Voulez-vous des légumes, des fourrages, de la feuille, de Therbe, en un mot? arrosez au purin quatre ou cinq fois pendant le cours de la végétation; mais n'arrosez pas vos céréales, elles verseraient et ne brilleraient point par Tépi. Le purin, pourvu qu on n'y délaye point les matières fécales, n'altère aucunement la. saveur des produits. Il convient aux sols suffisamment assainis.

Puisque nous avons nommé les matières fécales, parlonsen. C'est un engrais applicable aux terres fortes comme aux terres légères, de courte durée, d'une grande énergie, trèsrecherché des uns, très-dédaigné des autres. A l'état de poudrelte, donnez les matières fécales aux sols argileux; à l'état frais, donnez-les de préférence aux sols légers. Par cela même que les matières fécales ont une influence énergique sur la végétation, cette influence ne dure guère. Elles donnent le coup de feu aux récoltes en vert, s'usent à faire de l'herbe et n'ont, pour ainsi dire, plus de force quand vient le moment d'aider à faire le grain. C'est un de ces engrais qui ne laissent rien derrière eux, un engrais de fermier à fin de bail, un engrais enfin qui ne donne pas de plus-value au sol.

Par la raison que les matières fécales activent vigoureusement la végétation, elles communiquent aux plantes une saveur plus ou moins prononcée. Plus les tissus sont tendres, c'est-à-dire plus vite ils ont été formés, plus il y a eu d'engrais absorbé, plus la saveur est forte. Dans les contrées où les matières fécales sont employées à produire les plantes destinées à la nourriture de Thomme aussi bien qu'à celle des animaux, on vous soutiendra que nous sommes dans l'erreur, que nous cédons à un préjugé. N'en croyez rien : on

ne saurait être bon juge dans sa propre cause. Pour bien apprécier l'influence des matières fécales sûr les produits Tégétaux, il convient d'établir une comparaison entre ces produits et ceux d'une culture où les excréments humains ne sont pas employés. Mangez des asperges, des laitues, des épinards, des navets, des pois obtenus avec ces excréments, et vous ne serez pas en peine de retrouver le cachet de cet engrais. Fumez ou prisez du tabac nourri avec des matières fécales, vous n'aurez pas de peine non plus à en reconnaître l'influence. Dans la grande culture, cet engrais se trahit aussi plus ou moins dans la saveur des graines de céréales, puisque des cultivateurs exercés pourront vous dire en mâchant du grain : Cdui-ci provient de la poudrette, celui-là des ftimiers ordinaires ; — dans la saveur des fourrages, puisque de bonà dégustateurs de lait distinguent parfaitement le lait de^ vaches nourries dans une prairie fumée avec les déjections humaines, de celui des vaches nourries autre part. Sur les plantes è saveur prononcée, telles que le chou, l'oignon, l'ail, l'échalote, le poireau, qui se développent merveilleusement avec les matières fécales, l'influence de cet engrais ne se fait point sentir au préjudice de la qualité. On peut donc, sans inconvénient, le donner à ces plantes du potager. Dans la grande culture, on fera bien de le réserver aux plantes industrielles, à celles qui ne servent pas à la nourriture de l'homme et des animaux.

Des excréments humains, passons à ceux de la volaille, à la colombine de pigeons et de poules. La colombine est un riche et énergique engrais que, malheureusement, nous ne pouvons pas nous procurer en abondance. Elle a de l'influence sur tous les produits végétaux sans exception, dans les terrains frais surtout, parce que l'eau lui est îiécessaire pour dissoudre les sels. Dans les potagers, quelle que soit la nature du sol, elle fera merveille, parce qu'il est d'usage d'arroser souvent. On s'en sert à l'état de poudre sèche, après l'avoir écrasée au fléau ou au rouleau, pour la semer eu

même temps que les céréales de printemps. Elle est excellente pour la culture du lin, du chanvre, du trèfle et pour tous les légumes. Dans le potager, il est d'usage de délayer la colombine et d'en arrosa* les plantes. Elle développe prodigieusement les fourrages de toute espèce. La colombine a Tim* mense mérite de ne pas altérer la saveur des végétaui^. La meilleure /est' celle de pigeons ; celle de poules ne vient qu'après et de loin.

Le guano se rapproche beaucoup de notre colombine du pays. Ce n^est d'aÛleurs que de la fiente d'oiseaux sauvages. Son énergie et ses effets sont connus. 11 convient aux terres froides et môme aux terres légères des climats froids et brumeux. A ce titre, il réussira toujours mieux en Angleterre, en Hollande, en Belgique qu'en France, et mieux danà le nord de la France que dans le Midi. Comme la colombine, c'est un engrais qui dpnne un coup de fouet à la végétation, mais qui n'améliore pas le sol. C'est pour cela que nous les mettons l'un et l'autre au-dessous des fumiers de ferme, les seuls qui nous permettent de nous engager dans la culture amé*liorante. Le guano s'use vite, principalement quand le printemps et le commencement de Tété sont pluvieux ; en sorte que la nourriture fait souvent défaut aux plantes à Theure de la formation et de la maturation des graines. On a donc parfois raison de lui reprocher de fournir plus en feuilles qu'en grains. On lui reproche encore d'altérer la qualité de la filasse de lin. Pour notre compte, nous n'en savons rien. Nous savons seulement que le guano est un bon engrais supplémentaire pour le ^rdinage et pour tous les sols déjà riches en humus. A lui seul il ne suffit pas aux besoins des plantes ; il est toujours convenable de l'associer à des engrais qui le complètent. 11 réussit dans une friche, parce qu'il s'y trouva de l'humus; il réussit dans une terre riche j parce qu'il s'y trouve du vieux fumier ; mais dans une terre fatiguée, usée, il ne donne pas les mêmes résultats, parce que le vieil engrais n'est plus U pour lui venir en aide, et pour fournir, en cas de

ttO CAUSERIES SUR L'AGRICULTURE ET L ^ORTICULTUR£.

sécheresse, rhumidHè nécessaire à la dissolution des sels du guano.

Un mol, à présent, sur Tengrais de Teuilles et d'herbes pourries. Il n'est pas énergique, celui-là, mais il a l'immense mérite de maintenir parfaitement la qualité des produits. Et puis, comme il se décompose lentement, il ne forme pas à la hâte des tiges sans consistance. Sur une défriche, vous aurez toujours des céréales plus solides et du grain de meilleure qualité que dans une terre en plein état de culture. Donnez l'engrais de feuilles et d'heii)es pourries aux vignes fines, aux fraisiers, aux framboisiers, et, autant que possible, n^oubliez pas que les végétaux, sans exception, recherchent leurs propres détritus. Ainsi, des feuilles de vignes, du sarment haché et du marc de raisin, pourris ensemble, constitueront la meilleure nourriture pour les vignobles. De même, les feuilles d'arbres fruitiers vaudront mieux que des feuilles 4e chêne pour fumer un verger. Chaque arbre, chaque plante porte son engrais ; nos forêts le prouvent. Ce qui en tombe tous les ans forme leur fumier. Est-ce que la litière de chaume ne donne point aux céréales une meilleure fumure que la litière de genêt ou de bruyère? Est-ce que le marc d'olives n'est pas excellent pour lès oliviers? Est-^ce que les tourteaux de colza, de lin, ne sont pas dun bon effet sur les terres à colza ou à lin ? Est-ce que les cônes de houblon, qui ont servi aux brasseurs, ne sont pas un délicieux engrais pour les houblonnières? Est-ce que les èpluchures, feuilles gâtées et trognons de légumes, bien pourris, bien consumés, ne donnent pas un engrais excellent pour le potager? Est-ce qu'enfin les produits des plantes ne sont pas d'autant plus délicats qu'ils ont reçu pour nourriture leurs propres détritus? Est-ce que nos fraises de bois, nos framboises de bois ne sont pas plus parfumées que celles de nos jardins?

Puisque nous en sommes sur le chapitre des végétaux, considérés comme ^grais, nous constaterons, en passant, que les plantes enfouies en vert ont une influence très-ayanta-

geuse sur les récoltes des terrains calcaires et sablonneux, en ce sens surtout qu'elles leur apportent une fraîcheur artificielle dont ils ont grand besoin. Nous constaterons aussi que les plantes marines enfouies en vert sont vantées dans les cultures de lin, de chanvre, et d'orge, et rebutées dans les cultures de trèfle et d'avoine. Comme le sel marin agit principalement dans le cas particulier, il y aurait donc lieu de croire que Ton ferait bien d'ajouter cette substance aux engrais que nous destinons à nos linières et à nos chènevières.

Nous n'en finirions pas, si nous voulions nous étendre longuement sur chacune des substances qui sont employées à titre d'engrais ; il nous semble déjà que nous donnons beaucoup plus qu'on ne nous demande. Ma foi, tant pis pour le lecteur, ce qui est écrit i^estera ; nous ne pouvons lui promettre qu'une chose: c'est de précipiter la marche dès ce moment.

Un mot sur les boues d'étangs et les boucs des villes, si vous le voulez bien. Elles n'ont de ressemblance que par le nom. Les premières, c'est-à-dire les boues d'étangs, valent d'autant mieux qu'elles sortent d'un vallon, et que ce vallon est dominé par des terres bien cultivées. On ne doit pas les employer de suite : il convient de les laisser en repos pendant une année au moins ; après quoi c'est un engrais précieux pour les terres légères. Voulez-vous de bons et beaux choux, des rutabagas, des choux-navets et des colzas superbes? fumez avec des boues d'étangs. — Les secondes, c'est-à-dire les boues de villes, sont d'autant plus riches que les habitants sont plus malpropres. Il y a de tout dans ces boues-là ; elles constituent un des composts les plus variés que nous connaissions, et agissent sur les plantes avec une rapidité incroyable. Donc elles s'usent vite et ne conviennent pas trop aux récoltes qui restent huit ou neuf mois sur terre ; donc, c'est un engrais pour le potager, pour les navets, pour le colza, etc. Au bout de trois semaines de fermentation, les boues de ville peuvent être utilisées.

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Depuis longtemps oii préconise! l'emploi dés os d'animaui Gooune engrais, et Ton fait bien. Seulement, n'allez pas croire que ces os broyés remplaceraient les fumiers d'étable;^ non, non; ceux-ci formeront toujours la base, les autres ne Tien* dront qu^à titre de supplément. Les os bi-oyêsontune influence heureuse sur toutes les plantes de la. famille des Grucif^es^ sur rherbe des prairies naturelles et les céréales. t

- Les cendres de bois ont une tout autre importance que les 08. Non lessivées, elles renferment beaucoup de potassé et agissent vigoureuseotônt sous un petit volume; mais il est d'usage de n'employer en agriculture que des cendre» de bois lessivées, autrement dit de la charrée. Dans ciet état elles ne contiennent plus ^ére de potassie, m«s enfin elles ^oonr tiennent encore assez pour produire de l'effet. Les cendres conviennent à tous les terrains, niais surtout aux terrains argileux, quand elles renferment beaucoup de calcaire. Dans les pays schisteux et granitiques, les cendres de bois ne rentrent pas dans cette catégorie; quoi qu'il en soit, et bien que les terres y soient légères à l'excès, dépourvues de chaux, on distii^ue très-bien encore des autres les Champs qui ont reçii, même depuis trentç à quarante années,* les résiduè des fabricants de salin. Les côndres sont un engrais précieux pour les vignes, les arbres fruitiers, les haricots, fèves, betteraves, pommes de terre, colzas, navettes, navets, artichauts, épinards, oignons et fraisiers. ,

Les cendres de tourbe sont e^Lcellentes auâsi dans tous les sols et pour tous les produits que nous venons dé nommer.

Les cendres des plantes marines qui, nécessairemait, renferment de la soude, ont une influence heureuse et toute particulière sur le sarrasin. Si nous ajoutions du sel marin à notre fumier, ou si nous nous servions dés marcs de soude de l'industrie, n'aboutirions-nous pas au même résultat dans la culture du sarrasin ?

La suie vient naturellement se placer sous notre. plume après la cendre. C'est l 'engrais par excelleiicè pour la luzemcj,

le trèfle, les prairies naturelles, et aussi pour Fail et l'oignon de nos potagers.

Le sel marin, dont nous parlions tout à l'heure, ne joue qu'un rôle bien restreint dans la fumure des terres. Cependant, employé à faible dose, il parait convenir aux céréales. En jardinage, les Anglais le sèment sur leurs asperges à la sortie de l'hiver ; nous faisons de /même ici, et nous en trouvons bien. Nous ne savons pourquoi on ne l'utilise point dans la culture des carottes. Ignore-t-on que les plus belles carottes vknnent précisément dans les terrains imprégnés de sel génome? On connaît l'histoire de ce paysan suigse qui, passant du sel en fraude, et se voyant poursuivi de trop près par les commis de la gabelle, jeta, son sac ^e 9el dans le trou aux égouts de fumier ; on se rappelle que ce purin salé fit merveille comme engrais et que M. d^ Fellembarg ûlH en parlait encore avec éloge dans ces derniers temps» •

Les eaux de lessive et de, savon, qu^ nous perdons si sou< vent, seraient cependant d'une bonne ressource dans nos por tagers pour fumer les épinards, les betteraves, leç frai^rs et les bordures d'oseille.

L'influence du plâtre sur les terrains qui n'en renferment pas est bien connue. Nous nous botn(^s à constater que cette influence ne se produit sûrement que sur les Légumineuses, telles que trèfle, luzerne, sainfoin, vesces, fèves, haricots, pois, lentilles; etc. Mais il n'est pas d'usagé de plâtrer les légumes destmés au service de la table, parce que ces légumes cuisent mal.

Il nous serait facile d'allonger encore de quelque pages notre nomenclature d'«ngrais, déjà si longue, mais nous n'en comprenons pas la nécessité. Nous avons passé en revue les plus importants, et nous nous en tiendrons là, en souhaitant que nos lecteurs puissent tirer parti des observations qui précèdent, et que les fumiers de ferme continuent, comme par le passé, d'occuper la plus large place dans leur reconnaissance.

NOUVEAUX DÉTAILS A PROPOS DE L'INFLUENCE DES ENGRAIS SUR LA QUALITÉ DES PLANTES

Beaucoup soutiennent, — ce qui pourtant n'est pas soutenable, — que les engrais n*ont aucune influence sur la saveur des produits. Nous sommes de ceux qui maintiennent le contraire et nous continuerons à le maintenir envers et contre tous.

Aujourd'hui, lorsqu'on tient à savoir ce que vaut un engrais, on s'adresse aux chimistes qui analysent la chose et disent ce qu'ils en pensent. La science est censée ne point se tromper, ce qui ne l'empêche pas de commettre de petites erreurs et même de grosses parfois. Mais ceci est son affaire, non la nôtre. Autrefois, et sans remonter plus haut que 4789, on ne jugeait pas uniquement les engrais sur leur puissance fertilisante, au moins dans Paris; on se demandait tout d-abord si la salubrité publique n'avait pas à s'inquiéter de leur emploi dans les cultures maraîchères, et nécessairement on prenait conseil des médecins et la police formulait là-dessus ses permissions et ses défenses.

Ouvrez le premier volume de V École du jardin potager de de Combes, et vous y lirez en note, au bas de la page 88, les Ugnes suivantes : « Il est défendu à tous les jardiniers et maraîchers des environs de Paris • d'employer pour leurs plantes aucun fumier de vadie ou de cochon, et particulièrement les vidanges des latrines et les immondices des voiries, dont on a reconnu le mauvais effet. Cependant, comme ces sortes de matières font les productions extraordinairémeut grosses, ceux qui se trouvent hors de la juridiction de la po-

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