INFLUENCE DES ENGRAIS SUR LA QUALITÉ DES PUNTES
Itce, séduits par l'avantage qu'ils en retirent, ne s'en font quelquefois aucun scrupule, et c'est assez souvent la cause de certaines incommodités qu'on ressent après le manger. >
Un peu plus tard, de la Bretonnerie écrivait encore à ce sujet : « M. Janin, dans son petit livre de Y Antiméphitique, imprimé par ordre et aux frais du gouvernement (Paris 4782), nous assure que la stercoration humaine, provenant de la vuidange des fosses d'aisance, déméphitisée par le vinaigre et l'eau, et répandue sur des tas de fumier de cheval, qui a la vertu de la neutraliser, est un puissant engrais, qui peut être employé sur-le-champ, qui donne les plus beaux légumes, et produit les plus beaux et bons fruits, sans odeur ni mauvaise qualité, ce que neferoitpas cette matière, très-insaltibre, quand elle n'est pas ainsi préparée. »
Pour ce qui est des vidanges et des boues de rues, il n'est pas douteux pour nous qu'elles communiquent aux légumes une saveur d'autant plus déplaisante que la végétation a été plus rapide et l'absorption très-considérable par conséquent dans un délai très-court. L'expérience que nous en avons faite en 1861, avec les boues de Paris, a été si concluante, que nous avons pris le parti d'y renoncer. Reste à savoir maintenant si une saveur désagréable implique une atteinte aux fonctions digestives, si un légume qui offense le palais doit forcément offenser l'estomac. Nous ne le pensons pas. Quand nous blâmons l'emploi des vidanges, désinfectées ou non, dans la culture potagère, c'est en raison de la saveur qu'elles communiquent aux plantes, non pour un motif de salubrité. Mais en ce qui regarde les boues de rues, c'est une autre affaire. Elles altèrent certainement la délicatesse des produits, ce qui est déjà fort regrettable ; mais il y a plus : les substances qui entrent dans leur composition ne sont pas toujours irréprochables, et du moment où des poisons solubles s'y rencontrent, il est clair que les légumes en absorbent plus ou moins, et que nous devons en avaler plus ou moirs aussi par leur intermédiaire. Nous emploierions en toute sé-
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curitéld gadoue dès halles, en très-grande partie composée de débris végétaux, mais nous n'aulrions pas la même coi^ fiance dans celle de tous les quartiers de Paris.
Hâtons-nous d'ajouter que les maràiéhérs de cette ville ne s'en servent point, non parce qu'ils s'en défient, mais parce que les anciennes mesures de police les ont' habitués à se contenter du ftmiier des chevaux et que le terreau des couches leur suffit e); au delà pour les cultures de pleine terre. Les boues de Paris vont dans la banlieue ; «est là, parmi les champs, les vignobles^et les potagers qu'on en use largement, liais depuis que Paris se fait propre et diasse ses ordures dans les canaux souterrains qui les aaiportent à la Seine, on commence à se plaindre de la qualité des engrais. Il y aurait peut-être lieu de s'en féliciter à certains égardâ, notamment au point de vue de la pureté des produits horticoles et agricoles.
11 y aurait une recherche intéressante à faire et qui pourrait nous éclairer dans la question des engrais. 11 s'agirait de retrouver les rapports qui servirent autrefois à motiver la prohibition de certains de ces engrais. Les arrêtés nous disent bien que leurs mauvais effets ont été reconnus, mais ils nous laissent ignorer la nature, les caractères de ces mauvais effets, et peut-être serait-il bon qu'on les exposât avec précision. Les rapports ont dû fournir des faits à l'appui de leurs conclusions; les commissaires de la salubrité. ont dû réunir des observations nombreuses et de toutes sortes, et si parmi ces observations quelques-unes ont une valeur réelle, beaucoup vraisemblablement ne signifient rien. Ainsi, pour tout ce qui a trait à l'emploi des boues de rues, les médeciifô ont pu invoquer contre elles des arguments solides que nous voudrions bien connaître, tandis qu'à Tendroit des vidanges, du fumier de vache et du fumier de porc, il y a lieu de peaser que leurs motifs de prohibition n'ont pas été sérieux. Ils ont dû s'en rapporter uniquement à la dégustation des légumes, :11s auront trmivé une. saveur forte et. tmère, à dfô
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plantes copieusement nourries avec de Fengrais humain, une saveur musquée à des plantes produites avec du fumier de vache très-frais, une autre saveur désagréable propre à des plantes values sur fumier de porc, et &e ce que leur palais n'avait pas été satisfait, ils auront supposé que leur estomac ne devait pas l'être non plus. Cette explication toute hypothétique pourrait bien être exacte. Or, on ne peut pas admettre que les déjections de l'homme et des animaux, utilisées à titre d'engrais, soient nuisibles. Que les produits qui en proviennent aient une saveur plus ou moins accentuée, que cette saveur ne soit pas du goût du plus grand nombre, on aurait tort de le contester, mais de là aux incommodités qu'on leur a reprochées, il y a loin. Si les matières fécales étaient trèsinsalubres, comme on Ta cru, comme le croyait particulièrement de la Bretonnerie, il y a longtemps que les populations des Flandres n'existeraient plus. Elles existent et se portent on ne peut mieux; donc, elles n'ont pas été trop empoisonnées jusqu'ici.
En ce qui regarde les boues de rues, nous le répétons, c'est différent. C'est un engrais dont on ne saurait répondre, surtout quand on l'a tiré de quartiers malpropres où certaines industries l'assaisonnent de déchets minéraux suspects, surtout quand on l'utilise frais et à fortes doses. Avec lui les hi- - commodités ne sont pas imaginaires ; elles sont réelles. Les produits obtenus sont d'une digestion pénible. Nous en parlons savamment. Nous avions, il est vrai, forcé extraordinairement la dose, afin de saturer du premier Coup une couche sableuse de deux à trois mètres de profondeur. Ce n'^st pas à l'odeur nauséabonde qui s'échappe de la gadoue qu'il faut attribuer ses mauvais effets, puisque nous l'avions mfee en couverture avant l'hiver, et qu'au moment des semis elle était tout à fait inodore ; c'est évidemment aux substances solubles qu'elle contient.
La question de l'emploi des eaux d'égout de Paris a été remise dernièrement sur le tapis. Cette fois, il ne s'agit plus
de erëer des prairies sur les bords de la Seine, aux environs d'Asnières, prairies impossibles, puisque les maçons se sont emparé de la plaine, et que les habitations la couvrent presque entièrement. On se contente de demander que Ton se saisisse des eaux malpropres qui se perdent dans le fleuve, au-dessus du pont d'Asnières, et qu'avec ce pactole de matières fertilisantes, on transforme la production maraîchère de 'la banlieue. Le projet est hardi, on en convient, mais on le croit réalisable, et on conseille de ne pas en avoir peur.
Nous ne doutons pas que Ton puisse, à grands frais, établir un vaste système de réservoirs, et y jeter à toute heure du jour ces masses d'eaux infectes que Paris souterrain verse dans la Seine ; nous ne contestons pas non plus à ces eaux leurs propriétés fertilisantes ; seulement, il nous semble que leur emploi présenterait des inconvénients dont on ne tient pas compte. Entre les eaux de Paris qui s'en vont dans la Seine et les boues de Paris qu'on ramasse chaque matin dans les tombereaux, il existe une grande analogie; les unes connue les autres s'accusent par une abominable odeur, et il y a lieu d'admettre qu'elles exerceraient sur les plantes comestibles ime influence identique et fâcheuse. Or, c*est de cette influence que nous avons peur.
• On va nous répondre qu'il existe des procédés de désinfection et que l'on pourrait en user ici comme on en use à Northampton avec les eaux de ménage qui, pour l'odeur, ne le cèdent pas à nos dépôts de la route de la Révolte. Swt, nous admettons la désinfection, sans même nous demander à quel prix elle reviendrait; mais il reste à savoir si le liquide désinfecté n'aurait pas toujours sur la qualité des plantes l'influence dont nous l'accusions tout à Theure. C'est là ce qu'il conviendrait d'établir tout d'abord. Pour notre compte, nous pensons que l'effet serait le même après qu'avant et, en ceci, nous nous appuyons sur des essais souvent renouvelés.
On le voit, pour résoudre le grand problème de l'emploi des eaux d'égout, il ne sufBt pas d'être un ingépieur habile