‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 48 sur 64 · INFLUENCE DES ENGRAIS SUR LA QUALITÉ DES PLANTES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ENGRAIS SUR LA QUALITÉ DES PLANTES

d'un potager les révdlte/ait. Poar eux, il faut que l'engrais soit parfaitement réduit et qu'il se marie au sol d une manière irréprochable. Les composts de bouses de vaches et de feuilles mortes très-décomposées remplissent ces conditions aussi bien que les matières excrémentitielles des fosses d'aisances.

Les légumes de la Hollande sont très-prônés sans doute, mais n'oublions pas que leur réputation date de loin, que les jardiniers hollandais ont, les premiers, donné Texemplè d'une culture soignée, qu'autrefois on les citait à tout propo$ comme modèles, et qu'une renommée solidement assise ne dispai^ait pas du jour au lendemain. Donc, cette renonunée persiste; et cependant il y a loin des maraîchers hollandais à ceux des environs de Paris pour l'intelligence des opérations et la variété des produits. Si, dans le Westland, les cultivateurs l'emportent surJes nôtres, c'est par l'apparence de quelques espèces plutôt que par leur qualité. Certains de leurs légumes sont vraiment d'une beauté surprenante, et ils la doivent à l'humidité constante du climat et à l'uniformité de température que maintient le voisinage de la mer. Alors même que les jardiniers de ce pays n'emploieraient à titre de fumure que de l'engrais humain, on n'aurait point autant :à souflrir de ses effets chez eux que chez nous, à cause de la différence* des climats. L'humidité affaiblit les saveurs propres ; la sécheresse les exalte. De ce qu'un légume traité en Hollande par la matière fécale n'en recevrait pas une saveur très-marquée, il n'y aurait pas lieu de conclure qu'il en serait de même dans le rayon de Paris et dans le midi de la .France.

Il n'y a d'excellents en Hollande que les légumes chez lesquels nous redoutons une saveur forte et une consistance coriace. Les asperges, les choux cabus, les choux-fleurs d'arrièresaison, les épinards, les laitues, les scaroles, sont évidemment de* ce nombre. Nous pourrions même ajouter les pois verts, . qui sont toujours plus tendres et par conséquent meilleurs -dans le Nord que d«i8 le Blidi) Hais, au bout dp compte, qous

a?ons en France, en Belgique, en Angleterre, des climats qui ne le cèdent en rien à la Hollande pour ces légumes, et nous avons de plus que la Hollande des légumes savoureux, qui, chez elle, seraient par trop fades.

Les meilleurs produits légumiers sont ceux de la culture ordinaire de pleine terre qui reçoivent juste assez d*eau pour vivre à Taise et qui ne sont point exposés à une chaleur trop intense. Ce n'est pas la Hollande qui offre ces conditions ; ils y reçoivent trop d'eau et pas assez de soleil. Encore une fois, quant au volume, ne nous mesurons pas avec les Hollandais, car nous aurions certainement le dessous ; quant à la qualité, nous remportons sur eux dans la plupart des cas.

Les Hollandais ont été nos maîtres ; soyons reconnaissants des leçons qu'ils nous ont données, mais sachons bien que nous n'en avons plus à leur demander. Ils ont produit de bonnes variétés que nous nous sommes appropriées avec raison et qui sont souvent meilleures chez nous que chez eux, comme, par exemple, la carotte courte, trés-fade en Hollande^ trés-sucrée ici ; mais il y a longtemps qu'ils ne produisent plus rien. Bon nombre de variétés dites de Hollande ont probablement été^obtenues autre part; seulement, c'est une qualification heureuse et bien portée. Nous avons des légumes parisiens qui s'appellent hollandais comme nous avons des aiguilles de Laigle qui s'appellent anglaises. C'est un hommage rendu à une bonne renommée, rien de plus, rien de moins.

On a parlé de la désinfection comme moyen de supprimer l'inconvénient que l'on reproche surtout aux matières fécales, mais on n'a pas remarqué que cette désinfection nuit à Taction de l'engrais. Des cultivateurs de l'Isère s'en sont plaints, et il n'y a pas très-longtemps que l'administration de la ville de Gand recevait des réclamations au sujet des vidanges désinfectées : on lui disait : — Nous vous avons acheté des produits dans l'état de nature, et nous y trouvions notre compte; aujourd'hui que vous y mêlez de la couperose, ils ne nous

Page 1