INFLUENCE DES ENGRAIS SUR LA QUALITÉ DES PLANTES
donnent plus les mêmes résultais que par le passé ; vous nous constituez en perte, vous voudrez bien déchirer le contrat ou nous indemniser.
On oppose Topinion des savants aux fermiers; c'est fort bien; mais il nous semble que Tundes savants cités, H. Boussingault) reconnaît qu'il y a de Tinconvénient à employer les sulfates de fer et de chaux, couperose verte ou plâtre, pour fixer l'ammoniaque par voie de double décomposition. 11 a remarqué qu'avec les procédés de désinfection on obtenait nonseulement du sulfate d'ammoniaque, mais aussi des sulfates de potasse et de soude, inertes au point de vue agricole. Veuillez, à ce propos, relire sa Fasse à fumier et vous reconnaîtrez la vérité de notre assertion. Vous nous jetez un savant sur les bras ; nous vous retournons le même savant.
La formation des sulfates de potasse et de soude, qui n'agissent pas, au détriment des carbonates qui agissent bien, n'est-elle pas la cause ou tout au moins Tune des causes de l'infériorité des matières désinfectées? C'est ce qu'il serait bon d'examiner.
Infirmer les données de la pratique[par des phrases est'chose facile, mais chose dangereuse. La science est fille des faits et fille mineure. Elle n'a pas intérêt à s'émanciper trop vite et à se révolter trop tôt contre sa mère.
Pour ce qui regarde les boues de ville, nous craignons surtout la présence de substances vénéneuses, et naturellement cette question des poisons nous donne à réfléchir sur l'emploi des égouts des grandes villes. Des hommes que les observations pratiques n'embarrassent guère, ne sont pas en peine, nous le comprenons, de trancher d'un coup de plume cette question si grosse de difficultés. On nous dit : — Au lieu de jeter à l'eau un excellent engrais qui empoisonne le fleuve sur un parcours de telle ou telle étendue, recueillez-le avec soin dans de vastes bassins et distribuez-le aux cultivateurs, moyennant redevance. En théorie, c'est facile ; en pratique, ce l'est un peu moins ; mais laissons un moment de côté les dif-
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Acuités d*exéeulion; supposons-les bien aplanies^ nous auroâs à nous demander ensuite si Tengrais d'égout h les qualités .voulues pour produire des substances alimentaires parfaitement saines.
On ne se contente pas de nous répondre, comme toujours, que les engrais, quels qu'ils soient, n'ont pas d'influence appréciable sur la saveur des produits, on ajoute que les racines des végétaux refu^nt les substances empoisonnées. Qu'en sait^n? Si elles avaient le choix des vivres et des stations, on pourrait^ h la rigueur, admettre cette assertion; mais quand oii leur désigne le terrain, et qu*on leur arrange les rations sans consulter leurs goûts,eUes prennent ce qu'on leur donne, et se tirent d'affaire «omme elles peuvent. :
S'il en était autrement, comment s'expliquerait-on, par exemple, Teffet d'une dissolution de sulfate de fer au pied des arbres ou des plantes chlorotiques ; il faut bien que ce poison entre par les racines et monte avec la sève pour aller reverdir les feuilles.
Aujourd'hui; que les populations se soùt nettoyées, que les rues sont lavées, et que les conduits souterrains emportent toutes sortes d'énergiques poisons jetés aux ordures ; aujourd'hui que les chiffonniers, moins difficiles: qu'autrefob, noiis débarrassent même des dâ^ris de papiers peints, tout barbouillés decéruse, d'arsenic et de vert-de-gris, les boues des grandes villes, celles de Paris notamment, ne possèdent peut- ^tre pas toutes les propriétés malfaisantes des boues d'autrefois ; par conséquent, le vieux règlement de police n'aurait phis au même degré sa raison d'être. Hais cependant s'il s'agissait d'employer à nourrir nos plantes ou celles de nos bêtes les eaux noires qui vont se jeter dans la Seine à Asnièresî il y aurait peut-être lieu d'y regarder encore à deux fois. Nous ne voyons pas ce que Ton gagnerait à désempoisonner l'eau que noua buVons pour empoisonner toujours un peu les plantes que noiis mangeons. Tout bien
TROP D'El^ÇRAIS DAN& LES VILLES. 936
compté, il vaut encore mieux abandonner le fleuve aux or- (lui*es, et demandei* une eau potable ailleurs.
TROP VENORâlS DANS LES VILUS, PAS ASSEZ DANS LES CAMPAGNES
De ce que, pour rendre hommage à la vérité, nous constatons l'influence plus ou moins marquée des divers engrais sur la saveur des {liantes, il ne faut pas en conclure que nous rejetons impitoyablement ces engrais. Nous demandons seules ment qu'on n'en fasse pas abus sur les plantes desl&ées à la consommation des hommes et des animaux et qu'on les ré^ serve surtout aux cultures industrielle^.
. S*il est vrai, — et nous le croyons, — que les gens et les b^es donnent en déjections, c'est-à-dire en engrais, de quoi filmer l'étendue de terrain nécessaire pour les nourrir, on reconhaitra que les populations des capitales, qui se comptent par centaineis de mille et milUons, peuvent en mener large^ en fait de fumure; et que si, au lieu . d'ôtte massées, empilées, superposée^ par étages sur cpielqUes points seulement^ elles étaieiitéparpillées parmi les champs, nos terres maigres B'en ressentiraient.
Malheureusement, les choses ne sauraient se passer ainsL Les grandes villes empruntent à de longues distances les vir vres dont elles ont besoin, et ne font le plus souvent la restitution au sol que sur de courts rayons; la nourriture que Pa^ ris emprunte aux campagnes de la Bourgogne, de TÂlsace, de la Bretagne ou de la Provence, retourne rarement jusque-là sous formé d'engrais; la restitution s'arrête à«Pontoise ou à Meaux, ou quelque autre part dans le Voisinage de la capitale.
Dans la banlieue, on regorge de fumiers, de composts, tandis qu'au fur et à mesure qu'on s'éloigne de Tagglomération, les frais de transport s'élèvent et ne permettent plus les expéditions. Ici, nous avons de l'engrais à vil prix ; là, nous le payons fort cher, et souvent nous ne pouvons en avoir en payant. Or, par cela même que l'abondance avilit la chose, il est tout naturel qu'on fasse peu de cas des déjections d'hommes et d'animaux dans les centres principaux, et que l'on perde, sans se retourner, quantité de substances fertilisantes qui, à soixante ou cent lieues de distance, ont pour ainsi dire valeur d'or. On s'en débarrasse donc plutôt qu'on ne les recueille; on ne s'en défait que par mesure hygiénique et de propreté, non par amour de l'agriculture.
On avait beaucoup compté sur les chemins de fer pour rétablir, au profit du sol, l'équilibre rompu par les grands centres de population; on s'était dit : Les wagons qui emportent les vivres rapporteront nécessairement les déchets, c'est-ti* dire l'engrais; mais la prophétie ne se réalise point. Nous ne voyons ni le vrai fumier, m les vidanges fraîches, ni les engrais liquides voyager à la vapeur. Les engrais du commerce, les cendres, la suie, le guano, les matières fertilisantes, sous un petit volume, condensées, réduites à leur plus simple expression, jouissent seuls de ce privilège. C'est beaucoup, sans doute, mais ce n'est point assez; il n'y a que les canaux et les rivières pour le transport de tout ce qui fait le gros volume et le succès certain en agriculture.
Dans l'état actuel des choses, les pertes sont énormes et forcées. On a beau nous dire que rien n'est absolument perdu en ce monde ; que les bonnes choses qui s'en vont par le^ ruisseaux, les égouts, les rivières, trouvent toujours à s'utili^ ser quelque part; c'est la vérité, mais pratiquement nous ne saurions entendre raison là-dessus. Nous n'admettons pas que les ordures de Londres et de Paris soient aussi utiles au fond de la Tamise et de la Seine qu'elles pourraient l'être sur les champs d'une ferme. Autant vaudrait reconnaître qu'il n'y a