‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 57 sur 64 · DES SEMAILLES ET DE LA SEMENCE · texte numérisé non relu

DES SEMAILLES ET DE LA SEMENCE

dédaigneront pas. Son seul inconvénient, c'est de prendre beaucoup de temps. »

Nous ne sommes pas plus avancés aujourd'hui que nous ^4ie Tétions il y a six ans ; nous aimons mieux diercher la réputation éphémère que donnent nous ne savons quelles excentricités à résultats équivoques que de conquérir une réputation solide en suivant les conseils du simple bon sens. Là-dessus, les Anglais nous font la leçon ; ils ne s'amusent pas aux billevesées de la fécondation artificielle des céréales ; ils ont un moyen plus facile et plus certain d'augmenter le rendement par hectare, et ce moyen est celui que nous indiquions tout à l'heure. M. Thuilliez, professeur d'agriculture pour le département de la Somme, constate le fait dans un rapport qui ne nous intéresse réellement qu'à ce point de vue. Il nous raconte qu'un propriétaire de la Grande-Bretagne, M. Hallett, s'y est pris, pour créer une belle sous-variété de froment, connue sous le nom de blé généalogique^ comme il s'y prend pour améliorer ses races d'animaux, par voie de sélection ou de triage. Voici, en deux mots, l'histoire de cette création : — En 1857, M. Hallett choisit, dans un champ de blé rouge de Nursery y les deux plus beaux épis qu'il put rencontrer, et qui contenaient ensemble quatre-vingt-sept grains. Ce chiffre n'avait rien d extraordinaire. 11 sema ces grains, les cultiva avec soin, fit un choix parmi les plus beaux épis qu'il en obtint, et ne prit de ces plus beaux épis que les plus beaux grains. 11 continua ce procédé de sélection pendant cinq années consécutives, et, au bout de ce temps, il eut des épis superbes. Voilà le blé généalogique qui rend plus de quarante hectolitres à l'hectare dans une exploitation du département de la Somme, où un fabricant de sucre a eu le bon esprit de l'introduire.

Il est évident que nous pouvons fah*e chez nous ce quô M. Hallett a fait chez lui, avec la même facilité, avec le même succès, et qu'il y aurait plus de vraie gloire à se Uvrer à de pareils essais qu'à promener de la laine miellée sur les ce-

réaies en fleurs, qu'à incliner des branches d'arbres au-dessous de rhorizontale pour les mettre à fruit, qu'à faire pousser des asperges en juin et à semer des boutures de vignes. Vous voulez aupienter nos produits en céréales : rien de mieux, mais pour cela, faites des porte-graines de choix et vous y arriverez sûrement, plus sûrement qu'avec une fécondation artificielle très-problématique. Un propriétaire riche, qui pourrait pendant cinq ou six ans s'imposer des sacrifices de quelques milliers de francs, qui voudrait se donner la peine d'améliorer nos bonnes variétés de céréales, qui établirait, à cet effet, une pépinière d'une certaine étendue, réussirait certainement dans son entreprise et ferait en même temps qu'une bonne opération commerciale, une bonne action. Il ne se trouvera donc pas, sur notre territoire de France, un seul homme d'initiative assez intelligent pour comprendre que l'avenir de la grande culture est dans l'améhoration des semences par la sélection, assez résolu pour le prouver, assez ambitieux d'honneurs, de distinctions quelconques pour s'engager dans une voie qui mènerait immanquablement à ce but! Personne ne comprendra donc que des pépinières de céréales, de plantes fourragères, etc., sont aussi nécessaires, plus nécessaires même que des pépinières d'arbres fruitiers, que c'est une industrie à créer, et que le premier qui la créera et la conduira avec intelligence, aura rendu à son pays un de ces signalés services dont le souvenir passe à la postérité. Comment ! il ne se rencontrera donc pas, à défaut de l'initiative individuelle, une seule société d'agriculture capable d'ouvrir un champ d'essai, de fabriquer pour le compte de ses membres des graines de choix et de dépenser à cette fabrication l'argent que l'on convertit en médailles, en futilités !

• Et vous avez la prétention d'être des hommes de progrès!

A voir ce qui se passe, il est permis d'en douter.

Le point essentiel, en matière de multiplication des récoltes, c'est, répétons-le, de s'assurer une semence de choix.

Page 1