DES SEMAILLES ET DE U SEMENCE
de froment, de haricots, etc., qui s'abâtardissaient ailleurs, sont restées pures, constantes pendant quinze à vingt ans.
« C'est en s'appuyant sur le principe de transmissibilité des qualités des reproducteurs, que M. Louis Vilmorin a choisi pour porte-graines de betteraves à sucre les racines les plus sucrées du tas; comme d autres ont choisi les plus pesantes à volume égal, afm de créer une race particuUèrement riche.
« C'est en faisant un bon choix de porte-graines que Ton est arrivé, après une trentaine d'années, à avancer d'un mois à un mois et demi la récolte du chou de Milan des Vertus, autrefois très-tardive ; à créer les races précoces de pommes de terre et de bien d'autres légumes. .
« C'est également en choisissant les porte-graines parmi les sujets qui fleurissent en dernier lieu, et en continuant pendant un certain nombre d'amiées, d'après la même règle, que l'on crée des races tardives.
« Or, rien que d'après ce qui précède, on peut se faire une idée exacte de l'importance de la culture des porte-graines dans nos exploitations rurales et de l'utilité d'un travail spécial sur la matière.
<c II y a semence et semence. Tantôt, on la fabrique en vue de la floriculture, c'est-à-dire pour obtenir de belles fleurs; tantôt, en vue de la grande culture et du jardinage, c'est-àdire pour obtenir soit de la feuille, soit une graine abondante. Dans le premier cas, nous avons intérêt le plus souvent à fatiguer les plantes, à les user sous la charge des fleurs. C'est pour cela qu'un fleuriste disait : « L'expérience prouve que les graines des plantes semi-doubles, c'est-à-dire déjà modifiées par le travail de l'homme, qui sont plus petites et moins nourries que celles des simples, fournissent plus de plantes doubles que les autres. » C'est pour cela aussi qu'il conseille de laisser vieillir les graines le plus possible, afin d'obtenir des doubles, c'est-à-dire des plantes très-déhcates, puisque, plus les fleurs doublent, plus les plantes qui les portent sont délicates et difficiles à élever. Mais ceci ne nous
596 aUSERlES SUR L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE.
regarde point; nous voulons, nous autres, des plantes vigoureuses; par conséquent, nous devons suivre une méthode opposée à celle des fleuristes. Nous poussons à la pléthore, à Tengraissement; ils poussent, eux, à raffaiblissemeBt. Nous déchaînons la sève, tandis qu'ils Tentravent; nous vivifions à Texcès, tandis qu'ils appauvrissent de leur mieux; nous cherchons la vie pleine, tandis qu'ils vont, de leur côté, au-devant d'une mort prématurée.
« 11 est donc clair, d'après ce qui précède, que, poursuivant deux buts opposés, nous devons parcourir deux routes également opposées; que les graines qui font le compte des fleuristes ne sauraient faire le nôtre; que celles qui conviemient le mieux pour faire des fleurs sont précisément celles qui conviennent le moins pour faire des tiges et des feuilles. Il reste entendu, par conséquent, que nous tournons le dos aux fleuristes. A eux le jardin, à nous la ferme. »
On ne peut pas causer indéfiniment ; nous demandons donc à nos lecteurs la permission de reprendre haleine. Si nous avons eu la bonne fortune de les intéresser, ces causeries seront continuées; dans le cas contraire, nous nous en tiendrons à cette série déjà trop longue.