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MÉMOIRE A L'APPUI DE LA PROTESTATION

Sire,

L'Académie des beaux-arts a été fondée pour maintenir les principes, les doctrines et l'excellence de l'art français. Son action s'est exercée par des moyens divers mais concourant tous au même but : par l'enseignement de ses membres et leurs beaux exemples, par les concours des grands prix de Rome, par la direction des études de la villa Médicis, par le jugement public des travaux des pensionnaires, par le patronage qu'elle leur accordait à leur retour à Paris, enfin par des élections qui récompensaient à la fois le talent original elle talent qui, fidèle aux traditions, se montrait capable de les transmettre à son tour.

Rien ne secondait mieux une influence aussi salutaire que celte généreuse et célèbre institution, que toute l'Europe nous envie, dont Nicolas Poussin et Lebrun ont eu la première idée, dont Louis XIV et Colbert ont eu l'honneur, l'École de Rome, Si, depuis deux siècles, l'art français n'a pas cessé d'être fécond, d'être noblement représenté aux époques les plus diverses, de tendre vers le spiritualisme, de tenir le premier rang en Europe, de l'aveu même de ses rivaux, il le doit à l'École de Rome, d'où sont sortis la plupart de nos grands artistes et de nos professeurs éminents ; il le doit surtout à l'union de l'Ecole de Rome et de l'Académie des beaux-arts.

Cette union qui a présidé à la naissance même de l'École de Rome, tous les gouvernements ont senti la nécessité de la consacrer, et c'est ici le lieu. Sire, de citer à Votre Majesté les documents vénérables et les lois plus récentes par lesquels sont établis les droits de l'Académie des beaux arts.

Les prix de Rome furent institués avant que TÉcole même fût créée. En 1664, le roi Louis XIV voulut que l'Académie de peinture et de sculpture ( tel était alors notre nom) désignât, après un concours, les artistes les plus dignes d'obtenir une pension et de résider à Rome. Golberl fut chargé de distribuer les prix : cette distribution, il la fit dans le sein même de l'Académie. Voici le procès-verbal en date du 10 septembre 1664, extrait de nos registres :

(( Aujourd'hui, l'Académie étant assemblée extraordinai-

a rement, M«f' Colbert, vice-protecteur. Ta honorée de sa

<( présence, et, après avoir entendu le rapport de la Com-

« pagnie sur le jugement des tableaux et bas-reliefs présen-

« tés pour le prix que le roi a ordonné à l'Académie, a pro-

« nonce en confirmant lesdits avis, et a donné de la part du '

(( roi les prix, en promettant que le roi donnera pension

« pour aller à Rome, quand V Académie le jugera àpropos.ni

Deux ans plus tard, l'École de Rome est fondée en permanence par un édit royal, et Errard, membre de l'Académie, en est nommé directeur. Nos registres relatent à cette occaîîion la séance du 6 mars 1666.

« Aujourd'hui l'Académie étant assemblée à l'ordinaire, a H. Errard a présenté à la Compagnie les artistes choisis « poui' aller à Rome. Lesquels, prenant congé de l'Acadé- « mie, lui ont rendu leurs très-humbles remercîments et il ont protesté de se soumettre religieusement aux statuts « faits par l'ordre du roi. Sur quoi, l'Académie a exhorté « les susnommés de rendre tous les respects et observances « qui sont dus à M. Errard, lequel le roi a choisi pour les (( diriger ; et afin que personne ne puisse prétendre de u prendre part auxdites grâces de Sa Majesté que par le (( moyen des prix qui sont à distribuer tous les ans à VAcor « démie^ a été arrêté que le nom des douze, tant peintres <( que sculpteurs et architectes, retenus pour ladite École

a de Rome, seront enregistrés dans le présent registre, en « marquant les prix qu'ils ont remportés à V Académie, »

Telle fut, dans sa belle simplicité, cette fondation qui devait exercer une influence si remarquable sur les destinées de Tart français. Elle eut pour berceau TAcadémie, qui a reçu et a gardé jusqu'à ce jour la mission de la protéger et de la diriger. Pendant cent vingt-sept ans, l'École de Rome fut prospère et glorieuse ; elle ne succomba même pas à la tourmente révolutionnaire, quand les Français furent obligés de quitter Rome en 1793, car elle était devenue une institution populaire, vraiment nationale, un sujet d'orgueil pour la mère-patrie : fille des rois, elle était adoptée par la République. Le !<»' juillet 1795, la Convention rendait un décret pour assurer la distribution des grands prix et promettre aux lauréats une pension de 2,400 francs, qui leur serait payée pendant cinq années. L'Académie de peinture et de sculpture devait continuera décerner ces grands prix.

Quelques semaines plus tard, toutes les académies étaient supprimées pour être rétablies sous la grande forme de l'Institut national. Gomme l'Institut réunissait foutes les attributions des anciennes académies, 1 Ecole de Rome fut jugée inséparable de l'Institut. Notre loi organique du 3 brumaire an IV ( 25 octobre 1795) est ainsi conçue (titre V, art. v) :

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