‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 15 sur 93 · Cic, In Verr.j IV · texte numérisé non relu

Cic, In Verr.j IV

propres affaires, témoin l'aventure de Pamphile de Lilybée : « Verres lui avait enlevé d'autorité, /vr potestatem, une aiguière en argent de Boéthus, un chef-d'œuvre du maître, et comme j'étais, dit Pamphile , assis chez moi, désolé de la perte d'un objet si précieux qui me venait de famille, tout à coup entre un esclave du préteur, il m'ordonne d'apporter sans délai mes autres vases ciselés. Je fus effrayé; j'en avais une paire; de peur d'un plus grand mal, je les fais prendre aussitôt et porter avec moi chez le préteur. J'arrive, il faisait la sieste, les deux agents se promenaient. Dès qu'ils m'aperçurent : « Et vos vases, Pamphile, ou sont-ils? » Je les montre tristement; iis les trouvent superbes. Je leur dis en soupirant que, si on me les enlevait, il ne me resterait plus rien. Eux me voyant si ému: u Combien nous donnerez-vous pour qu'on ne les a prenne pas? » Bref, ils demandent deux cents sesterces, j'en promets cent. Cependant le préteur appelle, il demande les coupes. Alors ces gens lui disent qu'ils avaient cru, sur des ouï-dire, que les coupes avaient quelque valeur, mais que ce sont des misères, indignes' de l'argenterie de Verres. « C'est aussi mon avis », dit le préteur, et Pamphile enchanté remporte son trésor'. »

Sous l'Empire, les ventes publiques continuent de plus belle. Une des plus célèbres fut celle de Juba, roi de Numidie, qui mourut du temps de

ï. Cic, In Verr.j IV.

Tibère, après avoir institué le peuple romain son héritier. Sa fortune était immense et ses meubles d'une extrême richesse; il possédait, entre autres, une table de citre (thuya) qui passait pour une merveille. GallusAsinius la poussa jusqu'à 1,200,000 sesterces (environ 240,000 francs) ; Cicéron avait bien payé la sienne un miUion de sesterces. Plus tard, la table de Géthégus, vendue pubhquement, monta jusqu'à 1,400,000 sesterces ^ Ces beaux meubles étaient historiques, on savait leur généalog-ie et, comme aujourd'hui, on payait cher les titres de noblesse quand l'objet provenait d'une ancienne famille, ou quand il était connu pour avoir passé par une succession d'amateurs à la mode, per militas elegantiiim dominoriim siiccessiones civitati nota-. 11 faut bien le dire, le rôle d'acheteur, et même celui de simple spectateur, ne laissait pas d'être dangereux à l'occasion. Dans une vente ordonnée par Caligula, — il s'agissait de tout le matériel des jeux pubhcs, décors, statues, vases, meubles, tapisseries, — l'empereur assistait en personne, « fixant les prix lui-même, poussant les enchères à ce point que plusieurs citoyens, forcés d'acheter pour des sommes énormes et se voyant ruinés, s'ouvrirent les veines^ ». Et Suétone ajoute l'historiette suivante qui a son prix : « Un ancien préteur, Aponius

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