‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 20 sur 93 · Lucien, les Sectes à l'encan · texte numérisé non relu

Lucien, les Sectes à l'encan

faute de mieux, comme échantillon d'une vente au 11^ siècle.

Avant l'ouverture de la séance, Jupiter, le vendeur, fait faire les préparatifs nécessaires:

t Allons, toi, dit-il à ses esclaves, dispose les sièges, prépare la salle pour les arrivants; toi, fais ranger par ordre les différences sectes, mais aie soin d'abord de les parer, afin qu'elles aient bonne mine et attirent beaucoup d'acheteurs. Toi , Mercure, fais l'office de crieur, appelle les chalands et qu'une bonne chance les fasse arriver au marché ! Nous allons vendre à la criée des sectes philosophiques de tout genre et de toute espèce. Ceux qui ne pourront pas payer comptant payeront l'année prochaine , en donnant caution.

s Mercure (le crieur). — La foule arrive; il ne faut pas tarder, ni les faire attendre davantage.

« Jupiter. — Eh bien, vendons!

« Mercure. — Qui veux-tu que nous mettions le premier en vente?

« Ji;piTER. — Cet Ionien aux longs cheveux (Pythagore)... Allons, mets en criée!

'( Mercure. — Je vends la vie parfaite, la vie sainte et vénérable ; qui est-ce qui acheter' »

Je passe des déiails étrangers à notre sujet. A mesure que Mercure appelle un article nouveau et vante les mérites de sa marchandise, un ou plusieurs marchands se présentent et interrogent tantôt le crieur sur la qualité de l'objet, tantôt le personnage lui-même, ce qui donne lieu à des plaisanteries intarissables. Pythagore est vendu 10 mines (environ 960 fr.); Diogène ne dépasse

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pas 2 oboles (35 cent.). Démocrite, Heraclite et Aristippe, mis sur la table par lots, ne trouvent pas acquéreur. « En voilà qui nous restent en magasin » , dit Jupiter, et Mercure passe au tour de Socrate, vendu 2 talents (11,000 fr.); Épicure est adjugé à 3 mines, Chrysippe à 12; Aristote, mis à prix à 5 mines, monte jusqu'à 20; par contre, Pyrrhon ne dépasse pas une mine. A la fin de la séance, Mercure s'adressant au public : « Vous autres, fait-il, nous vous invitons pour demain matin. Nous mettrons en vente les sectes ignorantes, ouvrières et de vil prix. »

Chaque crieur a ses allures personnelles et ses petits secrets pour entraîner la pratique et faire valoir ses articles défraîchis. Un jour Gellianus, ayant à vendre une jeune esclave et voyant que les enchères ne montaient pas à son gré, s'avisa, pour certifier la qualité de la marchandise, d'embrasser trois ou quatre fois la jeune fille. <( Qu'arriva-t-il? dit Martial 1, un amateur, qui avait offert 600 sesterces, retira sur-le-champ son enchère. » Une autre fois, Théon, le crieur, met sur table un magnifique candélabre et ajoute, comme appoint, un esclave bossu nommé Clésippe, dont il ne savait comment se défaire. « La courtisane Géganie acheta le tout 50,000 sesterces (environ 10,000 fr.). Le soir, à souper, elle fit parade de son acquisition, exposa l'esclave tout nu à la risée des convives;

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