‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 31 sur 93 · Avant le pillage par les protestants en · texte numérisé non relu

Avant le pillage par les protestants en

Pichon 1 ; le chevalier du Guet choisit un magnifique caparaçon de cheval, le maréchal des logis de la reine mère, « un corps de cuirasse sans brassars », et de Pereuse, prévôt des marchands, deux bassins, « façon de Turquie à marqueterie de nacre de perles».

N'oublions pas l'honorable corporation des fripiers, elle est au grand complet. Les maîtres du métier, Jehan Mauge, Jehan TuUeau, Pierre Folleville, Jehan et Pierre Noury, Jehan Cochery et Pierre Remillet, les frères Lambert et les trois Lesecq se font remarquer par le chiffre et le choix de leurs acquisitions; on peut assurer qu'ils ont une brillante clientèle et font d'excellentes affaires. Leurs descendants du xix* siècle, les marchands de curiosité parisiens, ont soigneusement conservé ces sages traditions.

La deuxième vente, celle des bijoux et de la vaisselle, a une physionomie tout autre que la première. En général, le grand monde s'abstient ou du moins ne figure pas en personne; car il est difficile de croire que Jehan Pajot, couvreur de maisons^ et la veuve de Laurent, plombier, achètent pour leur compte « une chesne d'or, une nef vermeillée dorée », des plats, des écuelles et des « esgouttoirs » d'argent; ce sont probablement des prête-noms. La bataille s'engage entre les orfèvres parisiens, Pasquier de la Noue, qui travaillait pour

I. Cette dague porte les mots de Boisy le Suis et la date 1569.

le duc de Lorraine, Claude Doublet, de la famille de Jehan Doublet orfèvre de Henri II, Claude de La Haye orfèvre de Charles IX, Michel Autran, Pierre Le Maistre ou Lamaistre, Antoine Audry, Pierre Hurye, Jehan de Rosnay, René de Grammont, Claude Lecourt, Guillaume Mestayer, Guillaume de Cuize, Colas Godinière, etc.

Jehan Langlois, le «jouallier priseur et vendeiude biens », est un homme d'ordre: il procède avec méthode, contrairement à son confrère M® Lamonyeulx. On vend d'abord l'orfèvrerie, les drageoirs, nefs, aiguières, coupes, bassins, assiettes et salières, même « ung crachoir d'argent garny de son couvercle à treillis ». Cela fait, M* Langlois passe aux bijoux, chaînes, ceinturons, carquans, bordures (coifliires de femme), enseignes, garnitures de boutons, etc.; en tout soixante-dix articles vendus en trois vacations.

Tout cela paraît fort bien choisi ; la plupart des bijoux sont en or émaillé, ils sont vendus de i8 à 22 livres l'once. L'argenterie est au poinçon de Paris; les prisées varient de 15 à 17 livres tournois le marc, et les enchères montent jusqu'à 25 et 33 livres. Le marc de Paris pesait 260 grammes; en calculant, suivant les tables de Bailly% la livre tournois du temps de Charles IX à 4fr. 50 de notre monnaie, le minimum des prisées serait d'environ 250 francs le kilogramme d'argent et le prix maxi-

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