I. Palissy, Art de terre, édit. Cap., p
a. Ces dialogues sont traduits de l'espagnol et arrangés à la française par César Oudin, secrétaire-interprète du roi Henri IV. La première édition est de 1591. Celle que j'ai sous les yeux est de Bruxelles, 161 1.
Marguerite. — Voyons ces chandeliers et ces mouchectes.
Thomas. — Si ces réchauds estoyent grauez, ils serovent meilleurs...
Marguerite. — le ne voy point icy d'aiguiere.
L'oRFÉvRE. — En voicy une dorée et grauée auec son bassin ouuragé de mesme...
Thomas (à sa femme). — Et bien, choisissez les pièces qui vous seront plus agréables.
Marguerite. — Ce poiurier et ceste coupe auec son couuercle, ce pot. ce petit chauderon et cette tasse large, ce seront les premières.
Thomas. — Que baillerons-nous du marc pour ces pièces-cy?
L'oRFÉvRE. — Pour le marc des pleines (unies), vous m'en baillerez cent rcales ; pour les grauées, quinze escus ; et pour les dorées, trente ^
Thomas. — Si le demander estoit donner, vous n'auriez pas mal fait vos affaires aujourd'hui...
L'oRFÉvRE. — Au moins, je ne la bailleray pas pour ce que vous en auez offert jusqu'à cette heure.
Thomas. — Vous estes si cher que je ne scay que vous offrir.
Sur quoi un débat s'engage; l'orfèvre consent un rabais de deux écus sur chaque sorte, le gentilhomme demande davantage, et la dame met les parties d'accord en tranchant le différend par la moitii.
Thomas. — Et bien, pesez cela et que maudit soit le diable. L'oRFÉvRE. — Portez-le au logis (chez vous), et nous le pèserons là.
I. Le réal de velbn valait environ 24 centimes et l'écii 10 rcaux soit 2 fr. 40.
Thomas. — Garson, charge tout cela ce le porte à la maison.
L'oRFÉvRE. — Reuiendrez-vous incontinence
Thomas. — Non, jusques d'icy à deux heures, parceque nous allons acheter. d'autres choses.
L'oRFÉvRE. — S'il vous plaist que ie vous face compagnie, ie le feray.
Marguerite. — Grand mercy, monsieur, nous n'auons pas besoin de compagnie d'auantage... [A son mari; en s'en allant.) Ce qui s'employe en vaisselle d'argent n'est pas despendre (dépenser)., mais bien changer des petites pièces à des grandes... Si on se veut seruir de verre, de vaisselle de la Chine esmaillée ou de terre, ce que l'on en casse auaux l'année couste plus que la façon de la vaisselle d'argent... Allons à ceste heure à la place où l'on vend les affiquets et bagues.
L'évolution que j'ai signalée s'accomplit au xvii" siècle. Le commerce de la curiosité achève sa dernière transformation ; c'est un corps bien vivant, qui prend figure et ne demande qu'à grandir. Déjà rEurope ne suffit plus à son appétit. Des expéditions scientifiques s'organisent pour aller en Orient chercher les manuscrits, les statues, les médailles, les inscriptions, toutes les reliques savantes de l'antiquité. Peiresc envoie ses émissaires au mont Athos, en Syrie, en Afrique ; Tavernier, Thévenot, Lucas, Chardin, Gallant courent bravement le monde pour leur compte et pour le compte du roi ;
poursuivi par les pirates, avale résolument ses plus belles médailles ; on dit même que, débarqué à Marseille, il fut réduit à prendre un remède pour en opérer la livraison ^
Cependant les fouilles continuent dans le vieux sol italien, carrière inépuisable de la curiosité, et l'exportation prend des proportions si menaçantes que le gouvernement pontifical est obligé d'imposer des licences pour la sortie des objets d'art \ J'imagine que ces restrictions n'embarrassaient guère les habiles comme Mazarin; le cardinal employait à ses recherches nos agents diplomatiques et ses confrères du Sacré-Collége, excellent moyen d'être bien servi et d'éviter des formalités gênantes. Malheureusement tous ses pourvoyeurs n'étaient pas aussi bien choisis; Brienne raconte que Jabach et Mignard, chargés par Mazarin de contrôler les ballots qui lui venaient d'Italie, arrêtaient souvent au passage des contrefaçons très-réussies \
Ainsi la curiosité commerciale fait son éducation/vr/j5 et nefas et s'organise de jour en jour. Pour se faire connaître sur le marché, elle avait besoin d'un instrument de publicité 5 le xvii® siècle invente le catalogue imprimé. Aujourd'hui le catalogue est la liste des articles dont l'adjudication se fera tel jour, à telle heure; il dit franchement les