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E. Renan, Hlst. lit.. II

i82 CAUSERIES SUR L'ART ET LA CURIOSITE.

bon lui semble et sous tous les régimes. Donnezlui pour maîtres Périclès ou saint Louis, Léon X ou les Médicis, plantez-la chez les rois maures ou dans les villes libres de Hollande, peu lui importe. J'ignore si les démocraties modernes lui conviendront plus tard ; pour le moment, le climat républicain de la Suisse et des États-Unis ne paraît pas avoir ses préférences. En ce qui touche Vasari, nos voisins ont eu la bonne fortune de le rencontrer à point nommé et ils en ont tiré parti ; mais on aurait tort de le considérer comme un produit normal de la culture italienne, c'est un accident. Vasari n'a pas de similaires ni au moyen âge, ni à la Renaissance; comme son compatriote l'Arétin, il est VUnico.

D'ailleurs, à quoi bon nous proposer les Italiens comme modèles ? Leur admiration est plus expansive, leur enthousiasme plus bruyant, j'en conviens; est-ce à dire qu'il soit plus éclairé ? Laissons de côté les grands noms et les anecdotes fameuses : en France comme en Italie, les talents exceptionnels ont toujours rencontré des hommages à leur mesure ; mais tous les Mécènes au petit pied ne sont pas des Léon X, ni tous les peintres des Raphaël. Le Castiglione avoue que, de son temps, la peinture passait pour un art mécanique peu convenable à un g-entil/iomme ' ; et Laurent de Médicis

I. « Laqunl (pittura) hoggidi forsc par mccaiiica e poco conveniente a ge;itilhuoino. »> Coneg.^ I.

lui-même disait au Graffione qu^apec des écus on fait des artistes, sur quoi l'autre répondait fièrement : non pas, ce sont les artistes qui font les écus ^ Voilà des appréciations qui ne sont pas à l'avantage de la noblesse italienne. Quant aux universités chargées de l'enseignement public, elles se tiennent sur les hauteurs, marquant avec soin la distance qui sépare les arts nobles de tous les métiers subalternes. En vain l'école se transforme et couvre l'Italie de chefs-d'œuvre sans précédents, en vain les immortels précurseurs de l'art nouveau

Versent des torrents de lumière Sur leurs obscurs blasphémateurs,

Bartholomeo Cepolla, jurisconsulte de Padoue', place le peintre et le sculpteur dans l'ordre mineur, minoî'es, ignobiles seu plebeii, à côté du cabaretier, du laboureur, du marbrier et du matelot''^ et Augustin de Rome enseigne publiquement que le cuisinier d'un prince passe avant n'importe quel artiste''. C'est exactement le langage que Chasseneuz et Budé devaient tenir un demi-siècle plus tard ; tant il est vrai que, loin d'accuser la France d'avoir

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