‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 79 sur 93 · L. Vitet. Eusl. Lcsucur · texte numérisé non relu

L. Vitet. Eusl. Lcsucur

élevées, le peintre échappait de jour en jour à la domination tyrannique et bourgeoise de la maîtrise; d'autre part, celle-ci voyant d'un œil jaloux ces parvenus logés au Louvre, qui se passaient d'elle et faisaient concurrence à son monopole ', les poursuivait sans relâche et, par ses tracasseries, provoquait une rupture. Un groupe d'artistes indépendants se mit en avant et fonda l'Académie de peinture (1648).

Je n'ai pas à revenir sur ce que j'ai dit ailleurs à ce propos ^ On se trompa des deux côtés : la maîtrise, en poussant à bout des artistes dont elle avait besoin pour la diriger, l'inspirer, relever la vulgarité des conceptions purement industrielles ; le peintre et le sculpteur, en formant une aristocratie indépendante, condamnée à s'isoler chaque jour davantage sans pouvoir désormais se retremper aux sources vives et nationales. Après une expérience de deux siècles, l'art et l'industrie peuvent apprécier ce que la séparation leur a coûté. Toutefois, ce régime avait alors un correctif qui lui manque aujourd'hui. Les plus habiles parmi les peintres, les orfèvres, les sculpteurs, les ébénistes, etc., enrégimentés sous les ordres de Lebrun, habitaient ensemble le Louvre ou les Gobelins. Encore bien que le drapeau fût différent, puisque les uns tenaient à l'Académie, les autres à la maîtrise, l'unité de

Page 1