Sociétés des Amis des ans en France, p
mutuelle, en même temps qu'elles laissaient au talent individuel la plus grande liberté de développement » . L'Académie des Beaux-Arts ou, pour mieux dire, la 4* classe de l'Institut, asservie par David et son École, organisa une dictature impitoyable dans les arts, jusqu'au jour où elle se trouva en face d'une réaction irrésistible, la réaction du romantisme.
Mais à quoi bon revenir sur un procès jugé depuis longtemps*? Malgré ses défaillances et ses imperfections, l'Institut fut encore la seule planche de salut jetée aux artistes pendant la tempête révolutionnaire. Aussi bien l'idée première était grande et politique, et nous aurions mauvaise grâce à le méconnaître. Réunir sous un même toit toutes les Académies, former un seul faisceau de toutes les manifestations du génie national, sciences, lettres et beaux-arts, c'était affirmer une fois de plus le principe que nous défendons depuis les premières lignes de cette étude; c'était proclamer officiellement qu'il n'y a point d'arts privilégiés, que tous ont des droits égaux devant l'Etat et la Société, et que la reconnaissance des peuples réserve à tous les grands génies un égal hommage et un même Panthéon.
I. L. Lagrangc, id. — Courajod, Ecole royale des élives protégés , XCII et suiv. — De La borde, Rapport sur les beaux-arts à l'exposition de 1851, pass.
Nous venons d'accompag'ner rapidement l'artiste depuis l'antiquitj jusqu'aux temps modernes. Poursuivi par la jalousie romaine, relevé par Tiiglise, méconnu par les Universités , dédaigné par la noblesse, maintenu par le Prince dans un parasitisme équivoque, il retrouve enfin sa place légitime au xvii^ siècle. Il est académicien, il a le rang- et la considération de ses pairs. A peine la transformation est-elle achevée, que la Révolution menace de le culbuter à tout jamais.
Tant que l'artiste est resté dans l'ombre et Tanonymat, personne ne lui a cherché querelle. Du moment qu'il a voulu changer de condition, monter en grade et avoir un nom, à Rome comme en France, il a toujours rencontré devant lui le même adversaire, le philosophe ; et, depuis Sénèque jusqu'à Rousseau, tous ces graves personnages se sont mis en frais d'éloquence et de bel esprit pour rajeunir l'éternel réquisitoire contre un coupable imaginaire.
Voyons, messieurs, c'est de l'ingratitude. L'artiste n'a pas été, que je sache, inutile à votre gloire : il a popularisé votre nom sur la toile, le bronze et le marbre. Sans doute ces objets d'un art frivole et corrupteur ne vous touchent point ; c'est
(( un poids matériel auquel ne saurait s'attacher une âme pure et qui se rappelle son origine'». Mais j'imagine que vous faites exception pour les tableaux et les statues qui parlent de vous et célèbrent vos mérites.
D'ailleurs n'êtes-vous pas bien exigeants? Vous comptez, à raison, parmi les écrivains les plus raffinés, vous êtes les plus fameux ciseleurs et damasquineurs de périodes, des coloristes achevés en beau style, des peintres et des sculpteurs en littérature. Vous trouvez bon de faire de l'art pour votre compte ; souffrez donc que les autres usent de la même liberté. Est-ce que l'art au bout de la plume serait différent de Tart au bout du pinceau ou de l'ébauchoir? aurait-il un monopole de vertu et d'innocence?
Vous professez que la pratique de la sagesse est incompatible avec la pratique des beaux-arts, et qu'en polissant une statue, comme disait tout à l'hevu^e un des vôtres, on ne peut également polir son âme. Il y a temps pour tout. Rien n'empêche qu'un grand artiste soit un modèle de vertu ; l'homme qui s'élève sans relâche vers les régions hautes, à la recherche du beau qui est la splendeur du vrai, trouvera dans son art, n'en doutez pas, un enseignement égal aux meilleures leçons de la philosophie. Quant à savoir quelle est son intluence au dehors, quel profit la moralité humaine peut