‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 90 sur 93 · De LdLbordej Kapporc sur l'Exposition^ etc., p · texte numérisé non relu

De LdLbordej Kapporc sur l'Exposition^ etc., p

table, jusqu'à la malédiction paternelle qui menace le jeune homme à son entrée dans l'atelier du maître. » A vrai dire, la littérature romantique n'était pas innocente de ces préventions: elle avait imaginé, pour personnifier l'artiste, un type de rapin bohème et mal élevé, professant le plus glorieux mépris pour le bourgeois, et celui-ci ne pouvait manquer de prendre sa revanche. Nous n'en sonmes plus là, Dieu merci. Au lieu d'un personnage chevelu et débraillé, le père de famille voit un homme correct qui tient ses livres et se fait construire des hôtels. 11 se dit qu'après tout la profession d'artiste en vaut bien une autre, qu'un bon peintre fait de meilleures affaires qu'un bon notaire, et que la palette, avec ses accessoires, coûte notablement moins cher qu'une étude. Ses amis, les collectionneurs, lui ont appris que les tableaux sont devenus des placements avantageux et, s'il n'encourage pas encore la vocation de son fils, il le laisse faire.

Eh bien, malgré ce premier succès, le vieux levain est toujours là, dans notre chair et dans notre sang. Interrogez l'Université, elle répondra qu'en vérité l'on est bien difficile ; — que chaque collégien a le droit, si les parents en font la demande, de suivre une fois par semaine un cours où l'on enseigne, en quarante leçons, l'art d'aligner des hachures d'après les lithographies de Julien; — que les programmes scolaires traitent sur le même pied tous les arts d'apurement, et réservent au dessin

une place honorable à côté de l'escrime, de la gymnastique et de la natation.

J'en conviens; mais que l'Université veuille bien jeter les yeux sur l'Attique, qu'elle connaît probablement. Voilà un petit pays de soixante-seize lieues carrées, stérile et pierreux, nourrissant une popidation de cinquante mille citoyens libres et de quatre cent mille esclaves, fondant des colonies, entretenant une flotte et des armées, faisant trembler le grand roi, tenant tête à Philippe et à Sylla; par quel moyen, s'il vous plaît? Par l'éclat de sa littérature, le chant de ses poètes, les leçons de ses philosophes et de ses orateurs? Nullement ; Athènes battait monnaie avec l'art. En vendant à l'univers les tableaux, les statues, les vases, l'orfèvrerie, les armes, les meubles, les étoffes de ses ateliers, les premiers du monde dans tous les genres, elle attirait chez elle les capitatix étrangers, payait ses dépenses de guerre et de paix, et mettait en réserve un solde de gloire qui lui rapporte encore aujourd'hui des intérêts ^ Ce qui revient à dire que cet aj^t d'agrément, bien cultivé et rendu obligatoire comme chez les Athéniens , n'est rien moins qu'une source de prospérité et de puissance incomparables.

Interrogez l'économiste, l'homme politique, ce que l'on est convenu d'appeler les gens pratiques,

I. Em. David, Tnjl. du dessin^ etc., éd. 1843, p. 240 et suiv — L. Viardot, Musées de France^ p. 320.

ils répondront que les tableaux et les objets d'art sont d'élégantes superlluités, le passe-temps des oisifs, des blasés et de quelques monomanes ; mais que ces choses n'ont pas de valeur économique appréciable, et que l'art est un facteur que l'on nég-lig-e dans tous les problèmes d'organisation politique.

Quel est donc, je vous prie, l'industriel capable de produire, avec des matières premières aussi insignifiantes, une valeur aussi considérable que l'artiste avec son pinceau? Que représente la mise de fonds pour un peintre comme M. Aleissonier? avec cent écus de toile, de couleurs, de modèle et de cadre, il va créer un premier capital de trente ou quarante mille francs au moins, qui s'augmente tout d'abord de vingt à trente pour cent en passant par les intermédiaires. Les graveurs s'emparent de son tableau et font sortir d'une planche de cuivre un second capital à joindre au premier. Multipliez ce chiffre par le nombre des tableaux du maître depuis quarante ans: ajoutez ses dessins et ses eaux-fortes qui représentent encore un nouveau capital, — et je ne fais pas entrer en ligne de compte l'œuvre de tous ses élèves qui sont bien des valeurs issues de son cerveau. N'est-il pas vrai que ce producteur, cq faiseur d'ccus, dirait le Graffione, mérite quelques égards ' ?

Maintenant ouvrez les statistiques douanières

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