‹ Causeries sur le protestantisme d'aujourd'hui [microform]Chapitre 28 sur 40 · Lettre de sir William Cobbett à lord Tenderden · texte numérisé non relu

Lettre de sir William Cobbett à lord Tenderden

chef de la justice d'Angleterre, qui avait en plein Parlement vanté la tolérance du protestantisme anglais,

C'est de :a même manière que le calviuisme a tenté de s’introduire en France. Pendant plus d’un siècle, l’histoire de notre patrie ne retentit que de révoltes, de séditions et de nillages commis par les huguenots,partout où pénétrait leurdoctrine. Toute cette période n'est qu'un tissu de désordres, de perfidies, de cruautés ! Et il n’y a point lieu de s’en ‘étonner, puisque Calvin préchait hautement qu’il fallait jeter à bas les rois et Les princes qui ne voulaient pas embrasser le protestantisme, et leur cracher ‘au visage plutôt que de leur obéir. Sous les ordres de Coligny les calvinistes révolutionnaires formèrent le projet d'enlever dans son palais le roi de France encore enfant ; ayant manqué leur coup ils s’'emparèrent d'Orléans, dévastèrent les bords de la Loire, la Normandie, l’Ile-de- France, et particulièrement le Languedoc, où ils commirent les cruautés et les profanations les plus odieuses. A Montauban, à Castres, à Béziers, à Nimes, à Montpeilier, ces grands prôneurs de la tolérance et de la liberté de conscience interdirent, sous les peines les plus rigoureuses, tout exercice du Culte catholique. Tout le monde connaît ce fameux baron des Adrets, chef calviniste, qui ayant pris Montbrison, se donna l’innocent plaisir de faire sauter du haut d’une tour ce qui restait de la garnison faite prisonnière. ‘Or, tel est à peu près le traitement que les protestants firent subir à toutes les villes qui tombèrent en leur pouvoir :

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églises profanées, vol de vases sacrés, nrêtres et religieux chassés ou tués, atrocités les plus barbares jointes aux sacriléges les plus abominables. Ce sont là des faits historiques que personne ne conteste, pas même les protestants, qui laissent quelquefois imprudemment échapper des vœux pour le retour de ces temps heureux du protestantisme français.

Onnesaurait lire, sans frissonner d'horreur les atrocités commises par les Hollandais

pour étendre le protestantisme dans les Pays-

Bas, et particulièrement les tortures et les supplices auxquels eut recoursle zèle religieux des envoyés du prince d'Orange, Lamark et Sonoi. Ge dernier était passé maître dans l’art de tourmenter les corps pour perdre les âmes. Voici la description qu’une plume protestante et hollandaise nous a laissée des moyens employés par ce cigre pour mefrtyriser les catholiques fidèles à leur rejigion : “ Les procédés ordinaires de la torture la lus cruelle, écrit Kerroux, ne fureñt que es moindres tourments qu’on fit endurer à ces innocents. Leurs membres disloqués, leur corps mis en lambeaux par les coups de verges, étaient ensuite enveloppés dans des linuges trempés d’eau-de-vie auxquels on mettait le feu, et on les laissait dans cet état jusqu’à ce que leur chair noircie et ridée iaissât voir à nu les nerfs sur toutes les parties du corps. Souvent on employait jusqu’à une demi-livre de souffre pour leur srüûler

les aisselles et les plantes des pieds. Ainsi

martyrisés, on les laissait plusieurs nuits

de suite étendus sur la terre sans couverture, et à furce de coups,on chassait loin d'eux le sommeil. Pour toute nourriture, on leur donnait des harengs et d’autres aliments de cettè espèce propres à allumer dans leurs entrailles une soif dévorantè, sans leur accorder seulement un verre d’eau, quelque supplice qu’on leur fit endurér. On appliquait des frêlons sur leur nombril. Il n’était pas rare que Sonoiïi envoyât au service de cet épouvantable tribunal un certain nombre de rats qu’on plaçaït sur la poitrine et sur le ventre de ces infortunés, sous un instrument de pierre ou de bois façonné pour cet usage et recouvert de combustibles. On mettait ensuite Le feu à ces combustibles, et on forçait ainsi ces animaux à ronger Îles chaïrs de la victime et à se faire un passage

jusqu’au cœur et aux entrailles Puis on

cautérisait ces plaies avec des charbons allumés.. D’autres horreurs plus dégoutantes encore furent inventées et mises à exéc:tion avec un $ang-froid dont on pourrait peine trouver des exemples parmi les cannibales, mais la décence nôus interdit de continuer! |

Ce que la tolérance protestante a fait en Angleterre, ce qu’elle a voulu faire en France

1. Abrégé de l'Histoire de la Hollande, par M. Kerroux, t. IL, p. 310. | |

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eten Hollande, elle le fait encore aujourd’hui en Suède. Là aussi, la Réforme s'est établie par la violence et par le sang, et les lois religieuses de ce pays ont conservé toute,la barbarie que comporte l'esprit de notre siècle.

En cette année même où j'écris, six familles viennent d'être condamnées à l'exil et dépouillées de tous leurs biens uniquement pour avoir embrassé la foi catholique. En Norvége, en Danemark, en Prusse, à Genève partout où il domine, le protestantisme se montre l'ennemi acharné et l’aveugle destructeur des catholiques. Ayant là ses coudées franches, il dédaigne tous ces ménagements hypocrites qui lui donnent si souvent chez nous l’apparence de la modération ; il dit hautement ce qu’il veut et ce qu’ilespère.

Au Synode protestant de Brème, un pasteur d’Elberfeld, M. Sander, s'écriait, en parlant du Pape et des religieux de la Compagnie de Jésus: ‘ Des autorités protestantes ne

doiventpassouffrirqu’ilsexistent,encore moins

doivent-elles supporter qu’ils soient libres.” A Genève, les protestants, jaloux des pro-

‘grès du catholicisme, ont formé, d’un com-

mun accord, une ligue ou association dans laquelle ils prennent l'engagement: de ne

. rien acheter des catholiques ; —de ne les em- . ployer à aucun travail, et de chercher ainsi . à les réduire à la plus complète indigence ; —

de faire en sorte:-que les protestants obtiennent seuls les charges et les emplois, , Et tout cela se fait par des hommes qui ré-

clament avec indignation la liberté et l'égalité des cultes dans les pays où ils forment une imperceplible minorité, par des hommes qui ne patlent que de liberté de conscience, de charité chrétiehne, de religion, de paix et d'amour; par des hommes qui ne croient plus en JÉsus-CHRIST, et chez qui on est libre d’être incrédule, panthéiste,athée, mais non point catholique !

L'intolérance catholique.

Nous avons vu ce qu’il faut penser de la prétendue tolérance des protestants ; voyons maintenant ce qu'il en est de l'accusation banale d'intolérance que certaines gens portent contre l’Eglise catholique. Gette accusa- tion renferme une vérité et un mensonge.

L'Eglise est intolérante en matière de doctrine, Cela est vrai; non-seulement nous l'avouons, mais nous nous ,en faisons gloire. La vérité est intolérante de sa nature. En religion comme en mathématiques, ce qui est vrai est vrai, et ce qui est faux est faux. Impossible de faire le moindre compromis entre la vérité et l'erreur ; impossible à la vérité de faire la moindre concession. Cette oncession, quelque minime qu’on la suppose, serait la destruction immédiate de la vérité. Deux et deux font quatre; cela est, c’est ce qu'on appelle une vérif. Donc, quiconque dira autrement dira une fausseté ; que ce soit

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en plus ou en moins, l'erreur sera toujours erreur ; que l’on se trompe d’un millième ou d’un îmillionnième, on sera toujours hors de la vérité tant qu’on ne dira pas que deux et deux font quatre.

L'Eglise apporte et conserve dans le monde des vérités aussi certaines que des vérités mathématigqes et qui ont des conséquences autrement importantes. Elle enseigne et défend ces vérités avec autant d’intolérance que la science mathématique en met à défendre les siennes. Quoi de plus légitime ? L'Eglise catholique seule, au miliau des différentes sociétés chrétiennes, proclame qu’elle possède la vérité absolue hors de laquelle il n’y a point de vrai christianisme ; seule elle peut être, seule elle doit être intolérante.. Seule elle peut et doit dire, comme elle le fait de. puis dix-huit siècles dans ses Conciles : ‘ Si quelqu'un pense, enseigne, contrairement à ma doctrine qui est la Vérité, QU'IL SOIT AN4- THÈME!” .

Mais Notre-Seigneur, qui a confié à l’Eglise le dépôt de la vérité, lui a laissé. aussi son esprit de charité et de patience. Intolérante pour les doctrines, l'Eglise est miséricordieuse pour les personnes, et jamais elle n’a employé les moyens légitimes de rigueur qu’a-* près avoir tenté toutes les voies de douceur et de persuasion.

Elle n’a jamais frappé qu’à la dernière extrémité, et elle n’a jarnais frappé que les incorrigibles. Alors elle a dû le faire pour

garantir de la contagion les âmes des fidèles. pour mettre fin à des scandales, et enfin pour remplir le grand devoir de la jüstice qui n’est pas moins divin que le devoir de la miséricorde. |

Dans sa patience aussi bien que dans sa rigueur, dans sa tolérance envers les personnes aussi bien que dans son intolérance à l’égard des doctrines, l'Eglise catholique imite fidelement son chef et son Drœu, Notre-Seigneur JÉsus-CHrisr qui est la Vérité même, la Miséricorde et la Justice.

Quant aux mensonges des historiens anticatholiques sur les prétendues barbaries de l'Eglise au moyen âge, ils tombent! de plusen plus en discrédit de nos jours devant les travaux consciencieux d'une nouvelle génération d'historiens plus impartiaux que leurs devan: ciers. “ Pour pouvoir vivre, le protestantisme avaii été obligé de se faire une histoire à Lui,” disait le célèbre historien Aug. Thierry, peu suspect, comme on sait, en faveur de l'Eglise,

Des protestants eux-mêmes,déposant l'esprit de parti, viennent témoigner contre ces vieil les calomnies, ces exagérations coupables, ces perfides insinuations dont lés livres d'histoire sont remplis. “ Depuis trois siècles, a dit M, de Maistre, l’histoire a été une conspiration permanente contre la vérité.”

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L'Inquisition, la Saint-Barthélemy, les Dragonnades des Cévennes.

Quelques mots encore peur terminer cette question de l'intolérance eatholique. |

Il est certains faits historiques que les protestants ne perdent jamais une occasion de jeter à la face des catholiques pour les convaincre d’intolérance : ce sont l’Inguisition, la Saint-Barthélemy, et les Dragonnades, de Cévennes.

On a fait là-dessus des romans et des drames, mais les faiseurs de feuilletons et les faiseurs de comédies ne se croient pas tenus de respecter l’histoire et ce n’est pas à eux que s'adressent généralement les gens qui ont du

sens commun et qui cherchent la vérité.

I. Qu'est cé donc que cette Inguisition, dont on fait, encore de nos jours, un épouvantail si terrivle ? Les romans populaires la représentent comme un affreux tribunal, élevé dans tous les pays catholiques, qui torture de pauvres victimes dans de sombres cachots, et qui finit par les mettre à mortsur des bûchers perpétuellement allumés. : re

L'historien protestant Rancke et le trèsprotestant M. Guizot reconnaissent avec probité que l’inquisition espagnole a été avant tout une institution politique, destinée à!sauvegarder l’unité de l'Espagne. Les rois d’Espagne voyaient dans lPhérésie le plus dange-

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reux ennemi de la paix de leur royaume et ils la déclarèrent, à ce titre, crime de Jèsepatrie. Ne pouvant juger par eux-mêmes ni re leurs tribunaux civils des questions de oi, ils établirent un tribunal ecclésiastique chargé d'interroger les prévenus et de juger de leur orthodoxie. Les inquisiteurs de la foi faisaient connaître au prince le résultat de leur enquête, et celui-ci faisait alors ce que bon lui semblait.

On peut apprécier diversement l'institution du tribunal de l’Inquisition en Espagne, et il est plus que permis de blâmer les abus et les cruautés doni les passions politiques et le caractère espagnol souillèrent parfois ce tribunal; mais il est difficile de voir dans le rôle redoutable qu’y joua le clergé autre chose que l'exercice le plus légitime et le plus naturel de lautorité religieuse. L'examen des questions de la foi n'est-il pas de droit divin du ressort de l'Eglise ? et quel'homme de bonne foi confondra cette fonction exclusivement religieuse avec l'office du bourreau.

On voit d’ailleurs que les Papes ont:toujours cherché à modérer la' rigueur de l'Inquisition espagnole, quoiqu'elie ñe relevât d’eux en aucune manière, étant, comme nous l'avons vu, une institution politique du royaume d’Espagne. Re

IT: “Mais la Saint-Barthélemy, dira-t-on, ce massâcre épouvantable ordonné par l’Eglise catholique et où périrent tant de protestants ? ”

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La Saint-Barthélemy, bien plifs encore que l'Inquisition d’Espagne, est un fait politique. Les protestants s’insurgeaient contre l’autorité légitime, ils avaient tenté de s'emparer du roi, ils formaient dans la nation une nation à part, nation turbulente et révolutionnaire. Le jeune roi Charles IX et l'orgueilleuse Catherine de Médicis, sa mère, étaient menacés dans leur liberté et dans leur vie par la conjuration d'Amboise ; ils se voyaient obligés de fuir devant la conjuration de Meaux. Les chefs du parti protestant devenaient de plus en plus insolents. Poussés à bout par ces violences, la reine voulut se débarrasser des rebelles et fit servir à sa vengeance l’exaltation religieuse surexcitée en France parles fureurs deshuguenots. Lareligion futdoncleprétexte, mais non la vraie cause du massacre de la Saint-Barthélemy. Tous les gens instruits le savent maintenant, pourquoi les écrivains protestants n'ont-ils pas la bonne foi de l’avouer ?

‘ Mais à Rome, ajoute-t-on, le Pape a fait chanter un Te Deum à l’occasion de cet odieux massacre. —ÆEffectivement, mais le pape Grégoire XIII fut trompé par de faux renseignements. Ayant reçu de la cour de France une dépêche portant que le roi et sa famille venaient d'échapper à une nouveile conjuration des huguenots et que les auteurs et complices avaient été punis, le Pape alla publiquement remercier Dreu de cet événement. Il ignorait alors les excès déplorables de cette triste nuit, excès que la passion et l'esprit de parti ont du

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