‹ Causeries sur les femmes et les livresChapitre 17 sur 94 · LT LE PÈRE LACGUDAIRE · texte numérisé non relu

LT LE PÈRE LACGUDAIRE

tence unique par l’imprévu de ses contrastes, par les coups de théâtre que lui ménagea sa destinée, par les cadres grandioses où se développa bruyamment l’originalité d’un apostolat dans lequel toules les influences du siècle se concilient avec l’ardeur d’une foi digne de soulever les montagnes.

Il faut remercier M. le comte de Falloux d’avoir rappelé nos regards vers cette pure mémoire. Elle est une prédication et un exemple. Elle est une réponse à ces types de « prêtres absurdes et .odieux » dans lesquels se complaît certaine littérature équivoque. A côté du roman, voici l’histoire. Amis et ennemis peuvent la lire, et tous, s’ils sont de bonne foi, y trouveront un profit moral. Car ils sont rares les hommes qui ont pu dire à leur lit de mort : « Je n’ai jamais appartenu à personne. » Or, cette indépendance, cette intégrité du caractère est l’impérissable beauté de Lacordaire. S’il est dans son œuvre des parties fragiles, elle leur survivra.

On peut ne point partager toutes ses convictions ; mais, sous le docteur, il y a un homme que l'on respecte et que l’on aime. C’est celui qui a dit :

« N’y eût-il qu’une âme attentive à la mienne, je lui devrais de ne pas la contrister. Mais lorsqu’on est le lien de beaucoup d’âmes, le point qu’elles regardent pour s’affermir et se consoler, il faut tout faire pour leur épargner les défaillances. »

it.

2if. MADAME SWETCH1NE

Aussi sa puissance fut-elle moins dans un talent sujet à la controverse, que dans la confiance et la sympathie publique.

Oui, ses contemporains se reconnurent en lui, et l’accent de sa parole les toucha parce qu’il avait vécu de leur vie, parce qu’il appartenait à son temps et à son pays, parce qu’au lieu d’exclure et de proscrire, il aspirait à rapprocher les âmes dans l’unité d’une foi hospitalière et fraternelle. On était à l’aise auprès de lui. Il vous portait tout d’abord sur ces hauteurs d’où la vue domine les vastes horizons. Bien que sa robe parût revenir d’assez loin, il fut un de ces conciliateurs qui élargissent le sanctuaire et y donnent asile à toutes les consciences de bonne volonté.

Tout en professant la pureté de la doctrine, il écrivait: «Celui qui fait bon marché de la pensée d’un homme sincère, celui-là est un Pharisien, la seule race maudite par Jésus-Christ. Il enlève la clef de la science. Il n’entre pas et empêche les autres d’entrer. Y a-t-il un Père de l’Église qui nait des opinions et même des erreurs? Jetterons-nous leurs écrits par la fenêtre pour que l’océan de la vérité soit plus pur? La plénitude de l'océan vient de ce qu'il reçoit toutes les eaux qui penchent vers lui. Si on laissait faire les chimistes , l’océan serait vide avant cent ans. » Voilà le langage d’un véritable apôtre. C’est par ce côté que Lacordaire a une physionomie

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