‹ Causeries sur les femmes et les livresChapitre 27 sur 94 · HIPPOLYTE FLAN DR IN · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE FLAN DR IN

grâce sereine, expression paisible et contemplative, habileté d’une composition harmonieuse, simplicité pathétique des attitudes, dessin net et précis, couleur sobre et discrète, trop discrète peut-être, plus de douceur que de verve, moins de hardiesse que de sensibilité : voilà les traits principaux qui s’accusent avec charme dans ces toiles signées d’un élève et déjà dignes d'un maître. 11 a reçu l’empreinte d’un génie inspirateur. M. Ingres se retrouve dans la perfection savante de ses lignes, et la délicatesse consciencieuse de son pinceau. Mais, quoi qu’en disent ceux qui ne veulent voir en lui qu’un disciple, ses aptitudes personnelles se font jour, sous les réminiscences d’un esprit docile. Fortifiée par une discipline sage, son indépendance n'en a pas souffert. Elle est à l’aise sous ce joug léger, et le peintre chrétien annonce son inclination naturelle, non-seulement par le choix de ses sujets, mais par la suavité mélancolique, le mysticisme ému et fonction secrète qui est le signe avant-coureur de ses pages les plus impérissables.

Il quitta Rome, le cœur triste. « Bien que je sois heureux de revoir mes parents et mes amis, écrivait-il, une pensée toute noire est au fond de ma joie : celle de rompre avec la douce quiétude dont on jouit ici, pour aller disputer là-bas, dans cette lourmilière, les morceaux de pain qui doivent nour-* rir. » Il y eut, en effet, dans les jours qui suivirent

son retour, bien des heures troublées par les soucis d’une réputation qu’il fallait établir à travers la concurrence des rivalités. Flandrin n’était pas fait pour ces luttes qui exigent des sollicitations importunes, des démarches auprès des puissants, le savoirfaire du courtisan, l’art de se produire, de se ménager des patrons, de disputer les faveurs. « Quant à voir les gros bonnets, je t’assure, disait-il à son frère, que cela me rend la vie trop dure; j'en ai essayé; mais s’il fallait que cela durât, je ne pourrais pas vivre, je n’y résisterais pas. » Que de fois il s’écria : « Chère Rome, ou es-tu? » Ces humbles ont le cœur très-fier; mais aussi leur douceur s’arme souvent d’un stoïcisme que la foule ignore ; et Flandrin trouva dans son caractère des ressources toujours prêtes contre les lenteurs de la fortune ou de la renommée. Lorsqu’il lisait dans le Moniteur la liste des récompenses décernées aux élus des salons où ses œuvres avaient fait sensation: « Résignons-nous, disait-il, trouvons-nous heureux, et cherchons dans notre conscience des récompenses qui valent mieux que celles du pouvoir. »

C’est que la peinture n’étaitpas pour lui unepro fession, mais presque un ministère, et un apostolat.

— « Les portraits que tu feras, écrivait-il à son frère, fais-les toujours comme des études. Que la pensée d'argent n'y soit pour rien : elle gâte tout ce qu'elle touche. Applique-toi à dégager le sens poéti-

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que des choses, à découvrir le plus beau de toute beauté, le plus vrai de toute vérité : c’est le lien moral qui nous rattache aux choses éternelles, qui unit l’homme à Dieu. Travaille, élève ton esprit. Pense au large. Pour progresser, il faut surtout se recueillir et obéir à son cœur. C’est le seul moyen de toucher les autres. La naïveté et la sincérité sont certainement nos plus grandes forces. » De là ce mécontentement de lui-même que vous rencontrerez ici dans plus d’une page. De là cette soumission intelligente aux conseils et à la critique ; loin de la craindre, il allait au-devant d'elle; il la recherchait comme une des lumières de sa conscience. L’éloge même le laissait inquiet, car il voyait au-delà du succès relatif: il visait à l’absolu. Le modèle vivant n’était pour lui qu’un degré pour monter vers l’exemplaire supérieur qu’il se faisait un devoir de contempler et de reproduire, avec une sorte de ravissement, dans la pureté de son essence. Il croyait à des types immuables qu’il faut rendre visibles, pour faire rayonner des âmes à travers les enveloppes matérielles. Il était le plus spiritualiste de nos maîtres.

Ajoutons qu’il fut aussi le plus chrétien de nos peintres religieux. Emule de Fra Angelico et de Lesueur, il a continué la chaîne interrompue de ces artistes croyants qui aimaient à faire du sanctuaire leur atelier. Sa foi, nul n’en saurait douter. En voici

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