UN POETE DE TRANSITION
Si les nouvelles générations ne connaissent guère M. Lebrun que par l’écho lointain des applaudissements qui accueillirent jadis l’auteur de Marie Stuart , la faute en est surtout à son désintéressement; car, trop peu soucieux de notre plaisir, il nous a fait attendre fort longtemps la publication des œuvres auxquelles il doit la possession tranquille d’une renommée bientôt octogénaire.
Ce n’est pas que nous soyons étrangers ou indifférents au nom d’un poète né sous Louis XVI, en 1785, et fêté par les pères de nos pères. Tous les lettrés gardent une favorable impression des élé-
SU M. LEBRUN
gants discours dans lesquels M. Lebrun a célébré plus d’une fois les vertus couronnées par les prix Montyon; et il ne serait permis à personne d'ignorer qu’en 1858 l'atticisme de sa parole ingénieuse captiva le public choisi qui, sous la coupole de l’Institut, assistait à la réception de M. Émile Augier. 11 nous eût même suffi de lire les comptes rendus officiels du Moniteur pour savoir que le chantre du premier empire est aujourd’hui, dans le Sénat, un orateur écouté qui a su plaider avec chaleur les intérêts de la pensée dans la discussion sur la propriété littéraire, et qui traite au besoin des questions de budget avec la compétence d’un administrateur formé par les plus hauts emplois. Mais il faut bien le dire, sa prose nous était jusqu’à présent plus familière que ses vers ; car ils se dérobaient volontairement à la curiosité des amateurs, et sauf quelques pièces adoptées par des recueils classiques, la plupart auront pour les jeunes lecteurs l’attrait de l’inédit.
Félicitons-nous donc de pouvoir approcher un talent qui gagne, je vous l’assure, à être jugé de près. Si M. Lebrun n’a jamais eu l’ambition de compter parmi les élus qui sont entrés victorieusement dans le temple de Mémoire, s’il n’est pas un de ces triomphateurs dont le char est escorté par toutes les fanfares de la popularité, il a donné pourtant les témoignages les plus recommandables d’une inspiration sérieuse, qui a toujours pris sa source dans une àme