CHAPITRE SEPTIÈME
CAUSERIES DU MOIS DE JUIN (suite).
Le Blé.
LE BLÉ d'autrefois. — LE BLÉ d'aUJOL'Rd'hL'I
0 bon blé, trésor superbe, Sans mal on peut t'envier :
Moi je veux chanler la gerbe Qui remplira mon grenier.
Ce couplet du chant des moissonneurs, je ne puis l'entendre sans songer combien nos villageois sont heureux quand la récolte du blé a été bonne.
Dans nos villages, si la récolte du blé a été mauvaise, si le paysan n'en a pas sa provision pour
lannée... il est triste... presqiu^ découragé. Si au contraire il iic craint pas d'ôtre obligé d'acheter son pain.... ou de le mendier... il se croit le plus fortuné des hommes.
Le paysan se résigne à manquer de vin, de pommes de terre même; à ne manger de la viande qu'aux jours de grande fêle... mais il ne peut se résigner à manquer de hlé.
Heureusement Dieu a voulu que tout ce qui pouvait servir à l'alimentation des hommes fût en abondance sur la terre et que le blé, — cette manne providentielle, — ne devînt jamais d'un prix bien élevé, afin que la charité fût plus facile à ceux qui peuvent en remplir leurs greniers.
Le blé est de toutes les plantes la plus utile à l'humanité; c'est le plus précieux des biens de la terre; des œuvres du Créateur c'est la plus extraordinaire. Le blé ne craint pas les intempéries, presque tous les climats lui sont favorables, on peut le semer dans tous les terrains. Aucune plante ne lui est comparable pour la fécondité.
L'origine du blé se perd dans la nuit des. temps; qui sait pendant combien de siècles il a été foulé au pied comme un vil gramen , avant qu'on se soit même douté de son utilité. — Nous voyons les premiers peuples de l'Asie élever des autels à Cérès et à Triptolème, pour leur avoir enseigné l'art de le cultiver.
Le blé a été le premier agent de la civilisation, — après le vin ; — sans le blé même les premières sociétés bumaines ne se seraient pas formées.
Quand les hommes vivaient de glands, ils erraient à l'aventure, dans les forêts, et le rejeton du chêne qui leur donnait la nourriture, était l'emblème de leur foi religieuse. — Montesquieu assure qu'en ces temps les hommes se mangeaient encore un peu entre eux, malgré Osiris qui avait tenté d'abolir ce sot usage.
Mais Gérés enseigne aux hommes l'agriculture, alors ils se partagent les terres, les labourent, les sèment.... et le champ de blé autour duquel ils se réunissent, devient bientôt un village.
Linnée avance que le blé croît sans culture en Sibérie, et il en conclut que ce pays a été habité le premier par les hommes.
L'histoire montre suffisamment que les peuples qui n'ont vécu le plus longtemps que de chasse, de pêche, ou de fruits sauvages, sont restés le plus longtemps bar])ares : tels étaient les anciens Allemands qui. comme les Gaulois, n'ont cultivé le blé que fort tard. Telles sont encore certaines tribus sauvages de l'Amérique septentrionale, que les^missionnaires n'ont pas encore pu décider à semer du blé.
Nous ignorons quand et comment le blé a été
introduit dans les Gaules, mais le respect que nos pères avaient pour les cliùues, permet de conjecturer, qu'habitant les forêts couvertes de ces arbres, leur tVuitadù être lonjïlemps leur seule nourriture, comme elle a dû être aussi celle de la plupart des peuples à leur origine. Ovide, dans ses Métamorphoses, prouve que les premiers hommes se noi\rrissaient de glands.
Nous ignorons également quand et par qui le blé, réduit en farine, a pu servir à l'alimentation sous forme de pain. — L'art de pétrir le pain est encore inconnu chez tous les peuples où la civilisation n'a pas pénétré.
La découverte du levain — due sans doute à une ménagère qui avait laissé aigrir sa pâte — est un nouveau bienfait de Dieu.
Montesquieu nous apprend encore qu'avant la découverte du levain les hommes mangeaient le blé sans préparation, avant de. le moudre, « mais que a l'homme observant que ses dents étaient un mou- « lin, sa bouche une luiciic oii le grain broyé se dé- « trempait par la salive, et son estomac un four, il « inventa les moulins, les huches et les fours. »
L'origine des fours est aussi fort ancienne, on en trouve dès Je temps d'Abraham ; — ce n'était alors, il est vrai , que des fours portatifs. Le roi David eut des fours à briques dans lesquels, outre l'usage
que leurs noms semblent indiquer, il s'amusait à jeter les Ammonites, — après les avoir sciés en deux ; Dom Calmet — qu'on peut consulter à ce sujet, — ne dit^ pas si dans ces fours on faisait cuire aussi du pain.
La fécondité du blé est quelque chose de vraiment miraculeux, — d'un seul grain peut naître une seule touffe et de cette touffe peuvent sortir un grand nombre d'épis.
Les anciens, qui semaient dans des terres vierges, obtenaient des résultats qu'on croirait impossibles si, même aujourd'hui, cette fécondité ne tenait quelquefois du prodige.
Pline assure qu'on envoya d'un canton d'Afrique à Auguste un épi où il y avait 400 rejetons attachés à la même racine, et que le gouverneur de Byzance envoya à Néron une touffe où il y avait 360 tuyaux sortis du même grain.
Il ne faut jamais croire Pline sur parole, mais en ceci il n'exagère sans doute pas trop la vérité.
L'Évangile enseigne que les grains de blé, semés dans les bons terrains, en ont produit les uns 100, les autres 60, les autres 30.
De cette fécondité prodigieuse, nous en avons la preuve par les cinq grains de blé trouvés en 1849 en Egypte, dans un tombeau antique, et apportés à M. Brouillard de Morlaix. Suivant un rapport, pré-
seiité à l'Acadéniie des sciences en 1857, ces cimi grains de blé avaient traversé les siècles sans perdre leur faculté germinative. Semés en cinq pots de Heurs ils donnèrent chacun une touffe de l,"20U grains. Les expériences continuèrent sur une plus grande échelle. En 18o4, 700 grammes de blé, semé à la volée, donnaient 43 kil. ou (M, 4:28 pour I et 700 grammes, semés grain à grain, donnaient 220 kil. En 1835 les résultats ne sont pas moins extraordinaires. Le semis à la volée rend GO pour 4 et le semis grain à grain rend 556,532 pour 4. — Chaque grain formait des touffes ayant jusqu'à 44 tiges. Ces tiges mesuraient de 2"' à 2'» 50 de haut.
L'histoire de ces 5 grains de blé, datant de l'époque des Pharaon, est un chapitre de plus à ajouter aux curiosités de l'agriculture. L'expérience a prouvé que le blé moderne, qui ne donne que de 7 à 40 pour 4, est pourtant plus avantageux.
Aujourd'hui, dans nos terres fatiguées, si le blé ne multiplie plus comme autrefois, — c'est toujours la récolte qui apporte le plus de bien-être dans les familles des cultivateurs.
Blé de Blad, mot celtique (|ui signifie moissen, s'écrivait autrefois bleu.
Je regrette que notre nouvelle orthographe ait supprimé ce d qui figurait si bien l'épi courbé sous son poids.
Merci, bonne Providence, Merci, Seigneur, de les dons; Accorde-nous abondance De vendange et de moisson.
Ce dernier couplet du chant des moissonneurs réveille mes regrets. Si nous moissonnons encore dans nos villages, hélas! nous ne vendangerons plus!!!
Le Phylloxéra.
Où sont nos vignes?... Où sont les neiges d'An-
Elles sont allées où vont les espérances perdues, les joies envolées!
Elles n'existent plus!
Ressusciteront-elles un jour, ces pauvres mortes
En quelques années, les luxuriants coteaux, les riches plaines qui s'étendent depuis le Rhône jusqu'au pied du mont Yentoux, ont vu leurs vignobles frappés par un fléau souterrain qui a nom Phyl-
^'mIu village, entre autres, récoltait vingt mille hectolitres de vin, il y a quelques années à peine; il n'en récolte pas cent hectolitres aujourd'hui.
Jamais nos joyeux l)uveuis — du (liiuauclie — n'auraient pu croire à la rapidité de cette œuvre dévastatrice.
Si ce livre arrive à la postérité — (Ma modestie ne me permet pas d'en douter) — nos descendants, qui sans doute boiront du vin, ne pourront croire qu'il fut un temps où. leurs pères ne buvaient plus que de l'eau.
Oui! nos paysans boivent de l'eau aujourd'hui, eux qui, hier encore, ne comptaient pas avec la bouteille.
« Ah! me disait l'autre jour l'un d'eux, qui en est à son dernier tonneau : —Une fois celui-là bu, Dieu peut venir me chercher! »
Il est des calamités que la sagesse humaine ne saurait ni prévoir ni craindre. Gomment prévoir et craindre un fléau qui n'a pas de précédent, et qu'on pouvait espérer n'être que momentané, ou circonscrit dans un étroit rayon.
Mais non! le terrible envahisseur a pris des proportions redoutables : il menace la Fiance entière.
C'est dans les terrains dit Garrigues, des environs d'Orange, qu'il a pris naissance. Ces terrains, d'où l'on avait arraché les chênes, — chers aux druides, — pour y substituer les arbustes — chers à Bacchus ; ces terrains, naguère encore si verdoyants, ne montrent plus maintenant qu'une surface aride, recouverte de cailloux et de squelettes de vignes, — au milieu desquels ne croissent que les herbes parasites et le vil gramen.
Aucune autre culture n'est possible dans ces champs, — comme si Dieu ne les avait créés que pour faire croître l'arbuste précieux qui nous donne le vin.
Et ce vin qui, depuis des siècles, faisait la joie, la force, la fortune.... de nos villageois, — ce vin qui par son bouquet, sa riche couleur, semblait avoir
reçu la vie sur les coteaux de l'Hermiiage Ce
bon vin ne coulera plus des pressoirs!!! — Et les chants des vendanges cesseront de retentir sur les bords désolés de l'Aigues et de l'Ouvèze.
L'hiver dernier j'écrivais à un ami :
« Le vent du Nord gémit aux vitraux de ma fenêtre, un froid glacial sévit au dehors, la terre est gelée, les travaux des champs sont suspendus!! ! Et
je songe avec tristesse à ces nombreux vignerons qui, assis devant le loyer où brillent les vignes mortes qu'ils ont arrachées naguère, soupirent de douleur et de regret en voyant leur bien-ùtre dans le présent, leur prospérité dans l'avenir, — s'envoler ainsi en fumée.
Un bouquet de violettes,
Cette peinture, trop vraie, a jeté du noir dans mon esprit. — Heureusement le facteur apparaît au haut de l'avenue.... je n'ai plus d'yeux que pour lui!
Quem'apporte-t-il?... Ilarrive.... Il sourit.... tant mieux! C'est qu'il a pour moi une lettre chérie.... Aussi, c'est la première qu'il me remet avant livres et journaux.
Il avait bien reconnu l'écriture, mon facteur!...
C'était en effet une lettre de ma hlle; elle me demandait quoi?... un bouquet de violettes!
Je le lui ai envoyé, avec les vers suivants :
Ton innocente fantaisie Tellement a su me ravir,
Que je veux d'une poésie En consacrer le souvenir.
Je veux, lorsque tu seras grande, Qu'il te souvienne en h lisant.
De l'âge heureux oii l'on demande Des violettes pour présent :
De l'âge heureux où le caprice Est candide comme le cœur; Oià l'on ne connaît qu'un calice, Le pur cnlice de la fleur !
Je veux, ma toute hien-aimée, Qu'en te rappelant le printemps.
Une violette embaumée Te rappelle ton jeune temps !
Dans ce bouquet que je t'adresse , Rieçois avec lui, tour à tour, Toutes les fleurs de ma tendresse, Tous les parfums de mon amour.
La vigne.
Les yignes autrefois. — Les vignes aujourd'hui. — La cause de leur mort. — Le remède???
Accordons-leur encore quelques larmes, à nos pauvres vignes qui furent si longtemps la joie... la vie de nos foyers; et que le soleil du printemps,
hélas! ne lera plus reverdir. — C'est quand nos amis ne sont plus, que nous éprouvons le besoin de pleurer sur leur tombe et d'exalter leurs vertus.
La vigne, — comme la liqueur qu'elle produit, — fut toujours regardée comme l'amie de l'homme. Et c'est pouniuoi je veux consacrer quelques paroles à cet arbuste glorieux... à cet ami de l'homme — qui, plus encore que le blé, fut un agent primordial de civilisation, et dont l'origine est encore plus ancienne.
Le jour où sur la croûte refroidie de la terre, naquirent les premières plantes; le jour où le soleil, dissipant les ténèbres, leur communiqua sa vertu prolilique, ce jour-là, plus que toutes les autres œuvres verdoyantes de la création, la vigne reçut de Dieu le don de se perpétuer : Voilà pourquoi les anciens en avaient fait le symbole de la fécondité, uxor tua sicut vitis abmidans.
Les anciens avaient fait aussi de la vigne la représentation de la force. Voilà pourquoi ils donnèrent à cette plante le nom de vitis.
La vigne fut regardée par nos premiers pères comme l'arbre de Vie et de Science ; ils crurent que l'esprit créateur résidait dans son fruit .. et elle
devint dès lors, pour les hommes, le principal objet de leur culte : En rendaïit grâce à Dieu de leur avoir donné la vie, ils le remerciaient plus particulièrement de ce qui sert à la conserver.
En ce temps, la vigne ne rampait pas à fleur de terre comme de nos jours; l'art du cultivateur ne l'avait point encore soumise à ses lois. Elle s'élevait majestueuse, au-dessus des autres arbres, tantôt en grimpant sur leurs branches, comme pour leur disputer le soleil; tantôt en formant un arbre ellemême, et alors elle devenait démesurément grosse. Je pourrais citer, en témoignage de cette assertion, ce que rapportent divers historiens, de statues, de colonnes, d'escaliers, enfin de mille objet d'art formés d'un seul pied de vigne. Les raisins également acquéraient autrefois une grosseur extraordinaire. Nous en avons la preuve par ceux de la terre promise que les envoyés de .Josué portaient si péniblement.
Heureuse époque où la végétation prime-sautière accomplissait ces merveilles. Aujourd'hui la terre n'enfante plus d'arbres géants (1).
(1) Toutes les choses de la nnlure subissent une dégénérescence progressive, après un certain nombre de Iransfornialions décroissantes. Nous retrouvons souvent des débris de plantes et d'arbres,
L;i ciiUuro de la vi<;tïc remonte aux premières époques (le la créalion. Lùgislatcurs, poètes, historiens de l'antiquité en ont fait robjet de leurs recherches et de leurs méditations. Les peintres des hypogées égyptiens offrent la fréquente représentation de tonnelles et de pressoirs. La liihle montre Noé plantant la vigne, à peine sorti de l'arche, et Moïse s'applique à donner aux Flébreuxdes lois spéciales pour l'époque des vendanges et la préparation du vin, dont il ordonne des libations.
Le législateur des Hébreux s'appliqua particulièrement à réglementer les plantations et la culture de cet arbuste providentiel : Vie, Joie et Force du genre humain!
Les vendanges avaient été par lui ainsi réglées :
On ne pouvait cueillir les raisins avant la quatrième année. — Jusqu'alors ils étaient déclarés impurs.
Les vignobles étaient considérés comme des champs sacrés; il était expressément défendu d'y planter aucun arbre, d'y semer aucun grain...
Ceux qui les cultivaient, jouissaient de toutes sortes de prérogatives et de privilèges ; ils étaient môme exempts du service militaire... Mais, — ils
que leur forme et leur grosseur ne permettent pas de faire rentrer dans les habitudes des plantes et des arbres contemporains. La vigne a subi celte loi éternelle de la dégénérescence. A. R.
étaient tenus de travailler leur vigne avec le plus grand soin, sous peine de l'amende, du fouet et de la prison !
On ne plantait pas la vigne indistinctement dans toutes les terres.
La vigne itait, de par la loi, exclue de certains terrains réservés pour la culture du blé.
Le choix des cépages était réglé par la loi.
Je vous entends me dire :
« Vous parlez avec le sérieux d'un historien convaincu! »
Je suis convaincu d'une chose, c'est que l'appât du bénéfice elle désir du rendement à courte échéance, sont la seule cause de la maladie de la vigne, de sa mort!... en un mot du Phylloxéra Vastatrix.
Pardonnez-moi d'accoupler ei; de prononcer ces deux mots Gréco-Latins, qui raisonnent si mal à l'oreille, dans une causerie du printemps, oîi ne devraient entrer que des tableaux gracieux... des mots riants!...
Mais il faut bien que nous en fassions notre coulpe, puisque c'est bien nous-mêmes qui, en abusant de leur fécondité, avons creusé la tombe de nos pauvres mortes ! ! !
Ne cliercliez pas ailleurs le Phylloxéra vastatiiXy ù empiriques qui, aujourd'iiui, voudriez combattre les clïets du Iléau, sans vous rendre compte des causes qui l'ont l'ait naître.
LA i:ai>k m" kleau
La voici. Je dirai ensuite le seul remède.
Dans nos villages, — comme dans toute la Provence et le Languedoc, — nous avons planté la vigne indistinctement dans tous les terrains : ceux qui produisaient le plus était les préférés, et cela sans nous préoccuper si le vin serait ])on ou mauvais!... Qu'importe... il tallait viser, avant tout, au bénéfice.
Nous nous sommes appliqués à choisir les cépages qui produisent le plus de raisins, et le plus tôt, — sans nous préoccuper de savoir s'ils convenaient à la nature de notre terrain... Qu'importe... il tallait viser, avant tout, à un prompt rendement et à la quaniité.
Nous avons taillé notre vigne, chaque année, toujours avec cette seule préoccupation : — Récolter beaucoup et vite ! ! !
Nous avons donc voulu que la vigne nous donnât plus (lu'elle ne pouvait donner! — A force de la laire produire, nous l'avons épuisée! — Plantée
dans un sol qui lui était contraire, elle est devenue malade... et des vers rongeurs sont nés sur ses racines atrophiées par l'excès de production. — Peu à peu la maladie s'est étendue... s'est propagée;... les vers ont accompli leur œuvre destructrice, et la mortalité est devenue générale.
Oui ! je le redis : — On a planté les vignes au hasard! sans se préoccuper des questions de terrains! de climat! de cépage! — Une fois les plantations faites, on les a abandonnées à elles-mêmes!...
Le Phylloxéra n'a pas d'autre cause.
C'est donc nous-mêmes qui avons été les auteurs de votre mort, ô nos vignes tant regrettées... c'est notre amour du lucre qui nous a fait oublier ce précepte de nos pères : il ne faut pas forcer la nature !
Et maintenant