Qui veut va, qui ne veut pas envoie
HISTOIRE d'une REPRÉSENTATION 161
— C'est précisément pour vous faire cette proposition que je suis ici, objecta mon collaborateur.
— Hé bien! partons aujourd'hui, dis-jc.
Cette entrevue avait lieu dans la matinée du 30 juillet.
Le même jour, par un train express, nous partions pour Paris.
La course au ténor.
Le 21 juillet, vers sept heures du malin, nous descendions à l'hôtel de la Croix de Malte, rue Richelieu, et peu d'instants après nous nous mettions en campagne.
C'est une véritable course au ténor que nous allions entreprendre, ainsi qu'on va le voir.
Nous n'avions certes pas de temps à perdre, et, à défaut du pensionnaire de M. Perrin, il nous fallait trouver à tout prix un prem ier ténor de grand opéra.
Notre première visite fut donc, naturellement,
CHEZ YILLAUET,
car c'est lui qui, le premier, avait été mis en cause
et qui, en sa qualité de xMéridional, excitait le plus la curiosité.
M. Villaret nous reçut on ne peut plus amicalement — comme des compatriotes du reste. — Nous lui contâmes de suite nos angoisses, et la déconvenue qui nous attendait s'il ne venait pas chanter Joseph, ou tout au moins un morceau de son répertoire.
Nous lui promîmes qu'il serait acclamé, dans notre théâtre antique, comme jamais triomphateur ' romain ne l'a été. Nous lui parlâmes des nombreux amis qu'il avait à Avignon et à Orange et qui le reverraient avec bonheur. Bref nous lui fîmes valoir — outre un bon chiffre — tout ce qui peut flatter et séduire un artiste : un grand succès certain!
« Je croyais pouvoir aller à Orange, sans difficulté, nous répondit le ténor, j'en étais très-heureux, ainsi que je l'ai témoigné à M. Nogent Saint-Laurens qui m'en a parlé de votre part, mais il se présente des empêchements indépendants de ma volonté... et je ne puis rien promettre sans l'assentiment de M. Perrin, mon directeur. S'il y consent, je serai très -heureux d'aller chanter dans votre théâtre antique.
— Pourquoi n'y consentirait-il pas?..
— Parce qu'il a peur de compromettre ma repu- . tation de chanteur sur une scène en plein vent.
— Mais vous... vous savez bien le contraire; vous
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connaissez notre tliéàtre ; vous vous êtes, dans le temps, rendu coni[ite des effets admirables que la voix y produit...
— Voyez M. Perrin, je ne puis rien sans sa permission. — S'il y consent j'irai... — Je vous l'assure de nouveau.
Sur cette assurance, qui ne nous donna pas grand espoir, nous prîmes congé de l'artiste.
Ce fut notre première déception.
Nos tribulations n'étaient pas finies.
0 mon cber lecteur ! si vous êtes soucieux de votre repos d'esprit et de corps, ne succombez jamais à la tentation d'organiser une représentation théâtrale dans le seul but de faire de l'art pour l'art.
Ce sera la morale de cette histoire.
A peine sorti de chez Villaret nous courions