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CHAPITRE DEUXIÈME

CAUSERIES DU MOIS d'AVRIL

Nuages.

Avril ! un mois triste et riant tout à la fois, — au village. Triste ! parce que, suivant ce proverbe populaire,

Il n'est si charmant mois d'avril Qui n'ait son cLapeau de grésil.

Riant! parce qu'en ce mois tout sur la terre prend un air de fête, et se dispose à l'amour. . . à la fécondation.

Aussi les anciens poètes — Ovide le premier —

onL-ils voulu que cette époque de l'année s'appelât Avril, du nom de Vénus, « la mère des amours. »

Mars qui, au lieu d'un manteau de grésil, a si souvent un chapeau de brouillard , boude parfois dame Nature; il est revêche à l'influence du printemps.

Au mois de mars, les arbustes, les arbres, les fleurs entr'ouvrent à peine leurs boutons : — la Végétation met sa tête à la fenêtre pour s'assurer s'il fait bon soleil.

Mais en avril, au contraire, la terre longtemps resserrée par le froid s'ouvre, comme par enchantement; les boutons gonflés s'épanouissent, et « les trésors de Gérés, » fortune des villageois, commencent à germer.

Voilà pourquoi Varron — moins poète, mais plus pratique que l'auteur des Métamorphoses, — veut qu'Avril vienne à'Aprilis, attendu qu'il fait ouvrir les boutons.

Et voilà pourquoi aussi notre calendrier républicain donna à ce mois le nom de Germinal, attendu qu'il a également la vertu de faire germer les semences.

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Oui ! tout iciiaisl, s'iinime ou se réveille : Arljuslelets, qu'ont ployés les aullans, Rediessez-vous île pei-les éclat;uits!

Bordez tapys que Nature ap[jareille, Pour y poser les trosnes du printemps.

(Cités par Lamartine.)

Avril est pour moi plein de mélancolie. Ce n'est plus l'hiver... et c'est à peine le printemps. Les Ijeaux jours, précurseurs du calme été, sont Lien rares encore... il passe encore souvent des nuages devant le soleil... il en passe aussi dans ma pensée!!!

Je songe avec tristesse à ces milliers d'expatriés que la passion politique a égarés ou que la fatalité a poussés à se mettre en révolte contre la société.., malheureux qui expient aujourd'hui dans les prisons et dans l'exil, des crimes qui ne sont pas absolument les leurs.

Et c'est en voyant la terre s'ouvrir, la nature renaître, les oiseaux chercher la place de leurs nids, que je songe avec tristesse à tous ces êtres égarés — âmes faibles, esprits séduits, qui pourraient renaître aussi à la vie de famille, si l'heure de la miséricorde pouvait enfin sonner pour eux, — si leurs prisons aussi pouvaient s'ouvrir.

Quand tout renaît dans la nature, Quand d ms les champs tout retleurit, Quand le soleil d'avril sourit Au brin d'herbe, à la créature,

Quand chaque germe printanier En s'ouvrant se métanaorphose, Je voudrais pouvoir une chose :

Ouvrir la porte au prisonnier !

Quand les larves dans les sillons Sentent se dénouer leurs ailes; Quand cigales et papillons Revivent. . . — Quand les hirondelles

Reviennent trouver nos maisons; Que ne puis-je, brisant les chaînes, Transformer en amour les haines Qui fermentent dans les prisons!

Ah ! quand dans le feuillage vibre Le chant des oiseaux amoureux, Pourquoi faut-il que sous les cieux Tout ce qui vit ne soit pas libre!

Vœux superflus, sensibilité exagérée, peut-être! J'oubliai que les oiseaux peuvent cbanter et voler en liberté, parce qu'ils ne s'insurgent jamais contre les lois delà nature... et que si les hirondelles peuvent nous revenir sans crainte chaque hiver, c'est qu'elles n'ont jamais été que les témoins de nos guerres civiles, et que, toujours soumises à leur destinée, elles n'ont point d'envies ni de haines.

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Au moment où je Irace ces lignes, le tambour bat dans les rues de mon village, et je vois une troupe de jeunes gens passer sous ma fenôtre en cbantant un refrain guerrier : c'est pourtant le dieu Bacclius bien plus que le dieu Mars qui les anime.

L'un d'eux marche devant et porte, d'un air vainqueur, la bannière tricolore.

Ces jeunes gens sont des conscrits que la loi appelle sous les drapeaux.

Les villageois sont peu partisans de la guerre, et ces jeunes conscrits qui chantent en chœur, et qui feront demain la farandole en signe de joie, n'ont certainement pas un enthousiasme bien senti pour l'état militaire; ils préfèrent la vie de famille à la vie de caserne, — la bêche au chassepot !

Tous ces jeunes gens qui vont quitter le village, feront certainement de bons soldats... mais ils feraient de bien meilleurs laboureurs! ! !

Pauvres enfants, au moment où vous chantez — pour vous étourdir — vos mères pleurent... et elles maudissent la loi barbare qui fait de l'impôt du sang une obligation sociale.

A voir la guerre à l'état permanent, on croirait que ce tléau entre dans les nécessités de la vie

humaine et qu'il est dès lors nécessaire que les hommes s'entre-tuent un peu, de temps en temps, pour vivre ! ! !

La mendicité au villagre. — Un mendiant philosophe.

La mendicité est un fléau pour les villages. Les pauvres expulsés des villes se réfugient dans les campagnes, où la charité ne leur fait jamais défaut, et où on ne les emprisonne pas — quoique la mendicité y soit également interdite.

Dans les villes — à Paris surtout — on pourrait croire que la misère n'existe nulle part. Dans les villages, au contraire, où nous laissons les pauvres librement demander l'aumône, il semble que la France entière soit peuplée de mendiants.

Le village est aujourd'hui, pour les pauvres, ce que l'église était autrefois pour les criminels : un lieu d'asile.

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A toutes les époques, et chez tous les peuples civilisés, on a fait des lois pour l'extinction du paupérisme .

Chez les Rliodiens, on obligeait les riches à nourrir les pauvres : c'était l'impôt sur le superflu.

Une loi de l'empereur Justinien autorisait les particuliers à arrùter les mendiants valides : pour en faire des esclaves, s'ils étaient de condition serve; pour en faire des laboureurs, s'ils étaient de condition libre.

Un concile de Tours, tenu en 561, ordonnait à chaque cité de nourrir ses pauvres. Un capitulaire de Charlemagnc contient la même disposition.

L'extinction du paupérisme a donc toujours préoccupé les législateurs; supprimer la mendicité est encore le rêve de tous nos philanthropes.

A l'entrée de nos villages, on lit ces mots, incrustés sur le mur de la première maison : — La

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