LA GEXE DE L AGRICULTURE
De la gêne de l'agriculture naît fatalement la dépréciation du sol arable, et cette dépréciation est
cause que les champs se dépeuplent au profit des Ailles industrielles.
Il faudrait peut-être la sagesse, la prévoyance d'un Sully pour arrêter le courant fatal qui entraîne villageois et villageoises vers les grandes villes. Cette dépopulation des villages, — je le répète, et l'on ne saurait trop l'écrire, — provient des souffrances de l'agriculture.
On ne se doute pas, dans les régions où vivent si commodément les hommes à appointements fixes, — du malaise des centres agricoles, et des privations de toute nature que les paysans sont contraints de s'imposer pour pouvoir nourrir leur famille et payer l'impôt, sans que le papier jaune du percepteur vienne les menacer du garnisaire.
Pour aider les paysans, sous ce rapport, — pour les retenir dans les villages, — les économistes agricoles indiquent bien des moyens : caisses de crédits, concours, médailles, etc., etc. Quant à moi, je n'en indiquerai qu'un bien simple : créer de nombreux canaux d'irrigation, — seul moyen de fertilisation à bon marché. Ce que l'État dépenserait, l'impôt agricole le lui rendrait alors avec usure. Et, tandis que nous avons en France tant de terrains à détiicher, à
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fertiliser, tant de terres vaincs restant sans culture, en un mot, tant de sources de revenus se tarissant, nous voyons, ehaciue année, des familles entières forcées d'abandonner les villages,... et même de s'expatrier !
Souvenons-nous que les premiers Romains regardaient le revenu de la terre comme le plus moral ; que chez eux les tribus agricoles, c'est-à-dire les paysans, étaient les plus honorées, si bien qu'il fallait prouver qu'on cultivait soi-même un champ pour être admis au nombre des citoyens.
Si nous nous souvenons des premiers Romains, souvenons-nous encore plus des derniers. Songeons que le dépérissement de l'agriculture, dans les derniers siècles de l'empire, fut une des principales causes de la chute de Rome.
Malheur à une nation qui voit les villes s'agrandir et les villages se rapetisser!
Les grandes villes.
Combien de gens, — depuis celui qui veut travailler avec ses bras jusqu'à celui qui veut travailler avec son esprit , ont quitté leur village pour s'en aller, l'âme pleine d'illusions, chercher la fortune ou la gloire dans les grandes villes, et qui n'y ont trouvé que des déceptions !
Les grandes villes!... pour un villageois qui réussit à s'y faire une position, beaucoup s'en retournent désillusionnés, quand ils n'y meurent pas en désespérés.
Les grandes villes!... autant au village la vie est facile^ autant dans les grandes cités elle est difficile. Au village on peut toujours s'arranger une petite existence, sans que la tromperie s'en mCde ; on peut y rester honnête impunément!... Dans les grandes villes, c'est tout le contraire; si vous conservez la moindre pudeur, la moindre droiture ; si vous êtes fier plus que servile ; si vous n'êtes pas habile à encenser le vice et à vihpender la vertu... vous n arriverez pas, parce que les gens vertueux, trop timides et très-peu nombreux, ne vous défendront point, et que les gens vicieux, — dont l'audace
légale le nombre, — auront tout intérûl à vous Larrer le chemin.
Ceci me rappelle l'histoire de Camille, un Provençal des bords de la Durance, un poète peut-ôtre, mais à coup sûr une de ces natures qui font le poète. Camille est un de ces esprits enthousiastes qui croient tout ce qu'ils désirent, et chez lesquels l'illusion augmente en proportion de la force du sentiment et de la faiblesse de la raison.
Camille , dès que ses études furent terminées , résolut de quitter son village, — poussé par l'ambition, — pour aller, dans le monde, chercher un peu de cette fumée qui s'appelle gloire... ou un peu de cette fortune qui s'appelle argent.
En ce temps j'habitais encore Paris.