HOLDERNESS
Après quoi l'officier ordonna que l'on remit en liberté le domestique du comte, qui jusque-là avait été retenu prisonnier à Furth, ville située à une lieue de distance de Farnbach , et escorta l'ambassadeur avec quatre houssards jusqu'à Nuremberg.
Arrivé à Ratisbonne, le comte de Holderness reçut un courrier du feld-maréchal autrichien, comte de Seckendorf, porteur d'une lettre de ce général dans laquelle celui-ci lui exprimait ses regrets sur le traitement qu'il avait essuyé par les houssards impériaux ; et ordonna au comte de St-Germain de se rendre en personne chez l'ambassadeur pour lui faire ses excuses.
Renvoi, en 1744, du marquis du la Chétardie, ministre de
France près la cour de Russie. ])
Lorsque la cour de Russie, qui était en froideur avec la France depuis l'affaire de l'élection de Stanislas au trône de Pologne, eut résolu de se rapprocher de la cour de Versailles, en envoyant comme ministre près de Louis XV, le prince Cantemir ; le roi nomma , en cette même qualité , près de la czarine, le comte de Vaulgrenant ; mais celui-ci ne se rendit pas à son poste ; et ce fut le marquis de la Chétardie , ministre du roi à Berlin , qui alla à Pétersbourg. Arrivé en cette
I) De Flassan, Hut. gétt. de la diplomatie française, T. V.
capitale, au mois de Décembre 1739, il y avait acquis un grand crédit, parce que, 3e concert avec le chirurgien Lestocq, d'origine française, il avait fait monter sur le trône, à la fin de 1744 , la princesse Elisabeth, fille de Pierre I, laquelle expulsa la princesse régente, qui gouvernait pour le jeune prince Iwan.
M. de la Chétardie parvint dès lors à une très-haute faveur auprès d'Elisabeth. Dans l'audience dernière qu'il en obtint à la fin d'Août 1 742, cette princesse lui fit des cadeaux de la valeur d'un million ; et la veille de son départ, elle le décora encore des ordres de St.-André et de Ste.-Anne, qui sont de première classe.
Le marquis de la Chétardie avait de la taille , de la figure, de l'esprit, de la galanterie ; et la distinction avec laquelle il fut traité par Elisabeth, donna lieu à des conjectures d'une nature assez délicate. Peut-être aussi que cette princesse ne voulut que récompenser le zèle avec lequel M. de la Chétardie l'avait portée au trône.
M. d'Aillon ayant remplacé, au mois d'Août 4 742, M. de la Chétardie, en qualité de ministre plénipotentiaire de France, en Russie, la czarine avait conclu, le 22 du Décembre suivant, un traité d'alliance défensive avec la Grande-Bretagne. Vers la fin de 4743, la cour de Versailles, pour recouvrer son influence à Pétcrsbourg, avait cru devoir y renvoyer de nouveau M. de la Chétardie , avec le caractère d'ambassadeur et muni de lettres de créance, dans lesquelles le roi, pour se concilier l'amitié de la czarine, lui avait donné le titre d'impératrice de toutes les Russies. Le marquis de la Chétardie, de retour en Russie, avait été bien accueilli par cette princesse, mais il avait différé de jour en jour, de déployer le caractère d'ambassadeur, dans l'espoir de pouvoir parvenir auparavant à faire expulser du ministère le comte Bestoucheff, qui n'était pas favorable à la France. Il lia dans
cette vue une intrigue de cour ; niais deux personnes de haut rang, qu'il avait mises dans sa confidence, en ayant instruit l'impératrice, cette princesse irritée lit saisir les papiers de M. de la Chétardie ; et après lui avoir retiré les ordres dont elle l avait précédemment décoré , le ût reconduire a la frontière, au mois de Juin 1744, en prenant soin d'instruire le roi de Franco et tous les ministres étrangers auprès d'elle, qu elle n'avait pris ce parti rigoureux qu'à cause de la mauvaise conduite que le marquis de la Chétardie avait tenue à sa cour, où il n'était point ministre reconnu. Elle ajoutait <i qu elle était persuadée que ce particulier avait agi sans » ordre, et que le roi, son maître, désapprouverait sa con- » duite. »
Louis XV ne se regarda point comme offensé, d'autant plus que M. de la Chétardie n'avait point encore développé son caractère ; et que l'impératrice, par égard pour le roi, avait affecté de ne le regarder que comme une personne privée. Louis XV exila M. de la Chétardie dans ses terres, dont il n'eut la liberté de sortir que Tannée suivante, pour aller servir dans l'armée d'Italie. 11 fut incontinent remplacé par M. d'Aillon, qui ayant déjà été en Russie, connaissait les hommes et les choses de ce pays ; et la querelle qu'il avait eue alors avec M. de la Chétardie, parut même un motif de plus, pour le préférer.
Renvoi, en 1760, du cardinal Acciajuoli, nonce du pape
à Lisbonne. 1 )
Le roi de Portugal ayant déclaré en 1760, le mariage de la princesse du Brésil, avec l'infant Dom Pedro, ordonna aux
I) Mercure Msl. et polit. 1760, T. I.
personnes de sa cour ainsi qu'à tous les habitants de Lisbonne de faire des illuminations pendant trois nuits, cl qui eurent lieu avec toutes les démonstrations de joie par les sujets de S. M. Très-Fidèle. Tous les ambassadeurs et ministres étrangers en firent autant, pour donner par là des marques publiques de la part qu'ils prenaient u cet heureux événement. Le cardinal Acciajuoli, nonce du pape, fut le seul qui n'en fit aucune ; tout au contraire, il fit fermer soigneusement, pendant les trois nuits, toutes les portes et fenêtres de son hôtel, et éteindre toutes les lumières qu'on y voyait habituellement. Les habitants de Lisbonne, indignés de cette conduite et du manque de respect du cardinal pour le roi, s étant attroupés en foule devant l'hôtel du nonce, menacèrent d'y mettre le feu ; et la force armée ne parvint qu'avec peine à soustraire le cardinal à la vindique publique. Le roi, justement irrité d'un pareil procédé de la part du nonce, dont déjà depuis quelque temps il avait lieu de se plaindre, lui fit intimer l'ordre de quitter la capitale dans trois heures, et le royaume dans quatre jours. Dom Louis d'Acunha, secrétaire d'État, adressa en conséquence au nonce la lettre suivante.
Éminentissime et Révérendissime Seigneur,
Sa Majesté, faisant usage du pouvoir juste , royal et suprême qui lui appartient dans tous les Etats de sa domination, et voulant conserver en son entier son autorité royale, et préserver ses sujets des préjudices scandaleux et attentatoires à la tranquillité publique, m'ordonne de notifier à V. Exe, qu'immédiatement après que cette lettre lui sera remise, elle aura à quitter cette cour, et à passer sur l'autre rive du Tage ; et à sortir de ses royaumes dans l'espace de quatre jours. Pour que V. Exc. soit décemment transportée, les galères du roi sont dans la plage voisine de l'hôtel de V.Exc, et afin qu'elle puisse y entrer, et continuer ensuite son voyage sans être insultée, et jouissant toujours de la protection que S. M. accorde dans ses domaines,
et surtout de l'immunité attachée au caractère dont V. Exc. esi revêtue, le roi a donné en même temps ses ordres, pour que V. Eic. soit conduite jusqu'aux frontières de son royaume par une escorte militaire honorable et compétente. J'ai l'honneur d'être, etc.
L'instruction que le roi envoya à son ministre plénipotentiaire à Rome, Dom François d'Almada, pour informer le pape des motifs de sa conduite envers le cardinal Acciajuofi, fut rendue publique par ordre de S. M. Très-Fidèle.
Renvoi précipité, en 4 654, du ministre de France à Londres, accusé davoir participé à une conspiration contre Crotmvel.
En 1654, M. de Bas, ministre de France en Angleterre, fut accusé d'avoir eu part à une conspiration qui s'était faite contre la personne de Cromwel. 11 y avait des preuves si fortes contre ce ministre, que le conseil du royaume le fit assigner pour l'entendre, et pour lui lire les dépositions de ses accusateurs. Le ministre s'y rendit, mais lorsqu'on voulut l'interroger sur les faits, il dit qu'il pouvait bien répondre et déclarer qu'il n'avait point de connaissance de l'affaire dont il s'agissait, qu'il ne ferait même point de difficulté d'informer le protecteur Cromwel en particulier, par manière d'éclaircissement, de ce qu'il en savait : mais qu'il ne se soumettrait jamais à un interrogatoire devant des juges, ni ne répondrait en justice ; attendu qu'en sa qualité de ministre public, il dérogerait à la dignité du roi son maître ; à qui seul il était obligé de rendre compte de ses actions. Cromwel et cinq des sept conseillers qui composaient le conseil, s'étant retirés après cette déclaration dans une autre pièce, et rentrés quelque temps après, demandèrent de nouveau à M. de
Bas, s'il s'obstinait à ne point répondre aux questions qu'on lui avait faites ; celui-ci persistant dans sa première résolution, il lui fut ordonné de sortir du royaume dans deux fois vingt-quatre heures.
Différend survenu en 1600, entre la cour de France et celle d'Espagne, au sujet de l'arrestation faite à main armée du neveu du comte de Rochepot, ambassadeur de Henri IV à Madrid.*)
Le comte de Rochepot étant ambassadeur de Henri IV, auprès de Philippe III, roi d'Espagne, le neveu de ce ministre et quelques gentilshommes français de sa suite , furent insultés à Valladolid où ils se baignaient dans la rivière, par quelques Espagnols. On en vint aux mains ; et deux Espagnols furent tués, et plusieurs autres blessés. Le peuple s'ameuta, et investit l'hôtel du comte de Rochepot où les Français s'étaient réfugiés , menaçant d'y mettre le feu , si on ne lui livrait point les coupables. La force armée arriva et enleva le neveu de l'ambassadeur, qui fut conduit dans les prisons de Madrid. Le roi d'Espagne prétendit excuser cet acte, par la nécessité dans laquelle on avait été de calmer la populace soulevée, et ordonna au magistrat de la ville de Valladolid , de demander pardon à l'ambassadeur ; laissant toutefois les Français en prison. Henri IV, ne jugeant pas la satisfaction suffisante, ordonna au comte de Rochepot, de revenir en France sans prendre congé de S. M. Catholique, et défendit tout commerce avec les Espagnols.
Le pape Clément VUI , accommoda ce différend ; le roi d'Espagne lui consigna le procès et les prisonniers , que le
De Real, La science du gouvernement, T. V. sert. IX. Martf.ns, Causes célèbres. ï. 28
pape remit quelques jours après entre les mains du comte de Bethune, ambassadeur de France à Rome, et le roi se contenta des honneurs extraordinaires que Philippe m fit rendre à M. Barrault, le 2 Août 1604 , qui remplaça M. de Rochepot en qualité de ministre.
Différend survenu en 4 736, entre le gouvernement turc et l ambassadeur de Hollande à Constantinople, en suite de l'arrestation du valet-de-chambre de l ambassadeur , par les janissaires.*)
En 1736, le valet-de-chambre de l'ambassadeur de Hollande à Constantinople, de Kalkoen, se divertissant aveo quelques amis, qui furent insultés par des janissaires , et se trouvant attaqué par plusieurs d'entre eux les armes à la main, tua son aggresseur d'un coup d'épée. Arrêté par les janissaires, cet individu fut condamné à perdre la téte, selon les lois turques. Le ministre de Hollande fit tous ses efforts pour obtenir sa grâce, et tous les autres ministres étrangers joignirent leurs instances aux siennes ; ce qui engagea le grandseigneur à suspendre l'exécution. Mais un parent du défunt étant parvenu à soulever un grand nombre de janissaires, ceux-ci se présentèrent en foule aux portes du sérail , et demandèrent à grands cris, que l'on exécutât sur le champ la sentence prononcée contre le coupable. L'ordre en fut donné, et l'exécution eut lieu quelques instants après. Les ministres étrangers se récrièrent tous contre ce procédé ; mais le grandseigneur fit faire à chacun d'eux en particulier, une espèce d'excuse, en leur faisant dire que, craignant un soulèvement général, il avait été forcé de céder aux sollicitations des ja-
4) De Real, La science du gouvernement, T. V. sect. IX.
nissaires, pour ne point compromettre la sûreté de l'ambassadeur et celle de tous les autres ministres étrangers, ainsr que celle de ses propres ministres et la sienne propre.
Arrestation de Garcilas de Vbga, ambassadeur d'Espagne à Borne, soupçonné d'avoir tramé contre le gouvernement papal. ')
Le pape Paul m, fit arrêter Garcilas de Vega, ambassadeur de Philippe III, roi d'Espagne, auprès de sa personne, après avoir intercepté quelques lettres de ce ministre, par lesquelles, prétendait* on , il sollicitait le duc d'Albe, vice-roi de Naples, de faire la guerre au pape. Le vice-roi en fit faire de vives plaintes. Paul III répondit que, comme supérieur à tous les princes, il était en droit de leur demander raison sur des actions sur lesquelles lui, ne devait compte à personne ; qu'il était en droit de retenir et de lire toutes les lettres, lorsqu'il avait des soupçons de quelque trame contre l'église ; que si l'ambassadeur avait fait le devoir que lui prescrivait son caractère, il ne lui serait point arrivé de mal ; mais qu'ayant excité des séditions et machiné contre le prince auprès duquel il était envoyé, son crime était celui d'un particulier, et qu'il voulait le punir comme tel.
Mise à mort, par condamnation, en 1 654, de Dom Pantaléon Sa, frère de l'ambassadeur de Portugal à Londres, sous le protectorat
d Olivier Gromwel.*)
Sous le protectorat d'Olivier Cromwel, Dom Pantaléon Sa, chevalier de Malte, et frère du comte de Panaguias, ambas-
1 ) De Real , La science du gouvernement, T. V. sect. IX. 2) De Real, La science du gouvernement, T. V.
sadeur du roi de Portugal en Angleterre, prit querelle dans la nouvelle bourse, avec un colonel nommé Gérard. Il y retourna le lendemain, et y renouvela la dispute avec une personne qu'il prit pour cet officier. On s'échauffa jusqu'à venir aux mains ; le chevalier tua cette personne d'un coup d'épée. et ses gens blessèrent plusieurs des assistants. M. Sa se retira alors dans l'hôtel de son frère, que le peuple investit aussitôt, en menaçant d'enlever les coupables de force. Cromwel, informé du désordre, y envoya un officier qui, à la téte d'un détachement de soldats, demanda l'extradition du chevalier. L ambassadeur se récria contre cette violation du droit des gens, et demanda au protecteur une audience ; mais qui lui fut refusée. Cromwel lui ayant fait dire que, s'il ne livrait pas les coupables, il ne pouvait répondre de ce qui en arriverait ; et qu'ayant eu un homme de tué et plusieurs de blessés, il fallait que justice soit faite ; l'ambassadeur livra son frère et tous ceux qui l'avaient accompagné. Il se flattait d'obtenir leur grâce, lorsque le mouvement populaire se serait dissipé ; mais Cromwel fut inflexible ; et Dom Pantaléon Sa fut décapité dans la tour le 4 0 Juillet \ 654 , et ses complices pendus à Tyburn.
SECTION IV