N^ XI
Mémoire de S. M, britannique; du 28 Avril 4761.
Le roi de la Grande-Bretagne, toujours porté par le même désir de faire cesser les maux de la guerre qui s'est malheureusement allumée entre la Grande-Bretagne et la France concourra avec satisfaction à toute démarche convenable qui tende à applanir les obstacles qui pourraient s'opposer à un ouvrage aussi salutaire. C'est dans cette vue que S. M. britannique enverra volontiers en France, en qualité de son ministre, M. Stanley, dans le même temps que le roi Très-Chrétien enverra le Sieur de Bussy à Londres.
Au reste, S. M. ne trouve pas dans le mémoire du 26 du mois passé, fait au nom de S. M. Très-Chrétienne, que le fond de la proposition qu'il contient touchant les conquêtes réciproques, soit nécessairement lié avec les époques proposées; bien au contraire, c'est nommément sur ces époques mêmes, que le roi Très-Chrétien y offre d'entrer en négociation. En voici les propres mots. « Cependant comme S. M. britannique «pourrait penser que les termes proposés des mois de Sep- » tembre, Juillet et Mai seraient ou trop éloignés pour les avan- ))tages de la couronne britannique, ou que S. M. britannique D croirait devoir faire des compensations, de k totalité ou de » partie des deux couronnes, sur ces deux objets, le roi Très- » Chrétien entrera volontiers en négociation avec S. M. britan- » nique, lorsqu'il- connaîtra ses intentions.».
C'est d'après une offre si durement énoncée, et point susoeptible de' mésenteqdu, que S. M. britannique s'est détermi-
née à déclarer qu'elle est prête de son côté à entamer avec promptitude et sincérité la négociation proposée. Le roi de la Grande-Bretagne, constant de ses intentions, renouvelle sa dite déclaration, et S. H. britannique pour ne laisser aucun doute sur les dispositions, a fait expédier le passeport ci-joint, et en recevra incessamment avec plaisir un réciproque de la cour de France, pour qu'en traitant de bouche, tant sur le fond de la question, que sur les époques aussi bien, que relativement aux compensations qui conviendront aux deux couronnes, l'on puisse de part et d'autre mieux éclaircir des doutes, et écarter toutes ambiguités d'une négociation, qui pour n'être pas infructueuse, doit être conduite des deux côtés avec franchise, précision et célérité.
Par ordre et au nom du roi mon maître.
W. PiTT.
Le ministère anglais n'étant pas sans inquiétude sur le ressentiment de la France, et craignant que l'entreprise sur Belle-Isle ne fit avorter la négociation,* M. Pitt se hâta d'envoyer k M. de Choiseul les passeports nécessaires pour M. de Bussy ^ ) , désigné comme plénipotentiaire français à Londres. M. de Choiseul en fit autant pour M. Stanley *) nommé en la même qualité pour Paris. L'envoi de ces deux plénipotentiaires fut constaté par les quatre lettres suivantes :
1) M. de Bussy était un des premiers commis au ministère des affaires étrangères, qui avait déjà rempli, en 1754, une mission infructueuse au sujet des contestations présentes prés du roi d'Angleterre, lorsque celui-ci était venu en Hanovre.
2) M. Stanley était connu par deux traités, écrits en latin, sur les lois -et le droit; mais ne s'était point montré encore dans la carrière politique. M. Pitt était certain que ce négociateur timide et méfiant, ne hasarderait pas un mot de son propre mouvement, et ne serait à la cour de Versailles qu'un instrument qu'il manierait à son gré. La rigidité du caractère de M. Stanley, pouvait exposer à plus d'un péril ceux qui traiteraient avec lui. Ignorant Jes détours adoptés quelquefois par la politique, il suivait directement son objet, attachait à une avance générale la force d'un engagement; et prenant l'expression à la rigueur, il ne se dèpprtait jamais du s^ns tîans lequel il l'avait conçue. Flaôsan, Uist. de la diplomatie française. ,
CAUSE YIï. 1761. 491
N^ XII
Lettre du duc de Choiseul, adressée à M, Pitt; du 4 Mai 4761.
Monsieur, le roi mon maître adopte entièrement le principe contenu dans la lettre dont V. Exc« m^a honoré le 27 du mois dernier, ainsi que dans le mémoire qui y était joint, sur la nécessité de l'envoi des ministres respectifs, pour éclaircir nombre de difficultés qu'il est impossible d'éviter par lettres et par mémoires. J'aurais cependant été bien flatté d'avoir l'honneur de négocier directement avec V. Exe. une afifaire aussi importante; personne n'a plus que moi de confiance dans la probité et les rares talents de V. Exe. et j'ose présumer que la volonté des rois nos maîtres, une fois décidée pour la paix, les lumières de V. Exe. unies à mon zèle pour un bien précieux, en auraient aplani les difficultés; mais comme nos emplois nous éloignent nécessairement d'une négociation directe, M. de Bussy, accoutumé à travailler avec moi, remplacera auprès de V. Exe. le désir que j'ai de concourir aux vues salutaires de la paix, qui paraissent animer toutes les parties belligérantes; je prie V. Exe. de lui accorder ses bontés, et je suis sûr qu'il fera son possible pour les mériter.
V. Exe. verra dans ma lettre particulière, à laquelle sont joints les passeports du roi pour M. Stanley, quelques arrangements de précautions que je lui propose de constater, afin d'éviter les inconvénients qui peuvent se rencontrer dans les premiers moments de l'envoi des ministres respectifs.
J'ai l'honneur d'être, etc. .
Lé duc DE Ghoisbul.
N^ xm.
Seconde lettre du diic de Choiseul, adressée à M. Pjitt; du
4 Mai 4764.
J'ai reçu le passeport du roi de la Grande-Bretagne, que* V. Exe. m'a fait l'honneur de m'adresser pour M. de Bussy, en qualité^ de ministre du* roi mon maître, et je vous envoie réciproquement ceux de S. M. pour M» Stanley,* qu'il a plu à S. M. britannique de choisir pour venir en la même qualité à cette cour: Je crois devoir à cette occasion , Monsieur,
192 CAUSE Vn. 1761.
faire quelques observations qui me paraissent nécessaires pour assurer Texécution de la commission de ces deux ministres.
i *• Le roi pense que S. M. britannique jugera convenable que les deux ministres soient munis des pleins-pouvoirs des deux cours pour pouvoir en faire usage au besoin.
2° Que les deux ministres doivent avoir chacun une lettre de créance des rois leurs maîtres, qu'ils ne remettront qu'aux secrétaires d'État respectifs; c'est-à-dire, en France au ministre et secrétaire d'État au département des affaires étrangères* et en Angleterre, au ministre et secrétaire d'État du département du Sud.
3^ Gomme l'intention du roi est que le ministre anglais 'jouisse en France de la même liberté que si les deux cours étaient en pleine paix^ tant pour le commerce de la vie, que pour l'entretien de sa correspondance avec la cour d'Angleterre et les autres cours de l'Europe, enfin pour l'envoi de ses courriers, et pour les prérogatives et franchises attachées à son caractère; S. M. compte que M. de Bussy jouira absolument à Londres des mêmes droits, prérogatives, franchises et libertés; bien entendu que quand l'un ou l'autre voudront dépécher des courriers à leur cour ou à quelqu'autre, ils seront obligés de demander un passeport du secrétaire d'État de leur département, lejc[uel ne leur sera point refusé, non plus que le bâtiment nécessaire pour transporter les courriers de France en Angleterre, et d'Angleterre en France.
4 ® Nous désirons savoir quand . M. Stanley pourra partir de Londres pour se rendre à Calais, afin de diriger le voyage de M. de Bussy, de façon qu'il se rende dans le même temps à Calais pour passer en Angleterre sur le même bâtiment 'qui aura amené M. Stanley, si cela convient à la cour de la Grande- Bretagne : mais s'il en était autrement , le roi fera tenir dans le port- de Calais un- bâtiment qui transportera M. de Bussy en Angleterre, auquel cas il conviendra savoir quelle sorte de bâtiment S.. M. britannique aura choisi pour porter à. Calais M. Stanley.
Je crois que V. Exe. trouvera ces observations justes, et qu'elle voudra bien m'envoyer sa réponse le plus tôt qu'il lui sera possible. J'ai l'honneur d'être, etc.
Le duc DE Cboiseul.
CAUSE Vif. 1761. 193
N^ XIV
Réponse de M. Pitt, adressée au duc de Choiseul; du
14 Mai 1761.
Monsieur, le roi mon maître a appris avec une vraie satisfaction^ par la lettre que V. Exe. m'a fait Thonneur de m'écrire le 4 de ce mois, que les sentiments du roi Très-Chrétien se trouvent conformes à ceux de S. M. sur Penvoi mutuel des ministres des deux coups.
J'espère que V. Exe. sera persuadée que je sens vivement tout le prix des sentiments très- obligeants dont elle a bien voulu m'honorér, et que, reconnaissant* au poiùt que je fais les qualités supérieures qui ont fixé le suffrage de toutes les cours, j'envisage dans toute son étendue tout ce qu'il y aurait eu de . flatteur pour moi d'avoir l'honneur de traiter directement avec V. Exe. sur un objet aussi' intéressant, et de partager avec elle du côté du zèle, pour l'heureux ouvrage de la paix, la satisfaction de coopérer plus immédiatement à assurer aux peuples les effets de la volonté salutaire de nos 'maîtres. Je me ferai cependant un sensible plaisir.de rendre en toutei? occasions à M. de Bussy ce qui est dû à son caractère ainsi qu'à son mérite, et je puis vous assurer, Monsieur, que le bonheur qu'a eu ce ministre d'être accoutumé à travailler avec V. Exe. est encore une circonstance qui ne peut que mlntéresser extrêmement* à son "sujet.
Je m'assure que M. Stanley, qui sort d'une m'aison fort illustre, et qui en a tous les sentiments, fera ses efforts pour mériter l'honneur de l'approbatiop de V. Exe, et elle voudra bien que je le recommande à ses bontés.
Vous verrez. Monsieur, par ma lettre particulière, les* réflexions qui se' sont présentées ici relativement aux arrangements de précaution que V. Exe. a proposé de constater, et j'espère qu'il ne restera aucun inconvénient à ce sujet.
J'ai l'honneur d'être, etc.
W. Pitt..
Mârtens, Causes célèbres. II. 13