N». VU
Mémoire du comte de Welderen, ambassadeur de la république
des Provinces- Unies des Pays-Bas à la cour de Londres, adressé
à S. M. britannique; du 26 Mars 1777.
Sirel
C'est avec' le plus profond respect que le soussigné, Envoyé extraordinaire et plénipotentiaire de L. H. P. en conséquence des ordres qu'il vient d'en recevoir, a l'honneur de représenter à V. M., que le mémoire que son ambassadeur leur a présenté le 31 du mois passé, les a sensiblement touchées, et qu'elles set trouvent obligées de porter des plaintes contre des reproches qui y sont contenus, comme si L. H. P. étaient soupçonnées de vouloir amuser Y. M. par des assurances amicales , qui sont démenties par les faits ; de même que du ton menaçaQt qui règne dans ce mémoire et qui parait à L. H. P. trop éloigné de ce qui est reçu et doit avoir lieu entre des souverains et puissances indépendantes ; et surtout entre des voisins qui ont été unis depuis si longtemps par les liens de la bonne harmonie, et de l'amitié mutuelle.
L. EL P. croient, qu'en toutes occasions, et particulièrement dans ces malheureux troubles des colonies de Y. M. en Amérique , elles ont fait envers Y. M. tout ce que l'on pouvait attendre d'un bon voisin et d'une puissance amie et affectionnée.
L. H. P., sire, mettent le plus haut prix à l'amitié de Y. M. : elles souhaitent faire tout ce qui est en leur pouvoir 9 autant que l'honneur et la dignité de l'État le permettent, pour la cultiver de plus en plus; mais elles ne sauraient cacher en même temps à Y. M. la sensible sensation que ce mémoire a faite sur elles.
C'est uniquement par le motif de montrer à Y. M. tous les égards possibles, et pour prouver que L. H. P. ne veulent
rien négliger de ce qui peut servir à rechercher convenablement la vérité des faits, dont les plaintes paraissent être résultées , qu'elles ont résolu de faire cet examen de la façon la plus prompte, et d'en retrancher toutes les longueurs et les délais. Â cet effet L. H. P. se sont écartées de la forme ordinaire usitée toujours en pareils cas, de demander le rapport par écrit des of&ciers et employés de leurs colonies, et elles ont déjà expédié leurs ordres, que le commandant de Saint- Ëustacbe se rendrait dans la république sans délai, et le plus promptement possible, pour donner les informations nécessaires de tout ce qui s'est passé dans File de Saint-Eustache, et de ce qui est venu à sa connaissance, relativement aux colonies américaines et leurs vaisseaux, pendant le temps qu'il y a commandé et pour mettre sous les yeux de L. H. P. sa conduite à cet égard.
Le soussigné se trouve chargé de porter cette résolution à la connaissance de Y. M. et de déclarer pareillement, que L. H. P. ne font aucune difficulté de désavouer très-expressément tout acte ou marque d'honneur qui peut avoir été donné par leurs officiers et employés aux vaisseaux de V Amérique septentrionale de S. M., ou qu'ils pourraient donner dans la suite, pour autant que ces actes ou marques d'honneur seraient de nature qu'on pût en conclure, que l'on reconnaît le moins du monde l'indépendance et la souveraineté desdites colonies.
Le soussigné se trouve en outre chargé de porter à la connaissance de Y. M., que L. H. P. viennent de donner des ordres en conséquence aux gouverneurs et commandants de leurs colonies dans les Indes-Occidentales, et leur ont enjoint de nouveau d'observer strictement et exactement leurs ordon-
nances et leurs ordres contre l'exportation des munitions de guerre dans les colonies de PÀmérîque de Y. M., et de faire exécuter ces ordres avec toute la rigueur possible.
En réponse à ce mémoire, S. M. britannique ordonna au secrétaire d'État comte de Suffolck , d'adresser à l'ambassade de Hollande à Londres, la lettre suivante.
N^ vui.
Lettre du comte de Suffolck, secrétaire d'État au département des affaires étrangères de S. M. britannique, adressée au comte de Welderen, en réponse au mémoire ci-dessus, adressé aw rot ;
du 1 1 Avril 1 777.
Monsieur, le roi ayant pris connaissance du mémoire que vous avez adressé à S. M. le 26 du mois passé, en conséquence des ordres que vous aviez reçus de L. EL P., m'ordonne de vous assurer, que S. M. Taccepte avec satisfactioa ; en môme temps qu'elle ne saurait s'apercevoir que le mémoire présenté par son ambassadeur aux. États-Généraux des Provinces-Unies, le 34 Février, contienne quelque chose contraire à ce qui doit avoir lieu entre des souverains et des puissances indépendantes. Dans les circonstances sérieuses dont il est question, S. M. a été d'autant plus sensiblement touchée de Taffaire qui faisait le sujet principal de la plainte, qu'elle était occasionnée par le procédé indécent d'un gouverneur au service d'un voisin, qui a été uni depuis si longtemps avec S. M. par les liens de la bonne harmonie et de l'amitié mutuelles.
S. M. a appris avec plaisir que L. H. P. ont rempli son attente ; qu'elles ont rappelé leur gouverneur ; que l'insulte est désavouée, et que les ordres sont expédiés aux gouverneurs et commandants des colonies de L. H. P. aux Indes- Occidentales , d'observer exactement les placards et ordres contre l'exportation des munitions de guerre dans les colonies de S. M. en Amérique, actuellement en rébellion : et étant persuadée que L. H, P. veilleront à l'exécution exacte de leurs ordonnances, S. M. se fait un plaisir de mettre fin à tout sujet de regret, que les conséquences de la conduite offensante du gouverneur de Saint-Ëustache peuvent leur avoir causé.
J'ai l'honneur d'être, etc. Suffolck.
Quoique les États-Généraux renouvelassent (le 12 Novembre 1777), encore pour un an, leurs défenses précédentes , concernant l'exportation des munitions de guerre vers
les colonies de rAmérique septentrionale, des plaintes trèsgraves furent portées par les négociants et propriétaires des bâtiments marchands hollandais, sur la conduite des vaisseaux de guerre, et des armateurs anglais ; surtout à l'époque où la France, par son alliance avec les colonies de TAmérique septentrionale du 6 Février 1778, se déclara publiquement en faveur des Américains , et que cette puissance fit bientôt après la guerre k TAngleterre.
Déjà pendant l'été de l'année 1778, les plaintes de quelques fréteurs avaient donné lieu à des représentations faites par le ministre de Hollande à Londres , au nom des États-Généraux. En Septembre 1778, les négociants, ainsi que les fréteurs et assureurs de plusieurs villes hollandaises, telles que Dortrecht, Rotterdam et Amsterdam, présentèrent en commun des suppliques aux États-Généraux, tant pour réclamer leur protection , que pour démontrer combien était injuste , et à la fois illégitime le principe mis en avant et soutenu par l'Angleterre, qui défendait de transporter k l'ennemi des bois de construction.
A la suite de ces représentations, les États-<îénéraux prirent, le 21 Septembre, la résolution suivante :
N^ IX
Résolution des États-Généraux des Provinces- Unies des Pays-Bas;
du ^\ Septembre i 777. ^)
Ayant été délibéré par résomption sur les divers rapports du comte de Welderen, Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire 7 du 14, 17, 21 et 24 Juillet de cette année {suit ici rénumération des diverses réclamations et pétitions des négociants, fréteurs et assureurs hollandais) , ainsi que sur les mémoires et rapports qui nous ont été adressés : — il a été résolu.
Qu'il sera écrit à M. Te comte de Welderen, Envoyé ex-
1) Traduit du hollandais.
312 GAUSE X. 1775—1780.
traordinaire de L. H. P. près la cour d'Angleterre, que L. H. P. sont satisfaites de ce que, sans attendre les ordres exprès de L. H. P., qui lui ont été envoyés à ce sujet, il ait réclamé les bâtiments et les cargaisons des sujets hollandais, dont on s'était si injustement emparés récemment en Angleterre. Que de plus L. H. P. sont parfaitement d'accord avec le principe qui a servi de base au mémoire que ce ministre a adressé le 5 du mois, à lord Suffolck; que L. H. P. considérèrent cette affaire comme étant de la plus haute importance pour les intérêts de l'État, et qu'en conséquence elles ont jugé à propos d'envoyer à M. de Welderen des ordres exprès, pour qu'il ait à faire les représentations les plus énergiques à S. M. britannique, et à son ministère, sur la manière violente et inouïe dont on se permettait de troubler le commerce et la navigation de leurs sujets. Que L. H. P. ont appris avec satisfaction que S. M. ait fait droit à ces diverses réclamations, qu'il ait été constaté qu'effectivement il n'avait point été agi de la sorte d*après les ordres supérieurs, et que S. M. ait la ferme volonté de rendre justice aux sujets de la république, étant bien éloignée de vouloir ruiner le commerce et la navigation delà république, ainsi qu'elle avait bien voulu le prouver, puisque S. M. avait ordonné que l'on relâcha sans autre forme de procès préalable, noQ- seulement les navires la Vierge Martine Henrich et Abda, se rendant de Curaçao en Hollande, et capturés injustement, ainsi que les navires la Vierge Débora, Maria, V Espérance et la Vierge Adriana, capturés sous prétexte d'avoir été destinés pour des ports français, venant d'un port français et se rendant à un autre de la même naUon. Mais que nonobstant ces mesures, les dommages et pertes considérables que les sujets de L. fi. P. avaient éprouvés par les armateurs anglais qui emmenèrent leurs bâtiments dans des ports de la Grande-Bretagne, ainsi que le sort incertain de tant d'autres bâtiments marchands déjà conduits dans les ports britanniques , ou qui se trouvaient encore en mer, appelaient trop l'attention de L. H. P. sur les intérêts de leurs sujets , pour que l'on ne dût pas en charger M. le comte de Welderen en temps opportun.
Que L. H. P., qui jusqu'aujourd'hui se sont flattées, et se flattent encore que l'amitié et la bonne intelligence si heureusement établies entre S. M. le roi de la Grande-Bretagne
ei la république des Provinces-Unies des Pays-Bas, subsiste encore , et auxquelles la république attache le plus grand prix, ainsi qu^elle en a fait preuve dans maintes circonstances, ne saurait comprendre, comjnent les armateurs anglais, munis d'ordres de S. M. aient pu, sans avoir égard au territoire hollandais, pousser l'audace jusqu'à tenir bloquées les rades d'Ëssequebo et de Demerary, et à empêcher, au moyen de petits bâtiments, l'approche des transports de vivres pour ces forts ; à enlever sous les yeux des batteries du fort et pousser en haute mer les petites embarcations des colonies, ne faisant la navigation que le long des côtes, et qui sont dépourvues de tout moyen de tenir la haute mer et de naviguer vers les colonies de l'Amérique septentrionale, n'ayant pas même de boussole pour se guider ; que d'autres aient pu de vive force enlever les cargaisons de plusieurs bâtiments sous les batteries de la rade de Surinam, et même sous les canons du fort d'Afnsterdam ; ainsi que cela s'est fait aussi de la barque américaine le Dauphin, conduite par le capitaine Green, prise par le capitaine Herrmann et le lieutenant Galloay, commandant le sloop Serwkh, équipé à la Grenade de M matelots et de 22 hommes. Mais que L. H. P. sauraient bien moins encore comprendre, comment en Europe même, et presque sous les yeux de S. M., il puisse se trouver non-seulement des armateurs, munis de permission de S. M., mais même des officiers à son service, et entre autre lord Windsor, qui conduisant la frégate royale the Fox, sous les prétextes erronés et les plus futiles, troublent la navigation paisible des sujets de la république d'une manière inouie et hostile ; tantôt en s'emparant des bâtiments venant des colonies et retournant en Hollande, pour avoir touché un port français; tantôt, pour avoii^ chargé des bois de construction, ou d'autres objets servant à la navigation marchande , ou bien pour avoir à bord des marchandises, qu'il ose en contradiction avec les stipulations des traités de navigation encore en vigueur avec la Grande- Bretagne, déclarer objets de contrebande; soit enfin en prétendant que la guerre éclatée entre la France et la Grande- Bretagne, bien qu'elle n'ait été précédée d'aucune déclaration, l'autorisait à amener jusqu'aux bâtiments neutres mêmes, dans les ports de l'Angleterre, tandis que par le traité de naviga-
lion du \ Décembre 1762, il est non-seulement stipulé, que même en temps de guerre, le commerce et la navigation des neutres ne pourront être troublés d'une manière quelconque, mais expressément dit encore, quQ la navigation et le commerce des sujets de la république doivent nommément jouir d'une liberté entière. Des procédés de cette nature ne pouvant être ni justifiés ni même excusés de quelque façon que ce soit, L. H. P. doivent s'en plaindre hautement à S. M. Elles ne sauraient le faire avec trop d'énergie, tant sont compromis, par de pareils actes, tous les intérêts de leurs sujets, donl l'existence entière est basée sur la liberté du commerce et de la navigation. — Qu'en conséquence L. H. P. espèrent de la sagesse et de l'esprit de justice qui caractérisent S. M., qu'elle voudra bien apprécier ces justes plaintes, et désapprouver la conduite de ceux de ses sujets, qui oseraient, encore contre les stipulations expresses des traités existants, troubler le commerce et la navigation des sujets de la république.
Que L. H. P., tout en reconnaissant avec satisfaction l'empressement que S. H. avait daigné mettre à ordonner le prompt relâchement des divers bâtiments susmentionnés venant de Curaçao et se rendant en Hollande, ainsi que lord Suffolck en a instruit dans son temps M. le comte de Welderen, auraient désiré que S. H. eût manifesté son ressentiment contre les individus qui se sont rendus coupables de ces actes : Que L. H. P. se flattent néanmoins que S. M. voudra, par des sentiments d'équité et de justice, non-seulement ordonner que tous les bâtiments hollandais si injustement conduits et reconnus encore dans les ports royaux, soient relâchés aussitôt que possible ; mais qu'il soit donné aux propriétaires de ces bâtiments, aussi bien qu'à ceux des cargaisons des indemnités proportionnées aux dommages et pertes qu'ils pourraient avoir éprouvés par suite de ces saisies. De plus, L. H. P. espèrent obtenir une satisfaction convenable, tant pour eux, que pour les sujets de la république dont les droits incontestables ont été méconnus et violés d'une manière si repréhensible, et de voir punir sévèrement le capitaine armateur Herrmann et son lieutenant Galloay ; de même qu'ils se flattent en outre, que S. M. voudra donner les ordres nécessaires pour qu'à l'avenir la navigation et le commerce des sujets
(le la république ne soient plus troublés ni molestés en aucune façon; afin que par une conduite contraire, la bonne harmonie établie jusqu'à présent entre les deux nations, ne soit pas altérée par des actes qui seraient réputés hostiles môme en temps de guerre. Qu'enfin L. H. P., de leur côté, seront prêtes à contribuer en autant qu'il dépendra d'elles, à tout ce qui pourra servir à la conservation de cette bonne harmonie qui depuis des siècles unit le royaume de la Grande-Bretagne avec la république.
Que de plus il soit envoyé à M. le comte de Welderen une copie des représentations faites par le Représentant de S. A. H. et de celles de MM. les directeurs de la compagnie des Indes-Occidentales du 34 Août, avec les pièces justificatives, ainsi que d'une lettre du capitaine de Hoy du 27 Juin, dans laquelle il est rendu compte^ des faits et actes susmentionnés à Surinam et à Demerary.
Qu'il soit envoyé également copie du mémoire de M. de Welderen adressé au greffier Fagel, ainsi que de la lettre de lord Suffolck, adressée à ce dernier, concernant le relâchement de trois vaisseaux pris par les armateurs anglais, à M. de Berokenrode, ambassadeur de L. H. P. près la cour de France, afin d'en faire usage, selon qu'il le jugera convenable et de la manière la plus avantageuse pour ceux des sujets de la république qui se &ont adressés à cet ambassadeur pour les réclamations qu'ils lui ont adressées au sujet de diverses cargaisons prises par les armateurs anglais.
Conformément k cette résolution, ainsi qu'aux ordres que reçut le comte de Welderen de la part des États-Généraux, ce ministre présenta le 16 Septembre 1778, un mémoire ^ ) a S, M. britannique , auquel Lord Suffolck , secrétaire d*État, répondit par la lettre suivante :
4 ] Nous avons inutilement fait la recherche de cette pièce dans les divers ouvrages et feuilles périodiques de cette époque. Toutefois la lacune n'est que peu sensible, puisque cette pièce doit avoir été rédigée d'après la résolution ci-dessus prise par les États-Généraux , qui par conséquent en donne la substance.
Lettre du comte Suffolck, secrétaire d'État de S. M. britannique,
adressée au comte de Welderen, ambassadeur de HoUande à la
cour de Londres; du i9 Octobre 4778.
Monsieur, j'ai eu rhonneur de présenter au roi le mémoire que vous avez adressé à S. M. par ordre de L. H. P. le 28 du passé, lequel ayant été considéré avec toute Tattention que mérite Fimportance des sujets qui y sont contenus, le roi m'ordonne de vous informer, que c'est avec un plaisir bien sensible, que S. M. a vu la justice que L. H. P. rendent à son désir de donner des preuves non-équivoques de son amitié et de son affection pour ses anciens et fidèles alliés les États- Généraux des Provinces-Unies, et qu'elles ont envisagé dans leur vrai point de vue les ordres de S. M., pour le relâchement des vaisseaux spécifiés dans votre mémoire.
Les mêmes principes ont conduit le roi à donner les ordres, afin que tous les vaisseaux portant des cargaisons non prohibées, appartenant aux sujets de L. H. P. et amenés dans les ports de la Grande-Bretagne, par les vaisseaux de S. M., soient relâchés, et que dorénavant les officiers du roi ne donnent aucun empêchement ou interruption à ce commerce innocent des sujets de L. H. P.
S. M. souhaiterait pouvoir éloigner des sujets de L. H. P. jusqu'à la moindre raison de plainte ; mais elles ont trop de connaissance ^des événements inséparables de la guerre, pour le croire possible , môme avec toutes les dispositions de rendre justice, et de faire attention aux intérêts des sujets de ses bons alliés, que S. M. possède, et que L. H. P. lui reconnaissent.
S. M., sans aucune provocation de sa part, et par une suite de procédés insidieux et injustes de la part de la cour de France , se trouve engagée actuellement dans des hostilités vis-à-vis du roi Très-Chrétien, qui, comme l'Europe doit l'avoir vu avec étonnement et indignation, au milieu des assurances les plus formelles, et souvent répétées, de la plus parfaite amitié, et des dispositions les plus pacifiques, a violé la foi publique et les droits des souverains, en déclarant des sujets
rebelles d'une autre puissance, États indépendants, uniquement parce que ses sujets ont trouvé à propos dfe se nommer tels, et d'inviter les puissances disposées à profitei: de leur rébellion, à se joindre à leur confédération.
Cette agression injuste , représentée par la cour de France comme n'étant qu'une démarche naturelle et avantageuse aux intérêts de son commerce, a été suivie par des actes d'hostilité* plus violents et plus publics encore ; par l'envoi d'une flotte en Amérique, pour soutenir les sujets rebelles de S. M. et cela avant que le roi de la Grande-Bretagne eût fait aucune démarche que celle de rappeler son ambassadeur de Paris.
Mais le roi, animé par des principes tout-à-fait différents, et désirant donner, dans toutes les occasions, dés preuves de sa modération et de la droiture de ses sentiments et de ses intentions vis-à-vis de L. H. P., m'a ordonné de vous déclarer en son nom, dans le temps même que les principes de sa propre défense et de sa conservation l'obligent d'empêcher,, autant qu'il est possible, que toute fourniture de munitions navales et de guerre soit transportée dans les ports de la France, que S. M. observera tous les égards possibles pour les droits de L. H. P. et adhérera, de la manière la plus farte, aux stipulations (autant que cela Sera praticable) et à l'esprit des traités entre elle et L. H. P.
Après cette -exposition des sentiments d'amitié et d'affection invariables de S. M. pour L. H. P. et de la situation présente des affaires entre le roi et S. M. Très-Chrétien, il me reste à exécuter les ordres du roi, en vous informant, Monsieur, que S. M., sensible à la manière extraordinaire, avec laquelle elle a été subitement engagée dans la guerre actuelle avec le roi Très-Chrétien, et du peu d'avertissement de cet événement qu'avaient les sujets de L. H. P^ comme il est allégué, est disposée et prête à faire l'achat, à une évaluation juste, des munitions navales, qui ont été prises et sont actuellement dans les différents ports de la Grande-Bretagne, à bord des vaisseaux appartenant à des sujets de la*république ; de payer le fret de ces cargaisons, et d'indemniser les propriétaires de toutes les justes dépenses et dommages occasionnés par la détention de leurs vaisseaux, et S. M. donnera §es instructions
à son ambassadeur d'entrer en négociation avec les ministres de la république pour faire un arrangement pour l'avenir, sur des principes d'équité et d'amitié, tel qu'il conviendra entre de si bons et de si anciens alliés.
S. M. se repose toujours sur les assurances d'amitié et d'attachement, qu'elle a reçues en tant d'occasions de L. H. P. et en faisant cette communication ouverte et équitable de ses sentiments et de ses intentions dans la crise présente, ne peut que rappeler aux réflexions de L. H. P. les engagements réciproques contractés entre la couronne do la Grande-Bretagne et la république, depuis la durée d'un siècle entier. Les articles de ces engagements sont clairs et précis, et quoique la modération de S. M. et son désir sincère d'étendre le moins que possible les horreurs de la guerre, l'aient empêché jusqu'à présent de demander l'accomplissement de ces traités ; S. M. ne croif pas ces engagements moins obligatoires que par le passé, et elle ne se permettra pas de souhaiter ni d'admettre aucune diminution de Pintérét réciproque qui a uni depuis si longtemps les deux nations, et que S. M. désire de son côté de perpétuer.
Comme S. M. n'a reçu aucun avis des plaintes contre Ja conduite des capitaines des vaisseaux du roi envers les territoires de L. H. P. en Amérique, et particulièrement sur les rivières d'Essequebo et de Demerary, avant la date du mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter à S. M., elle m'a ordonné de lui procurer les informations les plus exactes sur ce qui y est allégué, et de vous assurer que S. M. ne manquera pas de pimir les coupables d'une manière exemplaire.
J'ai l'honneur, etc. ,
SUFFOLCK.
Toutefois les plaintes des négociants hollandais, ainsi que celles des fréteurs et des assureurs , portées contre la conduite hostile des armateurs anglais, se multiplièrent de plus en plus, ainsi que le prouvent non-seulement les nombreuses pétitions qui furent adressées par les villes de Rotterdam , de Dortrecht et d'Amsterdam , aux États-Généraux ; mais encore
le discours tenu à Taudience du 23 Novembre, par la dépulation des négociants de la ville d'Amsterdam.
Sur ces entrefaites le chevalier Yorck fut chargé de remettre aux États-Généraux le mémoire ci-après du 2 Novembre 1778, pour s'entendre avec eux sur les points litigieux du commerce neutre :