V. H. P. connaissent trop le prix de la bonne foi, pour
ne pas en donner Fexemple en cette rencontre essentielle ;
le moindre éloignement d'une règle aussi sacrée, en affaiblis-
sant l'amitié entre les voisins, produit souvent des suites malheureuses.
Le roi s'est toujours fait gloire de cultiver l'amitié de V. H. P. ; S. M: persiste constamment dans les mêmes sentiments ; mais la nation angkise ne croit pas s'être attiré, par aucune de ses démarches, que ses concitoyens soient détenus prisonniers dans un port de la république, par un homme sans aveu, sujet du même pays, et qui jouit de cette liberté qui leur est ôtée.
C'est pour toutes ces raisons et bien d'autres aussi solides, qui ne sauraient échapper à la haute pénétration et à la sagesse de V. H. P., que le soussigné espère recevoir là-dessus une réponse prompte et favorable, conforme à la juste atteinte du roi son maître et de la nation britannique, etc.
Voici la réponse que les Ïltâts-Généraux firent le 1 9 Novembre à ce mémoire :
N^ XVI
Substance de la réponse des États- Généraux , adressée au mé^ moire du chevalier Yorck; du \9 Novembre '1779. *)
Que L. H. P. ayant délibéré sur toutes les circonstances de cette affaire, se voient obligées, pour agir conformément aux
Traduit du hollandais.
traités, de prier S. M. de vouloir bien souffrir que L. H. P. conservaient leur ancienne coutume de renvoyer en mer les prises faites dans leurs ports , sans rechercher si elles étaient faites légitimement ou non. Mais que L. H. P., pour témoigner clairement, qu'elles n^avaient pas dessein d^accorder dans ce pays le moindre secours aux habitants des colonies américaines de S. M. , immédiatement après Tentrée de Paul-Jones, avaient donné Tordre de ne point lui fournir de munition de guerre ou d'autres choses, exceptées celles dont il avait besoin pour mettre à la voile, et pour atteindre le premier port où on ne lui refuserait pas Feutrée. Que L. H. P. donneraient mémo l'ordre de le renvoyer en mer aussitôt que ses vaisseaux seraient en état de tenir la mer, et que le temps et le vent le permettraient, et qu'elles l'y forceraient dans un cas de nécessité. Que L. IL P. étaient assurées, que S. M. en verrait leur déclaration invariable : qu'eUes ne feraient rien dont pouvait résulter avec raison la reconnaissance de Findépendance des colonies américaines de S. M. ; et qu'elles n'accorderaient à Paul- Jones ni secours ni asile, mais qu'elles étaient provoquées à laisser tout dans l'état où il était peu de temps avant l'entrée des vaisseaux, d'après l'ancienne coutume de traiter ceux qui cherchaient à éviter dans leur rade les dangers de la mer, sans rechercher ce qu'ils avaient fait en mer ni sans en prendre notion. Que L. H. P. se flattaient que S. M. et la nation britannique , pour lesquelles elles avaient la plus haute considération, se contenteraient de cette conduite, sans persister à vouloir obtenir la restitution demandée.
Cette même résolution des États- Généraux renferme encore :
« Qu'on écrirait au collège de l'amirauté à Amsterdam , afin » qu'il fasse reconnaître à Paul-Jones , que L. H. P. étaient » assurées, qu'il n'était entré dans le port que pour mettre D en sûreté ses vaisseaux contre les dangers de la mer^ qu'il » avait eu assez de temps pour les mettre en état de faire » voile , et qu'en conséquence elles demandaient qu'il mit à la » voile le plus tôt possible , si le temps et le vent le lui per- » mettraient, parce que L. H. P. ne pouvaient lui accorder un » séjour plus long ; que comme Fapproche de Fhiver pouvait
» donner occasion aux plus grands inconvénients, il était né- » cessaire, pour les éviter, qtfil n'hésitât point de mettre à la » voile ; que c'était Tintention sérieuse de L. H. P. et qu'elles » ne s'attendaient pas qu'il les obligeât par sa résistence , à )) des mesures bien désagréables pour lui. Que, pour en avoir » toute la sûreté possible, et pour prévenir les retardements, )) S. A. serait priée d'ordonner au vice-amiral Reynst ou à » l'officier commandant la rade du Texei, de veiller bien soi- » gneusement, que le dit Paul-Jones quittât le port avec ses » prises , aussitôt que le temps et le vent le permettraient ; » et quand la nécessité le demandait, d'effectuer partons les » moyens nécessaires, même par la force, que les ordres de » L. H.. P. relatives à la rade, seraient remplis, s)
Cependant FEspagne, excitée par la cour de Versailles, avait déclaré la guerre le 26 Juin, à la Grande-Bretagne ; cette dernière était menacée d'une descente de la flotte bourbone, et Gibraltar dont la possession avait été garantie solennellement par la république dans le traité de la Barrière, était attaquée par FEspagne. Par toutes ces raisons la cour britannique se vit obligée de réclamer le secours promis par les États-Généraux i dans les traités de 1678 et 1716, et c'est par le mémoire ci-aprës du 22 Juillet 1779, que le chevalier Torck s'adressa aujt États-Généraux en cette occasion.
N^ XVII
Mémoire du chevalier Yorck, adressé aitx ÉMs- Généraux des Promnces- Unies des Pays-Bas; du ^^ Juillet 1779.
Hauts et Puissants Seigneurs I Depuis que la France par sa déclaration faite à Londres le 1 3 Mars de l'année passée , a achevé de développer ses vastes et dangereux desseins , que de pacte de famille avait déjà annoncés à l'Europe; celle-ci a été témoin de la conduite sage et modérée du roi de la Grande-Bretagne, qui a tâché d'éloigner le fléau de la guerre, évitant autant que possible d'y envelopper ses voisins et alliés.
Une conduite pareille, fondée sar la modération la .plus marquée , parait avoir enhardi la cour de Versailles au point, qu'après avoir perfidement encouragé des sujets rebelles, sous le masque trompeur de la liberté du commerce, et d'indépendance, à plonger le poignard dans le sein de leur patrie, non contente d'un procédé aussi hostile, la France vient encore, après avoir entraîné TËspagne dans ses vues, sans aucune querelle nationale, et sans pouvoir même alléguer aucun motif plausible pour colorer sa conduite, de faire éclater de plus en plus ses projets dangereux contre la Grande- Bretagne même, et d'annoncer, avec tout l'appareil impérieux de son ambition reconnue, une invasion dans les lies britanniques.
 la nouvelle de ces préparatifs extraordinaires et multipliés, V. H. P. auront d'avance justifié les instances pressantes et réitérées que le roi de la Grande-Bretagne n'a pu se dispenser de leur faire au sujet des munitions navales, et' les trouveront parle danger notoire de l'Angleterre, justifiées pleinement vis-à-vis de cette partie de leurs sujets qui réclame toute restriction, que l'amitié et la justice sollicitent également en faveur de la demande de me cour.
Mais ces moyens, qui ne sont dans le fond que des palliatifs pour prévenir un mal futur, ne sont plus de saison; le danger est devenu pressant, le remèdç doit être prompt. Les stipulations d'un traité fondé «ur l'intérêt du commerce seul doivent céder à celles qui sont fondées sur les intérêts les plus chers aux deux nations. Le moment est venu pour décider si la Grande-Bretagne, qui a tant répandu de sang et de trésors pour secourir les autres, et pour maintenir 'la liberté, et la religion, n'aura d'autre ressource,* contre la malice et l'envie de ses ennemis, que son courage et ses propres forces : si elle se verra abandonnée par ses plus anciens amis et alliés, aux vues ambitieuses de la maison de Bourbon, qui veut tout écraser, pour dominer surtout; et si l'Europe en général, et V. H. P. en particulier, verraient avec indifférence établir un système qui détruirait évidemment cet équilibre, qui est le seul garant de la sûreté de leur commerce, de leur liberté, et de leur existence même. Le roi, H. et P. S. a une trop haute opinion des lumières, de la bonne foi, et de la sagesse
de la république, pour douter un moment des sentiments de V. H. P. en pareille occasion ; une nation dont les fastes ne contiennent presque que le récit des dangers que Fambition de la France a fait naître successivement ; dont les beaux jours sont marqués par l'union la plus intime avec FAngleterre ; une nation enfin , accoutumée à exiger Fexécution littérale et rigoureuse d'un traité onéreux, a trop de générosité pour manquer à ceux qui ont réuni les intérêts des deux nations depuis plus d'un siècle.
C'est dans cette persuasion, jointe à ce qu'il y a de plus sacré entre les hommes, que le soussigné ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du roi de la Grande-Bretagne a, par ordre exprès, l'honneur de notifier à V. H. P. que le danger, qui menace ses royaumes, met S. M. dans la nécessité de réclamer, sans perte de temps, les secours stipulés par les traités de \ 678 et autres ; et dont le casm foederis est si clairement expliqué dans l'article séparé de 1746. Elle les attend avec la confiance d'un voisin qui n'a jamais manqué à ses engagements, et se confie au reste dans la bénédiction divine sur la justice de sa cause et sur la fidélité et la valeur de ses sujets. Le soussigné attendra, avec la plus vive impatience, une résolution précise, prompte et favorable, et est prêt à conférer avec les députés de V. H. P. sur les mesures ultérieures à prendre.
Fait à La Haye , le 22 Juillet 1 779.
Le chevalier Yorck."
Quatre mois s'étant écoulés sans qu'il fût fait une réponse à ce mémoire, l'ambassadeur d'Angleterre à La Haye eut ordre de rappeler aux États-Généraux leurs engagements avec S. M. dans le cas du casus foederis. C'est par le mémoire ci-après que le chevalier Yorck s'acquitta de cette commission :
N^ xvin.
Mémoire du chevalier Yorck, adressé aux États-Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas; du 26 Novembre 1779.
Hauts et Puissants Seigneurs !
Le roi n'a pu voir sans surprise le silence qu'on a observé à son égard sur le mémoire, que par ordre de S. M. le soussigné a eu l'honneur de présenter à V. H. P. , il y a plus de quatre mois, pour demander les secours stipulés par les traités. S. H. n'aurait pas réclamé l'assistance de ses alliés, si elle n'eût été pleinement autorisée par les menaces, les préparatifs, et même les attaques de ses ennemis, et si elle n'eût pas cru Y. H. P. aussi intéressées à la sûreté de la Grande-Bretagne qu'à leur propre conservation. L'esprit et la lettre des traités déposent également cette vérité ; Y. H. P. sont trop éclairées et trop justes pour se dispenser de l'observer, surtout après avoir elles-mêmes sollicité l'addition de l'article séparé du traité de 4746, où le ca»u^ foederis se trouve stipulé d'une manière claire et incontestable. La déclaration hostile faite à Londres par le marquis de Noailles^ l'attaqrue de l'Ile de Jersey, le siège de Gibraltar et toutes les autres entreprises aussi notoires , sont autant de preuves d'une agression manifeste et bien caractérisée; d'ailleurs, Y. H. P. ont vu pendant l'été, qui vient de finir, les forces combinées de là maison de Bourbon évidemment dirigées à l'attaque des royaumes de S. M. ; et quoique les mesures rigoureuses du roi, le zèle et les efforts patriotiques de la nation anglaise, soutenus de la bénédiction divine, ayant heureusement suspendu jusqu'ici ces desseins ambitieux, le danger existe encore, et les ennemis continuent d'annoncer avec la môme suffisance et la même assurance, des descentes et des invasions formidables sous la protection de toutes leurs forces maritimes. Le roi ne saurait jamais s'imaginer que la sagesse de Y. H. P. puisse leur permettre d'être indifférentes sur des intérêts aussi solides et aussi communs des deux pays ; et moins encore qu'elles ne soient pas convaincues de la justice des motifs, qui ont déterminé S. M. à réclamer les secours qui lui sont dus à tant de titres. S. M. voudrait plutôt se persuader que
V. H. P. ayant pris des résolutions pour Taugmentation de leur marine, avaient par prudence retardé leur réponse jusqu'à ce qu'elles fussent mieux en état d'effectuer ces secours. - C'est pourquoi, en renouvelant ci-dessus les plus fortes instances, j'ai ordre de demander à V. H. P. de la manière la plus amicale, de ne pas différer à se concerter sur les moyens de remplir au plus tôt leurs engagements à cet égard. La décision de Y. H. P. est nécessaire et si importante par ses conséquences, que le roi croirait manquer à lui-même, à ses sujets, et à ceux delà république, si S. M. ne recommandait^ point sérieusement cette affaire à la plus prompte et à la plus mûre délibération de Y. H. P. n importe infiniment au roi d'être bientôt éclaird , par une réponse précise et immédiate sur un objet aussi essentiel. S. M. espère de l'équité de Y. H. P., que leur réponse sera conforme aux traités, et aux sentiments d'amitié dont elle a toujours été animée envers la république, et c'est d'après la résolution de Y. H. P. que S. M. se propose de prendre les mesures ultérieures qu'elle jugera les plus adaptées aux circonstances, et les plus convenables pour la sûreté de ses États, le bien-être de ses peuples, et la dignité de sa couronne.
La réponse peu satisfaisante que L. H. P. firent à ce second mémoire, et les nouvelles discussions qui s'étaient élevées antérieurement au sujet de la visite faite du convoi de l'amiral hollandais, le comte Byland, amené plus tard dans un port de TAngleterre, déterminèrent lord Stormont, nouveau secrétaire d'État au département des affaires étrangères de S. M. britannique, de reniiettre le 28 Janvier 1780, la déclaration verbale suivante au comte de Welderen, Envoyé extraordinaire de la république près la cour de Londres :
N^ XIX
'Déclaration verbale, faite par lord Stormont, secrétaire d'État
de S, M, britannique, au comte de Welderen, ambassadeur de
Hollande près la cour de Londres ; du 28 Janvier 1 780.
J'ai ordre de vous réitérer, Monsieur, les assurances les plus fortes de Tamitié du roi pour L. H. P., et de son désir sincère de maintenir Talliance, qui subsiste heureusement •entre S. M. et la république ; mais comme le maintien de tout« alliance dépend de l'exactitude des parties contractantes à remplir leurs engagem'ents mutuels, je dois vous prévenir, Monsieur, que si, d'après les représentations les plus amicales, et réitérées de la cour de Londres, les États^Généraux, contre sa juste attente, ne fournissaient pas les secours stipulés par les traités les plus solennels, et qui, nonobstant cette stipulation, ont été si longtemps différés, et s'ils persistaient à favoriser le transport des munitions navales dans les ports des ennemis de l'Angleterre , S. M. , pour sa propre défense, et dans l'unique vue de garantir ses royaumes des suites dangereuses d'une conduite si irréguliêre, et de maintenir l'égalité qui doit subsister dans tout engagement mutuel, se trouverait pour lors dans la nécessité absolue de ne plus envisager, dans le cours de la guerre actuelle, les Provinces- Unies que sur le pied des autres puissances neutres, et par conséquent, de faire suspendre, provisoirement, à l'égard de leurs sujets, toutes les stipulations particulières du traité de commerce de l'année 1674, et de s'en tenir uniquement au droit des gens, qui doit servir de règle pour les États neutres.
Dans un second mémoire que le chevalier Yorck remit le 21 Mars 1780, aux États-Généraux, on tint un langage bien plus énergique encore :