TROISIÈME CAUSE
Arrestation du Baron de Gôrtx. ministre de Charles Xlly rot de Suède, sur la réquisition de l'Angleterre y en 1717.
X-iE baron Jean Henry de G5rt« quî jusque vers la fin de 1716 fut au service de Tévêque de Lubeck, oncle et tuteur du jeune duc de Holsteîn-Gottorp, neveu de Charles XTT et son héritier présomptif^ las, comme dit M. de Bassewitz dans ses mémoires, de n'avoir que le titre de conseiller de Holstein, et de n'être qu'un plénipotentiaire secret de Charles XII, conçut le dessein de profiter des intrigues et cabales dont à cette époque les cours d'Angleterre , de Pologne, de Holstein, de Mecklenbourg et de Brandebourg étaient agitées, pour ébranler l'Europe entière. (*)
(1) Le baron de Bassewitz dans ses mémoires s'exprime ainsi sor le compte de M. de Gortz. „Ge fat le plus délie et le plus entreprenant des hommes, d'un esprit vaste et fëcond en ressources, ne trouvant jamais rien de trop hardi ni de trop difficile; aussi insinuant dans les négociations, qu^audacieox dans les projets $ sachant plaire, sachant persuader» et entraînant les esprits par la chaleur de son génie, après les avoir gagnés par la douceur de ses paroles."
76 lU. AFFAXBE DU BAR. DE GOEATZ,
U faut se rappeler ici la réyolulion qui eut lieu dans le nord, lorsque Cliarles XII échappé de Stral— sund, eut passé en Suède^ et qu'ayant tout perdu en deçà de la mer Baltique, il prit la résolution de porter la guerre en Nonrège, et d'abandonner son pays. Le czar, à la tête de trente mille hommes, sur une flotte composée de vingt vaisseaux de guerre et de cent cinquant batimens de transport, menaçant la Suède et pressé d'y descendre conjointement arec les Danois, les Saxons, les Prussiens, et les Hanoyriens ses allies, changea tout à coup de résolution, pour ne plus songer qu'à acquérir quelque province en Allemagne, qui lui donnât le titre de membre de l'empire, et le droit d'en être le chef. Ses alliés avaient pénétré le secret de ses vues, et de peur qu'ayant mis le pied en' Allemagne, il ne voulût s'y établir, ils avaient refusé d'employer, aux sièges de Stralsund et de Wismar, les troupes russes qu'il avait dans le Mecklenbourg. Une ajBectation si marquée à l'exclure de leurs conquêtes l'avait blessé, surtout de la part de l'électeur de Saxe, qu'il avait fait roi de Pologne, et de celle du roi d'Angleterre, électeur d'Hanovre, celui de tous les confédérés, qui lui marquait le plus de méfiance et d'éloignenicnt.
Charles XII, de son côté, haïssoit bien moins le czar qui l'avait vaincu, que l'électeur d'Hanovre, qui, en pleine paix, s'était approprié l'une de ses provinces, et, pour achever sa ruine, s'était ligué avec ses oppresseurs 5 il pardonnait au monarque russe d'avoir chassé Stanislas, son protégé, du trône de Pologne; mais il ne pouvait pardonner à Auguste
MIN. D. CHARIiES XH R. DE SUÈDE; en 1717- 77
de l'occuper. Ainsi, Charles XII et le czar avaient des ennemis et des ressentimens communs (^).
Cest là ce qui fit concevoir au baron de Gorta:, chargé des pouvoirs de Charles XII, sur lequel iî eut Icf même ascendant qu'il exerçait sur l'évoque administrateur de Holstein, ce grand -projet de rap«procher le roi de Suède du czar, et même de les unir, afin d'agir de concert, pour remettre Stanislas sur le trône de Pologne ) d'enlever au roi d'Angleterre Georges I, les villes de Bremen et de Verden, et le trône même^ pour y faire monter le filsde Jacques II, et pour rétablir le duo de Holstein dans ses états, d'où il avait été chassé ; enfin de f^i*dre Charles XII capable encore après ses malheurs, de donner des lois aux souverains du nord. Le ministre suédois voulut que son maître abandonnât au czar la Lîvonîe, Tlngrie, la Carélie, et peut-être même une partie de la Finlande, afin de pouvoir
(1) Marmontel dans ses mémoires sur la régence du duc d*Or^ iéans, dit en cette occasion, en parlant da czar: „11 pamt dc^sarmtf „par le malheur d'an roi qui lui avait appris a le vaincre; soit ,, qu'il trouvât peu digne de lui une invasion sans përil et sans gloire ,,dans un pays ddsolë, ruine, où il ne restait presque plus que des „ vieillards , des enfans et des femmes; soit qu'il eût enfin honte „ d'être Tassocié de quatre rois acharne's contre Charles XII, et ,,qai profitaient de l'e'tat où il l'avoit mis, pour se' partager sa „ dépouille; soit qu'ayant d^jà pris lui-même sur la Suéde ce qui „ pouvait lui convenir, la Livonie, l'Ingrie, la Gar^e et la Fiu- „ lande, il crût avoir un meilleur usage à faire de ses troupes, que ^,de les jeter dans un pays où, manquant de tout, elles auraient à „ soutenir le dësespoir impëtaeux de Charles XII, retournant en ,^ arrière, avec vingt mille hommes dëtermin^s & vaincre ou à ,,moiirîr poor loi."