III- AFFAIRE BU BAR. DE GOERTZ
reprendre tout ce qu'il avait perdu en Allemagne sur ses ennemis, et qu'il pût en toute sûreté faire une descente en Ecosse, tandis que les partisans des Stuarts agiraient efficacement en Angleterre.
Le comte Ghillemberg, ministre de Suède à la cour de Londres, qui suivant les instructions que lui avait données M, de Grorts, avait déjà eu plu-* sieurs conférences avec les principaux mécontens^ lui manda que tout était disposé en Ecosse pour un soulèvement, qu'on n'y demandait qu'un corps de troupes réglées auquel on pût se rallier; que dix mille hommes suffiraient, avec des armes pour quin2e ou vingt niille autres, et que sur dix Écossais on pouvait compter neuf rebelles.
Le baron de Gortz trompé par ces assurances et pressé de susciter le plus d'ennemis possible au roi d'Angleterre, ne crut plus avoir besoin que de procurer à son maître les moyens de passer en Ecosse avec dix mille Suédois j et avant que les conférences de paix avec le czar fussent ouvertes, il négocia en Hollande, en France, en Espagne et en Angleterre même, pour en tirer des subsides et des vaisseaux.
Ce fut pendant le séjour qu'il fît à Paris, que, pour remplir ses vastes projets, il travailla à détacher le duc d'Orléans, régent de France, du parti du roi d'Angleterre, son plus grand appui; dès-lors le cardinal Albéroni, premier ministre du roi d'Espagne, conspira contre le régent et entama une négociation avec le prince Kourakin, ambassadeur du czar à la Haye, par l'ambassadeur d'Espagne, le mar-
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quis de Baretti - Landi. Albéroni profondément blessé de Pallîance du roi d'Angleterre avec le duc d'Orléans j n'avait pas eu de peine à persuader au roi d'Espagne et à la reine^ que cette alliance et la garantie des successions aux deux coisronnes étaient à leur égard une espèce d'hostilité, et avait saisi avec ardeur l'occasion d'en tirer vengeance. M. de Gôrtz fut un des premiers dans le secret et devidt se rendre déguisé- de Paris en Italie pour s'entendre avec le Prétendant (*) et retourner de suite à la Haye pour s'aboucher avec le czar qui s'y trouvait alors, et ré-* joindre le roi de Suède, afin de mettre la dernière main à l'ouvrage et hâter l'exécution de ces projets H.
Déjà ses relations avec les adhérens du parti jacobite avaient donné des soupçons au gouvernement britannique ; son voyage en France les avait redoublés : ses démarches à Paris avaient été observées par l'ambassadeur d'Angleterre, Lord Stairs ; sa correspondance avec le comte Ghillemberg l'avait rendu plus suspect encore; lorsqu'un incident inattendu vint rendre inutiles toutes les précautions prises jusque là, et fit tout échouer. Un paquetbot suédois
(1) La paix oonclae le 4 Janv, 1717 entre la France, l'Angleterre et la Hollande, avait oblige ce prince de chercher un asyle à Rome.
(â) Pendant le sëjonr que fit le Baron de Gortz à la Haye le czar ne le vit point, pour ne point donner de Tombrage aux E£. GG. ses amis; même ses ministres ne le virent qu'en secret et avec ordre de donner des espérances sans prendre aacna engagement positif qui pût le compromettre.
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,, dans des pratiques de trahison contre S. M. et son ,, gouvernement, elle a jugé nécessaire pour le main* ,,tien de la paix et du repos de ses états de le faire „ arrêter."
Le même jour encore M. Stanhope secrétaire d'état de S. M. Britannique, fit part de cet événement aux ministres étrangers résidant à la cour de Lon-^ dres, en leur adressant la lettre suivante.
Lettre de M. Stanhope adressée aux ministres étran-'
gers résidant à Londres*
Le roi ayant reçu des avis réitérés et des preuves incontestables des pratiques dangereuses qui ont été ménagées et cotiduites depuis quelque teûips par le comte de Ghillemberg, ministre du roi de Suède, dans le but de fomenter dans les états de S. M, une révolte de ses sujets qui devait être soutenue par des troupes étrangères; et ce ministre ayant ainsi par sa conduite violé la foi publique, et s'étant rendu indigne de la protection dont autrement le droit des gens et les privilèges dus à son caractère devaient le faire jom'rj S. M. pour mettre fin à ces pernicieuses entreprises, et pour conserver la paix et la tranquillité dans ses états, a jugé nécessaire de faire arrêter ledit comte de Ghillemberg, et de faire saisir ses papiers. Je ne doute point que le roi, dans peu, ne m'ordonne de vous instruire plus amplement des raisons qui ont porté S. M. à prendre cette résolution 5 mais en attendant je suis chargé de vous communiquer par son ordre ce qui vient de se passer, afin que vous puissiez en informer votre cour; S. M. ne] doutant nullement, que quand le roi votre maître sera pleinement informé de là condtiite du
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Suède en cette cour. J'envoie présentement à V. Exe. par ordre de S. M. Timprîmé cî-joînt, contenant un recueil de lettres trouvées dans les papiers de ce ministre, et oui ' mettent au grand jour les per'nîcîeux desseins qui avaient été traînés contre le roi et ses royaumes. La découverte d'un si noir attentat servira à juslîfier S. M aux yeux de tout le monde d'une mesure à lamelle elle s'est vue obligée par la situation des affaires; et S. M. ne doute point que le roi votre maître ne prenne part aux intérêts de S. M., et A la sûreté de ses royaumes, ainsi qu'à la satisfaction qu'elle éprouve de ce que cette conspiration qui menaçait ce pays d'une invasion, et aurait à la fois troublé la tranquillité de toute l'Europe,
ait été découverte. Je suis, etc.
J. Stanhope.
Tous les ministres étrangers, et notamment le marquis de Montéléon, ambassadeur d^Espagne, re-^ gardèrent cet acte comme mi attentat au droit
des gens, et s'en plaignirent. Ce dernier fit la ré* ponse suivante au secrétaire d^état Britannique.
N°- IIL
Répome du marquù de Montéléon\ aniiassadeur d*È8^ pagne à la cour de Londres^ à la leitte précédentei
Monsieur, j'ai reçu hier au soir la lettre que V, Exe. m'a fait l'honneur de m'écrire le même jour, par laquelle elle m'informe des raisons qui ont déterminé S. M. à faire arrêter le comte de Gbillembei'g, ministre du roi de Suède, et à faire saisir ses papiers. En remerciant V. Exe. de la bonté qu'elle a eue de me faire connaître les sentimens de S. M. dont je m'empresserai d'informer le roi mon maître, je dois me borner en ce moment à attendre la réponse de ma cour, pour la communiquer à V. Exe. Je ne puis toutefois me dispenser de faire observer à V. Exe. qu'il est bien malheu-
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apparence d'équité à l'énorme violation faite au droit des gens^ car de vouloir justifier un tel procédé sur les indications qu'on se flatte de trouver dans les papiers violemment et militairement enlevés au ministre de Suède , c'est exécuter une homme par provision , et lui ' faire son procès après sa mort. Mais pour entrer avec vous dans des détails qui peuvent être de quelque poids dans TaccusatiQU, dont Içs preuves sont encore à produire, il serait bien, je crois, de savoir depuis quelle époque le comte de Gliillemberg a commencé ses pratiques et intrigues dangereuses. Si c'est après que In cour électorale de Hanovre déclara si injustement la guerre au roi de Suède pour s'emparer des duchés de Brème et de Verdej ou bien si c'est après que les huit vaisseaux de guerre s'étant joints en 1715 à la flotte danoise, la rendirent par -là supérieure à celle de la Suède, et empêchèrent celle-ci de venir au secours de Stralsund, ce qui fut cause que le roi de Suède perdit cette ville, et que S. M. manqua de tomber entre les mains de ses ennemis; ou bien encore, si c'est après que le czar , ennemi le plus redoutable de la Suède, prit l'année passée le commandement de la flotte anglaise, et que l'amiral Norris, ainsi que le ministre de S, M. Britannique, encouragèrent de toute mam'ère l'invasion que les alliés du nord devaient faire en Suède, pour achever sa ruine. Je dis qii'il serait bien d'examiner tout cela; car peut-être que le ministre de Suède, outi'é d'une injustice aussi criante, exercée contre son roi, et ayant d^s données certaines qu'on était plus que jamais dans la résolution de poursuivre contre sa patrie les mêmes mesures violentes, a cru de son devoir, comme bon Suédois et fidèle sujet du roi, de faire flèche de tout bois, pour faire avortçr. des desseins pernicieux à son pays.
Si dans toute cette aflaire 1^ Îqî publique a reçu quelque atteinte, qu'on juge sans partiaÛté de quel côté
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les il est du devoir de l'agent diplomaticjue de dire nettement sa façon de penser, et de proposer tout ce que l'on croit être de l'intérêt de son prince, je ne crois pas <jue le comte de Ghillemberg soit obligé d'en rendre compte à qui que se soit. Quant aux lettres qui pourraient avoir été adressées par des particuliers anglais , le comte n'en est point responsable , et cela ne peut porter contre sa conduite, 'qui en est tout a fait indépendante. Supposons par ei:emple qu'il s'y trouve des projets vagues , quel blâme peut en retomber sur le ministre? Tout ce qui me reste à vous faire observer, c'est de rappeler à votre mémoire Içs temps où d'autres ministres étrangers étaient tout au moins aussi suspects à cette cour qu'a pu Têlre le comte de Ghylilend>erg, sans qu'on ait cependant pris le parti violent de saisir leurs papiers, dans lesquels on eût peut -être reco|inu qu'ils tachèrent de prendre toutes les précautions possibles contre les desseins qui semblaient alors menacer leurs maîtres 5 mais on ne les traita pas avec cette injurieuse hauteur dont on se permet aujourd'hui d'user envers Iç comte de Ghillemberg, son maître n'étant point en état de manifester son ressentiment, ou dans l'intention de faire naître, à quelque prix que ce fût, des prétextes, pour mettre en exécution les projets que l'on a depuis long -temps formés contre la Suède. Je suis etc.
Le 16 Févr, 1717.
Non content de cet acte de violence exercé eon^ tre la personne du représentant de S. IVl Suédoise, le roi d*Angleterre,se fondant sur les traités existana entre lui et les États - Généraux des Puissances- Unies des Pays-Bas, et sur la nécessité de leur propre siureté, chargea M. Leathes, son ministre résident à k Haye, de spUiçitey P^restatiou d^ barou de
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rivé au bureau de poste, il fut obKgé de s'y arrêter plusieurs heures pour obtenir des autorités l'ouverture de la porte dite d'Allemagne.
Sur ces entrefaites un nommé Fleermann, qu'on avait envoyé à sa poursuite, arriva en cette ville* S'étant fait conduire de suite chez le bourgemaître, et se constituant son prisonnier, il lui remit tme lettre du bourgemaître d'Amsterdam, par laquelle celui-ci sollicitait l'arrestation de ce ministre.
Le magistrat s'étant assemblé encore dans la nuit, pour prendre une résolution à ce sujet, crut devoir faire droit à la r.équisition des États d'Hollande, et fit en conséquence exécuter cette résolution sur le champ, en envoyant des gardes au bureau de poste où M» de Gortz attendait la permission qu'il avait sollicitée.
M. Leathes ayant instruit son gouvernement de cette arrestation, S. M. Britannique en remercia les États-Généraux par la lettre ci-après.
No- V.
Lettre du roi d'Angleterre aux Etati- Généraux.
Hauts et puissans Seigneurs, nos bons alKés'et confédérés.
Ayant été instruit de la promptitude avec laquelle, sur les instances de notre ministre à la Haye, vous avez donné les ordres nécessaires pour arrêter le baron Gôrtz et ses secrétaires, et faire saisir leurs papiers 5 nous n'avons pas voulu tarder à vous en remercier, et à vous assurer, que nous regardons cette démarche comme une preuve certaine de votre amitié, et nous vous prions d'être persuadés, que nous profiterons de
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N«- VI
Note de M. Leathes^ résident d* Angleterre^ adreuée aux EtaU ' Généraux (du 25 Février).
Le soussigné résident] de S. M. Britannique auprès de LL. HH. PP. a l'honneur de leur notifier, par ordre du roi son maître, Farrestation que S. M. a jugé à propos d'ordonner sur la personne du comte de Ghillemberg, ministre du roi de Suède à Londres, et de la saisie de ^^^ papiers, par lesquels il a été reconnu qua le baron de Gôrtz a été un des principaux promoteurs d'une entreprise qui tendait à troubler le repos de toute l'Europe, et en particulier celui de la Grande-Bretagne et de ^Q& états. Le soussigné a lieu de croire que LL. HH. PP. ont déjà connaissance de l'arrestation qui s^est faite sur la personne du baron de Gôrtz et du secrétaire de légation Stampken à Arnbeim, ainsi que de celle du Sr. Ghillemberg à la Haye; et conmie le soussigné ne saurait douter de l'amitié sincère de LL. HH. PP. pour S. M. Britannique, ni de leur zèle pour le bien et le repos de z^s états, il est persuadé que LL. HH. PP. voudront bien concourir avec S. M. par les moyens les plus efficaces, à faire échouer tous les prorjets de ^^^ ennemis, et particulièrement la conspiration détestable qui vient d'être si heureusement découverte, en ôtant au susdit baron de Gôrtz la possibilité de poursuivre ses pernicieuses entreprises, et en prenant \qs mesures que dans leur haute sagesse elles jugeront les plus convenables pour garder ledit baron Gôrtz en état d'arrestation, ainsi que s^s complices, en leur défendant tout accès et correspondance au dehors, jusques à ce que S. M. et LL. HH. PP. auront trouvé à propos d'en disposer autrement.
X la Haye le 25 Février 1717.
W. Leathes.