‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 4)Chapitre 26 sur 85 · N« XX · texte numérisé non relu

N« XX

Lettre du comte de la 3Iarck^ adressée à M. Jackion^ mniêtre rendent d'Angleterre à Stockholm

(du 26 Août).

Monsieur^ ayant reçu hier des lettres de M. d'Ibervîlle, par la frégate anglaise, qui a transporté le comte de Ghillemberg à Gottembourg, je me suis rendu de suite chez S. M. le roi de Suède pour lui faire part du contenu de la dépêche de M. d'Iberville, et pour lui montrer la déclaration que cet envoyé avait donnée à S. M. Britannique, au nom du roi mon maître, par laquelle il était arrêté', que dès que M. de Ghillemberg serait arrivé à Gottembourg, vous y seriez transporté pour y être échangé contre ce ministre. Le roi de Suède a fait expédier sur le champ l'ordre, qui sera envoyé encore aujourd'hui à Stockholm, de vous mettre en liberté et de vous donner quelques jours, afin de pouvoir mettre ordre à vos affaires privées, avant que de vous embarquer pour Gottembourg, où vous serez conduit ainsi que votre famille en toute sûreté, et défrayé par le gouvernement, pour y être échangé contre le comte de GbiJlemberg, et remis entre les mains du capitaine do la frégate anglaise qui vous y attend.

Je n'ai pas voulu manquer, Monsieur, de vous en instruire, afin que, s'il se rencontrait quelque difficulté, ou que vous eussiez encore quelque ohose à désirer, vous puissiez m'en donner avis, bien persuadé comme vous devez l'être, que j'employeraî tous mes soins à les lever â votre entière satisfaction.

C'est avec un plaisir bien vif que je profite de cette

130 lU* AFFwILZaS I>P BAit BB OOBRTZ,

occasion £0]uyp- yous féBdter, Monaienr, sur le recoiivrement je^ votre liberté, et pour vous assurer combien f éprouve de satisfaction d'avoir pu j contribuer.

Âgréeiè l'expression de la haute considération avec laquelle fat l'honneur d^étre^ .

Monsieur, T 1 1 !26 Aoât votretrès-humbleet très -obéissant

j^4M. Serviteur

. . Le comte db.jua Marck.

Répanie de 3L Jackion à Im lettre prieiJknte.

La lettre que V. Exe. n^'a fait Il^onneur de m'écrîre le 26 d'Août m'a été remise hier 'après-midi, par le colonel des gardes de S. M. Suédoise, qui me notifia en même temps, que S. M. lui avait ordonné de me faire escorter, moi et toutes les personnes de ma suite jusqu'à Gottembourg, et de me prévenir que nous avions à nous mettre en voyage tout au plus tard dans quatre jours d'ici ^ ajoutant même que je devais partir mardi prochain. Ce temps est si court, qu'il m'est impossible de mettre le moindre ordre à mes affaires domestiques; d'autant plus que je suis loin de jouir de cette liberté que V. Exe. suppose m'être accordée, étant gardé de même comme je Tai été depuis le commencement de ma détention. Comme on ne me permet point de sortir de mon hôtel et que je n'ai que la faculté de voir mes amis chez moi il me faudra abandonner mes affaires particulières dans le plus grand désordre. Cette circonstance m'oblige par conséquent de m'adresser à V. ' Exe. pour qu'elle veuille bien employer ses bons offices, afin que les personiites auxquelles je laisserai le. soin de ma maison, jouissent de la protection et des privilèges auxquels' elles ont droit comme appartenant à la suite d'un ministre, jusqu'à ce qu'elles puissent se défaire de

MIN- D. CHARLES Xïl ». D« SUJSDS; BN i7±^. 131

mon mobilier ou bien me Pexpédîer en Angleterre. Sî V. Exe. réussît à me procurer cet ordre, je la prie de Touloir bien le faire adresser & M. de Rumpf, résident de LL. HH. PP. les Etats -Généraux en cett« cour, qui en chargera les personnes les plus propres pour cette besogne.

Encouragé par les oflGpcs généreuses qrue vous avez eu la bonté de me faire dans votre lettre, je ne doute point que V. Exe. excusera la liberté que je viens de prendre, et dont j'ai toute la reconnaissance possible. Quelques afiSiigeantes que soient les conjonctures dans lesquelles je me trouve à présent, c'est une grande consolation pour moi, qu'elles me fournissent l'occasion de pouvoir l'assurer de ma vive reconnaissance et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,

Monsieur,

de Votre Excellence

Stockholm le 31 Août ^^ *■"** -humble et très - obéîssant ^Yi7 serviteur

R. Jacksox.

M. Rumpf, ministre résident des États- Géné^ raiix qui, après l'échange des ministres de Suède et d'Angleterre, avait eu recours aux bons o£Sces du comte de la Marck pour obtenir sa réadmission à la cour, en reçut la réponse suivante.

No- xxn.

Réponse du comte de fa Marck à M. Rumpf^ ministre résident des Etats^Généraux à la cour de Stockholm

' (du 23 Octobre).

Je n'ai différé. Monsieur, de répondre 4 la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 Septembre, au sujet de votre réadmission à la cour, que dans l'es-

132 nL AFPAfft9r8#BsMtf PB aosiiTz,

poir de trouver le inojrçi^. de tn^vaiHer •avec auccès à raccomplissement de tToS' denva. Je suis malheureuse^ ment (j»1igé de voua «rofier .£raitchemeiit que j'ai trouvé S. M. le roi de Sviède fort ého^piéf de ee* qu'après toutes les assurances que je Ii^ avais données des disposi^ tions où étaient LL. HH. PP. de tâcher de regagner son amidé, il recevait contÎQiwUement de nouvelles manques du peu de considération qa^fdles avaient pour sa personne; citant en cette pciwion la longue captivité dans laquelle on avait retenu le baron deiGortz, même après la mise en liberté du comte de Ghffleiqberg en Angleterre; l'opposition que Af. M« dop États-Généraux 'firent à la résolution qu'avaient prise les États de la province de Gueldre à ce sujet , et enfin la continuation de l'arrestation du jeune comte de Ghillemberg, même après que le baron de G-ôrtz avait été relâché. J'ai vu toutefois que les assurances que j'avais à lui domier au nom du roi mon mahre pour disposer S. M. à des sentimens plus favorables pour la république, malgré les sujets de mécontentement qu'elle croyait avoir, n'étaient pas restées tout-à-fait sans bons résultats. Mais lorsqu'on dernier lieu je voulus faire valoir la liberté rendue au baron de Gôrtz et au jeune comte de GhîUemberg, et m'en prévaloir pour obtenir votre réadmission à la cour, le roi me 'dit avec vivacité qu'il avait appris que les Etats- Généraux n'avaient relâché le bafon de Gôrtz que parce qu'ils ne pouvaient plus s'y opposer, les Etats de la province de Gueldre l'ayant déjà mis en liberté. Et quant au jeune comte de Ghillemberg, S* M* me dit qu'on ne l'avait relâché que pai*ce que l'envoyé d'Angleterre avait déclaré ne plus vouloir fournir les sommes nécessaires à son entretien. Ces dernières circonstances ont de nouveau excité le ressentiment de S. M., et ont fortifié le roi dans sa résolution déjà prise de ne consentir à votre réadmission à la cour, que lorsqu'il aurait reçu des preuves non équivoques des sentimens des États -Gé-

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nérauK envers sa personne. S, M. altend, ne pouvant plof se FApporter, commf^ par le passé, aux ass aisances que je lui en avais données, que la république lui donne satisfaction de la conduite qu'elle a tenue, et lui fasse ^excuse sur tout ce qui s'est passé. Dès que la république aura acquiescé à cette demande, votre réadmission & la cour aura lieu, et S. M. sera très-disposée même de favoriser la république dans tout ce qui dépendra de lui.

Je suis peiné, M onsieui*, que ces circonstances me privent de la satisfaction que j'aurais eue à vous faire obtenir ce que vous souhaitez, tant pour vous-même, que pour LL, HH. PP., pour lesquelles depuis que je suis ici, je me plais à travailler avec toute l'affection et tout le zèle possible, et pour lesquelles je continuerai à m^employer autant qu'il sera dans mop pouvoir de le faire. J'ai l'hQJiKeur etc. eXc (^).

le comte nB LA Marck.

Dès que le baron de GÔrtz erut recouvré sa.

liberté (le 1 Août) il se rendit d'Arnlieim à Zutphen où il fut aussitôt rejoint par M. Preiss. Quoiqu'il se fut engagé envers lesJEtats de Gueldre de quitter leur territoire imng^o^atement après soa élargissement^ il séjourna cependant encore quelque temps dans cette ville et y eut plusieurs conférences avec le comte de Reventiau, ministre de Holsteinj^ et le général Poniatowski. Avant sou départ pour la Suède (^) , il adressa encore la lettre suivante ^ux

m — '»,. ■ ■ ■ ■ , .1 ■ ■ Il I II M I ■■

(1) Ce ne fut qu'à Payènement de la princesse Ulrique acji trdas 4o Saède que M. Hampf obtint sa r^admission à la coij^r*

(2) Les Étatà-Oënëraux avaient offert de transporter le baron do GôiftB en Suède sur un vaisseau de guerre^ mais M. Preiss lear

134 m. AFFiJES Biir iUk&. DB.^KMBmTZ,

Étata^énérauz^ qm le pi4tident dé semaine refusa tontefois de recevoir des maiiis de M. Preiss n*en ayant point Ik copie^ mais qtd ne fut pas moins pubËée dans les joumaiiz.

N^- xxni,

Lettre dm- baron de Q9rîz adreaiè mM State '^Oéni-

'r«iwr (dû iÔ AoAi 1717).

Haats et PoiasMSïifii^igiieiirsI

Ajant ehiBommmiication du mémoire que Lord Withworth a présoité le 4 de ce mois i IX. HH, PP.pour se plaindre de IarésolQlioiideMM.le8Etatsâe la province de Gueldre, prise le 31 JaiUef deniier, pour faire cesser ma détendon 9 f y 'ai trouTé des expressions si outrageantes pour moi, et en même temps si peu usitées entre ministres, que je ne puis m'empêcher de représenter pareillement à LL, HH; PP., ce qu'une juste défense permet contre des injures répandues avec taut de fiel et d'aoi-f» mosité.

. Ce ministre y dit qup Mrs. les Etats de la dite province m^ayant fait remettre en liberté, m'ont par- là mis en état de reprendre des pratiques dangereuses contre la personne sacrée de S. M.^ Britannique et ses royaumes.

L'accusation que Lorïf 4¥ftliworth avance, mérite d'autant plus qu'on en fasse sentir la malignité, que ce n'est que par de pareilles insinuations que la bonne foi de LL. HH. PP. s'est laissée surprendre de la manière que ma détention l'a fait voir depuis 6 mois.

U me serait aisé d'expojser aux yeux de LL. HH. PP. tout l'artifice des calomnies répandues ai dessein contre

ayant l'eprësentts qa*il ne pouvait accepter cette offre â moins quHls ne voulussent garantir son sûx transport et s'engager d'en faire leur propre affaire, on se contenta de lui délivrer les passeports nécessaire» pour s'en retourner par terre.

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mon nom et mon honneur, si c'était à l'accusé * d^apporter des preuves de sa défense, comme il appaitient à un accusateur de justifier ce qu'il avance.

Mais comme l'équité et la justice <jui ne se réfusent même pas au moin<h*e particulier, me suffisent pour le présent 5 j'espère qneLL. HH. PP. agréeront ma protesta* tion contre toutes les indignités qu'on m'impute et que je nie absolument.

Il est étrange que le ministre d'Angleterre m'accuse de pratiques dangereuses. Car s'il entend par-là les soins que doivent prendre tous les ministres en général, pour le service de leurs souverains, et que j'ai pris en particulier pour défendre les intérêts du roi mon mai* tre contre les mauvais desseins des ministres allemands du roi d'Angleterre, on ne peut me reprocher d'avoir franchi les bornes du devoir.

Mais comme il prend à tâche de fairb réussir les mauvais desseins, on peut à bien plus juste titre l'accuser lui-même de ne s'occuper que d'iuti'igues et de pratiques dangereuses contre la personne sacrée du roi mon maître et conti'e ses royaumes.

S'il faut prendre ces expressions à la lettre, le droit de récrimination ne peut m'étre refusé, et je supplie LL. HH« PP. de regarder ces indignes insinuations comme de pures calomnies et des mensoges» Je sais le respect que Ton doit aux souverains, et je n'ai jamais cesse un instant de professer des sentimens de vénération pour eux. Au reste, comme je suis au moment de mon départ pour aller en Suède, j'^espère que LL. HH. PP. voudront bien instruire S, M. par où ma conduite a pu leur déplaire, et quelles sont les raisons qui les ont portées à donner les mains au ti*aitement inoui que Ton m'a fait endurer, par une captivité incompatible avec les sentiniens que S. M. a toujours eus pour LL. HH, PP. et dont j'ai eu moi-même l'occasion d'assurer plus d'une fors M. le grand-pensionnaire, leur ministre.

13$ Ut AFFAIBS pu BAR. DB GOBBTZ,

Gomme UL HH, FP* demandent jnnice aa roi des ac* cusationf intentées contre moi, il sera d'autant plus né-* cessaires de produire les preuves, qneUL HEL PP. me met** tront par-Ji en état ,de traviâier utilement i tout ce ^i pourra contri)>uer 1 efi^eer Timpression que le peu d'égard qu'on a eu po^^ mai personne en qualité de ministre du roi^ a dA 4 justement laisser i & M. Je suis etc,

le baron 1>£ Go&htz.

Retena enSnède^ le hàieoa de Gortz^ après s'être occupé pendant quelque temps du rétablissement des finances (^), se rendît au comencement de l'année I7I89 en qualité de plénipotentiaire du roi, à Pile dpAland pour négocier la paix avec le czar (^). Lorsque la négociation lui parut assez ayancée, il partit pour la Norvège, afin de porter les préliminaires de paix au quartier général du roi (^) don^'il ignorait encore la mort. Arrêté par ordre du prince héréditaire de Hesse-'Cassel, époux de la princesse Ulrique, par le colonel des gardes Baumgardt et le chambellan Bjomskjold, dans le village de Tannum, il Ait conduit

(1) n travaillait^ dit le comte Bassewitz dans ses mémoires, d rëparer les finances de Saède, moins poar faire le bonheur de la nation appauvrie par les victoires de C}iarles XII, qne pour asseoir sur de nouveaux fondemens les entreprises antëi*ieures c][u'il avait conçues. '

(2) Les conférences s'ouvrirent en mai entre le conseiller prive Ostermano (depuis chancelier de l'empire) et M. de Gortz, assiste l'un du comte de Bruce, grand-'maître d'artillerie, et l'autre du comte de Ghillemberg.

(S) Tu(S au siège de Frédericshall le 11 Décembre 1718.

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à Stockholm sons une forte escorte et traduit devant un tribunal extraordinaire, composé de deux membres de chaque état et présidé par le baron Pehr Ribbing, chargé d'examiner sa conduite (^). Accusé d'ayoir donné de mauvais conseils au roi; d'avoir donné pleine licence aux officiers pour les enrolemens forcés; d'avoir opprimé la nation p^r des taxes onéreuses et des loix nouvelles; d'avoir contribué à la prolongation de la guerre et de s'être emparé du trésor de Tétat, il fut condamné par ce tribunal à perdre la tête. Il demanda à se justifier (2), mais il ne put l'obtenir, et la sentence fut exécutée le 2 Mars 1719 {^^

(1) Gomme les papiers troayës sar ce ministre lors de son arrestation ne donnèrent point asses de jour sur sa négociation avec le csar, le stSnat voulait s'assurer du conseiller Stambke qui lui servait de secrétaire et qu41 avait laisse â Tile d*Aland. Stambke en ent vent, passa sur le territoire du czar et en implora la protection. Pierre refusa de le livrer^ se fondant sur ce qu'il était an service de Holstein, et non de Suède. Le sënat ne voulant point employer la réquisition du duc de Holstein, Stambko resta libre et devint plus tard Tinstrument des premières liaisons intimes entre son maître et son protecteur.

(2) Lorsque l*on discuta dans les divers ordres de la diète s*il eerait admis â se justifier, les paysans, les bourgeois et le clergé opinèrent pour Padmission; mais la^ noblesse refusa son assentiment. La jalousie de plusieurs personnages marquans^ et l'esprit de parti qui s'était ranimé, même avant la mort du roi, aggravèrent sans doute le sort du baron de Gortz.

(S) Voici quelques détails sur la fin tragique de ce ministre tels qu*ils sont rapportés dans les ,)Lettres historiques de l'année 1719** p. 155. — Ce fut le jeudi 2 mars que le baron de Gortz fut décapité. Il montra une grande fermeté jusqu'au dernier moment de sa vie.

13$ IIL AFFAIRE DU BÂR- BB GOERTZ.

U aortit de imi prison, appuya tnr le bnis de M. Gonradi, ton confesseur, et regardant d'an oeil fixe tons les spectateurs, qui étaient en foule dans les rues et aux fenêtres. Lorsqu'il fallut entrer dans le carrosse qui l'attendait, il y fit monter ce ministre le premier, et se mit à sa gauche. Ses domestiques suivaient le carosse, escorta de 300 gardes à cheval, et procédé de son cercueil couvert d'un drap noir. Étant arrive au lieu du supplice, hors de la ville, et monté sur r^chafand, il regarda de tous côtés, et demanda au Sr. Gonradi, s*il lui ëtait permis de haranguer le peuple, â quoi ce ministre répondit, qu^il lui était plus convenable de songer â faite sa paix avec Dieu. 11 demanda ensuite où était maure Jean, Texécuteur. Lorsqu'on le lui eut montré, il appela son valet de chambre, qui lui délia les épaulettes de son' habit, et les abattit, en«suite ayant lui-même <$té sa perruque^ défait sa cravate, et mis un petit bonnet qui lui couvrait les yeux, il mit la tête sur le bloc, oà Texécuteur la lui abattit d'un seul coup. Ses domestiques la mirent d'abord dans le cercueil avec le corps, et l'enterrèrent dans une fosse qu'on avait faite près du lien de l'exécution^

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