‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 4)Chapitre 28 sur 85 · AMB. DU ROI D'£SPAGN£ À PARIS J EN · texte numérisé non relu

AMB. DU ROI D'£SPAGN£ À PARIS J EN

dant une minorités sans avoir consulté la nation, c^est-i-» dire les Etats-Généraux, ou au moins les parlemens, se

' pro{>osent au conseil de votre régence comme une chose toute faite, sans donner même le loisir à la délibération* Je n'entre point dans le détail des conséquences funestes de la quadruple-alliance, et de Tinjustice criante qu'elle prétend exercer contre moi 5 je me renferme i prier instamment V. M. de convoquer incessamment les Etats-Généraux de son royaume pour délibérer sur une

' affaire de si grande conséquence. Je vous fais cette prière au nom du sang qui nous unit, au nom de ce grand roi dont nous tenons notre origine, au nom de vos peu-» pies et des miens; s'il y eut jamais occasion d'écouter la voix de la nation française,^ c'est aujourd'hui; il est indispensable d'apprendre d'elle même ce qu'elle pense, et de savoir si elle veut en effet me déclarer la guerre dans le temps que je suis prêt à verser mon propre sang pour maintenir sa gloire et ses intérêts.

Je vous prie, Monsieur mon cher frère et neveu, de répondre au plutôt à la proposition que je vous fais, puisque l'assemblée que .je vous demande, préviendra les malheureux engagemens où nous pourrions tomber par la suite, et que les forces d'Espagne ne seront employées qu'à soutenir la grandeur de la France, et à humilier ses ennemis. Au monastère royal de Saint I^aurent, le troisième Septembre 1718.

Monsieur mon frère et neveu.

Votre bon frère et oncle

Philippe.

NO- VI

Lettre du roi d'Espagne adressée aux Parlement de

France (du 4 Septembre).

Très -chers et bien amés etc.

La nécessité présente des affaires nous ayant obligé d'écrire au roi Très- Chrétien, notre très -cher frère et

160 IV. AFFAïaS BU f BIKCS X>£ CBLIiAMAE£,

neveu, nous avons cra devoir en même-temps vous en-* voyer copie de la lettre que nous lui avons adressée. Comme elle n'a pour objet que le bien public, nous vous connaissons assez pour être persuadé, que le grand motif qui a été toujours Tame de vos actions, vous déterminera à concourir avec nous au dessein que nous avons de remédier aux désordres présens, et'd*en prévenir, s'il se peut encore, de plus funestes. Vous verrez dans notre lettre la juste douleur dont nous sommes saisis dans la seule idée d'une division procbaine entre deux rois si étroitement b'és par le sang, entre deux peuples que la sagesse et les. conseils du roi notre ayeul semblaient avoir unis pour jamais.

Vous êtes trop éclairés pour ne pas voir les suites malheureuses de notre division, et pour ne pas sentir que le traité de la quadruple -alliance est directement contraire aux intérêts du roi notre très-cber frère et neveu, et à ceux de tous ses sujets. ^

On veut que la noblesse française prenne les armes pour attaquer ' un roi qu'elle a maintenu sur le trône, après Dieu, souverain arbitre. des couronnes. On veut épuiser les peuples, pour fournir aux fraîx d'une guerre qui n'a d'autre but que de traverser nos justes entreprises, pour nous contraindre à sacrifier tous nos droits, pour augmenter la puissance de l'ancien ennemi de notre maison, et de nous forcer à lui céder pour jamais la Sicile, dont s'ensuivrait absolument la perte de votre commerce et de votre considération dans la Méditerranée.

Enfin, nos très-chers et bien amés, vous voyez aussi bien que nousj les autres conséquences encore plus dangereuses de ce traité. C'est ce qui nous fait espérer que vous employerez tous vos soins, pour obtenir du roi, votre souverain, le seul remède à tant de maux: c'est l'assemblée des Etats -Généraux, qui certainement ne furent jamais si nécessaires à la France, qu'ils le sont

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aujourd'hui. Nous nous adressons à vous pour procurer sa conservation, préférant cette voie paisible et tran<juille à toutes les autres auxquelles nous serions obligé de recourir , si l'autorité du régent nous faisait refuser cette justice.

Souvenez-vous donc en cette occasion que vous êtes cet illustre parlement que les rois ont pris plusieurs fois pour arbitre, qui n'a jamais rien craint, quand il a fallu travailler pour l'état, et qui donne tous les jours des marques d'une fermeté si digne de sa réputation. Nous attendons tout de votre équité naturelle et du zèle que vous avez poui* votre patrie. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, très-chers et bien amés, en sa sainte et digne garde. Donné au monastère royal de Saint- Laurent le quatre Septembre 1718.

Philippe.

jD. Miguel Fernandes Dwrand.

N«- vn.

Maiitfeste du roi d'Espagne adressé aux Etats de

France (du 6 Septembre).

Don Philippe, par la grâce de Dieu roi de Castille, de Léon, d'Arragon, des Deux-Siciles etc. (suivent los autres titres.)

Depuis qu'il a plu à Dieu de nous appeler au trône d'Espagne où sa' divine providence nous a maintenu malgré tant d'ennemis, non seulement par la force de nos armes et la fidélité de nos sujets, mais encore par le zèle et la valeur de la nation française, nous avons toujours conservé pour elle tous les sentimens que la nature et la reconnaissance pouvaient nous inspirer, et que les avis salutaires du roi, notre auguste ayeul, de trèsglorieuse mémoire, n'avaient cessé de cultiver et de fortifier dans notre coeur. C'était par des motifs si justes qu'après une longue et sanglante guerre, pour procurer

162 IV. AFFAIRE DU PRIKCE DB CBtOsÂMABX,

le repos à deux peuples qui àoiM étdent A diers, et qu'un intérêt commun semblait avoir réonis k jamais, novis avons bien voulu consentir au démembrement de notM monarchie, et renoncer à rexercice de nos droits naturels sur la couronne de France.

II ne tenait qu'à Farcbidùc d'Autriche d'assurer de sa part la tranquillité de l'Europe, en faisant avec nous une paix solide et durable. Il pouvait, en renonçant aux chimériques prétentions qu'il avait formées sur notre couronne, s'assurer à lui-même la possession paisible des états usurpés sur nous. Mais ce prince qui n'a traité avec la France que par force, et pour avoir le temps de se préparer à de nouvelles hostilités contre nous, a mieux aimé conserver ses faux titres, et nourrir ses pernicieux desseins, que de concourir avec nous au bien général de la chrétienté, même dans le temps qu'elle était attaquée par les infidèles.

Nous avons souffert le plus long-temps qu'il nous a été possible, les infractions criantes qu'il a faites au traité de l'évacuation de la Catalogne et de Majorque. Il est inutile de les répéter ici, puisqu'elles sont connues de tout le monde; mais enfin sa conduite que notre patience rendait tous les jours plus orgueilleuse, ayant paisé toutes les bornes de la raison, nous avons cru qu'il était de notre devoir essentiel de reprendre, par les moyens que Dieu nous a mis en main, les pays de notre domination dont il s'était rendu maitre par la fraude et par la violence. Nous avions lieu d'espérer que toutes les puissances avec qui nous avons traité au congrès d'Utrecht, et qui savent avec quelle fidélité nous avons observé tous les*^ articles dont nous étions convenus, nous aideraient à venger notre injure, bien loin de se déclarer pour celui qui nous avait insulté, d'autant plus que les garanties respectives les engageaient par des sermens solemnels à ne pas permettre de pareilles contraventions. Cependant aujourd'hui nous voyons avec

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étonnement que ces garans de nos traités s'en déclarent eux-mêmes les premiers infracteurs, que par une conspiration sans exemple, ils renversent à force ouverte ces mêmes conditions qu'ils ont exigées de nous, et que voulant favoriser en tout notre ennemi qui, par son insatiable ambition, devait être regardé comme Fennemi commun de l'Europe, ils semblent avoir oublié non seulement toutes les loix de l'honneur, mais leurs propres intérêts, pour s'enrichir de nos dépouilles. Au lieu d'entrer avec nous en négociation réglée, et dans les formes ordinaires, ainsi que nous l'avons toujours offert, ils nous ont proposé des conditions inadmissibles comme une loi toute écrite, en nous menaçant de la guerre, si nous ne les acceptions servilement.

Après avoir senti comme nous, de quelle importance il était pour la liberté de l'Europe et de son commerce, que la Sicile ne passât jamais au pouvoir de la maison d'Autriche, ils commencent par vouloir livrer ce royaume à l'archiduc, et offrent au possesseur de cette îsle, celle de Sardaigne qui nous appartient, et que nous avons reconquise, comme si il leur était permis de le dédonmiager à nos dépens. Mais si cette conduite doit nous paraître odieuse de la part de l'Angleterre et de ceux qui pourraient se joindre à elle contre nous, que devons-nous penser du prince qui, n'étant que dépositaire de l'autorité royale en France, ose s'en prévaloir et se liguer avec les anciens ennemis de nos deux couronnes, sans avoir consulté, ni la nation française, ni les parlemens du royaume, et sans avoir même donné le temps au conseil de régence d'examiner la matière pour en délibérer mûrement?

n a vu après la mort du roi Très - Chrétien, notre ayeul, avec quelle tranquillité nous l'avons laissé prendre possession de la régence, pour gouverner le royaume de nos pères , pendant la minorité du roi notre trèscher nevei^y sims lui faire le moindre obstacle, et que

164 IV* AFFAl&S BU FAINCJS D£ C£I«I<AMARE^

nous avons toujours persévéré dans le même silence, parce que nous aurions mieux aimé mille fois mourir que de troubler le repos de la France, et d'inquiéter le reste de l'Europe, quoique les loix fondamentales de ce royaume nous en donnent Tadministration^ préférablement à lui.

Nous avons depuis entendu les plaintes qui s'élevaient de tous côtés coutre son gouvernement, sur la dissipation des finances, ^oppression des peuples, le mé-> pris des loix et des remontrances juridiques. Quoique nous fussions vivement touché de ces désordres, nous avons cru en devoir cacher le déplaisir au fond de notre coeur; et nous ne sortirions pas aujourd'hui du silence ni de la modération que nous nous étions prescrites, si le duc d'Orléans n'était sorti lui-même de toutes les règles de la nature, pour nous opprimer, nous et le roi, notre très-cher neveu.

En effet comment pouvoir souffrir plus long -temps des traités où l'honneur de la France et les intérêts du roi son pupille sont sacrifiés, quoique faits au nom de ce jeune prince, dans l'unique vue de lui succéder; et surtout après avoir répandu dans le public des écrits infâmes qui annoncent sa mort prochaine, et qui tâchent d'insinuer dans les esprits la force des renonciations au dessus des loix fondamentales! Un procédé si contraire à ce que toutes les loix divines et humaines exigent d'un oncle, d'un tuteur et d'un récent, aurait dû seul exciter notre indignation, par l'intérêt que nous prenons, tant au bien de la nation française qu'à la conservatioii du roi, notre trèS'-cher neveu.

Mais un sujet qui nous touche encore plus personnellement, est l'alliance qu'il vient designer avec l'archiduc et PAngleteiTC, après avoir rejette l'offre que nous lui faisions de nous unir ensemble. Au moins devait-il observer une exacte neutralité, s'il la croyait i^écessaire au bien de la France. Mais voulant faire une h'gue, n'c-

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tait -il pais plus raisonnable de se liguer avec son propre sang^ que de s'armer contre lui &ï faveur des ennemis perpétuels de notre maison?

Cette indigne préférence ne déclare que trop à tout l'univers son opiniâtreté dans le projet ambitieux dont il est uniquement occupé, et dont il veut acheter le succès aux dépens des droits les plus sacrés.

Ce n*est pas ici le lieu d'exposer que, par cet acharnement aveugle à suivre des prétentions qui ne lui avaient point été disputées, il compte pour rien de plonger les deux nations dans les derniers malheurs. Nous voulons seulement vous faire entendre que la conduite injurieuse du duc d'Orléans ne diminuera jamais notre sincère affection pour vous.

Nous ne pourrons oublier que nous avons reçu le jour dans votre sein, que vous nous avez assuré la couronne que nous portons, au prix de votre sang. Bien ne sera capable d'éteindre dans notre coeur la tendi^sse que nous sentons pour notre très-cher neveu, votre roi. Et si le duc d'Orléans nous réduit à la cruelle nécessité de défendre nos droits par les armes contre ses attentats, ce ne sera jamais contre vous que nous les porterons, bien persuadé que vous ne les prendrez jamais contre nous«

Ce ne sera au contraire que pour tîi'cr le roi, notre très -cher neveu, de l'oppression où le régent le tient 'avec tous ses sujets, par les plus grands abus qui se soient jamais faits de l'autorité confiée^

Ce ne sera que pour faire convoquer l'assemblée des États-Généraux qui seuls peuvent remédier aux maux présens, et prévenir ceux dont on n'est que trop visiblement menacé. Nous vous exhortons à seconder nos justes intentions, et a vous unir à nous dans une vue si salutaire au repos public.

Nous espérons tout de votre zèle pour le roi votre mattre^ de votre amitié pour nous et de rattachement que

166 IV. AFFAIRE BU PmiNCX DJB CBIiIiAMAAJBy

VOUS avez à to8 loix et 1 votre patrie, et aur ce nous prions Dieu qull voua ait, cbera et bien amésj en aa aainte et digne garde.. Donné an monastère royal de Saint-Laurent, le 6 Septembre 1718.

Philippe

2>. Miguel Fernandes Durand.

N«- vni.

Prétendue reflète de$ ÉtaU de Framee à S. M.

CtttàeUque.

Sire,

Tous les ordres du royaume de France viennent se jetter aux pieds de V. M. pour implorer son secours dans Tétat où les réduit le gouvernement présent: elle nlgnore pas leurs malheurs, mais elle ne les connaît pas encore dans toute leur étendue.

Le respect qu'ils ont pour l'autorité royale, dans «pielqne main qu'elle se trouve et de quelque manière qu'on en use, ne leur permet pas d'employer d'autre moyen pour en sortir, que les secours qu'ils ont droit d'attendre des bontés de V. M.

Cette couronne est le patrimoine de vos pères; -celui qui la porte, tient à vous, Sire, par les liens les plus forts; la nation regarde toujours Y. M. comme l'héritier présomptif.

Dans cette vue, elle se flatte de trouver dans votre coeur les mêmes sentimens qu'elle aurait trouvés dans le coeur de feu Monseigneur ('), qu'elle pleure encore tous les jours. Dans cette vue, elle vient exposer à vos yeux tous ses malheurs, et implorer votre assistence. La religion a toujours été le plus ferme appui des monarchies. V. M. n'ignore pas le zèle de Louis -le -Grand pour la conserver dans toute sa pureté. H semble que

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(l; Père de Philippe V.

AMBà BV aoi D'ESPAGNE À PARIS; ^N I7l8. l67

le prcBiier «oin du dac d^Orléans ait été de se faire honneiir.dit Pirreligion. Cette irréligion Ta plongé dans des excès de l^Bence, dont les siècles les i>Ius corrompus n'ont point eu d'exemple, et qui, en lui attirant le mépris et Tindignation des peuples, nous fait craindre k tout moment pour le royaume les châtimens les plus terribles de la yengeance divine. Ce premier pas sem* ble avoir jette, conune une juste punition, Tesprit d'aveuglement sur toute sa conduite: on conclut des trai* tés et der alliances avec les ennemis de la religion, avec les ennemis de Y. M.

n n'y a pas de Français qui n^en pénètre les mo* tifi; il n'en est point qui ne voie que Ton sacrifie; le véritable intérêt de la nation à une espérance que Ton ne peut supposer sans crime, et qu'on ne peut envisager sans horreur. C'est cependant cette cruelle supposition qui est l'ame de tous les conseils et le premier mobile de ces funestes traités. C'est-là ce qui dicte ces arrêts qui renversent toutes les fortunes, c'est-Ià l'idole où l'on sacrifie le repos dé l'état. A la lettre, Sire, on ne paie plus que les soldats et les rentes sur la Ville, et cela pour des raisons qu'il est aisé de pénétrer. Mais quant aux appointçmens des officiers, de quelque ordre qu'ils soient, -et aux {pensions acquises au prix du sang, il n'en est plus question.

Le public n'a ressenti aucun fruit, ni de l'augmentation des monnaies, ni de la taxe des gens d'affaires. On exige cependant les mêmes impôts que le feu roi a exigés pendant le fort des plus longues guerres. Mais dans le temps où le roi prenait d'une main, il répandait. de l'autre, et cette circulation faisait subsister les grands et les peuples. Aujourd'hui les étrangers qui savent flatter la passion dominante, consument tout le patrimoine des enfans.

L'unique compagnie du royaume qui ait la liberté de parler, a porté ses remontrances respectueuses au

168 IV. AFFAims vu AiN<iB m

pie4 èxL tirAiie. Cette eoittpagme cUm hqaelle on a recoana le pouvoir de décemerlft régtnicmi k qui l'on s'est adressé pour la recevoir, av>se laipidle on a stipulé en la recevant de ses mains, k laquelle on a promis publiquement et avec serment, que l'<m ne voulait être maître que àts seules grâces, et que pour la résolution des affaires, elle serait prise k la pluralité des voix dans le consefl de régence $ non seulement on ne l'écoute pas dans ses plus sages remontrances; mais on exdut' des conseils les sujets les plus digoeSy dès qu'ils se permettent de présenter la vérité ; non seulement on ne Técoute pas, mais la pudeur empêche )de ir^péter k Y. M. les termes également honteux et injurieux dans lesquels on a répondu, lorsqu'on a parlé aux gens du roi en particulier. Les régttres du parlement en feront foi jusqu'à la postérité la plus réculée.

Les États de Bretagne légitimement convoqués ont demandé qu'il leur fût permis de faire rendre compte k un trésorier très-suspect, afin dé mettre ordre à l'administration de leurs finances. On leur en a fait un crime d'état ; on a fait marcher des troupes, conune on les fait marcher contre des rebelles.

Enfin, Sire, on ne connaît plus de loix. Ces édits qui consacrent encore aujourd'hui la mémoire des rois, vos ayeux, ces édits rendus avec tant de sagesse pour conserver la sainteté des mariages et l'état de toutes les familles, on s'en joue; une lettre de cachet les renverse.- Quelles suites une telle conduite ne fait-elle pas envisager? ^e ne fait-elle pas craindre? Nous ne nous flatterons pas vainement, Sire, en nous persuadant, que nous entendrons de votre bouche ces paroles de consolation: „Je sens vos maux', mais quel remède y puisje apporter?"

n est entre les mains de V. M. Quoique revêtue d'une couronne, elle n'en est pas moins fils de France, et ses droits sont encore mieux établis par le respect

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et l-attadiement des peuples, qu'Qs ne le sont par la loi du sang. Comme oncle du roi pupille, qui peut disputer k V. M. le pouvoir de convoquer les Etats, pour aviser aux moyens de rétabUr Tordre? La tutèle et la régence n'appartenaient - elles pas de droit à V. M.? U n'est pas sans exemple qu'un prince étranger ait été tuteur d'un pupille. Sans sortir hors de chez nous, Baudouin, comte de Flandres, n'a-t-il pas eu l'administration du royaume de France, et la tutèle de Philippe I, fils de Henri I? V. M. n'aurait pas manjqaé de raisons, si elle avait voulu attaquer la prétention du duc d'Orléans; aussi toute la France a- 1 -elle senti qiie V. M., loin de consulter ses droits, n'a envisagé que les repos de l'état, dans la confiance d'une sage administration, et toute la France a reconnu dans cette conduite le coeur d'un véritable père.

y. M. peut être assurée de son côté, que tous les coeurs voleraient au devant d'elle, quand même elle ne paraîtrait qu'avec sa seule maison. Elle peut compter qu'il n'y a point de citoyen qui ne lui servît de garde. Mais supposé que, pour plus grande sûreté, elle voulût arriver à la tête d'une armée de dix mille hommes, et que le duc d'Orléans se mettrait à la tête d'une armée de 60 mille hommes, V. M. peut être certaine que cette armée sur laquelle il aurait compté, et qui ne servira qu'à le séduire, sera la première à prendre vos ordres.

n n'y a pas un oflScier qui ne gémisse ; il n'y a pas un soldat, qui ne sente l'iniquité et la perversité du gouvernement; il n'y en aurait pas un qui ne vous regardât comme son libérateur. Tous s'empresseraient d'aller reconnaître, d'aller admirer en vous le fils de ce prince si cher, dont le souvenir est gravé dans nos coeurs. Que pouvez-vous craindre, Sire, et du peuple et de la noblesse, quand vous viendrez mettre leur fortune en sûreté? Votre armée est donc toute portée en

170 IV. AFFAJOUS DU PRINCB DB CSJLIiAMAEE,

France, et Y. M. y sera aussi poissait que iiit jamaia Louis XIY. Voua aoreas la consolatioii de vous voir unanimement appelé pour administrateur et régent , tel que Votre sagesse le jugera plus convenable, ou bien de voir rétabli avec honneur le testament du feu roi, voti*e auguste ayeul.

Par là vous verrez, Sire, cette union si liécessanre aux deux couronnes, se rétablir d'une manière à les rendre Pune et Tautre inébranlables. Par li vous rétablirez le repos d'un peuple qrui vous regarde comme son père, et qui ne peut vous ètrç indifférent. Par là, vous préviendrez les malheurs, cpi'on n^ôse seulement envisager, et que Ton nous force de prévoir. Quels reproches V. M. ne se ferait -elle pas à elle-m?me, si ce que nous avons tant de sujet de craindre, venait à arriver? Quelles larmes ne verserait-elle pas, pour n'avoir point répondu aux voeux de la nation qui se jette à ses pieds, et qui implore -son secours?

Si y. M. , dont nous reconnaissons les vues trèssupérieiires, ne trouve pas à propos de répondre à nos voeux, au -moins pourrait -elle se servir de notre requête pour rappeler à lui-même, et pour faire rentrer dans les véritables intérêts de la France, un prince qui se laisse aveugler, quoique l'on soit forcé de vous représenter que l'on ne peut s'en rien promettre.

Le ministre de V. M. dans cette cour peut l'assurer que l'on n'avance rien ici qu'il n'ait lu (ians tous les coeurs. V. M. n'a donc rien à craindre d'une nation qui lui est toute dévouée, et doit tout se promettre de la noblesse française.

Plus de soixante seigneurs qui avaient trempé dans cette conspiration s'enfuirent ou furent pris. Le duc du Maine fut enlevé a Sceaux par M. de la Billardière^ lieutenant des gardes- du -corps^ et

AMB. BU AOI Il'fiSPAGKE A PARIS} EN 1718- I7l

conduit à la citadelle de Dourlens. La duchesse,^ son épouse, fut arrêtée à Paris par le marquis d'Ancenis, capitaine des gardes -du -corps, qui eut ordre de Penfermer dans le château de Dijon, accompagnée seulement de trois de ses femmes. La princesse de Conti et le comte de Toulouse se chargèrent de veiller sur la conduite du prince de Dombes et du comte d'Eu, en mettant près d'eux des personnes de confiance. Le cardinal de Polignac fut conduit à une de ses abbayes. Les cardinaux de Rohan et de Bissy, ainsi que d'autres éyêques, reçurent ordre de ne point quitter leurs diocèses.

Mademoiselle de Launai confidente de la duchesse, et Mesdames de Montauban et de Langeron furent mirses à la Bastille. M. de Malezieux chancelier du duc du Maine^ sa femme, son fils et sçs secrétaires eurent le même sort. L'évêque de Layour, son autre fils, eut ordre de quitter les États de Languedoc pour se rendre dans son diocèse. Le duc de Richelieu fut conduit à la Bastille et son régiment donné au marquis de la Châtre.

Le marquis de Magny et le comte Dedi, deux des principaux conspirateurs, se rendirent par Genève à Madrid où ils furent élevés à des emplois, et obtinrent une faveur qui ne laissait plus de doute sur leur culpabilité (*).

(1) M. Jouy dans ses „Hermiies en prison/* de Pannëe 1823, Vol. 2. donne les détails soi vans sur la découverte de cette conspiration, dont

172 IV* AFFAIKB DU PÏIINCE BÉ CELLAMARE,

toutefois nous ne pouvons girandr PavtlieBtIdté. Le cardinal Dabois avait suivi le précepte d'Horace dans llnstitiitîoii de cet établissement cbez la FiUon: Tatile et l^agrédble: c'était àrla-fois une agence de plaisir et de police minlatérielle) il prétendait qne les femmes galantes, par leur penchant naÉnrel â la fausseté, avaient un grand avantage sur les hommes, eu wStfrt» politique^ et qu'il est des témoins nocturnes en présence. dea^oela le plus profond diplomate commet tou- . jours quelque indiscrétîovu ^ Cette pensée du cardinal l'avait amené a mettre en vogue dans un oettain monde les boudoirs de la Fillon, qu'affectionnaient particulièrement lek membres du' corps diplomatique. Ses agens femelles avaient ordre de redoubler de sèle et d'activité, a une époque où se tramait contre la légitimité, une conspiration devenue célèbre sous le nom du. prince de Cellamare.

Cependant l'abbé Portooarrero , neveu de l'ambassadeur portugais, était parvenu â tromper la surveillance du régent et de son ministre; tout était préparé pour le triomphe de la cause du duc du Maine, et don Yélasques, secrétaire d'ambassade, devait partir avec Pabbé Portocarrero dans la nuit, poU!r porter à Madrid les* dépèches de l'ambassade et le projet définitif d*nne conspiration qui devait reinettre les rênes de la régeUce entre les mains d'un bâtard de Louis XTV.

Parmi les jeunes personnes qui se trouviûent sous la garde de la Filion, il s'en trouvait une nommée Ninette qui était parvenue â inspirer au cardinal une passion aussi vraie qu'un homme de ce caractère pouvait l'éprouver. Pour distraire cette jeune fille utilement dans la partie séparée de son harem où. elle était confinée, le ministre lui avait fait donner des maîtres d'agrément de toute espèce ; le hasard voulut que son maître de dessin fut aussi celui de don Yélasquez; la manière dont il parla de son écplière piqua yivement la curiosité du jeune secrétaire d'ambassade, étonné de ne pas connaître le trésor renfermé dans une maison don\ il était un des commensaux les plus assidus. Les louanges que le vieux maître de dessin avait données â don Yélasquez devant Ninette produisirent sur elle le même effet; et le désir de se connaître fut bientôt égal entre eux. L*or né tarda pas â lever le seul obstacle qui les séparait, et la Filion qui ne mit d'autre prix â sa complaisance envers Ninette, que d'être instruite exactement des moindres démarches de ce jeune homme, ne se refusa plus de leur ménager des rendez- vous. Cette jeune fille qui ne soupçonnait pas Hmportance que Ton pouvait attacher â ces rapports, promit et tint parole.

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Cette Imîson durait depuis deux mois; et doa Vëlasqnez manquait rarement de se rendre chez elle vers le milieu de la nuit, et en sortait à la pointe du jour par une porte du jardin dont il avait la clef. Un soir (le ..] il arriva vers neuf- heures. Sans être moins tendre, son air dtait sombre, préoccupé ^ Ninette l'interrogeait; il répondait par des caresses et laissait échapper des mots mystérieux qu'elle recueillait sans les comprendre; la nuit avançait, il la pria de permettre qu'il écrivît quelques mots: son billet achevé, il le cacheta, et la pria de mettre elle-même l'adresse: À son Altesse royale Madame la duchesse du Maine, à Sceaux. Puis tout-â-coop il se leva, cacha son billet dans le pli de sa cravatte, embrassa tendrement la jeune fille et s'échappa de ses bras. Ninette le suivit à travers le jardin, et ne put l'atteindre qu'au moment o& il monte dans une chaise de poste, où elle distingua placée une autre personne. Ces mots : route d'Orléans, qu'il adressa au postillon furent les derniers qu'elle entendit sortir de sa bouche. La jeune fille au désespoir, éveille la Fillon, lui Iticonte tout ce qui venait de se passer, tout ce qu'elle a entendu. Celle-ci se lève en toute hâte, court chez le cardinal Dubois, lui rapporte ce qu'elle vient d'apprendre, sans lui dire précisément de qui elle tient ces renseignemens précieux. Comme ils viennent à l'appui des soupçons du cardinal, il fait dépécher de suite des courriers sur la route d*£spagne, avec un ordre aux autorités d'arrêter ces voyageurs et de se saisir de leurs papiers.

La conspiration fut découverte, et le fils de Madame de Montespan n'obtint pas la régence, parccquUiu cardinal avait eu l'esprit de confier à des filles de joie la police du royaume, et qu'un jeune homme n'a pu se décider à quitter Paris sans dire adieu à sa maîtresse. A quoi tiennent souvent les destinées des empires i

CINQIÈME CAUSE.

Différend sûrrenu en 1726 entre la cour étEs-pagne et celle de la Or onde - Bretagne ^ au sujet du duc de Ripperda^^ premier -minùtre de 8. M, C.j enlevé de force de t hôtel de fambassadeur d'Angleterre à Madrid.

l^E baron Jean-Guillanme de Ripperda^ issu d'une iamille noble de Oroningne (Provinces-Unies) fiit d'abord colonel d'un régiment au service des ÉtatsrGénéraux, et puis envoyé par eux en qualité de ministre plénipotentiaire à la cour de Madrid. Après deux ans de résidence dans cette cour, il avait tellement su captiver l'esprit de Philippe V, que ce monarque l'engagea à entrer à son service. Il le créa duc et le nomma ministre des finances et des affaires étrangères, avec le pouvoir d'un premier-ministre, sans toutefois lui en donner le titre. Il dut surtout son élévation et sa puissance à l'union qu'il avait formée, lorsqu'il avait été envoyé par le roi à Vienne, entre la cour impériale et S. M. Catholique ; et on fut très-surpris de le voir, depuis qu'il était entré au ministère, changer de système et en adopter un opposé aux vues de la cour de Vienne. Le

les appartemens gn'jl occupait au palais, et se rendit encore dans Ift nuit à Phâtel qu'il avait loué en ville.

'- Soit que la mauraîM disposition de Pesprit public allarmâtle duc, soit qu'il craignît d'autres suites fâcheuses de la situation ou il était, après avoir écrit une lettre très-soumise au roi pour le remercier, de la pension qu'il venait de lui accorder, il fit prier M. van der Meer, ambassadeur d'Hollande à Madrid, de venir le voir, et lui ayant fait part de ce qui venait de lui arriver, il lui demanda de vouloir lui permettre de se re^er dans son hôtel, afin de se soustraire, disait- il, à la haine du peuple de la capitale dont il avait tout lieu de craindre les efifets {unestes. M. van der Meer s'excusa de ne pouvoir consentir à sa démande, lui faisant sentir que dans les circonstances actuelles, son gouvernement avait trop de ménagemens à garder envers le roi d'Eîs-

PREMIEE MIN. DE PHILIPPE Vj EN 1726. 177

pagne et l'empereur, pour se le permettre; toutefois né voulant pas l'abandonner dans cette situation cri** tique 9 il lui conseilla de se retirer dans l'hôtel de M. Stanhope (depuis Lord Harrington), ambassadeur du roi d'Angleterre près S. M. Catholique, où il le conduisit e£fectiyement dans son carrosse le 15 au soir, et lui permit de se servir de ses mulets pour y faire transporter ses effets les plus précieux.

M. Stanhope qui, la veille de la disgrâce du duc de Rippjerda, s'était rendu à Aranjuez, s'en retourna à Madrid dans la soirée du 15^ dès qu'il connut ce qui s'était passé, et il fut très-étonné, en rentrant dans son hôtel, d'y trouver réfugié le ministre disgracié.

L'ambassadeur sentant parfaitement ce que son caractère public exigeait de lui dans cette circonstance si délicate^ demanda d'abord au duc s'il conservait encore quelque emploi en Espagne, ou si^ d'une manière ou de l'autre, il tenait encore au service du roi, ou bien s'il craignait qu'on ne voulût le poursuivre pour quelque crime ou malversation dont il s'était peut-être rendu coupable pendant son ministère, ajoutant que ni dans l'un ou dans l'autre cas il ne pouvait lui donner asile.

Le duc lui répondit, que loin d'être disgracié, et moins encore d'être soupçonné d'un crime ou d'infidélité, S. M. avait eu la bonté de lui accorder une pension de trois mille pistoles en récompense de ses services; et s'appercevant que cette déclaration verbale paraissait ne point rassurer M. Stanhope,

il hd^moirh^ ^là letiW' origmale dn marqua de la Paz. "■■'■ . * r .

Qabîqiie M. Stâênhôp^ dût se convaincre par le ôôntenu de cette lettré* et jpar tout ce que le duc de Rippèrda? lui' dît, que- ce ministre n'était point coupable ni 'même soupçonné dé quelque crime contre la 'personne- de son * souverain ou contre l'état; il n'en exigea pas nÉbins du duc de «^expliquer franchemètit sttf lés motifs qu'il ayait de lui demander azile, en lui faisant comprendre qu'il était de son devoir de ne vieii faire dans les circonstances où ils se trouvaient l'un et l'autre, qui pût comprometire l'honneur du roi d'Angleterre. Le duc, loin de désapprouver les sages précautions que M. Stanhope prenait à son égard, ' lui assura que ce n'était nullement dans la crainte d'être exposé à un acte de violence de la part xle S. M. Catholique, devant regarder la pension à lui accordée^ comme une marque de sa bienveillance, mais uniquement pour se soustraire aux injures de la populace de Madrid, qui ce même jour avait déjà insulté ses domestiques et déclaré publiquement que la nuit il fallait^ aller brûler son hôtel et mettre le ministre en pièces.

Tout en ajoutant foi aux assurances du duc de Ripperda, M. Stanhope ne voulut fcependant prendre le soir même aucun engagement positif; il consentit seulement, sans lui donner aucune assurance de protection, qu'il couchât cette nuit (du 15 au 16) dans son hôtel, voulant, ayant de prendre une déterminatiofl positive, instruire S. M. Catholique de

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