‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 4)Chapitre 29 sur 85 · PREMIER MIN. DE PHILIPPE VJ EN · texte numérisé non relu

PREMIER MIN. DE PHILIPPE VJ EN

ce qui venait de se passer et connaître ses senti* mens.

Ces mêmes motifs l'engagèrent à exiger du duc de Ripperda^ qu'il écrivît au ministre secrétaire d'Etat pour lui exposer les raisons qui l'avaient engagé à se retirer dans son hôtel; et de son côté il écrivit aussitôt au marquis de la Roche, secrétaire du cabinet du roi, afin de demander une audience à S. M. C. pour le lendemain, indiquant le motif qui la lui faisait désirer. Elle lui fut accordée le 16 au matin ; et après avoir rendu au roi un compte exact de tout ce qui s'était passé entre lui et le duc de Ripperda, M. Stanhope finit par priCT S. M. C. de vouloir bien lui faire connaître elle-même ses intentions auxquelles, ajoutait- il, il se conformerait strictement. Le roi ayant écouté l'ambassadeur sans l'interrompre lui dit: ,,que quoique très-surpris de „la démarche du duc de Ripperda en se réfugiant „dans Pliôtel d'un ministre étranger, il n'était pas „ moins très -satisfait de la conduite que M. Stanhope „ avait tenue dans cette occasion.** S. M. C. ajouta encore: „que le duc lui avait fait demander un „ passeport pour se rendre en Hollande j mais qu'elle „ne pouvait le lui accorder avant qu'il eût remis di- „vers papiers importans touchant son service et „qui étaient encore entre ses mains," et finit par demander à l'ambassadeur sa parole d'honneur „de ,,ne pas le laisser échapper de son hôtel avant „ qu'elle n'eût envoyé chercher ses papiers, ce qu'elle ferait exécuter dès le lendemain.*' M. Stanhope satisfait de voir que 3. M. C» ap-

I!. elle même venait de donner à M. Stambope» il ne i'ofirait d'autre moyen d*empêcher ces conunuoica-' ions que d'user d'une violence que l'on ne jugeait ;ependant pas à propos d'employer. Ne sachant encore quel parti adopter dans une cînjfHistance si lélicate, on se borna à prendre des mesures pour impécher que le duc, par une £ùte clandestine, ne lût tromper la vigilance de l'ambassadeur, et ce fut m conséquence de cette résolution que le marquis le la Paz, ministre secrétaire d'État de S, M. C. îcrivit la lettre suivante à M. Stanhope raprès-midi lu jour même que cet ambassadeur avait eu l'anlienoe du roi.

Lettre du marqua de la Paz, adrettée à M. Sfankope (Lord Harrington), ambaitadeur du roi d'Angleterre à la cour de Madrid.

Monsieur, le roi est parfaitement assuré de la pa- •oie que V. Exe. a domiée a S. M., pour garder le duc le Ripperda dans son hdtel; mais, comme toutes les pré-

FKEMiBR MIN. BS PHII<IPFJB V ^ EN 1726. 181

cautions que Y. Exe. potmraît prendre, ne seraient peutêtre pas suffisantes pour préTenir les folies et le. desoir* dre qu'il est capable de cpn^mettre, S. M., pour plus grande sûreté, a résolu de faire poster quelques soldats dans le voisinage et les avenues de Phôtel de V. Exe., afin qu'ils veillent à empêcher toute^^ les irrégularités que ce duo pourrait entreprendre à Tinsçu de V. Exe. Il n'entre dan^ cette affaire aucune méfiance de la pari de S. M. pour ce qui regarde V» Exc.^ mais c'est seu-» lement pour prendre de plus grandes précautions pour sa sûreté. Cest ce que S. M. m'a ordonné de faire savoir à V. Exe, afin que vous ne doutiez en aucune manière de sa confiance royale* Je suis etc.

Jean-Baptiste de Orandayn.

du Palais le 17 Mai 1726.

Immédiatement après Tenvoi de cette lettre^ un détachement des gardes espagnoles et vallones vint occuper la rue où était situé l'hôtel de Pambassadeiur^ et toutes celles qui y aboutissaient^ et ayaiA reçu la consigne dé visiter scrupuleusement toutes les personnes et les carosses qui sortiraient de Thôtel, M. Stanhope fort scandalisé dhm procédé si inattendu, se rendit sur le champ chez les autres ambassadeurs étrangers^ pour s'entendre avec eux y et leur faire faire cause commune pour la violence que l'on venait de faire par cet acte, contre les immunités et franchises auxquelles ils avaient droit de prétendre.

Malgré toutes ces précautions, l'inquiétude que donnait à la cour d'Espagne le séjoiu: du duo 'de Ripperda dans l'hôtel de l'ambassadeur, ne faisait

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qu'augmenter; on 0e repentit fort^e n'arair pas d'abord £ut]|:egarderletiiiniBtre disgracié comme coupable de quelque crime ou malversation^ au moyen de quoi M. Stanhope ne Itd aurait point donné asile. Mais îi^n'était pins temps de recoyrir.à cet expédient, après ce que S. M. avait elle-même dit à l'ambassadeur, ni d^enlever le duc de forfee de son hôteb ' Ou jugea donc â-propos d'employèî^ le^ vbîes flë la douceur, pouip Fen faire sortir, et ce Jut dans cette vue que le marquis dje la Paz écrivit la lettre ci- après à M. Stanhope.

Lettre du marquis de la Paz, adressée à M. Stanhope,

Moï^ieiu:, le roi- mon maître étazU informé, par ce que le duc de Ripperda lui-in(ime a tcpapîgné tant de bouche que par écrit, que ïe seul motif qu'il a eu de se retirer 'dans ThÔtel de V. Exe, ' était d'y chercher un Aile contre les insultes «qu'il appréhendaiit de la part du peuple de Madrid, car» il ne pouvait craindre aucun mal de la part de S. M. , qui l'avait éloigné de ses pieds royaux avec tant de distinction et de piété, S. M. pour mettre fin au scandale que cause la retraite du duc dans f hôtel de T. Exe, a résolu de prendre des mesures pour sa sûreté, et de le délivrer de tout soupçon et de toute appréhension. Dans cette intention S. M. m'ordonne de dire à V. Exe, qu'il lui sera trèsagréable, que le duc se retire de l'hôtel de V. Exe, et que vous vous serviez des Imoyens et des précautions que S. M. offre pour son entière sûreté contre toutes les entreprises de la part du peuple 5 puisque ces moyens font cesser tous les motifs que le duc a eus pour réclamer l'immunité de l'hôtel de V. Exe: et S. M. se pro-

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met et espère de la prudence et de la ^éflexioa de V. Exe. que vous l'y disposerez incessammcpt. . .

Je suis etc. ; '..I' j

Jean-Baptiste de Oranij^^yn.

du Palais le 18 Mai 1726.

M. Stanhope dans sa réponse ait mîmslré secre^ taire d'Etat, lui dit qu'il n'avait rien pu,gagner sur le duc de Ripperda, malgré toutes les r^spi^ qu^il q.vaît employées pour l'engager à se rendre au ' désir du roi ; que le duc s'est constamment hàihaé à M dîi*e î ,, que pour justifier sa conduite, il ayaii; informé Sia „ Majesté des motifs qui l'avaient engagé 4 se réfugier ,,dans son hôtel j mais que. voyant,, malgré cela quç „ S. M. était indisposée contre lui, et craignant les Bldr „tes de son ressentiment, il se voyait forcé de dé- „clîner l'offre qu'elle lui faisait, et dé né point qtdt-^ „ter l'asile qu'il avait choisi pour $â sûreté person- „ nelle." M. Stanhope ajoutait que, quelque résolur tion que prît le duo de Ripperda, H, attendait de la sagesse de S. M. et d*après ce qu'elle lui avait dit elle4 même, qu'elle ne permettrait point qae l^on commît envers lui aucun acte de violence contraire au droit des gens.

M^s cette réponse laissait toujours les choses clans le même état, et le marquis, de. la Pa:5 fut obligé de revenir encore une fois à la charge en écrivant la lettre suivante â l'ambalssadéur df Angleterre.

Lettre dit marquis de la Paz\ adressée à M. Stanhope.

Monsieur, le roi mon maître cohhatt rînielligcnce

de \. Exe. 9 et considère qu'elle; est trop bieu informée

184 V. AFFAIIUB BU DUC BS BIPPSBLDAy

âes Gireoiistaiices da cas présent du duc de Ripperda^ pour douter qu'elle poÎMe ignorer les conséquences préjudiciables qui résuheraîent contre son autorité royale sur ses ministresy si P(m consentait i souffirnr la témérité du duc, et si S. M. voulait écouter les propositions qu'il Tondrait fairej.. parce qu*Q se trouTc, (H>ninie il le croit, entièrement en sûreté par l^mmunité de Tliôtel de Y. Esc. Qud eiceinple scandaleux ne serait-ce pas que celui qui autoriserait tout ministre de S. M. et de toute antre sobyerain^ i manquer à son devoir, dans l'espérance de pouvoir ensuite se retirer dans , l'hôtel d'un ministre étranger, et de se soustraire à la jurisdiction de son souverain, m^me dans sa propre cour? Cette réflerion, de même que d'autres qui ne sont pas d'un moindre poids, peuvent porter Y. Exe. à solliciter de nouveau le duc de Ripperda, et i lui persuader de se retirer de l'hôtel de Y. Exe, en se servant seulement de la précaution que S. M. a offerte pour sa sûreté contre les insultes du peuple de Madrid, comme j'ai eu l'homieur d'en informer Y. Exe., dans ma lettre du 18 de ce mois, par ordre de S. M., qui me commande de déclarer de nouveau i Y. Exe. la satisfaction particulière avec laquelle S. M. louera Y. Exe, si elle veut s'appliquer à mettre le duc à la raison, et lui persuader d'aihnettre.et d^employer, sans restriction, les précautions que S. M. veut prendre pour sa sûreté, dès qu'il voudra quitter l'hôtel de Y. Exe. S. M. se promet, par là confiance <q[a'elle place dans la prudence de Y. Exe, que vous ferez cette démarche avec toute l'activité convenahle, afin qu'elle soit une preuve de la sincérité avec laquelle Y. Exe. aspire à être délivrée de cet embarras, qui ne peut que lui causer beaucoup d'incommodité. Je suis etc.

Jean-Baptiste de Orandayn.

du Palais le 21 Mai 1726.

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