HUITIÈME CAUSE
Arrestation du duc de Belle -Isle, maréchal de Frtmce^ se rendant en 1744 à Berlin en qualité de ministre plénipotentiaire d^ S, M. Très 'Chrétienne,
X endant la guerre de succession; éclatée à la mort de l'empereur Charles VI, dans laquelle la France ne votdait d'abord être considérée qi;e comme parti auxiliaire de Pélecteur dé Bavière (depuis empereur sous le nom de Charles Vil) corftre Marie-Thérèse et son allié le roi dei la Grande- Bretagne, les puissances belligérantes araient conclu, le 18 Juillet 1743 à Francfort, une convention de cartel qui fixait le mode d'échange et' dé rançonnement des prisonniers de. guerre , et par laquelle il fut entre autre stipuléji que la rançon, d'un mar, réchal serait de 32,000 florins (*). ,ip
tfL) L'article II en cartel était ainsi ' conça : ,, Tout priaénlMrf „de guerre, de qaelc^iie nature et condition ^*ila pnissetttf'^ ^M|^ ,,san8 ancnne r^aerve, qui MrontfVSts de part et d'entre^ iiprèè^le „ premier échange on rançon , par les armées- on gaiiiMont^ 49» par^
286 VUL AFFAIUTBU BXJO DE BELLB-ttLB^
Ce ne fiit que le 15 Mars 1744^ qne la déclaration de guerre rahrante de la France <M>ntre l'Angleterre fat publiée.
OrdmêmoMee du rai de firtmee^ parimU dMmrmUùn de guerre centre, te roi d'AugkOrm^ Ueetmir -d^Utm^ere.
. De par k roil .'.
Dès le çoimneBLCç^eilt ^^p$ troubles gpi se sont âevës après la jnort de Pemp^reor Gharlj^ YI, le roi if avait rien omis pour faire (comiattre que S. M. ne dé* sirait rien avec plus d'ardeur que de les voir promptement appaisés par un accommodement équitable entre les parties belligérantes.
La conduite qu^elIe a tenue depuis, a sufiSsamment montré qu^elle persistait -^ constamment dans les mêmes disposition^; ./ft.lS. M. v<>YdaiiQt bieu ne former ellemême aucune prétention qui pût mettre le moindre obstacle au rétablissement de la tranquillité de l'Europe, ne comptait pas être obligée de prendre paît à la guerre, autremèht qtren fdurhissaht à ses alliés les secours qu'elle se trouvait' engiaigéé à leur donner. Des vues aussi désintéressées auraient bientôt ramené la paix, si la cour de Londres !r^ait.pens0 av^ autant d'équité et de modç^ation, et si, ell^ n'eut oon^ulté que le bien et l'avantage de la nation anglsâse;. mais, le roi d'Angleterre, électeur d^anovre, avait des intentions bien opposées, et on né fut pas- long -temps à s'appercevoir qu'elles ne tendaient. ^'4 allumer une guerre générale.
^iÎM..WUg^nuite« oa anxiliaunot, mÀt en bataille, . combats, priaet „4rplt(De on €m$fftm€ni MBtout >TeJi»àuM de bomia foi, quinae jours ^yjSprds lear .Attention 011 asusMt que fidr» te poom, par ^cbaiigo 4y,oa ea f9f$Bt.Uis^ nmfoii.*f.
HAaiCHAIi D£ FRAKÇJBf £N 1744* 287
iNon content de détourner la cour de Vienne de toute idée de conciliation, et de nourrir son animosité par les conseils les plus yiolens, il n*a cherché qu'à provoquer la France, en faisant troubler partout, son commerce maritime, au mépris du droit des gens et des traités les plus solennels.
La convention d'Hanovre du mois d'Octobre 1741, sembla cependant devoir rassurer S, M. sur la continuation de pareils excès. Le roi d'Angleterre, pendant le séjour qu'il fit dans ses états d^Allemagne, parut écouter les plaintes qui lui furent portées, et en sentit la justice, n donna sa parole royale de les faire cesser, et il s'engagea formellement à ne point troubler les alliés du roi dans la poursuite de leurs droits^ mais k peine fut -il retourné à Londres, qu'il oublia toutes ses promesses, et aussitôt qu'il fut certain que l'armée du roi quittait entièrement la Westphalie, il fit déclarer par ses ministres que la convention ne subsistait plus, et qu'il s'en tenait dégagé. Alors il se crut dispensé de tout ménagement. Ennemi personnel de la France, il n'eut plus d'autres vues que de lui en susciter partout; cet objet devint le point principal des instructions de ses ministres dans toutes les cours de l'Europe; les pirateries des vaisseaux de guerre anglais se multiplièrent avec cruauté et. barbarie; les ports du royaume ne furent plus même un asile contre leurs insultes; enfin les escadres anglaises ont osé entreprendre de venir bloquer le port de Toulon; arrêtant tous les bâtimens, s'emparant des toutes les marchandises qu'ils portaient, enlevant même les recrues et les munitions que S. M. envoyait dans ses places. Tant d'injures et d'outrages répétés ont enfin lassé la patience de S. M. Elle ne pouiTait les supporter plus long -temps, sans manquer à la protection qu'elle doit à ses sujets, à ce qu'elle doit à ses alliés, à ce qu'elle se doit à elle-même, à son honneur et à sa gloire.
Tels sont lea folles nUMift qui ne pèMbetteiii plus à S. M. de rester dâlia les bonies de la 'te6 JÀrsIibn qu'elle sTébdt prescrite, et qili la 'forcent de dédàr^ 1a guêtre, comme elle la déclare par la présente, plir ttà^ et par terre, an roi d'Aiigleterre; électeur d'HallotM.
Ordonne et enjoint S. M. 4 tous les sujets, vassatox et aervitenrs., de courre sa» àâx sujets du roi d'Angleteere, électemr d'Hano?i«| ' leur fait très-* expresses iflhibitions et défettÉrtU dWour ^après avec eu3É aucune Gommunicatio», cMItiieÉcSé ta intelligence, sous peine de la rie; et en constf^pNBâce {S. M. a Ûès k présent reVo-» que et révoque toutes permissions, passeports, sauvegardes et sai^couduits, qm pourraient avoir été accordés par elle ou par ses lieutenants -généraux et autres ses oflSciers, contraires à la présente, et les a déclarés et déclare nuls et de nul effet et valeur, défendant à qui que ce soit d'y avoir aucun égard etc. -.^
Mande et ordonne S. M. à M. le duc de Pentldèvre, amiral de France, aux maréchaux de France, gouVer-^ neurs et lieutenants - généràuit pour S. M. en se» provinces et armées, maréchaux-dé-camp, colonels-mestresde-camp, capitaines, chefs et conducteurs de ses gens de. guerre, tant de cheval que de pied, français et étrangers, et tous' autres ses officieris qu'il appartiendra, que le contenu de la présente ils fassent exécuter, chacun à son égard, dans l'étendue de leurs pouvoirs et jurijsdictions. Car telle est la volonté de S. M. laquelle veut et entend que la présente soit pubh'ée et affichée en toutes ses villes, tant maritimes qu'autres, et en tous ses ports, havres et autres lieux de son royaume et terres de son obéissance, que besom sera, à ce qu^ancun n'en prétende cause d'ignorance.
Fait à Versailles le 15 Mars 1744.
Louis ' Jf. P. de Foyer ÙArgeneoni
MARlÊCHAIi DE FRANCE; EN 1744- 289
La contre-déclaration de la Grande-Bretagne publiée le 9 Avril de la même année était ainaî conçue.
Cenire" déclaration de la Grande-Bretagne.
George Roi.
Comme les troubles qui se sont Aeyés en Allemagne au sujet de la succession du feu q^ipereur Charles YI ont été commencés et continués à l'iustiga* tion, & Taide et par le soutien du iPoi Très-Chrétien en vue d'étendre sa dangereuse influtoCe et de renverser l'équilibre en Europe; et de là, en violation directe de la garantie solemnelle qu'elle, avait donnée à la sanction pragmatique en 1738 pour prix de la Lorraine; tandis que de notre côté nous avons exécuté avec une bonne -Jbi dont nous ne nous écarterons jamais, tous nos engagemens pour le maintien de cette sanction pragmatique, en nous opposant aux attentats formés contre les étata de la lieine de Hongrie, nous ne sommes pas surpris que notre conduite à cet égard nous ait attiré le ressentimeiit du roi Très -Chrétien, qui a vu par-là ses ambitieux desseins frustrés- eaoL partie, par l'assistance que nous avons donnée à notre alliée , si injustement attaquée par lui, ni qu'il en fasse le motif principal de la guerre qu'il nous déclare.
Dana le temps que nous nous trouvâmes obligé d'entrer en guerre avec l'Espagne pour le mainden des justes droits de nos sujets, le roi Très -Chrétien, loin d'observer une exacte neutralité, comme nous aurions dû nous j attendre de sa part, puisque les . traités l'obbgeaient même à nous secourir, a encouragé et aidé nos ennemis, et poussé ses sujets à agir en. armateurs contre les nôtres soùs des commissons espagnoles,
290 Vm. AFWAJLtm ou JMJG BB BMUM^lBlsBy
tant en Europe -^eii Aifl^riqitei et a éiv?oy>#^ en Tannée 1740 une foit^ escadre âiinj»> les mers d'Aniériq[ue;^ afin de nous empêcher de poursuitre la juste guerre dans laquelle nous (étions engagés aVec l'Espagne; et nous ayons les preuves les plus lautlientîques, que le commandant de Tescadre française avait un orAre exprès, non senlçaq&est d'agir bostfledueBfc^ .contrel not- vaiiseaux, soit conjointement avec les Espagnols, soit séparément, mais de concerter même des mesures avec eux pour attaquai' une des nos piincipaler colonies | un doi^le de tea ordres donnée le 7 Octobre 1740^ étant tombé entre les mains du commandant >fti '%ltef de notire escadre aux. Indes occidentales (^).
Un procédé si ili)iirieux fut aggravé par la décla-. ration perfide ^ui nous "fut faite par le ministre de France à nôtre cour A l'occasion de cette escadre; savoir, que le roi Tràs-Chrétien' était fort éloigné de toute intention de rompre avec nous. Le roi Trto- Chrétien persista dans ' la même Conduite offensante envers nous par son escadre dans la Méditerranée en ' 1741 , laquelle se joignit aux vaisseaux de nos ennemis,- et les protégea à la vue de notre flotte qui se préparait â les attaquer.
Tous ces procédés insoutenables, l'infraction manifeste des traités, en rétablissant les anciens ouvrages et en en construisant de nouveaux à Dunkerque ; les hostilités ouvertes commise^ en dernier lieu contre notre flotte dans la Méditerranée, l'insulte qui nous a été faite en recevant dans les états de France, le fils du prétendant à notre couronne; et l'envoi d'une escadre française dans la Manche pour soutem'r cet embarquement et cette invasion , seront des monumens parmanens du peu d'égard que la cour de France a pour les engagemens les plus solemnels, lorsque leur observation ne
(1) La France agissait depinîs Pànn^e 1740 comme auxiliaire de TËspagae, mais sans guerre ouverte avec rAngletcrre,
MARiCHAL B^S FRAKCB; BN 1744* 291
s^aecordie pas avec son intërét, son ambition ou son ressentiment.
Nous ne pouvons passer sous silence les in|ustes insinuations contenues dans la déclaration de guerre du roî Très -Chrétien contre nous, touchant la convention faite à Hanovre en Octobre 1741, laijuelle ne regardant que notre électorat, n^avait aucun rapport avec notre conduite comme roi de la Grande-Bretagne. Ce ^'on avance là-dessus, est également injurieux et mal fondé, notre manière d'agir à cet égard ayant été parfaitement conforme à la bonne -foi, qui est et qui sera toujours la règle constante de nos Actions.
Il serait superflu de répondre aux plaintes faites contre la conduite de nos ministres dans les cours étitangères, puisqu'il est notoire, .que le but et Tobjet principal des négociations des ministres de France dans les diverses cours de l'Europe, ont été, ou d'exciter.. des commotions intestines dans les endroits où ils résidaient, ou de faire naître des mésintelligences entre ces cours et leurs alliés respectifs. . - .{
Le reproche de piraterie, de cruauté et d'inhumanité fait à nos vaisseaux de guerre, est aussi ii]juste que messéant, et nous avons tellement en horreur de pareils procédés, que, si on nous en avait porté la moindre plainte, nous n'aurions pas tardé à y mettre ordre et à faire un exemple des coupables. ■
Etant donc indispensablement obligés de prepinlre les armes, et mettant une entière confiance dans, la protection du Dieu tout-puissant, qui connaît la pureté de nos intentions, nous avons trouvé bon de déclarer, ainsi que nous déclarons par la présente, la guerre contre le roi Très-Chrétien 5 et en conséquence nous la poursuivrons vigoureusement par mer et par terre; assurés, comme nous le sommes, de la prompte assistance de tous nos bons sujets dans une cause aussi juste. C'est pourquoi
092 Vni. AFFAIRB DU JDUC DS JBBLIiKHCBIiE^
«ce. (fniveiit les fomialités ordinaires qirès lesqneDea il
était dit:)
(Ordonnons & tons nos sujets, et avertilMiis tontes personnes, de cpelque nation qae ce soit, de ne conduire ni transporter aucunes troupes, poudre, armies^ munitions ou autres marcliandises de contrebande, dans aucun Acê territoires, pays ou coIonie« du nn Très* Chrétien; déclarant que tous vaisseaux et-bâtimens qui seront trouvés transportant des troupes, poudre, aimes, Inunitions ou autre marchandises de contrebande dans un des tonritoires, pays ou colonies du roi Très-rChrétieu seront déclares de bonne prise.
Et comme il y a dans nos royaumes plusieurs des sujets du roi Très -Chrétien, nous déclarons que notre intention royale est que les sujets de France, qui se comporteront envers nous selon le devoir seront et de- «meurerbnt hors d'atteinte etc. en leurs biens et en leurs personnes.
La déclaration de gaerre de la France contre l'Autriche et celle de cette dernière contre la France furent publiées le 26 Avril et le l6Mai 1744-
Quoique les hostilités entre la France et l'Angleterre n'eussent point encore commencées à cette époque dans les provinces allemandes du roi de la Grande-Bretagne comme électeur de Hanovre, nn corps de 100,000 hommes de troupes françaises était déjà entré dans les Pays-Bas, et un autre corps rénni sur les bords du Rhin paraissait menacer ces pays d'une invasion. , Ce fiit alors que le maréchal duc deBelle-Isle que l'empereur Chai-les VII avait élevé à la dignité de prince d'Empîre, se trouvant à cette époque, revêtu