MARÉCHAL DE FAAKCE ; EN
du caractère d'ambassadeur, à Francfort, près de Pempereur, reçut Tordre de S. M, Très-Chrétienne de se rendre en qualité de ministre du roi à la cour de Berlin. Le maréchal prenant de Cassel la route par l'Eichsfeld (^), arriva le 20 Décembre dans l'après-dîner accompagné de son frère et de toute sa suite, à Elbingerode, petit bourg de la dépendance de l'électeur de Hanovre, où il descendit à l'hôtel des postes prussiennes. Le baillif de l'endroit , nommé Meyer , attentif au bruit qui s'était répandu qu'un général français allait se rendre en Prusse et que l'armée française allait entrer dans le pays de Hanovre, crut de son devoir, avant que de lui faire délivrer des chevai^ de poste, d'interroger le maréchal sur ses qualités et fonctions, et surtout de s'ki former s'il était muni d'un passeport hanovrien. Celui-ci lui ayant déclaré qu'il n'en avait points mais qu'il était ministre de France se rendant à la cour de Berlin, ainsi que l'attestaient les papiers dont il était porteur, le balUf n'hésita point à le déclarer, au nom du roi d'Angleterre et se fondant sur la déclaration de guerre de la France, prisonnier de guerre ainsi que toute sa suite; et avec l'assistance de quelques milices de l'endroit il le fit conduire BOUS escorte d'abord à Scharzfels, et puis à Osterode, le premier endroit n'ayant pas été trouvé propre à le recevoir. Chemin faisant le maréchal
(1) Territoire appartenant alors à l'électeur de Mayencc, et situé entre lu Tluiringey la Hcsse et le pays de Brauswick.
régence de Hanovre expécfia desnite un courrier & Londres, et donna des in^tuctions à l'autorité locale pour que le maréchal, aîasi ^ue son frêra et tonte la suite, fussent, détenus jusqn'à nouvd ordre -au château dXDsterode et traités arec toute la considération due à leur râug. On y envoya même M. de Frykapel, grand-écuyer, pour tenir compagnie aux deux prisonniers, et l'on porta l'attention jusqu'à leur envoyer des cuisiniers et autres officiera de la maison «Je l'électeur, et à faire rendre au marédial l'épée, que le baiilîf d'Elbîngerode lui avait demandée lors de son arrestation (*).
(I) Ua officier de la soite an tear<!chal, qu'il eat la permission d'enroyer â Hanovre, ayant fait connaiisaDce dans cette ville avec na mddecîa de Donai, nommd Neamann, il engagea celui-ci à so cHarger de deux lettres du maréchal, l'ane pour un des miuistres d'état du roi de Fraase i Berlin, l'autre pour un banquier i Fraoo' fort charge des aSaires des cours de Munich et de Paria; pour les lui remettre il les enferma dans sa tabatière qu'il feignit de
UABÉCRAL DE FHANCB; JSN 1744* 295
L'ordre étant arrivé de Londres de transporter les prisonniers en Angleterre, la régence de Hanovre envoya un détachement de 50 hommes de cavalerie à Osterode pour les escorter jusqu'à Stade (^) où ils arrivèrent le 26 Janvier 1745-
La cour de France considérant le maréchal de Belle-Iste comme duement prisonnier de guerre du roi d'Angleterre, et qui suivant le cartel de Francfort pouvait être rançonné pour la somme convenue de 32,000 florins, fit écrire par M. d'Argenson, secrétaire d'état de S. M. Très-Chrétienne, au duc de Newcastle, secrétaire d'état de S. M. Britannique, la note suivante qui par la voie de l'ambassadeur de Hollande à Paris , M. van Hoey,. fut transmise au cabinet de St. James.
Note du marquis d'Argenson , secrétaire d'état de S, M: Très ' Chrétienne ^ adressée au duc de Newcastle, secré^ taire d'état de S. M, Britannique,
Le roi a été informé, que le duc de Belle -Isle, maréchal de France, et le chevalier, son frère, lieutenant-général de ses armées, en voyageant dan"s T Allemagne, s'étaient rendus le 20 du mois de JDécembre der-
troquer arec celle du médecin; mais l'oflîcîer hanovrica chargé d'accompagaer et de garder a vae cet of&cier français, ayant conçu des soupçons se saisit des deux tabatières et troni^a les de«x lettres dans celle que le médecin avait mise dans sa poche. Celui-ci fut arrêté et les lettres furent envoyées à Londres.
(1) Ville située près l'eiHbouchare de TElhe»
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^asse, lans'Ia Itre ei irmés, «ctëre fESbk ■entre [ni on
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iganl' *vêtna
De pareils excès ne sont tolérés àmna «ncun pays it âans aucnnes circonstiinces, et les souverains doivent ■espectiremem s'en faire justice. S, M. ne doute pas, [uc le roi de la Grande-Bretagne n'ait déjà envoyé ses )rdres pour la punition du baillif d'Elbingerode, et S. M. demande qu'elle soit prompte, et faite avec autant l'éclat et de sévérité, c[ne sa conduite a été indécente A contraire, à toutes les règles de la justice et de l'hunanité.
S. M. est aussi informée, que MM. de Belle ~Isle :ontiuuent à être retenus â Osterode. Elle en ignore es motifs. Lorsqu'ils ont .été arrêtés, ils n'étaient accompagnés d'aucunes troupes, voyageaient avec leurs lomestiques, et avaient lieu de croire, qu'ils jouiraient le la liberté des chemins, comme tous ceux qui traversent l'Allemagne, soit pour leurs affaires particulières, loil pour celles de leur maître. Si on prétend qu'ils fflt empruuté le territoire de Hanovre, et que dans 'enclavement qu'ils ont traversé, il n'y ait point de raçsit établi, et si la maison de poste où ils ont été nsullés, n'a pas de franchises particulières, on ne peut ■egarder MM. de Belle -Isle que comme prisonniers de ;aerrc. C'est sur qUoi il est difficile de prendre en peu
HARÉCHAIi DE FRANCE; EN 1744. 297
dé temps tous les éclaircissemens nécessaires, et comme un plus long délai les laisserait dans l'incertitude de leur sort, le roi, pour prévenir toutes difficultés, et faire cesser leur détention, a donné des ordres pour faire payer leur rançon, en exécution du traité de cartel, signe à Francfort le 18 Juillet 1743 et qui a eu sa pleine et entière exécution pendant la fin de la campagne de 1743 et de celle de 1744.
S. M. est persuadée, que si les ordres du roi de la Grande-Bretagne ne sont pas déjà envoyés à la régence de Hanovre, il ne tardera pas à y en envoyer de positifs, pour les faire mettre en liberté, soit en les regardant comme simples voyageurs, soit en les traitant comme prisonniers de guerre, et en faisant recevoir le prix de la rançon réglée par le cartel,* dont le montant est actuellement déposé chez des banquiers sûrs de Londres, de Hanovre, d'Amsterdam, et de Hambourg, au choix de S. M. Britannique, et c'est ce que S. M. demande et attend de la fidélité du roi d'Angleterre à ses engagemens, ainsi qu'elle ferait elle-même en pareil cas.
S. M. n'a pu faire remettre ce mémoire par ses ministres à ceux de S. M. Britannique , attendu les circonstances présentes ; mais elle a ordonné qu'il fût remis à M. van Hoey, ambassadeur des États -Généraux auprès d'elle, et S. M. ne doute pas, que ce minfitre ne s'emploie auprès des Etats-Généraux, pour obtenir par leurs bons offices une prompte expédition des ordres du roi d'Angleterre à sa régence de Hanovre pour la punition du baillif d'Elbingerode, et pour la liberté de MM. de Belle -Isle.
Tous les princes et états sont intéressés à ce que la sûreté des grands chemins ne soit point interrompue; c'est ce qui établit la rnéccssité d'une punition exemplaire contre le baillif d'Elbingerode.
L'exécution des traités de carlel ne peut et ne doit être retardée sous quelque prétexte que ce soit; et suî-
298 VOL iiVFAiKEDv npc'iii^jaLXiBHrsiJB,
▼ant celui de Francfinti tout pruonnier doit 4tre en Vhettéf quîme joars après m déteadoiii au moyca dje ^échange ou de la rançon.
• Le marquis d'Augbnsoh^
BSais TAngleterre prétendit que le cartel n'ayait été fait que pour les prisonniers de guerre , et qu'H n'avait point application aux prispnnier3 d'état, tiels qu'étaient MM* de Belle -Islç, qui n'étaient que des voyageurs, tiMiversant. PAlJema^e et dbvtient plutôt être regardéa conune des iouaiistres allant de cour en cour, que comme des généraux.
L'empereur Charles VII, croyant devoir prjendre fait et cause pour le maréchal de Belle -Isïe, vu que son arrestation avait ou lieu sur le territoire de l'Empire, et qu'il avait été chargé par lui d'une commission auprès du roi de Prusse, écrivit au roi d'Angleterre une lettre autographe, par laquelle il le priait d'élargir les prisonniers, et que le baron Haslang son ministre à la cour de Londres eut ordre de remettre en personne à S. M. Britannique dans une auoience particulière. Ce fut le 27 Janvier que cette audience eut lieu; le roi, après avoir lu la lettre, dit au baron de Haslang : „ C'est une affaire „ faite, ils doivent être actuellement sur mer, pour ,,être transportés en Angleterre:" L'ambassadeur ayant fait observer au roi que le maréchal de Belle-Isle était à la fois ambassadeur de l'empereur auprès du roi de Prusse, S. M. lui répartit: ,jLe maréchal ne m'en a rien écrit; mais il „ s'est déclaré mon prisonnier de guerre, et il le
MAR^CHAIi DE FRANCE; EN 1744. 299
,, restera; il est mon ennemi personnel^ ainsi que de 9, ma maison et de mes états; toutes ses menées et ,, projets me sont connus. ^^ M. de Haslang ne jugeant pas à propos de donner lieu au roi d'en dire davantage, se retira. M. Andrié, ministre de Prusse à Londres, reçut quelques jours, après un courrier de sa cour avec ordre de solliciter Pélargissement du maréchal; il n'eut toutefois pas plus de succès que son collègue (^).
D'un autre côté, le comte de Bunau ^ ambassadeur de Pempereur, fut chargé de présenter de la part ' de .son maître à la régence de Hanovre un mémoire pour reclamer l'élargissement du duc de Belle-Me et de son frère. On y contestait non seulement le droit que s'était arrogé le baillif hanovrien en arrêtant le maréchal dans l'hôtel des postes prussiennes, mais on fit valoir encore, que la déclaration de guerre de la France ne portait que contre l'Angleterre^ et non pas contre le roi, en sa qualité d'électeur de Hanovre; et enfin que ce n'était que par erreur que le duc avait choisi sa route par l'Eichsfeld, et nullement dans des vues hostiles (^), et qu'en dernier lieu il devait être considéré, non-seulement
(1) La mort de Pempereur Charles VU rendit encore plus importante la détention du duc de Belle -Isle^ attendu qu'il connaissait les forces des cours d'Allemagne auprès desquelles il ëtait le bras droit du ministère de Versailles, premier mobile de tous les ressorts qu'on y avait fait jouer depuis près de quatre ans.
(2) La suite nombreuse du maréchal, composée de 25 personnes, avait fait naître le soupçon qu'il se trouvaient parmi elles des in-
1) n esénoloire que la France a publié le 15 Mars 1744, une déclaration de guerre cobtre S. M. Brilantàtjae et S. A. Electorale de Brunswick-Luneboarg, lAivie de la part de celle-ci d'une piireille déclaralion »^tre la France, et que dans la déclaration française
{Aùeors on ofScîen dégtàsia, charges de reconnaitre la roote ponr Dger ai elle ofiVût qd pasaage commode à l'annëe; sonpçoD qui laraîsaait d'sDtant pins fonile ija'il n'y arait raUoDDablemeat bdcud notif lafSaant .if s'étro éc&né de la grande route allant de Css*el i Berlin et d'avoir pris de preftirence un chemin de traverse dan* les Bontagnea du Hartz.
(1) Le comte de Holderaeas, ambaisadenr extraordibaire de la
îrande - Bretagne prèa la rëpnbliqne de Venise, passant par Fah- ■enbach, village titu^ prés de Nuremberg, y fut arrête le 16 Sept. L744, par de» hnisards aotrichien» sous le« ordres du gëoëraLSt. Gernain, et oblige de se conatitaer prisonnier de guerre de l'emperenr. Ueis aussitôt qne le comte de Seckendorf, gênerai en chef, fat instruit de «tte arrestation, il en' écrivit an gëodral de St. Germain, en loi ^moiguaut son mécontentemeat sur la conduite qu'il avait tenne m cotte occasion, et loi ordonna de relâcher desnite l'ambasialenr et de ae rendre en personne chez le comte de Holdemesi lonr lui faire set eiooses.
MARÉCBAIj de FRANCE; EN 1744* 301
S. M. Britannique, non seulement y est qualifiée partout de roi d'Ai^gleterre, électeur de Hanovre, mais qu^il s'y trouve aussi la formule usitée, ordonne et en^ joint S., M. (Très -Chrétienne) à tous ses sujets, pas-* saux et serviteurs de courre sus aux sujets du roi d* Angleterre j électeur de Hanovre. C^tte formule seule et la conservation de soi-même, fondée dans le droit de nature, su£Ssent pour autoriser un chacun des sujets de S. M. de rendre la pareille aux sujets de France, quand l'occasion s'en présente. La contredéclaration de S. M. a confirmé ce droit, et aussi peu qu'il a plu à S. M. Très -Chrétienne de publier deux déclarations de guerre diiFércntes, Pune contre le roi d'Angleterre, Tautre contre l'électeur de Hanovre, aussi peu S. M. Britannique s'est- elle cru obligée de rendre deux contre -déclarations diverses, l'une comme poîj l'autre comme électeur. S. Exe. M. le comte reconnahra par ceci que le doute formé à l'égard de cette circonstance se dissipe de lui-même.
2) Ce qu'on a entendu par l'expression^ roi d'Angleterre, électeur de Hanovre, et quelle interprétation il faut donner à la déclaration de guerre de la France,' c'est ce que la chose même et la suite des évènemens font voir clairement. Or, quand même on supposerait que la France dans sa déclaration ait voulu parler obscurément et se servir de termes auxquels selon sa convenance elle put donner dans la suite une autre explication que celle qui leur serait donnée par tout le monde, (dessein qui ne pourrait être approuvé) il n'y a personne qui ne pénètre les intentions de la France et le sens de sa déclaration de guerre, quand elle fait marcher une armée de l'extrémité de l'Allemagne, savoir du Brisgau, vers le milieu et le bas duBhin, où S. M. Impériale ne veut point faire de conquêtes, où il n'y a point d'armée qui s'oppose à la France, où il n'est pas même besoin de conserver un libre passage en faveur
303 Vm. AFFAIBJB on DUC DE lUKLIJBHISIiE,
des opâradons militaires de remperenr; qjuaiid lumseulement on lit dans toutes les- gasettes, mais ^q^les Brançais même avouent et répandent le bruit , que .cVst dans le dessein d'envaliir les terres de EEmovre j quand OT dessein se manifeste incontestablement par des ménîoires infidllibles que lehazard a rendus pid>lics$ quand le maréchal de Maillebois demande aux états de l'Empire le passage pour l'aimée sous ses -ordres^ afin qu'elle puisse arriver aux pays d» ceux qui ont déclaré la guerre â S. M. Trés«Chrétienne$ quand des^étkta neutres de l'Empire, parce qu'ils sont censés amis de S. M. Britannique, sont incommodés par le logement' de gens de guerre et par toutes sortes de vexations et de violences; quand les troupes françaises, sur des terres neutres de l'Empire, arrêtent les officiers de troupes allemandes de S. M. Britannique, et les mènent prisonniers dans des forteresses françaises, comme cela est arrivé dans le pays de Nassau, plusieurs jours avant l'enlèvement du maréchal de Belle-Isle . au S. de Kunsberg, enseigne aux gardes, qui venant de Brabant allait en. sa patrie. On passe sous silence plusieurs autres attentats de même nature. Les états de l'Empire insultés de Ja sorte et attaqués par la France, et voyant qu'ils peuvent d'autant moins espérer la protection de l'Ejnpire, que ces mêmes troupes françaises qui doivent effectuer leur ruine, se cachent sous le nom de troupes auxiliaires de l'empereur, jusc[u'à ce qu'elles se croient i même de frapper leur coup, quel autre remède leur reste-t-il que celui de se défendre le mieux qu'il leur est possible contre les violences et les injustices dont ils sont accablés?
3) Quel qu'ait été l'objet du voyage de M. le maréchal, soit de reconnaître le pays, soit de faire des dispositions militaires et relatives à la guerre, c'est une chose qu'on n'a pu savoir ici, et donc aussi il n'est pas besoin de se mettre en peine, la légitimité de son ar-
SfAHÉCHAIi DE FRANCE; EN 1744* 303
restation ne dépendant nullement de cette discussion. Mais 9 outre <ju'il «st certain qu'ail aurait pu facilement éviter les terres de cet électorat , ce qui fait soupçonner à bien des gens qu'il avait voulu s'instruire par ses propres ;yeux si, par la même route qu'il avait tenue^ imc armée • y pourrait pénétrer 5 il n'est pas moins constant que, s'il avait voulu passer en sûreté par leswp dites terres, il aurait dû demander et obtenir un passeport de S. M. ou du ministère de Hanovre; ce qu'il n*a pas fait, on ne sait par quelle raison. Ce principe est si évident et si bien établi, qu'il ne saurait être contesté sans renverser les règles les Inieux connues et les plus incontestables du droit des gens, et sans révoquer en doute l'authenticité des actes et monumens publics^ qui fond foi que môme les ambassadeurs pour les con^ grés de paix se sont toujours munis /d'un passeport des ])arties belligérantes; d'où il s'ensuit naturellement qu'à plus forte raison ceux qui voyagent en pays ennemi poiir tout une autre raison que la paix, ont besoin de passeport.
4) S. Exe. M. le maréchal de BeUe-Isle, a sans doute été touché de cette vérité, lorsque dans une lettre écrite de NeuhofF le 21 Décembre de Tan passé , il a qualifié son arrestation de fatalité, et s'est reconnu lui et son frère prisonniers de S. M. Britannique, et a donné sa parole en conséquence. Cette récognition, quoiqu'insuf^ iîsante en elle-même, si elle était seule, pour la décision de l'affaire, marque la conviction intérieure où M. le maréchal a été, et elle ne peut êti*e regardée comme l'efTct de la peur ou de la surprise, la lettre en question n'ayant été écrite que le lendemain de l'arrestation, qui s'est faite le 20 Décembre.
6) Que M. le maréchal ait voyagé comme ambas-i' sadeur, et en quelle cour il allait, ce sont des circons-^ tances tout-à-fait indifférentes, parceque, suivant les principes indubitables du droit des gens, les prérog»*
304 YDL AFFAIHS DÎT inrC BB BSXAX-^iaXiE,
tires et privilèges d^Bn amb«saclaiiFy liien lom de être dAs en pays ennemi, imbl tfitëaàeSA pas même hors des Bmites du territoire de edtnir-isers leqtud. il est envoyé. Cependant on ne samrait se dispenser de rémap* ^per que M. le maréchal, lors de son arrestatioii:^ non •eidement ne s^est donné d'antre qaaBté. qnè odle de maréchal de France et duc, mais qu'à l'henné même .qn'il est, il n'a jamais aUégoéle caractère d^jm^bassaidenr ou de ministre, tant s'da finit qu'il Tait .psiniTé.
6) M. le Gointe de Bunas- i^ttit représenlé -que Sw ]ip»' Impériale s'était servie dans ms propres aflEairès du
, ministère du marédud de BeHe-i*Ide,v il £utt.i.UToner que c'est une chose qu'on ne se serait pas figurée, i cause de la nouveauté de l'exemple, qu'un maréchal de France ait été employé en qualité d'ambasskdeor par le chef de l'Empire^ Mais ^on^ avoue en même temps qu'on ne conçoit pas comment, quand bien même on le supposerait chargé de commissions impériales;, eîBtte qualité qu'on lui prête ^ qu'il: n'allègue pas luimême, que peut-être il n'avoue pas seulement, et qui if est qu'accidentelle, comment cette qualité pouirait être séparée de la qualité principale dégénérai, officier, Tassai, et sujet, ou même d'ambassadeur (s'il peut et veut se l qualifier de la sorte) du roi de France, c'est-à-dire, d'un ennemi de S. M. Britannique^ ni comment elle aurait pu empêcher d'en agir envers lui, comme sa qualité principale, le défaut de passeports et l'observance commune dans de semblables cas le permettent, surtout ayant été arrêté, non dans un territoire neutre, mais dans un pays appartenant à S. M. Britannique avec tous les droits d'un prince de l'Empire.
7) Pour ce qui est de la qualité de prince de l'Empire, que M. le comte de Bunau fait valoir, et que le maréchal de Belle -Isle n'allègue pas seulement, on pourrait répliquer qu'on n'en a pas été informé ici$ n'en ayant jamais reçu aucune notification, usitée entre
MAIuteHAIi BE FAANCE; EN 1744* 305
les princes de f Empire 5 que M. le marëchal ou ne s'en sert pas, ou, s'il lui arrive parfois de prendre le titre de prince, qu'il le fait toujours précéder de celui de maréchal et duc, comme par mépris pour les princes de l'Empire, et pour témoigner qu'il fait peu ou point de cas de ce titre. Mais on se contentera de remar-« quer que, comme l'histoire d'Allemagne fournit assez d'exemples qu'un prince de l'Empire en a fait prisonnier un autre avec qui il était en différend, de même la considération de prince de l'Empire doit cesser indubitablement à l'égard de M. le maréchal, tandis et en tant qu'il sert la France et qu'il exerce les fonctions de sa charge.
8) Touchant la franchise des postes alléguée par M. le comte, on a l'honneur de lui dire que ce n'est que par une tolérance, fondée sur le voisinage et l'amitié, qu'on a laissé jusqu'ici l'expédition des postes d'Elbîngerode à S. M. Prussienne 5 que cette expédition S'exerce dans la maison d'un bourgeois, sujette à la jurisdiciîon ordinaire, et par des gens qui y sont également sujets 5 que les chevaux et voitures sont fournis par les sujets de S. M. Britannique; que les relais ordonnés pour M. le maréchal et sa silite leur appartenaient également; que S. M. Prussienne n'a ni supériorité suzeraine, ni jurisdiction, ni domaine sur le bourg d'EIbingerode , et qu'elle trouvera par conséquent selon ses hautes lumières, qu'il n'a pas été porté la moindre atteinte à ses droits.
9) On est bien éloigné de vouloir comparer le cas présent à ce que les Impériaux attentèrent Tannée passée contre lord Holdemess, ambassadeur d'Angleterre. On est bien éloigné de comparer les deux cas et de justifier l'un par l'autre; bien loin de cela, on y trouve une différence notable , quoique toute entièrp au dés-
306 VIII. AFFAïaB DU DUC DE BEIiZiE-ISIiE,
avantage de M. le comte du Bonau. Car 1) lord Holderness a été arrêté par les troupes d^une puissance qui n'est pas en guerre aye!C S. M. Britannique^ au lieu que M. de Belle -Isle l'a été par les gens d'un prince â qui la France a déclaré solemnellement la guerre, et contre qui elle trame les macliinations les plus pernicieuses; 2) lord Holdemess a été arrêté sur un territoire étranger et neutre; M. de Belle -Isle l'a été sur les terres de S. M* Britannique. Comme il est clair par tout ce qui vient d'être exposé , qu'on a pu s'assurer légitimement de la personne de M, le maréchal et de sa suite, il n'est pas moins évident,
10) Que c'est avec justice qu'on s'est saisi des papiers trouvés sur lui, lesquels ne sauraient être plus privilégiés que les personnes mêmes. Car si, selon le principe de la conservation de soi-même, on est en droit d'arrêter, soit dans son propre territoire, ou dans jcelui de l'ennemi, un général, ambassadeur, officier, et sujet ennemi, pour l'empêcher de nuû'c et d'exécuter des desseins pernicieux, on n'est pas moins en droit de s'emparer de ses papiers et d'y fouiller, pour connaître les desseins de l'ennemi et prendre ses précautions. Ce droit est tellement confirmé par la pratique des peuples policés et par l'autorité des publicistes, que le mim'stère de S. M. Britannique et Altesse Electorale de Brunswic-Lunebourg, se persuade fermement qu'aucune puissance ou état de l'Empû^e ne pourra interprêter en mal le procédé de S. M. , et que la France elle même, quelque sensible que lui puisse être ce procédé, ne pourra point renverser le fondement sur lequel il est appuyé, etc.
La forte gelée survenue peu de temps après l'arrivée du maréchal et de sa suite à Stade, n'ayant
MARlêCHAIi DE FRANCE; EN 1744* 307
point permis d'aller en mer, son embarquement à Cuxhaven sur un yaissean de guerre britannique n'eut lieu que le l6 Février. Il arriva le 20 à Harwîch, d'où il fut conduit à Windsor où tout était préparé pour le recevoir. Voici le^ arrangemens qui furent pris pour la garde de ces deux prisonniers.
Le lieutenant-général Folliot du premier régiment des gardes, fut nommé par le roi pour résider dans le château de Windsor pendant la détention du maréchal et de son frère. Huit capitaines aux gardes ayant rang de colonels , et qui se relevaient à deux chaque semaine, furent nommés pour être toujours auprès d'eux, chargés de veiller pour qu'aucune personne suspecte ne pût s'approcher des prisonniers, et qu'aucune lettre leur pût être remise sans en avoir prévenu le lieutenant-général Folliot. Les secrétaires d'état étaient les seuls autorisés à donner des permis aux' peronnes qui désiraient leur faire visite. On avait fait transporter tout un état de maison pour arranger commodément l'intérieur du château, et des provisions de toute espèce. La seule dépense de la table du maréchal et de son frère se montait à 50 livres sterlings par jour. Pour prévenir tout désordre du peuple sur la route qu'ils avaient à passer pour se rendre à Windsor, on avait envoyé un détachement de cavalerie pour leur servir d'escorte. Dans le mois d'Avril le maréchal, ainsi que son frère, obtinrent la permission d'écrire à leurs
SOS VIIL AFFAIBS BIT DUC DE BKLIiB-lSI.K,
paréos etamia, après aTàir toutefois engagé leinr parole de n'écrire sur ancnne affiure politique. Le roi eut même àoit d'égard pour eox^ qa^il leur permit, après s^tre engagé sur parole de ne ^int abuser dé. lemr liberté 9 de se loger dans une maison particulière A Windsor, que feu le date ^e Nqrthumberland ayait occupée autrefois.
La France qui regardait cette arrestation comme une violation du cartel conclu à Francfort, refiisa d'en accomplir les stipulations. Toutefois sur la proposition du duc de Cumberland, on entama des négociations à Courtpay, pour la conclusion d'une nouvelle convention de cartel, auxquelles assistèrent le duc de Chaulnes et le comte de Lamotte-Hugue pour la France , et les comtes d'Albemarle et Cramibrd , pour PAngleterre. Mais comme les plénipotentiaires de S. M. Très-Chrétienne exigeaient, comme condition préalable , la mise en liberté du maréchal et de son frère, et que ceux de l'Angleterre n'étaient point autorisés à y acquiescer, les négociations furent bientôt rompues.
Il en fut de même d'une commission que S.
M. Britannique, avant que de s'embarquer pour se rendre dans ses provinces d'Allemagne, avait nommée pour prononcer sur la nature de l'état d'arrestation dans lequel se trouvait le maréchal j elle fut dissoute sans que les parties eussent pu s'accorder.
Plus tard les représentations que les membres du conseil du roi firent à S. M. Britannique et le
. MAKSCHAIi IXB FKANCB; iBN 1744- 309
danger auquel oa croyait â exposer^ en prolongeant le séjour de ces prisonniers en Angleterre, dans im moment de trouble, ainsi que le mécontentement que l'on redoutait de la part des puissances alliées, engagèrent le roi à. consentir à leur élargissement, sous la condition toutefois qu^ils engageraient . leur parole par écrit, de se constituer de nouveau 'prisonniers de S. M., dans le cas où le rbi'dè France se refusait à remplir le traité de Fr^picfôrt. .
Cette promesse par écrit ayant été remise entre les mains du duc de Newcastle, le maréchal de Belle-Isle avec son frère et toute sa suite^ partirent de Windsor le 10 Août, escortés jusqu^à Douvre d'un détachement de cavalerie, et arrivèrent le 15 du mois, sur le yacht Fubbs^ dont le roi se servait ordinairement dans ses voyages, à Calais d'où ils se rendirent au quartier-général du roi de France à Lippelo. (*)
Ce ne fut qu'après la bataille de Fontenoi, donnée le 11 de Mai 1745, et qui lit tomber un grand nombre d'officiers anglais entre les mains des Français, que la cour de Londres se décida à recevoir la rançon du duc de Belle-Isle et son frère, qu'elle
(1) lue marcclial; en quittant le coloael Dury, capitaine aux gardes^ qui avait été c1iarg(^ par le roi d'Angleterre de l'accompagner jusqu'à Calais, l'obligea d'accepter une belle ëpde en or. Il remit aussi une tabatière en or au capitaine du yacht sur lequel il avait fait le trajet^ et fit distribuer quarante guindés à l'équipage.
310 VHL JÔPKUABBU^DlrCDBBXIiliB-IgliE.
persistait lanjoun à regarder poaiine des priBoniders d'état (*) ■ i ;"
• Kf.
. (1) Le marifcilMil dt BeUe-lde^ (CliaileftrLo«i«->Aiigii«te Fo«cqiiet) depuis 1749 dao 'deCrltortj fat orM 'pur de franco en 1748* et.Bommtf ininistre de k'^ttrtfé êii 1757. ' Lfft' îniThinri de' la Ftanoe pendant •OB' admiaicteflipa^:,!^ lea ftrtigpiee dit ealùnet ocoaasionnto par In gnerre dte^tnNue aostenne en &Tenr,de la maison d'Antriohe, à la mine de la^néilell arait tant ttivÉOM àprds la mort de Charles TI, le minorent jiitL à' peai il taoàimtjik tS é$ lantier 1761.
a.Ill' ll'f^S