‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 4)Chapitre 66 sur 85 · NEUVIEME CAUSE · texte numérisé non relu

NEUVIEME CAUSE

Désaveu donné en 1746 par les Etats-Oénéraux des Provinces^ Unies des Pays-Bas à la conduite de leur ambassadeur à la cour de France^ M. van Hoejfy et encenses que fut obligé de faire ce dernier au ministère britamiique^ pmêr avoir agi sans instruction de son gouvernement.

1-ia France étant en 1745 en guerre avec PAngleterre, tâcha de susciter une révolte contre le roi George II en effectuant une descente du prétendant Edouard en Ecosse. Ce prince ayant été défait avec tous ses partisans à la bataille de CuUoden, que le duc de Cumberland gagna sur lui le 27 Avril 1746, fut réduit, pour se soustraire aux poursuites de ses ennemis qui avaient mis sa tête à prix, à se servir de divers déguisemens et à se tenir caché ^ ou dans des cabanes écartées, oi; dans les creux des rochers, exposé à la faim et à toutes les rigueurs du temps (*),

(1) L'existence de ce prince ëtait confiée à de pauvers gens de son parti qui, poor se reconnaître, se servaient de mots mystérieux, et malgrd l*appât énorme que Ton oiTrlt â c^oi qui le liTrer^t^ U

312 IX. AFFAIEB DE H* YAN HOET,

{je roi de France, dans la crainte que ai le prince était fcdt prisonnier, S. M. Britannique ne le traitât en rebelle, chargea M. d'Argenson, son ministre des aiSaires étrangères, 'd'écrire à M. yan Hoey, ambassadeur de Hollande à la cour de Versailles , par Fentremise duquel les dëifi: puissances belligérantes s'étaient déjà à diyerises reprises communiqué des déclarations (^), pour rengager à soUiciter le xnSnis^ stère britamâque, à ne point agirayeo là' dernière ijgueur contre le ^rmce et contre ceux qui aycdent suiyi ses drapeaux. Vola la lettre que M. d'Argenson écriyit à cet effet à M. van Hoçy.

Lettre de M. d'Argenton^ miniêtre des affaires étran- -gères de S. M. le roi de France, adressée à M. van Hoey, ambassadeur de la république des Provinces^ Unies des Pays -> Bas, à la cour de Versailles,

Monfiieur, le roi m'ordonne d'écrire à V. Exe. au sujet de la situation dans laquelle le prince Edouard et

ne fat point trahi. La conr de France envoya plosienrs nayîres ponr le sanrer, sans pouvoir y rëossir. Un nomme Warren, commandant un petit bâtiment, fut en£n asaes henreux pour y réussir. H troava le prince dans la cavitë d'un rocher, l'amena â son bord et parvint â le del)arquer dans un petit port dn nord de la Bretagne. C'est ainsi que la dernière expédition tentée en faveur des Stuart échoua.

(1) Gomme la république des Provinces -Unies des Pays-Bas désirait , malgré ses alliances avec l'Angleterre , et les 6000 hommes de troupes qu'elle avait accordés à cette puissance au mois d'Août 1746 9 ne pas prendre une part active dans la guerre entre la France et la Grande-Bretagne, on s'était servi plusieurs fois dn ministère de M, van Hoey , pour l'échange des déclarations et notes que s'adres*saient les cours de Londres et de yersaiUes.

AMB. DB HOIiliANDE À PARIS; EN 1746. 313

ses partisans se trouvent depuis l'avantage que les troupes d'Angleterre ont remporté sur eux le 27 du mois dernier. Toute l'Europe connaît les liaisons de parenté qui subsistent entre le roi et le prince Edouard. D'ailleurs, ce jeune prince réunit en lui toutes les qualités qui doivent intéresser en sa faveur les puissances qui estiment et qui chérissent la valeur et le courage, et le roi d'Angleterre est lui-même un juge trop équitable et Vrop impartial du vrai mérite, pour n'en pas faire cas, lors même qu'il se trouve dans son ennemi. Le carac-^ tère de la nation britannique ne peut aussi qu'inspirer à tous les Anglais les mêmes sentimens d'admiration poui' un compatriote aussi distingué par ses talens et par ses vertus héroïques.

Toutes ces raisons doivent naturellement rassurer sur le sort du prince Edouard, et l'on doit attendre en même temps de la modération et de la clémence du roi d'Angleterre, qu'il ne permettra pas qu'on exerce les dernières rigueui's contre les personnes de tout état et de tout sexe, qui, dans ces circonstances de trouble et de confusion ont suivi les étendards qui viennent de succomber sous les armes anglaises, commandées par le duc de Cumberland.

Cependant, Monsieur, comme dans les premiers mouvemens d'une révolution on porte quelquefois le ressentiment et la vengeance à des excès qui n'auraient pas lieu dans des conjonctures plus tranquilles, le roi croit devoir prévenir à cet égard, autant qu'il dépendra de lui, les dangereux effets de toute résolution trop sévère que S. M. Britannique pourrait prendre.

C'est dans une vue aussi juste que le roi m'a ordonné. Monsieur, de demander à V. Exe. de vouloir bien écrire au ministère anglais , et de lui représenter avec toute la force possible les inconvénîcns qui résulteraient infailliblement de toute entreprise violente contre le prince Edouard. Le droit des gens et l'intérêt

314 IX. AFFAlàjB BB M. TAK JSOSY,.

pardciiBer qae S. IL prend i oe prince, MëA dtes uotifii qui feront yi*ai8eniblablement inqpreMon mr la ooor de Londres , et S. M. espère qu'il n'éprouvera qne des procédés nobles et magnanimes dé la part dn toi dTAxigleterre et de la nation anglaise) et qae tous oenx, qui se sont attachés en dernier lieu à la maison^ de Stnart, n'auront aussi qu'à se louer de la générosité et de la clémence de S. M. Britannique*

Mais si contre toute espérance on attentait^ ou A la liberté ^du prince £douaid, ou à la vie de ses amis et partisans, il est aisé de prévoir que l'esprit ë^animosité et de fureur pourrait être la suite funeste d'uiKê pareine rigueur, et combien d'innocens deviendraient peut-être de part et d'autre, jusqu'à la fin de cette guerre, les tristes victimes d'une violenie qui ne ferait qu'aigrir et irriter le mal, et qui assurément n*édifierait pa$ l'Europe.

Personne n^est plus en état que vous, Monsieur, de faire valoir toutes ces raisons. Votre équité et votre amour de la paix vous suggéreront en cette occasion tout ce qu'il y a de mieux à dire sur un sujet aussi intéressant.

V. Exe. sentira elle-même qu'il n'y a pas un moment à perdre pour écrire à MM. les ministres du roi d'Angleterre, et j'espère qu'elle voudra bien me communiquer la réponse qu'elle recevra de leur part, afin que j'en rende compte au roi, qui prendra en conséquence les résolutions que S. M. jugera convenables à sa gloire et à la dignité de sa couronne. Elle désire bien sincèrement que le roi d'Angleterre ne lui donne à suivre que des exemples d'humanité, de douceur et de grandeur d'ame, etc.

Au camp de Bouchout, le 26 Mai 1746.

d'Argenson.

Il n'y avait pas un moment à perdre si l'ambassadeur voulait avec succès se charger de cette

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