I. AFFAIRE DE M. DE PIIÉLIPPEAUX
pour agir conjointement avec vous, aiixcpcls nous ferons
pourvoir à la subsistance par un de nos commissaires que
nous cnvoyerons à cet elï'et. Nous ne nous étendons pas
davantage sur les raisons qui doivent vous y convier; il
s'agit du soutien de nos états, de notre gloire et du salut
de votre religion; nous savons que tout cela vous est
trop à coeur, pour douter, que vous ne vous disposiez
à faire tous vos efforts pour y contribuer avec toute l'ai--
deur de votre zèle, ainsi que nous le devons attendre de
tous nos bons et fidèles sujets. Et sur ce, nous prions
dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
à Turin le 5 Octobre 1703.
Victor Amédée.
Le 8 Octobre le duc de Savoy e écrivit à la reine d'Angleterre et aux Etats-Généraux pour leur faire connaître quels avaient toujours été ses sentimens à l'égard des alliés.
Lettre du duc de Savoye adressée à la reine Anne
d'Angleterre.
Madame, notre attacbement inviolable aux intérêts de la sérénissime maison d'Autricbe et à ceux de la cause commune, ayant occasionné les soupçons de la France, l'ont portée à user d'une violence inouïe à notre égard, contre toute sorte de bonne foi, puisqu'elle a fait désarmer et rendu prisonniers tous les officiers et soldats de nos troupes qui sont à l'armée des deux couronnes en Itabc; nous en donnons part à Votre Majesté, et l'assurons en même temps que nous sommes bien aise qu'un traitement de cette nature nous mette dans la liberté de vous faire connaître efficacement le désir sincère que nous avons toujours eu de nous joindre aux puissans alliés de Votre Majesté et de concourir avec eux à arracher les états d'Espagne des mains de l'ennemi commun de TEurope,
pour en mettre en possession le légitime souverain Charles 111. Nous espérons de votre amitié, Madame, que V. M. nous assistera de tous les secours nécessaires, pour soutenir fortement un si juste parti, pour lecjuel nous sommes prêt de sacrifier tout ce cjui dépend de nous; et vous souhaitant sur cela toute sorte de 2:>rospérités , nous vous prions de croire que nous sommes avec une vérité sincère, Madame, votre très-afFectionné ami a vous servir. Turin, le 8 Octobre 1703.
Victor Amédée.
Cette proposition n'eut cependant pas le succès que le duc de Savoye s'en était promis; ne gardant plus de mesures ni avec le roi de France ni avec celui d'Espagne, son gendre, auquel il voulait faire sentir son mécontentement du désarmement de ses troupes, quoiqu'il n'eût aucune part à cet événement, il lui adressa la lettre suivante.
N°- IV
Lettre du duc de Savoye à Philippe T, roi d'Espagiie,
Sire , La fâcheuse situation où nous nous sommes trouvés par celle de nos états, nous a empêclié jusqu'à présent de témoigner à V. M. la véritable joie que nous avons ressentie à la première nouvelle de votre élévation au trône d'Espagne 5 mais comme la Anolence dont la France vient d'user envers nous, nous rend la hberté cjue nous avions perdue par la fatale alliance cjue nous avions eu le malheur de signer avec elle, nous assurons V. M. de notre sincère attachement à sas intérêis qui nous seront toujours plus chers cpie les nôtres propres , et nous nous consolerions aisément de la perte de nos états que la France menace d'envahir, si par ce sacrifice nous pouvions procurer
18 ï. AFFAIHK DB M. DE Pin': LIPPE AUX,
H Y. M. l'ciitic;rc et paisible ])Ossessioii de ceux cjni lui sont dévolus par la luort du Uoi Catliolicpie (]hai-les 11. (^est dont nous prions Y. M. d'être j)ersuadée, à lacjuelle nous souliaitons toute sorte de Lonlieur et de ])rospévilé, puisque nous sommes avec une vérité sincère, Sire, voti-c très- affectionné à vous servir, a^irin, le 16 Octobre 1703.
Victor AmiVdi^e.
M. de Phélippeaiix n'ayant point reçu de réponse à la demande faite au comte de Tarigny d'un passeport pom' expédier un courrier en France, uniquement destiné à se rendre à Paris pour lui chercher des fonds, en parla de nouveau au marquis d'Aix, lui proposant que si on ne voulait point y consentir, de vouloir permettre du moins, que quelques juifs de Turin pussent venir chez lui pour acheter ses meubles.
Il représenta encore, que la manière inouie dont on le tenait enfermé, et l'impossibilité dans laquelle il était de donner de ses nouvelles à S. M. T. Chr. devaient faire présumer au roi beaucoup plus qu'il ne saurait lui écrire ; que d'ailleurs la violation manifeste du droit des gens qu'on exerçait contre lui n'autorisait point qu'on le traitait plus mal qu'un prisonnier.
Le lendemain le marquis d'Aix en remettant à l'ambassadeur une lettre cachetée arrivée de Paris par un courrier, lui annonça que S. A. R. lui permettait de se servir d'un courrier qui partirait le jour suivant pour la France, pour écrire à Paris ainsi qu'il l'avait désiré, sans toutefois cacheter sa lettre.
La lettre remise à l'ambassadeur était le triplicata d'une dépêche du roi dont Poriginal et le clupli^ cata étaient restés entre les mains du duc de Savoye, qui par conséquent n'ignorait point ce qu'elle contenait Elle était du 9 Octobre, jour auquel on ne pouvait pas avoir appris à Paris ce qui s'était passé à Turin le 3 du même mois 3 le roi ordonnait à l'ambassadeur de parler au duc de Savoye, et de lui expliquer les raisons qui lavaient obligé de faire ses troupes prisonnières; qu'il ne tiendrait qu'à lui que ses peuples jouissent d'une parfaite tranquillité; et que s'il voulait abandonner ses intrigues avec ses ennemis, le roi consentait à lui laisser même la liberté entière de garder la neutralité la plus stricte ; et lui renverrait ses troupes, s'il lui donnait des assurances positives de ne point s'unir aux ennemis des deux couronnes pendant le cours de cette guerre.
Cette dépêche indiquait encore le lieu et les jours des conférences qu'avait eues le duc avec les ministres de l'empereur, et même une partie de ce qui s'y était traité. Le roi instruisait encore son ambassadeur de ce que par ses ordres le marquis de Torcy, secrétaire d'état ayant le département des affaires étrangères, avait été prendre la parole du comte de Vernon^ ambassadeur de Savoye, de ne point sortir du royaume qu'on n'eût appris que M. de Phéhppeaux fût arrivé sur la frontière, pour être échangé avec lui en cas de rupture ; qu'à cela près S. M. lui laissait toute Hberté (i).
(1) Le roi de France avait ordonne à M. Libois, gentilhomme de sa chambre, d'accompagner partout le comte de Vernon, tant pour faire
50 1. AFrAlllK DE M. DE riIELÎPPEAUX,
M. de PJiélippeaiix d'autant plus sensible au dnr Iraitenient qu'on lui faisait essuyer, qu'il apprenait la différence qu'il y avait entre son sort et celui du comte de Vernon, ne put se résoudre à écrire à S. M. une lettre ouverte et par un courrier du duc de Savoye, tandis que le comte de Vcrnon envoyait et recevait les siennes, sans que l'on songeât à les ouvrir pour en connaître le contenu.
Le lendemain ayant expliqué au marquis d'Aix les raisons qui l'empêchaient d'écrire, M. de Pliélippeaux lui réitéra sa demande au sujet d'un passeport de courrier, pour envoyer un de ses gens en France;, offrant de mander à S. M. T. Clvr. ce que le duc de Savoye voudrait qu'il lui fit savoir de sa part ; mais ces nouvelles instances ne furent d'aucun effet.
Quelques jours après , ce ministre se plaignit au marquis d'Aix de ce que malgré la promesse qu'il lui avait faite, aucun juif n'était venu pour acheter; le marquis lui amena le lendemain un nommé Gicamette, riche marchand de Turin, qui prit un état de tous les meubles, et promit de revenir pour présenter les prix qu'il se proposait d'en offrir j mais l'entrée de l'hôtel lui fut interdite, comme à toute autre personne, sans qu'on motivât même ce refus.
Bien plus, M. d'Aix ne voulut même pas permettre à M. de Phélippeaux d'envoyer un billet
honneur à son caractère, qxxe pour garantir su personne des insultes qu'on avait lieu de craindre du peuple qui, toujours insolent, murmurait beaucoup contre la conduite du duc de Savoye.
AMB. DE FRANCE A TUHIN j EN 1703- 21
à son banquier de Turin, pour lui faire yenir de l'argent de Paris ^ quoique l'ambassadeur oifrît de remettre le billet ouvert à telle personne que M. d'Aix lui indiquerait. Il dut se convaincre alors qu'on voulait le réduire aux dernières extrémités : ce qui ne pouvait pas manquer d'arriver bientôt, puisque sa maison était composée de plus de 58 personnes et de '28 chevaux, et que son maître d'hôtel ne pouvait rien acheter sans payer tout au comptant.
Quoique l'on eût positivement permis à M. de Phélippeaux d'envoyer un courrier en France, il ne put obtenir le passeport nécessaire. Sur l'observa- tion que lui fit le marquis d'Aix, de ce que ce refus était motivé peut-être sur la crainte que l'on avait, qu'il n'informât le roi de France de la manière dont il était traité, qui toutefois ne différait en rien de celle dont on avait usé envers M. de Rébénac , son prédécesseur, lors de la déclaration de la dernière guerre, l'ambassadeur répliqua „ qu'il était faux que „le marquis de Rébénac eût été traité comme lui; „et que, supposé que cela fût vrai, la violation du ,, droit des gens exercée dans cette occasion, n'auto- ,,risait point le duc à commettre de nouveau un tel 5 attentat. Il aurait été plus digne de S. A. R., di- , sait-il, si, jugeant à propos de déclarer la guerre ,à S. M., elle l'eût laissé jouir de la liberté dont , jouissait son ambassadeur en France. Elle pouvait, ,sans blesser le respect dû au caractère pubhc dont , lui, Phélippeaux, était revêtu, faire garder les de- ,hors de sa maison, empêcher ses sujets de commujniquer avec lui, lui permettre d'envoyer un courrier
22 I. AlFAIllE DE M. DE PIIlilLIPPEAUX,
„en France pour convenir de son échange, et enfin 55 le faire conduire sur la frontière, pour y attendre „ l'arrivée de l'ambassadeur de Savoye."
Loin de prendre ces observations en considération, le gouvernement, par l'organe du comte Jesqucri, major de la place de Turin, fit publier (le 28 Octobre) à la tête des gardes, qu'il était permis à tout militaire de tuer les Français qui se trouvaient dans les campagnes, et que pour chaque tête on paierait un demi-louis; mais le duc de Vendôme en ayant reçu avis, empêcha l'exécution de cet ordre, en faisant savoir au duc de Savoye par un trompette, que pour chaque Français que ses sujets tueraient contre les loix de la guerre , il ferait périr douze Piémontais par la main du bourreau.
Le marquis d'Aix, ainsi que tous les Piémontais, s'imaginaient que le traité signé entre le duc de Savoye et les rois de France et d'Espagne, n'était que pour trois ans, et qu'étant sur le point d'expirer, S.M. T. Chr. n'était point en droit de faire arrêter ses troupes (qu'ils nommaient auxiliaires) et qu'il regardait comme une injustice faite à son maître que de vouloir empêcher un souverain d'avoir chez lui des personnes cachées pour traiter de ses intérêts. ||
M. de Phélippeaux crut devoir le détromper et lui dit à ce sujet : ,, Le traité signé entre S. M. et le 55 duc de Savoye n'est point limité, il est sans clause; 5, s'il était tel que vous le dites, le roi aurait commis 5, un attentat dont il devrait des réparations à S. „A. R. ; mais s'il est vrai qu'elle ait manqué à ses 5, engagemens en traitant avec l'empereur et nos au-
AMB. Di: FRANCE A TURIN, EN 1/03. 23
„ 1res ennemis , vous dev ez convenir que le coup que jjS, M. vient de frapper, ne doit être envisagé que „ comme une légère punition et comme lecommence- „ ment de celles que mérite l'infidélité d'un allié. Quant „aux troupes auxiliaires de Savoye, comme vous les „ appelez, elles étaient, ainsi que la personne de S. „A. R. même, à la solde du roi. Non seulement le „ traité est illimité* mais S. A. R. a demandé quinze „ mille écus par mois pour sa personne, et trente „cinq mille écus pour les troupes qu'elle nous a „ fournies."
Dès les premiers jours du mois de Novembre le comte d'Auersberg, par ordre de l'empereur, sol licita le duc de Savoye de renvoyer M. de Pliélippeaux en France, son séjour à Turin et l'inconstance du duc lui faisant craindre pour l'exécution du traité. Mais le duc répondit qu'il voulait le garder; que l'ambassadeur était cause de tout ce qui lui arrivait et qu'il lui ferait trop de tort; qu'il savait de quoi il était capable ; qu'il l'avait vu à l'ouvrage, qu'il connaissait ses troupes et son pays ; que Vernon ne lui était bon à rien et que, quand même ce serait St. Thojnas (un de ses secrétaires d'état qui était présent à ce discours ) qui serait en France , il le laisserait périr plutôt que de renvoyer l'ambassadeur du roi dans son pays.
Au commencement de Décembre l'ambassadeur réitéra ses instances auprès du marquis d'Aix , pour obtenir la permission de vendre ses meubles ou sa vaisselle , ou bien pour pouvoir traiter avec la comtesse de Vernon au sujet des sommes qu'elle vou-
24 I. AFFAJRE DE M. DE PIlÉLI P PEAUX,
drait envoyer à son mari, si le duc de Savoye persistait à le garder prisonnier.
Le paj)e el les autres princes d'Italie jugeant que cette nouvelle brouillerie allait perpétuer la guerre en Lombardie, employèrent leurs bons olïices pour amener cet accommodement; mais leurs tentatives étant devenues inutiles par le refus que fit S. A. R. d'écouter aucune des propositions de ses voisins , on se disposa de part et d'autre à la guerre. I On publia alors en France et sur les frontières Une ordonnance du roi T. Cbr. du 4 Décembre 1703, qui portait la déclaration de guerre suivante contre le duc de Savoye.
rs-«- Y.
Déclaration de Sa Majesté Très - Chrétienne,
De par le Roi.
Les manifestes que le duc de Savoye a répandus dans SCS états pour engager ses sujets à prendre les armes pour leur conservation; l'impression qu'il a voulu donner clans toutes les cours de l'Europe de la violence qui avait été faite à sgs troupes le 20 Se])tembre, lorsqu'elles furent arrêtées et désarmées par le duc de Vendôme, en conséquence des ordres de S. M., auraient pu produire quelque eiPet sur les esprits , si Tinfi délité de ce prince , déjà trop connue, n'avait forcé S, M. à prendre cette résolution si contraire à la conduite qu'elle a tenue dans les temps que la supériorité de ses armes et les avantages considérables qu'elle avait remportés sur les princes et états ligués contre elle, l'avaient mise en état de leur donner la paix à telle condition qu'elle aurait voulue. Le traité fait en 1696, entre S. M. et le duc de Savoye , lorsque le mariage de son pctit-fds, le duc de Bourgogne, avec la fdle ainée du duc de Savoye eut lieu, en fournit un exemple bien authentique.
Le roi Cliarles II étant mort en Tannée 1700, la succession de la monarcliie d'Espagne ayant été déférée à Plïilippe V, par le droit du sang, par la disj^osition des lois de totts les états dont cette puissante monarchie est composée , par la volonté du dernier roi, et par les voeux de tous les peuples ; cette disj:)osition ayant réveillé la jalousie des ennemis de la grandeur de la France, S. M. fut obligée j)our conserver cette monarchie entière, de faire, peu de jours après, marcher des troupes dans l'Italie, qui semblait devoir être attacpiée la première; elle fit jîroposer en même temps un nouveau traité au duc de Savoye, par lerpiel il s'engagea, pendant cjue la guerre durerait, de fournir dix mille hommes de ses troupes, moyennant les subsides convenus.
Par ce traité il devait avoir le commandement des armées des deux rois en Italie; S. M. consentit ensuite au mariage du roi d'Espagne avec la seconde ûlle de ce duc, afin de fortifier par de si grands engagemens et des marques d'une confiance aussi entière, l'union qui devait être assurée pour toujours entre S. M. le roi d'Espagne et le dit duc, et Tengager à contribuer de tout son pouvoir aux avantages des deux couronnes. Ce traité a été exécuté de bonne foi de la part des deux rois. Quoique le succès n'ait pas été heureux la première année, et que Parme e de l'empereur ait pénétré avant dans l'Italie, que le duc de Savoye ait retiré ses troupes dans le temps qu'elles étaient le plus nécessaires, on ne peut j)as dire que ce traité ait été bien exécuté de sa part.
X peine cette campagne fut -elle achevée que S. M. voyant les progrès des troupes ennemies, se détermina d'envoyer trente bataillons et trente escadrons d'augmentation 2^our fortifier son armée, et lui donner la supériorité si nécessaire pour rétablir la tranquillité de l'Italie, et ôter à l'empereur toute espérance de s'en rendre le maître. Ce fut dans ce temps-là qu'il parvint à S. M. des avis de toutes parts des liaisons que le duc conser-
26 1. AFFAIJÎE l)F. M. DE PHÉLIPPEAUX,
vair avec l'empereur et l'Angleterre 5 qu'elle lui fit pro- ]V).ser ]),ir son ambassacleiu" une augmentation de suh- .sides, et se détermina enfin à consentir de dimiuuer son contingent a la moi lié.
Ces soupçons déjà trop bien fondés n'ont fait cpi'aiigmcnter ])ar les assurances certaines des négociations, et les propositions de traiter avec Temperenr. Les soins de ce duc pour conserver le secret, n'ont point empéclié qu'il n'ait été pénétré, que les gazettes n'ayent été remplies i\cs conditions, que l'ambassadeur de l'empereur à Home ne les ait dites pnbliquement, et que S. M. n'ait été informée par c]cs voies sures que le comte d'Aucrsberg, ministre de rem])ereur, était arrivé à Turin le 15 Juillet dernier avec tous les pouvoirs nécessaires pour le conclure.
Une négociation si bonteuse ne pouvait paraître aux yeux du public sans attirer son indignation: aussi a-t-elle été' faite j^endant la nuit dans la maison du maiTpiis de Prié, où le comte d'Auersberg a été long-temps cacbé, et dans laquelle le duc de Savoye et le conUe de la Tour ont eu de fréquentes conféreiices avec lui.
Ce fut dans ce même temps que le duc fit faire des prières ]>ubliques pour obtenir les secours du ciel, dans l'embarras où il se trouvait; c'est ainsi qu'il en usa en 1696 , lorsqu'il quitta le parti de l'empereur et de ses alliés.
Le bruit s'était trop répandu du séjour du comte d'Auersberg à Turin; il en sortit pour se retirer à la cassine du comte de Tarigny, où le marquis de St. Thomas se rendait très -souvent, et où le duc de Savoye a été lui-même plusieurs fois. S. ]\1. bien informée de toutes ses démarcbes, confirmées par une lettre interceptée du comte d'Auersberg au comte de Zinzendorf, datée de Turin le 13 Août, ordonna à son ambassadeur d'en parler au duc de Savoye, qui donna des ordres au comte de Vernon de renouveller à S. M. par des pro-
AMB. DE FRANCE A TUFlIN ; EN 1703- 27
Icslations publiques de la fidélité de ses engagemens, qu'il ne s'en dép)artirait jamais , qu'il n'y avait aucun ministre de l'empereur à Turin, et qu'il n'écouterait aucunes propositions de sa part ; il doniia de semblables ordres à son ambassadeur à Madrid pour le roi d'Espagne.
Une pareille conduite ne laissant plus lieu à S. M. de douter de l'infidélité de ce prince, elle ordonna au duc de Vendôme par une précaution aussi juste que nécessaire , de faire désarmer le petit nombre de troupes de ce duc, qui restaient dans Tarmée de S. M. et du roi Catholique, de s'en assurer et de s'avancer vers ses états, înais avant d'y entrer et d'exercer aucun acte d'hostilité, S, M. lui a fait proposer de donner des places de sûreté, et de réduire le nombre de ses troupes sur le pied du traité de 1696, pour assurer la coinmunication de ses états avec ceux du roi son petit-fils, et se garantir dans la suite de la mauvaise volonté du duc de Savoye.
Des propositions si convenables aux intérêts du duc de Savoye, seules capables de maintenir la tranquillité dans ses états, ont été rejetées: il a fait arrêter à Turin l'ambassadeur de S. M. et celui du roi d'Espagne, sans leur laisser aucune communication ni même la liberté de donner de leurs nouvelles, pendant que le comte de Vernon, son ambassadeur auprès de S. M., était en liberté, sur la parole qu'il avait donnée de n'en point abuser. Il a même fait arrêter tous les Français, les officiers des troupes et soldats de S. M. qui passaient dans ses états ; il a fait saisir tous leurs effets, et se tenant sûr des secours qu'il attendait de ses nouveaux alliés, en exécution (]es traités qu'il avait conclus avec eux, il a fait marcher des troupes pour aller au devant de Visconti qui lui amenait 2000 chevaux, qui ont été entièrement défaits par le duc de Vendôme avant de l'avoir pu joindre. Il a fait prendre les armes à tous ses sujets, donné des ordres pour de nouvelles levées, et n"a rien omis pour
28 I. Al l'ATJlE DE M. J)E PHÉLIPPEAUX,
fn'ivc voir A toute l'Eiiroj^c qu'il compte pour rien de violer la fol des traités. C(;tte conduite ne laissant plus lieu de douter de ses intentions, S. M. pour en prévenir les suites, a résolu de lui déclarer la guerre, tant par Kîrre fjue par mer, comme eUc fait par la ])résente. Ordonne et enjoint pour cet effet 8. M. à tous ses sujets, vassaux et serviteurs de courre sus aux sujets du duc de Savoye, et leur a défendu et défend très-expressément d'avoir ci-aprés avec eux aucune communication, commerce ni intelligence, sous peine de la vie; et à cette fin S. IM. dès à-présent a révoqué et révoque toutes permissions, passeports, sauvegardes et saufconduits, qui pourraient avoir été accordés par elle ou par ses lieutenansgénéraux et autres ses officiers, contraires à la présente, et les a déclarés et déclare nuls et de nul effet et valeur, défendant à qiu* que ce soit d y avoir aucun égard. Mande et oî-donne S. ]\1. à M. l'amiral , aux marécLaux de France, gouverneurs et lieutenans - généraux pour S. M. en ses pro\inces et armées, maréchaux de camp, colonels, mestres de camp, capitaines, chefs, et conducteurs de ses gens de guerre tant de cheval que de pied, Français et étrangers, et tous autres ses officiers qu'il appartiendra, que le contenu en la présente ils fassent exécuter chacun k son égard dans l'étendue de leurs pouvoirs et juridictions. Car telle est la volonté de S. M., laquelle veut et entend que la présente soit publiée et affichée en toutes les villes, ports, havres et autres lieux de son royaume et terres de son obéissance que besoin sera, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à Marly, le quatrième jour de Décembre 1703.
Louis.
Chamillai'i.
Pendant que l'on se disposait en France à la guerre contre la Savoye, ce prince ne négligeait rien dans les cours de ses nouveaux alliés pour en ob-
tenir les secours dont on l'avait flatté et dont il avait un si grand besoin.
Le comte d'Auersberg, ne pouvant obtenir du duc de Savoye le renvoi de M. de Phélippeaux en France, insista pour que du moins S. A. R. l'ëloignât de Turin où son séjour lui était fort suspect; et cette demande lui fut enfin accordée.
Le 15 décembre le comte Jesqueri, major de la place de Turin, vint trouver l'ambassadeur de la part du duc, et lui signifia que S. A. R. l'envoyait près de lui pour l'instruire qu'elle avait jugé à propos de le faire conduire à Coni, de s'inforiuer quand il lui plairait de partir; ajoutant que S. A. R. lui permettait de garder une vingtaine de ses domestiques pour le servir, et que des passeports seraient délivrés aux autres pour retourner en France, en lui laissant le choix de ceux qu'il voulait garder près de lui.
L'ambassadeur répondit: „ Puisque le duc de „ Savoye s'arroge un droit qui ne lui appartient pas, „il m'est indifférent qu'il m'envoie à Coni ou ail- „ leurs, je suis prêt à joartir, mais comme ni moi „ni mes domestiques, nous ne sommes assez mal- „ heureux pour être ses sujets, il n'a nulle autorité „sur eux;, il veut que je garde seulement 20 de mes „ domestiques; ce n'est pas à lui à en fixer le nom- „bre; le duc de Savoye qui m'a constamment re- „fusé un passeport pour qu'un seul de mes gens „ puisse se rendre en France, veut actuellement que „ j'en envoie plus de trente, mais moi je ne le veux „pas; et s'il persiste dans cette violence, dites-lui