‹ Causes celebres du droit des gens (volume 5)Chapitre 11 sur 123 · I. AFFAIRE DE M. DE PHIÎILIPPEAUX · texte numérisé non relu

I. AFFAIRE DE M. DE PHIÎILIPPEAUX

de ma part quil n'a qu'à envoyer chez moi un nombre suffisant de ses gardes, car on ne me forcera jamais d'abandonner mes domestiques que par la force ; je suis très-persuadé," ajouta-t-il, ^^que nous perdrons cette bataille, et ce sera la seule que le duc de Savoye aura encore gagnée ; mais qu'il prenne garde aux suites. N'oubliez pas, je vous prie,'' dit-il au marquis, „de lui rendre mot à mot la réponse que je viens de vous faire." Ce fut le lendemain que S. A. R. approuva les raisons que l'ambassadeur avait de ne pas se séparer de ses domestiques, lui faisant cependant signifier que le nombre de tant de gens armés lui donnait de l'inquiétude sur ce qu'il pouvait arriver en route.

„I1 y a moyen," dit l'ambassadeur, „de calmer la crainte du duc de Savoye là-dessus; c'est d'augmenter le nombre de mon escorte à proportion du nombre de mes domestiques; de me permettre d'envoyer demander un passeport au duc de Vendôme, pour l'escorte qui me conduira à Coni, ou de recevoir ma parole que, si nous trouvons des Français sur la route , moi et mes domestiques, nous resterons spectateurs du combat, en priant Dieu pour la bonne cause; que je m'engagerai même que j)endant mon séjour à Cpni, ni mes gens ni moi nous ne tenterons rien contre le service de S. A. R., que de plus, et pour lui ôter toute inquiétude , j'offre de faire serrer toutes les armes de mes domestiques jusqu'à Coni, pourvu qu^on ne m'en impose pas la nécessité et que ce soit de mon plein gré."

Le duc de Sayoye accepta ce dernier parti, et ]e marquis de St. Tliomas fut prendre la déclaration ci-a2)rès que l'ambassadeur lui remit (^).

Déclaration de l'ambassadeur de France.

S. A. B. ayant fait proposer à M, de Pliélippeaux de se rendre à Coni , pour une plus grande commodité de sa personne pendant son séjour en Piémont jusqu'à son échange j avec offre de donner des passeports à sas domestiques qui lui seraient superflus et qu'il voudrait renvoyer, pour se disj^enser par ce moyen de continuer à faire prendre les précautions qu'elle a crues nécessaires jusqu'à cette heure 5 dans cette conjoncture M. de Phélippeaux a donné sa parole d'honneur ])ar la présente déclaration, de ne point sortir de la ville de Coni, ni de permettre qu'aucun de ses domestiques s'évade en quelque façon que ce soit , de ne rien tenter soit par lui-même, soit par le moyen de ses doinestiques, qui puisse être contre le service de S. A. Pi., ni d'y former

(1) Le jour même que cette déclaration fut remise, le départ de l'ambassadeur eut lieu; on ue tint pas la promesse que le duc de Savoye avait faite , de lui faire délivrer plusieurs passeports par l'officier qui serait chargé de la garde de sa personne, pour les lui donner à Coni l'un après l'autre, afin d'envoyer en France tels de ses domestiques, chevaux et bagage qu'il voudrait, et dans le temps qu'il la jugerait à propos. Il demanda aussi en partant, des emballeurs et des voituriers pour faire emporter ceux de ses meubles qui lui conviendraient, comme vaisselle d'argent, garderobe, tentures de tapisseries etc. On ne voulut jamais permettre à aucun emballeur de la ville d'entrer dans liiotel. Pour ce qui regardait les voituriers, le major de Turin en envoya un seul à l'ambassadeur pour le transport de ses effets, qui demanda une somme excessive qu'il fallut lui donner, et M. de Phélippeaux a assuré depuis son retour en France, que ptuir faire les quinze lieues de Turin à Coni et vingt de Coni aux AuLibes, il lui avait coûté mille écus de frais de transport.

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