VIII. AFF. D. L. LIBRE NAVIG. D. L'ESCAUT
le 8 Décembre 1784, entre le comte de Mercy et MM. de Berkenrode et de Brantzen, ministres de la Republique.
Malgré les difficultés de toute espèce que présentait à l'empereur la guerre avec la République, il ne persistait pas moins dans le commencement de ces conférences, dans ses prétentions sur la liberté de l'Escaut. Ce fut avec peine qu'il céda finalement sur ce point, mais il exigea qu'on lui remît Mastriclit et un district considérable sur la Meuse. Comme les Etats- Généraux se refusèrent positi- A^ement à cette cession, et que M. de Vergennes se déclara pour eux, les négociations allaient être rompues, lorsque le comte de Mercy déclara, au mois de Février i785^ que si on donnait à Pempereur une satisfaction éclatante pour l'affront fait à son pavillon sur l'Escaut y S. M. Impériale se contenterait d'un léger arrondissement de territoire et d'une somme d'argent, tant pour ses prétentions, qu'en réparation des dommages causés par les inondations. Le comte de Vergennes décida alors les Etats -Généraux à envoyer deux députés à l'empereur, chargés de faire des excuses à S. M. sur ce qui s'était passé.
En conséquence, le comte de Wassenaer-Tw^ickel, et le baron de Lynden se rendirent à Vienne, où ils eurent, le 24 Juillet 1785? leur audience (*).
(1) Le prince de Kaunitz, dit encore M. Schoell, qui avait moins de grandeur d'ame que son maître , veilla soigneusement à ce que les deux députés ne fussent pas traites en ministres pléni-
ENTRE L'AUTR. ET JjA HOLL.; EN 1784- 271
Voici le discours que le comte de Wassenaer prononça en cette occasion.
N« XYI.
Discours prononcé par le comte de Wassenaer-Twickel, à l'occasion de l'audience solemnelle que l'empereur Joseph II accorda aux dépiités des Etats- Généraux^ le 24 Juillet 1785.
Sire,
Nous avons riionneur d'offrir à V. M. Impériale et jRoyale les senlimeiis de ]a haute considération, de rattachement, et des égards dont LL. HH. PP. ont toujours été pénétrées envers l'auguste maison, parliculièrement envers la personne sacrée de Y. M. , et à l'égard desquels elles n'ont jamais varié. Nous sommes chargés d'en porter de nouvelles assurances à V. M.; et c'est en nous acquittant de ce devoir que nous avons l'honneur de donner à Y. M. pleine certitude :
„Que LL. HH. PP. n'ont pu voir sans émotion et „ sans regrets les commencemens d'un refroidissement „de cette amitié et de cette heureuse harmonie qui ont „ toujours subsisté entre Y. M. et la République : Que „ LL. HH. PP. n'ont jamais eu la moindre intention 5, d'offenser Y. M. Impériale et Royale, ni d'insuller „ son pavillon, puisque dans toute la conduite, que le „cours successif des évènemens les a obligées de tenir, ,5 elles se sont fait une loi constante d'allier toutes \es 5, mesures que leur sûreté, leurs droits incontestables, „ et leur dignité \gs forçaient à suivre, aux égards et à „la considération dus à Y. M. : Que LL. HH. PP. dé- ,,sirent avec la plus vive ardeur, de rétablir au plutôt
potentiaires. Par cette raison, leurs voitures furent fouillées, et on leur confisqua plusieurs effets , comme étant de contrebande, Joseph II en ordonna cependant la restitution.
272 VIII. AFF. D. Jj. LIBRE NAVIG. D. l'eSCAUT,
„ celte Lonne harmonie, interrompue si mallicurcuscmcnt, „et de ]a voir assurée sur des hases immuahlcs : Que „LL. HH. PP. n'ont jamais pu former le projet d'en agir „ envers les sujets de Y, M. que de la même façon et sur ,,Ie même pied qu'envers las sujets de la Répuhlique „même":
5, Que d'après ces scntimcns, LL. HH. PP. se flattent, „f]rue ces assurances si claires, rendront évidente Timpos- „sihililé de vues offensantes qu'on aurait pu leur prêter „ injustement, mais que leurs égards pour V. M. ne leur „]7ermettraient jamais d'admettre."
Et c'est en conséquence de ces sentimens, Sire, que tous les voeux de LL. HH. PP. tendent au retour parfait de la honne intelligence avec Y. IM. Impériale et Royale, qu'elles espèrent ardemment de voir rétahlie par les hons offices et la médiation d'un monarque, qui par les liens les plus chers, est l'ami et Tallié de Y. M. Impériale et Pioyale : — époque heureuse, qui ne pourra jamais arriver assez tôt au gré de LL. HH. PP. qui n'ont jamais varié, et ne varieront jamais', sur le haut prix qu'elles, attachent à Tamiiié et à la hienveillance de Y. M. Impériale envers la Iléj)uhhque.
Réponse de l'empereur.
Je suis eliarmé que LL. H H. PP., par votre députation, oMessieurs, aient satisfait à ce que j'avais désiré comme un ]>réalahle à tout accommodement. Je vais faire passer ôcs ordres à mon ambassadeur à Paris, de reprendre ]i:s négociations sous la médiation du roi de France, mon allié et heau- frère : et je ne doute point qu'une prompte conclusion pourra faire éviter tous les fâcheux évènemens, suite inévitahle d'ultérieurs délais.
Ce point préliminaire ayant été ainsi réglé à la satisfaction de l'empereur, les négociations entamées à Paris, furent reprises.
L*empereur fixa d'abord à quinze millions de florins la somme qu'il réclamait; il la réduisit ensuite à douze, et finalement à dix, dont neuf et demi devaient être pour lui-même, et un demi pour dédommager les Brabançons des pertes qu'ils avaient souffertes par les inondations (^).
Les ambassadeurs de la république refusant toujours leur consentement à ce payement, le comte Mercy déclara que si le 21 Septembre au plus tard, les Etats -Généraux n'avaient point consenti à payer cette somme, il regarderait les négociations comme rompues et que la guerre commencerait.
A l'approche de ce terme, les plénipotentiaires hollandais confièrent au comte de Vergennes, que leurs instructions ne leur permettaient pas d'accorder au delà de cinq millions et demi. Le roi de France, se trouvant dans le cas d'opter entre un ancien allié avec lequel il était lié par les liens du sang , et un nouvel allié auquel il était sur le point de s'attacher plus étroitement, chargea le comte de Vergennes de déclarer au comte de Mercy, qu'il payerait la somme que les plénipotentiaires de la république ne pouvaient accorder (~). Ce fut en suite
(1) Les Hollandais avaient eu soin de mettre sous l'eau les environs de leurs places fortiiie'es de la Flandre , afin de les garantir contre les attaques des Impe'riaux, Les inondations, en embrassant une grande e'tendue de terrain, avaient cause' des dommages conside'rables aux sujets autrichiens de la Flandre, dont l'empereur demanda la re'paration.
(2) C'étaient 4,500,000 florins , re'partis en huit termes de 562,000 florins. La France paj-a effectivement les quatre premiers