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II

Cette déclaration précise et menaçante engagea le roi de Danemark à envoyer le 24 Octobre, au prince de Hesse , l'ordre d'évacuer avec toutes ses troupes le territoire suédois.

L'impératrice de Russie ayant décliné la médiation des cours alliées, M. Elliot adressa la note ci- après au comte de BernstorfF, pour demander une déclaration précise sur les intentions ultérieures de S. M. Danoise pendant la guerre entre la Suède et la Russie.

N° XIX

Lettre de M. Elliot adressée au comte de Bernstorff; du 23 Avril 1789.

Monsieur le comte, je me prcte avec plaisir au désir que V. Exe. m'a témoigné de recevoir par écrit le sommaire des représentations cjue j'ai eu Thonneur de lui faire de bouche par ordi-xî de ma cour.

V. Exe. voudra bien se rappeler cpi'au moment rpic le roi de Danemark fit cession d'une partie de sus troupes de terre et de mer, comme auxiliaires, à la Pvussie, S. M. Danoise a demandé Tintervention de S. M. Britannique pour rétablir la tranquillité entre la Suède et la Puissie. En conséquence de cette démarche, le roi mon maître a formellement ofï'ert sa médiation, de concert avec ses alliés, aux parties belligérantes.

C'est avec le plus vif regret que je dois aussi rappeler à V. Exe. que Timpératrire de Russie jugea à propos de décliner la médiation du roi et de ses alliés, et que ce refus fut l'unique cause de la continuation des hostilités, puisque S. M. le roi de Suède avait accepté de la manière la plus franche et la plus amicale celte offre

de la part des trois cours, animées du seul désir d'arrêter l'efFusion du sang et de maintenir l'équilibre du Nord.

Y. Exe. a ensuite été témoin que le roi et ses alliés ont agi avec énergie pour donner les preuves les moins équivoques de l'importance qu'ils mettaient à la conservation de la Suède, et que ces cours travaillèrent de concert et avec l'efFet le plus salutaire, pour obtenir une cessation d'hostilités entre les forces et de terre et de mer de S. M. Suédoise, et les forces de terre et de mer danoises qui avaient eu part aux opérations militaires dans la dernière campagne.

Le roi mon maître voit encore avec regret que depuis cette époque les offres de médiation et de bons ofBces de la part du roi et de ses alliés n'ont pas produit l'effet désiré, et n'ont pu porter l'impératrice à se prêter à une négociation pour le rétablissement de la paix, ni dans le Nord, ni dans TOrient de TEurope. Dans ces circonstances, quand le refus de la Kussie d'accepter toute médiation, est la seule cause de la continuation des hostilités, S. M. Britannique et ses alliés croient devoir représenter fortement à la cour de Danemark, que cette cour leur paraît être libérée de toute stipulation d'un traité purement défensif, et même d'ajouter, que dans le cas actuel la jonction des forces danoises, ou de terre ou de mer, à celles de la Russie, mettrait le Danemark lui-même dans le cas d'être considéré comme une des parties belligérantes, et ne pourrait que justifier le roi de Suède à demander des secours efficaces et prompts de S. M. Britannique et ses alliés, dont S. M. Suédoise a accepté la médiation pure et illimitée.

D'après les principes de franchise que j'ai toujours observés vis-à-vis d'une cour alliée et amie de TAngleterre, je dois vous assurer, M. le comte, que ni le roi d'Angleterre, ni ses alliés, ne pourront abandonner

324 IX. AFF. DU COMTE DE RASOUMOrFSKY,

le système qu'ils ont adopté dans l'unique vue de conserver Féquilibre du Nord, équili])re pas moins intéressant au Danemark qu'à toute nation maritime et commerçante.

Je ne doute pas que V. Exe. ne reconnaisse combien peu rinterprétation la plus favorable de votre traité pourrait aider l'impératrice, si elle entrainait une coopération vigoureuse par mer et par terre des trois puissances, pour soutenir la Suède; et que le cabinet de Copenhague ne soit trop sage et trop modéré pour exposer ou la Russie ou le Danemark , à une extension des hostilités de la part des cours qui ne respirent d'ailleurs que la paix, et qui cherchent à l'établir sur la base la plus stable, et sous les conditions les plus avantageuses possibles pour toutes les parties intéressées.

Je dois donc, M. le comte, vous prier formellement de la part du roi et de ses alliés, de porter la cour de Danemark à n'accorder aucune portion de SCS forces, ou de terre ou de mer, à la Russie, pour agir offensiv ement contre la Suéde sous le prétexte d'un ti'aité défensif; mais au contraire de soutenir une neutralité ])arfaite dans toutes les ])rovinces et dans toutes ]cs mers appartenantes au roi de Danemark.

Soyez persuadé, M. le comte, que dès que le Danemark aura embrassé un parti aussi conforme aux voeux de ses vrais amis, le concours du roi de Danemark au rétablissement de la ])aix générale serait infiniment agréable au roi mon maîlre; et j'ose ajouter que V. Exe. a été trof) longtemps au fait des vrais intérêts de la Russie et des sentimens de l'Angleterre, pour ne pas sentir que l'impératrice ne sain-ait mieux placer sa confiance, pour effectuer la paci/îcalion, que dans les mains de S. M. Britannique et de ses aîh'és.

Je suis instruit de demander de V. Exe. une réponse claire et décisive sur les inlentioJis de S. M. Danoise, par rapport à la jonction d'une partie de ses

MIN. DE RUSSIE A STOCKHOIiM^ EN 1788- 325

forces, ou de terre ou de mer, aux forces de S. M. rimpératrice de Kussie, et de jiroposer la neutralité des états danois et des mers danoises, sous la garantie la plus efficace du ix)i d'Angleterre et de ses alliés. L'envie d'éviter tout sujet d'aigreur inutile m'a engagé de m'adresser à V. Exe. dans une lettre parliculière , plutôt que d'avoir remis une déclaration formelle, dont le contenu aurait pu devenir plus j^ublic que le cas actuel des circonstances ne l'exige. Et j'ose me flatter, M. le comte, que quelque soit l'issue de mes négociations, V. Exe. me rendra toujours la justice d'avoir travaillé avec sincérité à prévenir les miséi^s de la guerre.

Puissent nos efforts réunis faire renaître dans les coeurs des souverains le vrai amour de leurs sujets, trop malheureuses victimes de cet amour cliimérique de la gloire militaire qui ensanglante si fréquemment et si inutilement l'Europe.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Copenhague, le 23 Avril 178^.

Elliot.

Comme S.M.Danoise crut ne pas devoir prendre une détermination décisive à ce sujet, avant de s'être entendue avec l'impératrice de Russie, le comte de BernstorfF répondit à M. Elliot par la lettre suivante.

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