AFFAIRE DE M. DE PIIELIPPEAUX
aiicmie iiUcllii^eiicc ; maj.s qu'il .se coiuiendni, se promenant par la ville, accom])agné par l'ofFieier qui lui sera destiné, et qu'il ne jieriueltra à sesdits JoTuestiques de sortir de sa maison qu'au nombre de cinq à la fois et accompagnés par des personnes qu'on leur destinera; le tout non seulement pendant son séjour à Coni, mais encore tout le temps qu'il pourra rester dans les états de S. A. R. dans sa marche ou autrement jusqu'à Técliange dont il est parlé ci-dessus : en foi de quoi il a signé la présente déclaration et fait apposer le cacliet de ses armes.
Turin, le 20 Décembre 1703.
PllÉlJPPEAUX.
Outre les effets que M. de Pliëlippeaux fît emporter, il laissa à Turin pour plus de trois mille louis de meubles, glaces, bureaux, carosses, liarnois etc., dont il fît un mémoire qu'il laissa sur son bureau et en garda mi double. Peu de jours après son départ, le major en fît faire un encan en présence de M. Pajeauj les médiocres furent vendus, mais les plus précieux furent transportés au palais, quoique Madame Royale s'y fut opposée.
M. de Pajeau, que le duc de Savoye voulut garder prisonnier, attendu qu'il avait fait les fonctions de commissaire des guerres, fut obligé de se séparer de l'ambassadeur , quoiqu'il le reclamât comme appartenant à sa suite.
Lorsque l'ambassadeur remit la déclaration cidessus au marquis de St. l'homas, il le pria que dès que la vente de ses meubles serait faite, il voulût bien lui faire toucher l'argent à Coni, ce que celui-ci lui promit.
A MB. DE FHAXCE A TUKÎN; EN 1703. 33
Le jour fixé pour le départ, le marquis d'Aix présenta à M. de Pliélippeaux les trois officiers qui, avec une escorte de 60 dragons (^), étaient nommés pour l'accompagner à Coni.
Le 25 Décembre, veille de noël, on arriva à Coni. La maison où l'ambassadeur fut conduit, ressemblait à une prison- les fenêtres en étaient grillées; une partie en avait été murée, ainsi que la porte d'un petit jardin de 20 pieds en quarré. La maison fut entourée de factionnaires placés à dix pas l'un de Pautre, et on ne négligea pas d'en metti^e encore à toutes les portes dans Pintérieur. Indépendamment de cela on avait mis de gros treillis de bois aux endroits qui donnaient sur les autres maisons; toutes les cheminées, à la réserve de celles de la chambre de l'ambassadeur et de la cuisine, étaient murées, de manière qu'on ne pouvait point y faire du feu, quelque froide que fût la saison.
Plusieurs portes et trois grandes croisées grillées qui se trouvaient r^ans les appartemens de M. de Phélippeaux, n'étant fermées que par des volets de bois, l'exposaient à toutes les injures de l'air, ou Le privaient de la clarté; l'ambassadeur y fut malade à toute extrémité, sans que Mr. Saraval voulût même lui permettre de faire venir un vitrier pour y mettre des châssis.
(1) Ces officiers étaient M. Saraval, ci-devant gouverneur d'Ast jui lors des guerres de Hollande, était capitaine dans le régiment le Magalotti , au service de France ; Asinari, commandant d'Ast, et e Jeune; ce dernier était gouverneur du fort des Alinges en Savoye.
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Sur l'assurance (l'un prompi échange que le luarquis de St. Thomas avait donnée à l'ambassadeur, il ne fit porter que son lit de camp sans aucims meubles pour ses domestiques, à qui le gouverneur de Coni fit fournir I9 lils de soldats, dont les cinquante personnes qui composaient sa suite, furent obligées de s'accommoder sans distinction. On ne lui permit même pas de faire venir des menuisiers et tapissiers, pour remédier à cet inconvénient.
Deux jours après l'arrivée de M. de Phélippeaux, un ordre fut publié à Coni, qui portait défenses sous peine de la vie, de rien fournir à crédit aux gens de l'ambassadeur, ni d'acheter de lui quoi que ce soit.
Le jour de noë'l l'ambassadeur demanda un prêtre pour venir dire la messe dans sa maison; mais comme on n'avait point eu la précaution d'en demander la permission à l'évêque de Mondovi , aucun prêtre n'osa s'y rendre; ses domestiques furent conduits à l'église, sous escorte.
Après quinze jours, la forte dépense que l'ambassadeur était obligé de faire lui faisant craindre de manquer bientôt d'argent, il demanda à M. Saraval si le marquis de St. Thomas ne lui avait point fait tenir le produit de la vente de ses meubles à Turin, ou s'il n'y avait pas moyen de faire venir un orfèvre de Coni pour acheter sa vaisselle. M. Saraval répondit qu'il n'avait reçu ni argent ni ordre pour permettre cette vente; que d'ailleurs cette permission serait inutile, puisque les habitans de Coni étaient trop pauvres, pour pouvoir rien acheter.
L'ambassadeur le chargea de demander an dnc de Savoye la permission d'envoyer chercher de l'argent en France ou à l'armée, ou de vendre sa vaisselle, ou enfin qu'on lui envoyât le produit de la vente des meubles qu'il avait laissés à Turin.
M. Saraval promit d'en écrire à Turin, et dit ensuite l'avoir fait; mais six semaines s'écoulèrent sans qu'aucune réponse arrivât, quoiqu'elle pût venir dans 24 heures. La nécessité à laquelle l'ambassadeur se voyait réduit, l'obligea de vendre ses médailles d'or et d'argent (par l'entremise de Saraval et d'Asinari) aux juifs de Coni. Ce secours ne pouvait suffir long-temps.
Ce triste état obligea encore l'ambassadeur de prier M. Saraval, de demander à Turin la permission de pouvoir envoyer un trompette de Savoye en France ou à l'armée du duc de Vendôme pour chercher quelqu'argent, à-moins que le duc de Savoye n'aimât mieux lui faire envoyer le produit de ses meubles , ou de lui faire venir un orfèvre de Turin pour acheter sa vaisselle. Toutes ces instances ayant été infructueuses, il se vit enfin obligé de demander qu'on lui fournît le pain des prisonniers pour lui et ses domestiques.
„Vous voyez. Monsieur,^' dit -il à Saraval en cette occasion, „que je prends tous les tempéramens „ pour éviter une mauvaise affaire; celle-ci ne vau- „dra pas mieux pour vous que pour moi; le duc de „ Savoye veut nous faire périr en prison; que ne „nous envoie-t-il ses bourreaux pour nous égorger „promptement? Mais voici, Monsieur, ce que je