II
Différend survenu eu 1702, entre le comte de ChamiUi^ ambassadeur de France^ et M, de Se/iestedj îmmstre de cabinet du roi de Danemarh.
Il s'éleva au mois de Juin 1702, un démêlé trèsvif entre le comte de Chamilli, ambassadeur de France à Copenhague, et M. de Seliested, ministre de cabinet du roi de Danemark. Ce démêlé provint de ce qu'un comte de Schlieben, s'étant engagé à lever un régiment pour le service de Danemark, après avoir touché l'argent pour cette levée. Pavait dissipé sans faire aucun enrôlement, et la cour de Danemark l'avait fait arrêter. S'étant évadé au moment de sa détention , il fut poursuivi par ses gardes qui le rejoignirent près de l'hôtel du comte de ChamilH. Les domestiques de celui-ci le dégagèrent, non sans grande rumeur, des mains des gardes. Le comte de Chamilli, s'étant mis à la fenêtre, déclara que Schheben, se réfugiant dans son hôtel , était sous sa protection, et les gardes^ malgré leurs réclamations, furent obligés de se retirer. Le comte de Chamilli fit dresser dans son hôtel un procès-verbal de ce qui s'était passé, et fit interroger et déposer, après serment, un des gardes et les sentinelles danoises qui étaient devant sa porte. Ensuite il écrivit au secrétaire d'état Sehested, pour demander satisfaction sur ce que les gardes de Schlieben avaient violé le respect dû à son hôtel. M. de Sehested lui répondit par la lettre suivante :
Lettre de M. de Sehested au comte de ChamilH.
Monsieur, j'ai fait rapport au roi de la lettre que Votre Exellence m'a fait l'honneur de m'écrire, du 20 du courant, et S. M. trouve que vous avez eu tort d'exercer une espèce de juridiction sur un de ses gardes, et sur les sentinelles qu'on met ordinairement devant votre porte pour vous faire honneur, en \es faisant examiner juridiquement et sous serment dans votre maison, chose dont il n'y a peut-être pas d'exemple, et qui n'est permise qu'au souverain, ou à ceux qui sont autorisés par lui; ce qui, joint à la protection que V. Exe. a trouvé bon de donner au comte de Schlieben, sur lequel le roi même avait fait mettre les mains ,., et qui s'est échappé de sa détention, ne peut qu'augmenter auprès de S. M. l'opinion que tant de disputes passées de temps en temps lui ont fait naître, et dans laquelle elle se trouve confirmée par ces dernières démarches, que V. Exe. ne cherche que l'occasion de brouiller les deux cours; trouvant la protection qu'elle donne à un criminel d'état également peu conforme à la dignité d'un représentant et aux justes sentimens dont on l'assure du côté du roi Très-Chrétien. Pour conclusion, je dois dire à V. Exe. que le roi n'est plus en humeur de souffrir que chez lui on se mêle d'interrompre le cours de la justice, et d'exercer des actes de souveraineté, voyant eu jusqu'ici assez de complaisance pour faire voir au monde que c'est la seule considération qu'il a pour la j^ersonne de S. M. Très -Chrétienne, qui l'a empêché d'y mettre ordre. Je suis au reste avec tout le respect possible, etc.
M, de Cliamilli répondit par la lettre suivante.
N«- IL Réponse du comte de ChamiUi.
J'ai reçu. Monsieur, la Ictirc que vous avez ])rî.s la peine de m'écrire, du 24 du passe, dont le style m'a paru si vandale, que je me persuadei-ais aisément q(ie vous l'avez prise dans quelque archive du temps du roi Dan, si le peu d'expérience que vous avez encore dans votre charge vous avait permis de prendre connaissance de ces siècles si reculés, dont il vous ]dait de ramener la dureté, sous un prince d'un caractère si différent, dont l'honnêteté et \iis manières gracieuses sont les premiers traits de son portrait. C'est pourquoi je vous prie. Monsieur, s'il vous arrive d'avoir à m'écrire, cpe vous le consultiez, non seulement sur les choses que vous devez me mander, mais encore sur la manière de le faire, dont il s'est certainement rapporté à vous dans cette occasion. Mais de quelque manière que vous vous en soyez acquitté, le respect et l'attachement que j'ai pour S. M., et l'indillerence où je suis pour toute autre approbation que la sienne, m'obligent à détruire par cette réponse, les mauvaises impressions qu'on travaille depuis si long-temps à lui donner de moi.
J'ai deux choses à dire pour cela ; l'une générale, qui est, que depuis que j'ai eu riionneur d'être auprès de sa personne, je n'ai eu que deux reproches du roi, mou maître: l'un d'avoir témoigné trop de partialité pour les intérêts du Danemark, dans le temps que j'étais charge de la médiation de ses différends avec d'autres puissances, auxquelles le roi, mon maître, trouvait que je me rendais légitimement suspect, en soutenant avec trop de chaleur, la justice qui me paraissait se trouver dans le parti danois contre l'oppression qu'on lui voulait faire.
L'autre reproche a roulé, sur ce que je n'avais pas quelquefois repoussé avec assez de hauteur, \(ifi mauvaises chicanes qu'on m'a tant de fois suscitées dans cette
cour-ci, et qui auraient épuisé la patience de tout prince qui aurait été moins maître de lui-même, que ne l'est le roi mon maître.
Pour ce qui regarde le fait particulier d'aujourd'hui, je ne comprends pas qu'on puisse se prendre à moi de l'exercice du droit d'asile établi cbez tous les ambassadeurs du monde clirétien, plusieurs siècles avant que je fusse au monde, et qui ne souffre aucune extension 2:^ar l'usage qu'en a fait le comte de Scblieben, au-delà de celle qu'il a eue par la retraite de cent scélérats ou meurtriers que la mauvaise observation des lois attire cliez moi tous les jours, depuis quatre ans; sans que personne ait trouvé à j redire, hors moi qui souffre beaucoup d'une si mauvaise compagnie.
A l'égard de l'espèce de juridiction que vous dites donner atteinte à la souveraineté du roi, votre maître, cet article renferme une ignorance inexcusable en quiconque est en place, et ne sait pas que les ambassadeurs ont, non une espèce, mais une véritable juridiction pour s'informer de ce qui se passe dans l'enceinte de leurs maisons , et qu'ils y peuvent apjjeler comme témoins, tous ceux qui veulent bien y comparaître; qui est tout ce que j'ai fait, en demandant aux factionnaires qui avaient été relevées devant ma porte, de venir déclarer ce qu'elles avaient vu. Après quoi, renvoyant tout le monde, je me suis réduit à demander justice par la lettre que je vous ai écrite, du fait que j'avais éclairci, et duquel je la demande encore aujourd'hui. Pour ce qui regarde l'atteinte donnée, dites-vous, au droit de souveraineté du roi votre maître, il faudrait que ce droit s'étendît sur moi et sur ma maison; ce que je suis sûr que S. M. ne prétend pas, jiuisquc jamais aucun prince n'a pensé d'être le souverain des ambassadeurs qui sont à sa cour, ni de leur suite. Ainsi, Monsieur, toutes vos chimères, par ces éclairrissemens, feront voir au roi, votre maître, qu'on cherche à l'engager dans un mauvais parti, auquel son inclination et la connaissance naturelle qu'il a de ses véritables inté-
rets, a très long-temps résisté contre les mauvais conseils d'une cabale. Ce sera donc à eux, Monsieur, qu'il faudra imputer la mauvaise intelligence que vous m'accusez mal à propos de fomenter, et il ne faudra, pour en convaincre le roi, mon maître, que lui envoyer la lettre que vous m'avez écrite, d'après laquelle il ne pourra douter de quel côté sont les mauvais procédés. Je voudrais qu'il me fût aussi facile de découvrir la vérité aux yeux du roi votre maître; il serait persuadé de mon respect et de mon attacliement pour sa personne, et du zèle que j'ai toujours eu pour affermir et augmenter la bonne intelligence entre le roi mon maître, et lui; et il verrait aussi combien ces sentimens m'ont aliéné les esprits dans sa cour, et qu'il n'a pas tenu à moi que je ne puisse toujours me dire, Monsieur, votre etc.
Cette lettre peu mesurée ne réussit point, et le comte de Cliamilli fut peu après rappelé par sa cour, qui ne laissa à Copenhague qu'un secrétaire de légation. — Voyez Hist. gén. de la dipl. française, T. IV, Liv. VI.
INSULTES FAITES A DES AGEINS DIPLOMATIQUES OU AUX PERSONNES DE LEUR SUITE, ET SATIS- FACTION QUI LEUR ONT ÉTÉ DONNÉES.
Insulte faite par l'ambassadeur d'Espagne à celui de France^ et satisfaction donnée à S. M. Tr. Chr. en 1661.
JLie 10 Octobre I66I5 le comte de Brahé, ambassadeur de Suède, devait faire son entrée à Londres. Il était d'usage alors, que les autres ambassadeurs envoyassent leurs carrosses au devant du nouveau venu. Le comte d'Estrades, ambassadeur de France, ayant appris que M. de Vatteville, ambassadeur d'Espagne, avait dessein de prendre le pas sur lui^ renforça sa suite de manière à ce qu'il espérait pouvoir par ce moyen, se maintenir dans la préséance due à son maître. Mfjis M. de Vatteville avait pris des mesures bien plus efficaces encore ; non seulement il avait fait venir des soldats d'Ostende ; avait gagné par des largesses une quantité de gens du peuple, pour le seconder 3 mais encore il avait fait mettre
des chaînes à ses carrosses, pour servir de traits aux chevaux, et les avait fait couvrir de cuir, pour que l'on ne s'en appercût point. Dès que les carrosses de ces deux ambassadeurs se rencontrèrent , les gens de M. de Vatteville se jettèrent sur les chevaux du comte d'Estrades et en coupèrent les traits, en tuèrent plusieurs, et blessèrent même mortellement deux des cochers de l'ambassadeur, après quoi le carrosse de M. de Vatteville s'avança, et prit de cette manière la première place. Le comte d'Estrades au contraire n'eut d'autre parti à prendre que celui de s'en retourner à son hôtel.
Le roi de France, dès qu'il fut informé de cette affaire, donna ordre au comte de Fuensaldagne, ambassadeur de S. M. Cath. , de se retirer de sa cour, et de défendre l'entrée du royaume au marquis de la Fuente, son successeur, qui était en route pour se rendre en France; en même-temps il écrivit une lettre très-forte au roi d'Espagne pour lui demander une satisfaction publique et éclatante. A son refus il résolut de rappeler l'évêque d'Embrun, son ambassadeur à Madrid, voulant rompre avec l'Espagne. Ayant conféré à ce sujet avec son conseil, surtout avec le vicomte de Turenne, qui devait commander les troupes qu'il voulait mettre en campagne, celui-ci dit au roi, après l'avoir remercié de l'honneur qu'il lui faisait de vouloir le mettre à la tête de ses armées : „Qu'il suffisait à S. M. d'avoir „témoigné son ressentiment, sans pousser les cho- „ses à l'extrémité ; que les Espagnols n'étant pas en „état de recommencer la guerre, il n'y avait guère „d'apparence, que sur une chose si injuste ils voulus-
5,sent s^exposer aux inconvéniens d'une rupture : que 558011 opinion était, qu'ils abandonneraient leurs préjjtentions, et que sous peu, S. M. saurait ce qu'elle de- „yait faire, et quelles mesures elle aurait à prendre 5,pour satisfaire à ce qu'elle devait à sa dignité, et à „la qualité de beau-père d'un roi, qui jusques ici n'a- „vait pas eu de part à la faute de son ambassadeur." Ce discours arrêta l'impétuosité du monarque offensé. La résolution de la cour de Madrid fut effectivement telle que le vicomte de Turenne l'avait prévue.
Philippe IV, ayant été informé par M. de Vouldi que le roi de France lui envoya, de l'insulte faite par son ambassadeur à celui de S. M. T. C, tint un conseil extraordinaire, où il appela ses principaux ministres, et leur a5rant exposé ce qui s'était passé à Londres, et la prompte satisfaction qu'en demandait le roi de France et au refus de laquelle il le menaçait delà guerre, il ajouta:,, Que le roi de France son gen- 5,dre, agissait en prince jeune et belliqueux; mais que „c'était à lui d'agir en père, et d'aller à pas plus 5,lents et plus pacifiques. Qu'il avait résolu de rap- „peler Vatteville , pour s'informer de ce qui s'était „passé, et pour le punir même en cas qu'il eût tort." Sa résolution fut louée de tout le conseil , et le roi renvoya M. de Vouldi chargé des lettres pour le roi, pour lui témoigner le déplaisir qu'il avait de la conduire de Vatteville qu'il rappelait, et qu'il punirait. Mais Louis XIV ne crut pas que c'en fût assez pour réparer l'attentat commis en la personne de son ambassadeur : il prétendit non seulement un désaveu solemnel de la cour de Madrid, mais encore une
renonciation expresse de sa prétention à la préséance, que les rois de France avaient toujours eue sur ceux d'Espagne, et dans laquelle il était résolu de se maintenir. Il fallut que Pliilippe IV en passât par là, et qu'il fit la déclaration positive et solemnelle demandée. Elle eut lieu le 24 de Mars 1662. Le marquis de Fuente étant venu a Paris pour s'acquitter d'une commission si mortifiante, revêtu du caractère d'ambassadeur extraordinaire, et ayant demandé audience, le roi convoqua les ministres étrangers, les princes du sang et les grands du royaume, dans le grand cabinet du Louvre, où l'ambassadeur fut introduit. Là, en présence de cette assemblée que le roi voulut en avoir pour témoin, et des quatre secrétaires d'état qui en prirent acte, il dit: „Que le roi son maître l'avait envoyé pour des- „avouer de sa part l'insulte que le baron de Vatte- „ville avait faite au comte d'Estrades, ambassadeur „de S. M. en Angleterre. Que le roi d'Espagne, son „maître, en était facile, et que pour témoigner le dé- „plaisir qu'il en avait, il avait rappelé le baron de „Vatteville avec ordre de s'en retourner en Espagne. „Qu'il avait aussi ordre d'assurer S. M. Tr. Clir., que „le roi Catholique avait envoyé ses ordres à tous ses „ambassadeurs et ministres, tant en Angleterre qu'en „toutes les cours et autres lieux où ils résident et „résideront, et où de pareilles difficultés pourraient „se j)résenter pour raison delà préséance, de s'ab- „stenir de s^y trouver , et de ne point entrer en con- „currence avec les ambassadeurs et ministres de S. „M., dans toutes les fonctions et cérémonies publi- „ques où ils assisteraient."
Alors le roi, adressant la parole à tous les ministres étrangers qui se trouvaient à l'assemblée: j^Vous 55avez entendu, leur dit-il, la déclaration que l'am- „bassadeur d'Espagne m'a faite: je vous prie de 5,récrire à vos maîtres, afin qu'ils sachent que le roi „Catliolique a donné ordre à tous ses ambassadeurs, „de céder le rang aux miens en toutes occasions."
Il fut en même temps dressé un acte de la déclaration faite par le marquis de la Fuente au nom du roi Catholique, qui fut signé par les quatre secrétaires d'état, afin que la postérité en fût informée, et que la chose ne pût à l'avenir recevoir de contestation, ni être révoquée en doute. Voyez, de Larrey^ Hist, de France sous le règne de Louis XIFy T. IL
Insulte et réparation faites en 1679 5 à M, de Chauvigny^ ministre de France à Genève.
La cour de France n avait jusqu'en l679j point encore de résident à Genève ; elle se contentait de choisir parmi les bourgeois de la ville un agent chargé de recevoir les paquets de la cour pour la Suisse et l'Italie. Le particulier qui était chargé de cette commission étant mort, le roi jugea à propos d'avoir un résident à Genève, et nomma à ce poste en 1679? M. de Chauvigny. Ce ministre fut reçu à Genève avec beaucoup d'égards 5 mais ayant fait disposer une chapelle pour ses gens et les catholiques de la ville , cette nouveauté excita une grande
rumeur parmi les liabitans, dont la majorité était calviniste. Le 4 de Décembre le peuple s'étant attroupé près de l'hôtel du résident, un particulier tira d'une maison voisine , un coup de pistolet sur une galerie où il se trouvait; et ce coup de pistolet fut suivi de deux coups de fusil , après que le résident, qui se trouvait en ce moment avec deux religieux chartreux, fut rentré dans son appartement.
I\T. de Chauvigny s'étant incontinent transporté à l'hôtel de ville, entra brusquement dans la chambre du conseil, et demanda trois choses : l) que l'on donnât ordre à l'instant, de fermer les portes de la ville ; 2) qu'on envoyât sans délai un corps de garde chez lui, pour y maintenir le respect dû au roi; 3) que l'on fit avec grand soin la recherche de, celui qui avait tiré le premier coup, et qui avait répondu par des menaces, aux reproches qu'on lui avait faits. Ces demandes furent accordées, et le criminel arrêté.
Le roi écrivit aux magistrats de la ville de Genève, qu'il voyait avec plaisir qu'ils étaient étrangers à cet événement, et qu'il agréait qu'ils accordassent la grâce aux coupables. Les prisonniers ayant été amenés, et le plus criminel d'entre-eux s'étant mis à genoux, Dupan, premier syndic, lui annonça la grâce dont le roi voulait bien le faire jouir, quoiqu'il fût digne du dernier supplice. Le résident fut reconduit chez lui aux applaudissemens universels^ et le dénouement de cette affaire ht beaucoup d'honneur à la modération du ministère français. Chauvigny ayant été rappelé en 1680? fut remplacé par Dupré.
Voyez Hist. générale de la diplomatie française^ par M. DE Fjlassan, T. V. Liv. L
Satisfaction donnée en 1682, à 31. de Vemer^ ambassadeur de Venise à la cour de France,
Dix à douze créanciers de M. de Venier, ambassadeur de Venise auprès du roi, et dont la mission finissait, ne pouvant en être payés, s'adressèrent au lieutenant-civil, M. le Camus, pour avoir la permission de saisir les eiïets de l'ambassadeur. Ce magistrat envoya à M. de Croissi, ministre des affaires étrangères, la requête de ces créanciers. Celui-ci fit inviter l'ambassadeur à les satisfaire; ce qu'il promit.
Plus tard un tapissier présenta une nouvelle requête au lieutenant-civil, pour une somme de quatre cents livres, que l'ambassadeur lui devait.
Le lieutenant civil mit au bas de la requête: „Soit donnée assignation au sieur Venier, ci- devant „ambassadeur à Venise: et cependant attendu qu'il y „a un autre ambassadeur, nous avons permis de „faire saisir et arrêter éz mains des débiteurs du „sieur Venier, ci -devant ambassadeur, les ballots „et effets étant hors de sa maison, etc."
Au bas de la mèmG requête, un sergent donna assignation à Venier, pour comparaître sous trois jours par-devant le lieutenant-civil.
Le tapissier, muni de cette pièce, fit saisir trois chevaux conduits par des gens à la livrée de l'ambassadeur. L'aifaire fut portée au ministre des af-
faires étrangères, qui jugea que sans attendre aucun ordre, il fallait rendre les clievaux à l'ambassadeur.
Le lieutenant-civil, pour justifier sa conduite, dit, que lorsque les ambassadeurs avaient eu l'audience de congé , l'on avait coutume de saisir pour dettes hors de leur maison.
L'ambassadeur Venier, et son successeur Erizzo, demandèrent au roi par la voie du Nonce :
j) Que le lieutenant- ci vil fut suspendu de ses fonctions ;
2) Que l'assignation fût révoquée, et que le procureur, l'huissier et le sergent qui y avaient coopéré, fussent mis en prison ;
3) Que les ambassadeurs de Venise iraient trouver le ministre des affaires étrangères, et lui demander que l'on conservât au lieutenant- civil sa charge, et que le procureur, l'huissier et le sergent seraient mis en liberté ;
4) Que le lieutenant- civil irait en robe, remercier les ambassadeurs.
Le roi, voulant donner pleine satisfaction aux ambassadeurs de Venise, décida: „Que l'huissier et „le sergent seraient emprisonnés pour s'être com- 5,portés insolemment; que le lieutenant-civil serait „tenu de faire biffer de dessus ses registres, l'ordon- „nance qu'il avait rendue, portant assignation à l'am- „bassadeur à comparaître, et qu'il irait en personne 5,lui faire des excuses."
De plus, le roi ajouta au ministre des affaires étrangères, qu'il ferait une forte réprimande au lieutenant-civil, sur ce qu'il n'avait pas fait prévenir l'ambassadeur de Venise avant de l'assigner à comparaître.
Le lieutenant-civil se rendit chez le nouvel ambassadeur de Venise, Erizzo, chez qui se trouvait Venier , à qui il lit des excuses. Celui-ci les reçut en présence de tous les membres des légations étrangères qu'il avait convoqués chez lui , et répéta tout haut chaque parole des excuses du lieutenant-civil, quoique cette répétition affectée, ni l'invitation faite aux ministres étrangers ne fissent point partie essentielle de la satisfaction.
Le roi décida, touchant le fond de la contestation, et afin d'en prévenir de pareilles, que le lieutenantcivil ferait savoir aux huissiers, la défense qu'il leur faisait à l'avenir, d'assigner les ambassadeurs pour dettes ; sa majesté entendant que les ministres étrangers fussent invités poliment à payer leurs dettes, afin de concilier le respect dû au corps diplomatique avec l'intérêt de ses sujets. Voyez, Hist, gén. de la diplomatie française^ par M. de Feassan, T. IV.
Satisfaction donnée en 1685? ^u roi de France par la république de Gènes,
Louis XIV était très-irrité contre la république de Gènes, soit à cause des discours injurieux qui se tenaient publiquement contre lui dans Gènes; soit parce que les Génois avaient fourni des munitions de guerre aux Algériens dans leurs courses sur les Français ; mais principalement parce que la république, en vertu d'un traité secret avec l'Espagne, faisait construire quatre galères pour le service de cette puissance, alors en guerre avec la France.
Pidou de Saint-Olon , envoyé extraordinaire du roi à Gènes, avait déclaré de sa part, que si la république faisait mettre ces bâtimens en nier, la France regarderait cette conduite comme une hostilité, et ordonnerait à ses vaisseaux de les saisir partout où ils se trouveraient. Après cette menace que les Génois regardèrent comme une insulte faite à leur indépendance, ils ne gardèrent plus de ménagemens envers Saint-Olon. Ses domestiques furent insultés ; on chassa de la ville le religieux , confesseur de sa femme; on mit à l'amende son médecin, son chirurgien et son apothicaire, qui étaient Génois, et on attenta même à sa vie. Saint-Olon de son côté^ se permit des vivacités peu dignes de son rang, et donna publiquement des coups de bâton à des Génois, quoiqu'il existe des armes plus nobles pour le ministre d'un grand roi.
Les galères ayant été achevées et mises en mer, Saint-Olon prit son audience de congé, d'après l'ordre de sa cour, et partit de Gènes. Le 15 de Mai 1684, la guerre fut déclarée à la république, et peu après ^ une escadre française aux ordres de Duquesne, parut devant Gènes. Le sénat députa six sénateurs qui se rendirent à bord du vaisseau commandant où se trouvait le ministre de la marine, Seignelai, lequel leur déclara, qu'il voulait bien leur laisser le temps de recourir à la clémence du roi, les assurant qu'ils pouvaient encore compter sur sa protection pourvu que le sénat envoyât près du roi quatre de ses principaux membres, pour lui demander sa bienveillance et l'oubli du passé; qu'en outre, on rejnettrait à la France les quatre galères que la
république avait fait construire pour le service d'Espagne. Le ministre ajouta aux députés, que s'ils refusaient ces conditions, il avait ordre de bombarder leur ville.
Le sénat, indigné de ces propositions, fit pour toute réponse, tirer le canon des forts sur la flotte. Après cette démarche des Génois, les galiotes à bombes commencèrent à agir, le 18 de Mai 1684. Une grande partie de la ville fut détruite par la chute de près de quatorze mille bombes qui y furent lancées jusqu'au 28 du même mois.
Cependant, une négociation ayant été entamée à Paris sous la médiation du pape, entre le ministre des affaires étrangères et l'envoyé de Gênes, le marquis Marini, les articles furent signés entre eux, le 12 de Février 1685-
Le roi (art. I.) imposait au doge et à quatre sénateurs, l'obligation de venir dans deux mois au lieu où S. M. se trouverait ; et lorsqu'ils seraient admis à son audience, revêtus de leurs habits de cérémonie, le doge portant la parole , témoignerait au nom de la république de Gênes, Textrême regret qu'elle avait d'avoir déplu à S. M. , et se servirait dans son discours des expressions les plus soumises , les plus respectueuses, et marquant le mieux le désir sincère qu'elle avait de mériter à l'avenir la bienveillance de S. M. et de la conserver soigneusement.
Il était dit (art. IL) que le doge et les quatre sénateurs rentreraient à leur retour, dans l'exercice de leurs charges et dignités, sans qu'il fût permis d'en mettre d'autres à leur place pendant leur absence.
Les Génois (art. III.) s'obligeaient à remettre leur marine sur le pied où elle était le 1 Janvier 1683.
En conséquence de ce traité, le doge Lascari, accompagné des quatre sénateurs, Garibaldi, Durazzo, Lomellini et Salvago, et de huit autres gentilshommes qualifiés, se rendit à Paris. Il garda plusieurs semaines l'incognito , afin de faire préparer ses équipages, qui furent d'une grande magnificence. Le 15 de Mai il se rendit à l'audience du roi: dès qu'il l'eût apperçu il se découvrit, avança de quelques pas, et fit envSuite, ainsi que les sénateurs, deux profondes révérences au roi, qui se leva en ôtant un peu son chapeau. Après quoi le monarque leur fit signe d'approcher, comme en les appelant de la main. Le doge alors monta sur le premier degré du trône : le roi et lui se couvrirent, et le doge adressa au roi, en italien, le discours suivant :
„Sire, ma république a toujours tenu pour ma- „xime fondamentale, de se signaler par le profond „respect qu'elle porte à cette puissante couronne que „V. M. a reçue de ses ancêtres, et qu'elle a élevée à „un si haut degré de force et de gloire, par des „actions étonnantes, que la renommée, qui dans tout „autre sujet ordinairement exagère, ne pourra, „méme en les diminuant, les rendre croyables à la „postérité."
„Ces prérogatives si sublimes qui obligent tous „les états à les considérer et à les admirer avec une ,soumission très -profonde, ont particulièrement „porté ma république à se distinguer par- dessus „tous les autres , en la témoignant de telle manière
j^que tout le monde en doive demeurer convaincu; „et l'accident le plus funeste qu'elle ait jamais jjéprouvé, est celui d'avoir pu véritablement offenser 5jV. M. ; et quoiqu'elle se flatte que c'est un pur effet 5,de son malheur , elle voudrait néanmoins que tout 5,ce qui s'est passé, et dont V. M. n'a pas été con- 5,tente^ fût, à quelque prix que ce fût , effacé non jjseulement de sa mémoire, mais encore de celle de 5,tous les hommes; étant incapable de se consoler „dans une si grande affliction , jusqu'à ce qu'elle se „voie rétablie dans les bonnes grâces de S. M., qu'elle „s'attachera désormais, non seulement à conserver, „mais même à en mériter l'augmentation.
„C'est dans cette vue que , ne se contentant pas „des termes les plus respectueux, la république a „voulu se servir de manières inusitées et très-parti- „culières, en lui envoyant son doge avec quatre de „ses sénateurs, espérant qu'après de telles demons- 5,trations, V. M. sera pleinement persuadée delà très- 5,haute estime que ma république fait de votre royale 5,bienveillance."
„Pour ce qui est de moi, Sire, je m'estime très- 5,heureux d'avoir l'honneur d'exposer à V. M. ces jjSentimens respectueux, et je tiens à gloire particu- „lière, de paraître devant un monarque d'un courage ^invincible, et révéré par sa grandeur d'ame et sa ^magnanimité."
„J'espère que V. M., pour faire voir de plus en 5,plus à tout l'univers , l'étendue de sa générosité, 5,daignera regarder ces témoignages aussi justes que „respectueux , comme provenant de la sincérité de 5,mon coeur, et de ceux de messieurs les sénateurs,
„comme cle tous les citoyens génois, lesquels atten- „dent avec impatience les marques que V.M. voudra „bien leur donner du retour de sa bienveillance."
Le roi répondit: ,, Qu'il était content des sou- ,,missions que lui faisait faire la république de Géj,nes; que comme il avait été fôclu'^ d'avoir eu sujet „de faire éclater son ressentiment contre elle, il était „bien aise de voir les choses au point où elles étaient, „parce qu'il croyait qu'à l'avenir, il y aurait une ,,tr es- bonne intelligence; qu'il voulait se la promet- „tre de la bonne conduite que la république tien- „drait à l'avenir, et que l'estimant beaucoup , il lui „donnerait dans toutes les occasions des marques do „sa bienveillance."
A l'égard du doge, S. M. parla de son mérite personnel, lui faisant connaître qu'elle lui donnerait avec plaisir des témoignages de l'estime particulière qu'elle en faisait.
Après cette réponse du roi, les quatre sénateurs firent leur harangue séparée, et S. M. répondit à chacun en particulier (^). Voyez, Histoire générale
(l) Le doge conserva toujours, malgré la singularité cle son rôle, un air civil et spirituel. Sa contenance n'avait rien d'embarrassé, et il montra de la dignité sans morgue, et de l'abaissement sans bassesse. Ce fut lorsqu'il se rendit à Versailles pour visiter ce qui y était le plus digne de curiosité, que quelqu'un lui demandant ce qui le frappait le plus en France, il répondit par ce mot fin: ,, C'est de m'y voir." Le roi lui fit présent de son portrait garni de diamans, et de pliisimirs riches teintures. Les sénateurs eurent des présens semblables, mais de moindre prix. La soumission de la république de Gênes fut le sujet d'une médaille. On y voit le roi debout sur b; marche-pied de son trône, et devant lui, le doge avec ses quatre sénateurs en posture de
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de la diplomatie française , par M. de FiiAssAN, T. IV. Liv. V.
Satisfaction donnée en 1702 , an roi de France^ par la république de Venise,
L'ambassadeur extraordinaire de la république de Venise, Pisani, fît au roi de France une satisfaction sur l'objet suivant. Deux bannis condamnés à mort par la république de Venise, s'étaient mis sous la protection du duc de Mantoue, et avaient pris parti dans les troupes de France en qualité d'officiers. Arrivés à Venise avec des passeports du duc deMantoue et du comte de Tessé, lieutenant- général des armées du roi en Italie, ils s'étaient munis encore de celui de l'ambassadeur du roi à Venise où ils demeurèrent quelques jours; mais à leur départ ils furent arrêtés en mer à dix milles de la ville et conduits dans les prisons ; ce qui ne put se faire si secrètement que l'ambassadeur de France n'en iiit averti, qui aussitôt les réclama. Mais avant que le sénat fût assemblé pour délibérer sur la plainte de l'ambassadeur, ils furent étranglés dans la prison, et exposés de grand matin au gibet de la place de Saint-Marc. Ce procédé irrita le roi. Le pape intervint, et obtint que sa majesté se contenterait des excuses que lui ferait un ambassadeur extraordinaire du sénat.
supplians. La légende est: Genua ohsequens (Gênes soumise) ^ l'exergue, dux legatus et deprecator ^ (le doge envoyé' pour implorer la clémence du roi) 1685.
La prière en fut faite au roi dans une audience publique qu'il accorda le 29 ^e Décembre 1702, au nonce Gualtieri.
Le lendemain, l'ambassadeur extraordinaire de Venise , Pisani , dans une audience encore plus solennelle, présenta au roi une lettre de la république dans laquelle elle lui témoignait le désir de perpétuer la bonne harmonie, et le déplaisir qu'elle ressentait que quelques procédures de justice eussent déplu à sa majesté. Le roi répondit avec autant de fermeté que de dignité. Voyez de Fx<assan Hist. gén. de la dipl. française , T« IV, L. VI.
Insulte faite ^/^ 1708 ? à la gondole du comte de Manchester^ ambassadeur d'Angleterre à Venise,
liC comte de Manchester, ambassadeur de la reine Anna auprès de la république de Venise, étant en 1708? sur le point de partir pour s'en retourner en Angleterre , quelques uns de ses domestiques se laissèrent gagner par un marchand, à charger dans la gondole de l'ambassadeur plusieurs colli de draps d'Angleterre arrivés par un vaisseau anglais en station à Malamoque, pour les transporter secrètement au magasin du propriétaire. Les douaniers vénitiens en ayant été avertis, arrêtèrent la gondole, la visitèrent, et l'ayant trouvée chargée de contrebande, l'amenèrent et en firent la déclaratien aux autorités. Le comte de Manchester ayant
appris cette nouvelle, tout indigné qu'il fut de ce que ses domestiques s'étaient permis une telle fraude, ne s^en plaignit pas moins au sénat de l'insulte qui lui avait été faite, et demanda une satisfaction prompte et éclatante»
La reine d'Angleterre approuvant la conduite de son ministre fit défendre à l'ambassadeur de la république à Londres la cour , jusques à ce que l'on eût donné à son ambassadeur une satisfaction complète.
Le comte de Manchester, selon les ordres qu'il avait reçus de sa cour, fit remettre par M. Cole son secrétaire, le 12 de Février, au sénat, un mémoire, par lequel il témoignait de nouveau le mécontentement de la reine, sa souveraine, au sujet de l'insulte faite à sa gondole, et l'ordre qu'iir avait reçu de se retirer après en avoir fait une dernière déclaration.
Le sénat après avoir délibéré sur le mémoire de M. de Manchester lui envoya le lendemain un des secrétaires d'état de la république, avec une réponse par écrit, par laquelle on le priait de différer encore son départ en l'assunuit de lui donner une pleine et entière satisfaction. On lui promit même que la gondole avec les colli de draps en question, serait conduite au même lieu où elle avait été prise, et que l'on condamnerait aux galères les commis de la douane qui s'étaient rendus coupables de cette offense. L'ambassadeur consentit alors de rester. Il eut diverses conférences avec les commissaires nommés par la république pour s'entendre avec lui sur la satisfaction qu'on pourrait lui donner.
Après bien des discussions, la république se vit
obligée de céder aux demandes de l'ambassadeur, et de condamner les commis de la douane qui avaient arrêté la gondole du ministre, aux galères.
La république espérait que l'ambassadeur se contenterait de la seule condamnation; mais lord Manchester déclara que cela n'était pas en son pouvoir ; et que puisque l'insulte avait été commise non en parole, mais par voie de fait, il fallait que la satisfaction le fût de même. En conséquence l'exécution eut lieu, et les onze condamnés furent conduits de leur prison à la galère appelée la Fusta, où ils furent enchaînés. Le commis principal avait deux écritaux attachés sur la poitrine et sur le dos, avec cette inscription ^fiondamnati in galera^ per aver violât a la harca deW amhasciadore délia Grande-BretagJia. ^^ Le même jour, M. Cole, secrétaire d'ambassade, se rendit à l'île du St. Esprit, située à deux milles de Venise , où par ordre de la république, on lui rendit les vingt neuf et demi pièces de drap qui avaient été enlevées de la gondole. Sur les instantes prières des femmes et des enfans des condamnés, l'ambassadeur d'Angleterre se rendit au palais du doge, et demanda leur pardon ; ce qui lui fut accordé ; il fit distribuer après les pièces de drap aux quatre principaux hôpitaux de la ville. Voyez, Lettres historiques, T. 33.
Insulte faite en 1749? à l'hôtel de M. de Larrey^ ministre d'Hollande à Paris , et satisfaction qui lui fut donnée {^).
En 1749 le suisse du ministre d'Hollande à Paris, étant soupçonné de vendre du tabac râpé, un conseiller de l'élection de Paris et plusieurs commis des fermes-unies se transportèrent à l'hôtel de M. de Larrey, pour faire une visite domciliaire. Les faits qui donnèrent lieu aux plaintes portées par le ministre d'Hollande au ministère de France, se trouvent consignés dans le procès verbal ci-après.
Procès-verhal dressé par ordre de M. de Larrey^ minisire des Etats- Généraux des Pr. U. des P. B.
Aujourd'hui 21 Mai 1749, à 7 heures 3 quarts du matin, le suisse de l'hôtel d'Hollande, qu'habite M. de Larrey, ministre de LL. HH. PP. \gs États-Généraux des Provinces-Unies à la cour de S. M. T. C, est descendu dans sa chambre, où il a trouvé trois hommes, avec lesquels il y en avait un, vêtu d'habit de commissaire. Surpris de voir un commissaire dans l'hôtel, le suisse a voulu fermer la porte de la rue, mais trois autres personnes, qui étaient en faction à cette porte, l'en ont empêché. Elles sont tombées sur lui, et lui ont donné plusieurs blessures avec des couteaux de chasse. Au bruit qu'il a fait, en criant au meurtre, plusieiu's valets sont venus à son secours. Trois de ces hommes, y compris le commissaire, ont pris la fuite. Il en est resté un, qui n'a pas eu le temps de se sauver, et qui a déclaré, que la personne en habit de commissaire,
(1) Voyez, Mercure hist., de 1749, T. IJ. 1752, T. I.
c'taît un nomme Jaques- Armand Petit, se qualifiant clc conseiller et avocat, et demeurant rue de Varcade proche Notre-Dame; que les autres étaient trois brigadiers et trois commis; que lui déposant, s'appelait Prévôt, et demeurait au cimetière de 8t. Jean ; qu'on l'avait appelé ce matin pour aller avec liis autres susnommés à riiôtcl d'Hollande, où, à ce qu'on lui avait dit, le suisse vendait du tabac râpé. Il a déclaré, que ses camarades avaient blessé le suisse, quoique celui-ci, qui était en robe de chambre ne les eût point insultés, ni ait pu se défendre, et qu'au reste il demandait pardon d'être entré dans l'hôtel. Sur quoi M. de Larrey a aussitôt fait relâcher ledit Prévôt.
(signé.) J. DE Weller, Secret.
M. de Larrey envoya le même jour ce procèsverbal au marquis de Puisieulx, ministre des affaires étrangères du roi de France en l'accompagnant de la note suivalite.
rs°- II.
Lettre de 31. de Larrey, adressée au ?narqtns de Puisieuïx pour accompagner le proces-verhal ci-dessus.
Monsieur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Exe. les informations que je viens de faire prendre à l'occasion d'une scène très-désagréable, arrivée ce malin. Je ne puis me dispenser de lui en porter mes plaintes, et je suis assuré qu'elle ne se refusera pas à me procurer une satisfaction proportionnée â l'insulte et à la violence commises contre moi. J'ai l'honneur d'être, etc.
Paris, le 21 Mai 1749.
(signé.) DE Larrey.
Le lendemain, le marquis de Puisieulx, après avoir informé le roi de cet événement, fit à M. de Larrey la réponse suivante.
N«- III
Réponse du marquis de Puîsieulx a la lettre précédente.
Le roi m'a ordonné, Monsieur, de prendre la connaissance ]a plus exacte du fait dont il paraît que vous vous plaignez avec tant de raison. Comme je suis persuadé que vous ne l'avez point aggravé, je puis vous assurer d'avance que S. M. vous en fera faire la satisfaction la plus complète. Je ne saurais, en mon particulier, donner trop d'éloges à votre 8dL^ç,ss,ç. et à votre circonspection , dont je n'ai pas manqué d'instruire S. M.
DE Puîsieulx.
Le même jour le roi envoya M. de Tournelle, sous-introducteur des ambassadeurs, chez M. de Larrey pour lui témoigner le mécontentement qu'avait S. M. de cette affaire, et la disposition dans laquelle elle était d'en donner satisfaction au ministre. Les personnes impliquées dans cette affaire ayant été arrêtées par ordre du ministère et interrogées sur les motifs d'une démarche aussi inconvenante, prétendirent se justifier, en alléguant qu'elles avaient cru que comme M. de Larrey n'était pas revêtu du caractère d^ ambassadeur y son hôtel pouvait être considéré comme celui d'un simple particulier. Comme il fut constaté par l'interrogatoire, que l'avocat Petit et les gens qui l'accompagnaient, n'avaient agi que de leur propre mouvement et sans ordres des fermiers-généraux, le roi ordonna que les commis des fermes qui s'étaient rendus coupables de cet attentat, fussent chassés de leur emploi et mis en prison pour être jugés selon les lois ; que l'avocat Petit fût démis de ses fonctions ; et qu'une satisfaction éclatante fût donnée au ministre d'Hollande. Par la lettre sui-
vante, le marquis de Puisieulx fît connaître à M. de Larrey les ordres du roi.
NO lY.
Lettre du marq. de Puisieulx^ adressée à 31. de Larrey.
J'ai rendu comj^le au roi, de la violence qui a été faite, Monsieur, dans votre maison, par l^is commis des fermes, ayant à leur lele le sieur Petit, conseiller de Féleclion. S. M. a ordonné sur le champ, que les commis fussent cliassés de leurs emplois et mis en prison. Le conseiller sera interdit de ses fonctions et conduit au fort TEvéque. Quatre fermiers-généraux, après avoir pris votre heure, se rendront chez vous, pour vous assurer que la compagnie n'a rien su de ce qui s'est passé dans la maison du ministre de LL.HH. PP. le 21 de ce mois, et vous marquer comhien elle a été peiuée lorsqu'elle l'a appris. Une réparation si prompte, est une preuve éclatante des sentimens de S. M. envers les Etats-Généraux, ainsi que de son attention à maintenir le droit des gens et à ne pas permettre que ses sujets s'écartent des justes égards qu'ils doivent à la personne des ministres étrangers qui ont l'honneur de résider auprès d'elle. Je suis etc.
BE Puisieulx.
M. de Larrey se rendit peu de jours après à Versailles pour témoigner au marquis de Puisieulx combien il était sensible à la bonté du roi au sujet de cette affaire. Les ordres du roi furent exécutés, mais le ministre d'Hollande pria M. de Puisieulx d'intercéder pour les coupables auprès de S. M.
Insulte faite en 1752 au ministre d'Hollande à la cour de Stockholm et satisfaction qui lui fut donnée par S, M. Suédoise,
A roccasion d'une insulte qui avait été faite pendant l'absence du roi, à quelques domestiques de M. de Marteville, envoyé extr. des Etats- Généraux, dont l'un avait été arrêté par le guet de nuit, le baron de Hopken, président de la chancellerie, écrivit à ce ministre la lettre suivante :
Stocldiolm, le 4. SeptemLre 1752.
Monsîciu", le roi s'étant fait rendre compte du contenu de votre mémoire, relativement à Tinsulte faîte à votre livrée par le guet de nuit, S. M. a ordonné qu'on procédât dans cette affaire conformément aux ordonnances émanées pour ces sortes de cas. La sentence publiée contre le bas-officier qui a été reconnu coupable, porte cassation.de son emploi, et vingt un jours au pain et A l'eau; ce qui, à quelques jours près, quadre avec la punition de mort, suivant les lois de ce royaume. Je ne doute point que Leurs Hautes Puissances ne reconnaissent dans la sévérité de cette sentence, Tattenlion du roi pour le maintien des droits des ministres publics, et son amitié pour la république. J'ai Thonneur d'être avec beaucoup de considération etc.
HôPKEN.
Le lendemain M. de Marteville répondit au baron de Hôpken en ces termes.
Monsieur, j'ai reçu, avec la plus vive reconnaissance, la lettre que V. Exe. m'a fait l'iionneur de m'écrire hier 4 du courant, par laquelle elle me communique le contenu de la sentence prononcée par ordre du roi contre le guet de nuit. Je n'ai pas différé d'en envoyer le rapport à mes Seigneurs et maîtres, et ne doute
nullement^ qucLL.HH. PP. sensibles aux dispositions favorables que la cour a fait paraître dans cette affaire, ne me donneront des ordres exprès pour lui en marquer leur reconnaissance. J'aiTlionneur en mon particulier, de témoignera V.Exc. toute l'étendue de celle que j'en conserve; me flattant, que S. M. en égard à ma très-bumble intercession, voudra bien absoudre le coupable et le faire rétablir dans sa fonction. C'est pour donner des marques authentiques des sentimens dont je fais profession, que j'ai fait signifier à tous mes domestiques sans exception, que le premier d'entre-eux qui se trouvera après dix heures du soir, bors de la maison, sans mes ordres, en sera cliâtié, et que venant à être enveloppé dans quelque aventure pareille à celle dont il s'est agi, il ne sera fait nulle attention au droit qu'il pourrait avoir; mais que la livrée lui sera d'abord ôtée, et qu'il sera mis hors de ma maison. J'ai l'honneur d'être etc.